CK
turelle des temporaires, se font dans l’ordre et aux époques ordinaires de la mue de chaque série de dents chez l'espèce humaine; ordre et époques que nous ayons signalés précé-
jt • . b / > v f'' ; • * 4 ' ’
aemmeut.
Le médecin aura soin d’éxammer si les mâchoires de l'enfant n’ont point une disposition à affecter des formes particulières à celles des parens ; car souvent, ainsi que je l’ai dit, on trouve danis une famille tOiifè entière une de atitre décrivant exactenient lomème arc; ce qui ne contribue pas pour peu â établir la ressemblance- de là physioriôfttiè. il est bon qu’il sache encore distinguer les trois positions ordinaires de l’os maxillàièe ’ irife rieur , relativement an supérieur.
Ainsi, r°. Lbrsbüé le mériton est court, et
que la mâchoire supérieure est bifen arquee , la série des six dents supérieures passe audevant des six inférieures p à là manière dès
ciseaux. ( Voyez fig . 34* )
2°. Lorsque le menton est un peu plus alongé , et que les dents sont courtes , les deux dentures tombent sl plomb sur 1 autre
sans se croiser. ( Voyez fig • 35. )
3°. Si le menton est très-long , et que 1 os maxillaire supérieur soit peu développé dans £on arc antérieur, les six dents inférieures
passent en. avant des supérieures t ainsi qu’il pn est pour les dogues et quelques espèces de Éloges. ( V oyez fig. 5S. )
Enfin il y a une espèce de torsion de Fune; pu de l'autre mâchoire ^ et quelquefois dev toutes les deux 3 qui fait que les dents temporaires supérieures antérieures recouvrent; les inférieures 3 d’après la meilleure disposition | tandis qu’à commencer de la ligne médiane , les semblables dents de l’autre côté * rentrent en dedans des inférieures; il est probable s dans ce cas, que si l’on n’y obvie ? la même disposition se reproduira pour la seconde dentition. ( Voyez fig. 5 j. )
Après avoir fait cet examen préliminaire s le médecin tirera son pronostic ? et il avertira les parens de ce que la dentition de leur enfant offrira de particulier ? afin que les irrégularités qui pourraient subvenir 3 et qu’il n’est pas en sa puissance d’empêcher 5 ne lui soient point
imputées,
Quoique dans certaines circonstances enh barrassantes où il y avait vice de conformation j j’aie cru utile d’apporter quelque modification à la méthode que je vais décrire ^ je pense qu’on doit rarement s’en écarter.
Supposons ( fig . 22 et 20. ) qu'une dent incisive centrale , de deuxième dentition , a
ébranlé fortement la centrale temporaire , ou qu'elle soit venue en arrière , j ôte seulement celle-ci 9 quand même sa voisine se serait trouvée ébranlée par l’appareil absorbant de la centrale adulte. Je fais révulsion de l’incisive la-* térale temporaire lorsque par son arrivée aux bords alvéolaires , la latérale adulte exige , sl son tour ^ la place que celle - là occupe?
( r. fig. 24. )
Les deux nouvelles dents sont toujours plus ou moins obliquement situées , et souvent portées plus ou moins en dedans de la bouche : mais nous avons vu que cette disposition est naturelle dans tous les sujets ou l’absorption n’a pas été du même pas que le développement de la dent remplaçante 5 et l’expérience apprend qu’elles se redressent ordinairement d’elles-mêmes , peu-à-peu et à mesure que l’enfant, grandit.
Le sujet ayant atteint l’âge de dix ans environ , pousse de chaque coté la première bicuspidée, Ç Voyez fig . 28. ) En conséquence ^ si la petite molaire de lait ne tombe pas d’elle-même y j’en fais l’évulsion ; ce à quoi l’enfant consent avec d’autant moins de répugnance , qu’elle chancelle ordinairement. Bientôt après ? la deuxième bicuspidée remplace la deuxième molaire primitive ; enfin ces dents étant en place ? les
{ i oâ )
co no ides de lait , dont je me suis bien gardé de faire le sacrifice, sous aiicun prétexte , ne sont ôtées que lorsque les remplaçantes s’annoncent» Alors celles-ci, dont les places ont été soigneusement conservées , s’intercalent entre les inci-
sives et les bicuspidées , à la manière des coins s et elles parviennent avec d’autant plus de facilité dans l’alignement des autres , qu’on sait que ces dernières étant plus étroites que les deux quelles ont chassées, peuvent en se tâssàrit, céder un peu de place à la conoïde. ( Voyez fig- 28. ) ; i
il arrive que ce soient les canines , qui devancent les bicuspidées > ( V. fig. 3o. ) je me conduis en conséquence en ôtant ceilçs dont l’ébranlement m’avertit de ce qu’il faut faire (1).
Par la méthode que je viens de décrire , lechirurgien-dentiste n’a eu besoin que d’être , pour la plupart du tems, tranquille observateur de la mue des dents ; puisque souvent les
, ! t r.jS
temporaires tombent d’elles-mêmes, et lorsqu’il a cru devoir aider la nature, on voit qu’il n’a ôté qu’une seule dent pour qu’il s’en plaçât une autre : de sorte qu’en suivant cette marche , il ne s’est point exposé à ébrécher un
(1) Pour éviter des détails ennuyeux, je renvoie à la description des figures.
sujet dont une dent d’ adulte aurait oublié dq se développer ; ce qui se rencontre assez fréquemment (i). Chaque temporaire a donc été ménagée jusqu’à l’époque de sa chiite naturelle,
Ainsi cette méthode est fondée sur le prim cipe que toutes les vingt dents temporaires, devant être remplacées par un pareil nombre d'adultes, chacune d'elles ne forme de véritable obstacle, qu’au moment où celle qui doit lui succéder commence à se montrer, et au lieu de considérer les voisines comme s’opposant à l'arrangement de celle qui arrive, et cherche à s’intercaler entr’elles; je les regarde comme offrant des points solides contre lesquels cette dent s’appüie , forçant ainsi la mâchoire à s’élargir ; mais si ce dernier effet n’a pas lieu, je pense qu’il est bon d’employer une force mécanique afin de L’exciter , sur-tout lorsque l’enfant a été privé de bonne heure de quelques-unes de ses dents temporaires , ou bien même si l’on s’aperçoit que celles de remplacement menacent de conserver l’obliquité vicieuse qu’elles affectent, étant trop
(i) Je connais plusieurs personnes chez lesquelles les deux incisives latérales ne sont jamais venues, dans ce cas les canines avoisinent quelquefois les grandes incisives , d’autres fois les incisives latérales temporaires persistent. ( Voyez fi g. 5?.. j
pressées par les voisines dont le tems de la mue n’est pas encore arrivé. Ainsi, dans nn assez grand nombre de cas, j’ai obtenu cet évasement à l’aide d’un fil dont j’ai enlacé à la fois les dents temporaires et les adultes, il se gonfle par l’humidité , fait effort sur chacune d’elles , et reporte bientôt à sa place celle qui semblait prendre une mauvaise direction. Ce procédé est simple , et lorsque le dentiste a placé la ligature une ou deux fois en présence d’une personne intelligente , il peut lui en confier le renouvellement. D’autres fois , des petits coins de bois sont employés avec le même succès (j). En général , la traction doit être graduée , de manière à laisser à l’os maxillaire, le tems de céder a l’impulsion.
Il ne faut pas perdre de vue ce principe physiologique, qu’en tirant une dent d’un côté, l’alvéole s’agrandit , et qu’il se développe une petite fluxion, causant une gêne supportable, si elle est légère, mais qui dégénère en douleur, si on ne sait pas ménager la sensibilité des parties; ainsi donc, il faut accorder à la nutrition tout 1° tems qui lui est nécessaire pour opérer l’absorption de l’alvéole du côté
(i) Auzeby , dans un ouvrage rempli d’erreurs, a cependant indiqué ce bon moyen.
où la dent doit être reportée ; tandis que îa paroi opposée se rapprochera insensiblement , et que d’ailleurs l’exhalation fournissant le suc osseux qui en comble le vide , rendra impossible une nouvelle déviation.
Les déviations des dents dune largeur ordinaire , sont communes chez les enfans faibles , où en général l’absorption des racines temporaires s’opère difficilement , et chez lesquels l’agrandissement du cercle maxillaire est trèslenti
Les déviations causées par la largeur excessive des dents non compliquées de vice de conformation des mâchoires , sont également assez fréquentes , et elles exigent diverses opérations , suivant les cas.
Lorsque chaque dent n’est qu’un peu trop large, on doit, avant d’employer la traction par le moyen des fils , passer une lime trèsfine entre plusieurs dents ; par ce moyen on obtiendra en totalité l’espace d’un quart ou d’un tiers de dent, ce qui est ordinairement suffisant : mais faisons le sacrifice d’une dent , plutôt que d’entamer trop fortement les autres, dans les cas où la largeur de ces os paraîtrait extraordinaire , et particulièrement s il existait le moindre défaut de conformation des mâchoires. Lorsque le vice est très-manifeste, je
trouve prudent d’ôter les dents hors de rang $ et de ne pas tenter de les conduire dans le Cercle. Au reste, on ne doit point se hâter de faire ces évulsions , parce que la mâchoire s’élargit quelquefois lorsqu’on l’espère le moins : de sorte que , de plusieurs dents que l’on avait soupçonnées devoir être ôtées un jour, le sacrifice d’une seule devient suffisant: en temporisant On n’encourt donc qu’une chance favorable. Je n’ai jamais eu qu’à me louer d’en avoir agi ainsi , résistant même aux demandes réitérées des personnes chargées du soin des enfans qui se trouvaient dans ce cas.
Ce n’est, en conséquence, qu’après avoir parfaitement reconnu qu’on ne pourrait dans aucun tems ramener les dents mal rangées, que je me résous à les enlever, et je ne pratique ordinairement cette opération que vfcrs l’âge de quinze ou seize ans,* parce qu’alors seulement l’arc antérieur de la mâchoire n’est plus guère Susceptible d’agrandissements
Dans les autres circonstances où on est contraint , pour régulariser la denture , d’enlever quelque dent, il en est qu’il faut ôter de préférence : ainsi , tous les dentistes s’accordent à extraire une petite incisive centrale ou latérale tout-à-fait hors de rang ; il en est de même d’une conoïde dans le même cas, à moins que
la bicuspidée ne soit malade: mais en général on doit préférer de sacrifier une de celles-ci , pour placer une incisive ou une conoïde, quand on peut espérer de ramener ces dents avec facilité (i).
Lorsque je présume qu’après l’arrangement il doit résulter une petite brèche , du sacrifice indispensable d’une dent, je préfère enlever la deuxième bicuspidée, pour faciliter le placement de la conoïde ; mais alors il faut reculer la première bicuspidée par le moyen d’un fil qui la porte vers la grosse molaire. De cette sorte, l’espace vide se trouvera très -éloigne du devant de la bouche.
L’évulsion d’une première grosse molaire cariée , ne me paraît guère susceptible de favoriser l’arrangement d’une conoïde , mais elle est avantageuse pour celui d’une bicuspiclée tardive. Tous ces cas demandent de la prudence, et peuvent compromettre la réputation, de l’opérateur qui n’aurait pas bien jugé.
Il est cependant deux exceptions a cette espèce de règle générale, elles sont relatives aux cas suivans :
i°. Lorsque les mâchoires d’un enfant, en-
(i) Voyez le Dentiste de ia Jeunesse 7 par M. Bayai
c;ore munies des dents de la première denti-
tion , présentent le vice que Ton désigne sous le nom de menton de galoche. ( L . fig. 36 et 3 7. )
Lorsque le rétrécissement vicieux de la mâchoire Supérieure est tel , qu’il n’y a aucune espérance qu’il puisse être corrigé,
Âlorsj’ en agis ainsi : j enlève aussi- tôt qu’elles Sont poussées > une ou deux petites incisives centrales inférieures de remplacement , cette
opération arrête, en quelque sorte , le développement de la mâchoire diacranîenne qu’il était à craindre de laisser passer au-devant de la crânienne; et â mesure que les dents suivantes sortent , je les rapproche de la ligne médiane et les y maintiens avec tin fil de soie, jusqu’à ce que celles de la mâchoire supérieure aient franchi en avant. Quoique j’eusse senti tout ce qu’avait dé deliCat cette operation. Ci quelle responsabilité pesait sur ma réputation, je 1 ai exécutée deux fois, et elle a été couronnée d’un plein succès.
On voit que , dans les deux cas ci-dessus | je fais le sacrifice précoce de dents nouvellement repoussées , sans attendre que la dentition soit terminée , parce qu’alors le développement vicieux de la mâchoire se serait opéré, tandis an contraire qu’il est essentiel de le prévenir*
ïl
II ru'est arrivé , plusieurs fois , de ramener | sans sacrifier aucune dent, deux conoïdes qui étaient entièrement sorties de la ligne circulaire, par suite des mauvaises manœuvres qu’on avait suivies , lors du renouvellement de la. dentition, et qui avaient suspendu le développement du cercle alvéolaire ; mais avant d’entreprendre ces opérations importantes, je m’étais bien assuré qu’il n’y avait pas vice de conformation des mâchoires ; j’avais également observé que les dents n’étaient que d’une largeur ordinaire, et qu’enfin le sujet n’avait pas plus de dix-huit ans. Ainsi , quelle que soit la cause de la déviation des dents, elle est toujours accompagnée du rétrécissement relatif du cercle alvéolaire ; mais est-ce en enlevant les dents de lait , qu’il deviendra plus large? Et s’il est bien prouvé que l’on peut déterminer l'agrandissement de la mâchoire , en y attirant une plus grande nutrition, doit-on hésiter de recourir â ce dernier moyen ?
Sachons donc tirer parti de nos connaissances physiologiques pour donner un contour agréable à la denture ; mais n’oublions pas que les vices de conformation auxquels Fart n’a point opposé a tems ses ressources, doivent souvent être respectés , et que les efforts que nous emploi rions pour les corriger , pourraient ;
tn trompant noS espérances, être préjùdi-
eiables au sujet.
Ah! que Vidée du beau et du merveilleux ne nous séduise pas ! a dit, à ce sujet* le judicieux M. Duval.
Cependant, si le vice de conformation de la mâchoire est peu sensible , et que d ailleurs les dents soient plutôt étroites que larges, et plutôt écartées que serrées, on pourra, avec espérance de succès, en user comme dans les déviations simples par défaut de développement; c’est ce qui se rencontre plus ordinairement à la mâchoire supérieure , qu’a 1 inférieure.
D’après ces observations , par lesquelles il est évidemment démontré que le problème a îesoudre, est d’agrandir la mâchoire, dans le cas où la nature ne le fait pas elle-meme , on conviendra que le sacrifice des dents tempoi aires est au moins inutile ; et qu’enfîn on ne doit avoir recours au moyen extreme de 1 évulsion de quelques dents adultes hors de rang, que lorsqu’on n’a plus d’espoir que 1 accroissement effacera ou diminuera les défectuosités, ou qu’enfin des moyens mécaniques sagement employés auront été infructueux. La fig. 35 présente un exemple de déviation par laigeui excessive. Ce sont les dents d’une mâchoire inférieure, qui sont chacune dun tieis au
moins plus larges que d’ordinaire ; et bien qu’il n existe pas de vice de conformation des os maxillaires , la denture néanmoins est trèsirrégulière. Le moyen le plus sage de la régulariser , serait l’évulsion de quelques dents hors de rang. Mais on verra aussi, en examinant la Jîg. 4^ j que quelle que soit la largeur des dents, elles se rangeront bien, si le cercle maxillaire s’agrandit en proportion. Enfin on pourra vérifier sur \& fig. 44? qu’on a eu tort d’enlever les conoïdes temporaires pour placer les incisives , puisqu’à la mâchoire supérieure elles se sont très-écartées , et qu’il ne resté plus de place pour les conoïdes de remplacement, qui pousseront nécessairement en surdents , ainsi qu’il en est à la mâchoire inférieure sur laquelle on a pratiqué aussi des évulsions prématurées.
Ces dessins sont levés au compas sur des enfans que je puis présenter aux hommes de l’art qui seraient incrédules.
L’irrégularité des dents présente d’autres faits assez bizarres; ainsi l’on voit quelquefois le côté latéral d’une dent être vers les lèvres ; ( V , fig. 48. ) on en remarque encore dont la partie inclinée , ou face linguale , est entièrement tournée du côté des lèvres ; on en voit aussi sortir très-haut sur les gencives , ou très-
en arrière dans le palais (i). ( V. fig. ip Combien est blâmable la précipitation que mettent quelques dentistes, à faire l'évulsion de certaines dents sorties contre nature , puis qu’en empêchant une difformité , ils en occasionnent une autre* , ,
J’ai vu plusieurs sujets sur lesquels on a oie
des dents repoussées de cette sorte , et qui sont brèche-clents pour toujours. On ne doit en agir ainsi , que si la dent est manifestement une de ces surnuméraires appelées intercalaires.
( Voyez la fig. 49- ) ,
Je ne conseille pas, néanmoins , de les laisser
dans la situation où elles se présentent; l’art
n’est pas dénué des moyens propres à corriger
ces défectuosités.
Lorsqu’une des six dents antérieures est entièrement tournée de devant en arrière , on peut lui faire exécuter un mouvement de rotation sur son axe , en appliquant dessus la couronne une espèce de dez moule out a forme exacte de cette dent , préalablement isolée des autres à l’aide d’une lime.
On ne verra pas sans interet, cette petite machine que j’ai employée avec succès , toutes les fois qu’un cas de cette nature s’est présenté
(i) Faucliard , Bourdet , Jourdain, Fox, etc. etc
dans ma pratique. ( V. la fig. 48 qui la repré sente , ainsi que son application . )
Il y a encore des transpositions des germes , ce qui fait qu’on rencontre de tems à autre , une petite incisive à la place d’une grande , ou une canine à la place d’une petite incisive. Fox a fait graver plusieurs de ces aberrations. M. Miel ^n: a présenté récemment deux exemples à la société médicale d’émulation (i).
J’ai vu, plusieurs fois, deux dents posées l’une au-devant de l’autre , quoiqu appartenant à la même dentition , dans un cas semblable où je trouvai deux petites incisives qui n’étaient ni l’une ni l’autre dans le cercle , ruais dont l’une des deux était surnuméraire , je tus assez embarrassé pour choisir celle dont il convenait de faire le sacrifice, parce que celle qui est la véritable surnuméraire, a ordinairement une racine moins longue que l’autre , tandis au contraire que souvent elle a une jolie couronne.
J’ai encore observé dernièrement une autre bizarrerie : c’etaient les deux çonoides temporaires qui étaient restées en rang, quoique les conoïdes de remplacement fussent sorties et bien rangées à leur suite ( V . fig* 5o bis. ) ,
(ï) Y oyez le N°. VIII des Mémoires de cette Société* août 1817, et la fig , 5o,
ainsi que les bicuspidées , de sorte que la jeune personne dont la bouche prescrite cette particularité, a quatre conoides tres-solides , et sans que l’arcade dentaire en soit défectueuse. On conçoit que j’ai donne le conseil de n eidevei aucune dent.
Je réessayerai point ici de décrire toutes les différentes machines inventées pour corriger les diverses déviations des dents, j’ai fait graver seulement celles qui sont en usage aujourd hui , et recommandées par des hommes de mérité.
Fauchard , Bourdet , et même Laforgue, ne conseillent, pour ramener les dents déviées, que F application de plaques d’os ou de métal , percées de trous dans lesquels on passe des
fils de soie. ( V . jig. 45. )
Par la luxation on redresse aussi depuis longtems les dents déviées. Les anciens se servaient de la pince droite; les modernes lui ont substitué le trètoïr , espèce de levier très-puissant : mais cette opération demande de la prudence et de la hardiesse de la part du chirurgien , ainsi que du courage de celle du patient.
On trouve dans l’ouvrage de Fox le dessin d’une plaque , dans laquelle sont des ti ou s placés d’espace en espace , vis-à-vis les séparations des dents , afin de pouvoir y passer des fils de soie.
Aux deux extrémités de cette plaque sont
fixes deux petits tasseaux d’ivoir , de l’épaisseur d’environ une ligne , et de la largeur des dents molaires entre lesquelles elles doivent être
placées. ( fig- 45 > a et b. )
La plaque posée en place couvre la face antérieure ou labiale des dents , qu on y attache l’une après l’autre.
M. Duval parle d’une plaque en goutière > qu’on employé depuis une vingtaine d années : mais il n’en donne ni la description ni le dessin. C’est probablement une espèce de petit dez fait en pente, et qui, placé sur la dent déviée en dehors, est disposé de manière à heurter, à chaque occlusion de la bouche , les dents de rencontre ; j’ai vu cette petite mécanique employée par un dentiste ; mais elle a l’inconvénient d’ébranler autant la dent correspondante
que celle qui est deviée.
M. Catalan (1) a imaginé un instrument basé
sur les mêmes principes , et avec lequel on peut redresser plusieurs dents antérieures inférieures déviées en dehors. Cet instrument, tout ingénieux que je le trouve, ne me parait d’une application avantageuse, que dans les cas où les dents supérieures sont déviées aussi en
(1) Voyez le Dictionnaire des Sciences Médicales, article Dent.
dedans, et sur - tout lorsqu’il n’y a pas de vice inné de conformation des mâchoires. ( V. Jîg. 46 et 46 bis. )
Jamais je ne me sers présentement des divers moyens dont je viens de parler. Les plaques employées sans tasseaux s’enfoncent dans les gencives et tourmentent beaucoup les enfans ; il s’amasse entr’elles et les dents , des parcelles d’alimens qui prennent une mauvaise odeur ; d'ailleurs elles sont très-désagréables a la vue. En conséquence, j’use d’un moyen très-simple et qui consiste i°. Dans l’application d’un petit grillage métallique moulé sur la forme de deux dents molaires inférieures d’un seul côté ; ce qui, en empêchant la bouche de clore , suspend le contact des dents. 2Ç. Avec un fil de soie ou de lin, j’enlace les dents de telle sorte, que je parviens , en assez peu de tems , a conduire la dent, ou les dents déviées, dans le cercle dont elles doivent faire partie.
Je calcule Faction du fil, de manière â ce qu’elle agisse exclusivement sur l’endroit où elle est nécessaire ; et si la dent est déviée en dehors , je fais le nœud du fil sur elle , ce qui tend encore à la repousser en dedans. Enfin, je combine les moyens d’empêcher la ligature de monter sous les gencives, et je la renouvelle tous les deux ou trois jours. J’ai très - fréquemment
occasion d’user de ce procédé, et toujours ^vec un succès constant , même quand plusieurs de ceux dont j’ai parlé ci-dessus, ayaient été employés vainement, ( V . fîg, 4-7* )
Peut-on , sans inconvénient, limer les dents antérieures lorsqu’elles sont trèsrrapprochées , afin de leur donner plus de grâce ? V oici la demande qu’adressent aux praticiens un grand nombre de personnes.
Cette question peut être considérée sous deux points de vue , X agrément et X utilité (i).
Pour l’ agrément , chacun en se faisant une idée de la beauté qu’il rapporte à ses goûts particuliers, il devient impossible de tailler les dents de manière à ce que leurs formes plaisent à tout le monde ; car tel les aime courtes , d’autres un peu longues ; celui-ci les préfère serrées, cet autre , écartées , etc. Nous ne pouvons disconvenir même que , telle forme de dents convient à la physionomie de telle personne , et quelle ne conviendrait pas à telle autre. Enfin , outre les goûts particuliers , il en est de généraux à certaines nations. C’est ainsi qu’aux Indes on les préféré noires , et qu’on les teint pour cet effet avec diverses préparations. Plusieurs peuplades taillent leurs
(i) Voyez le Dentiste de la Jeunesse, par M. DuvaJ.
dents anterieures en pointes aiguës ; d’autres s’en font extraire une , pour prononcer leur langage suivant leur fantaisie, etc.
Quel que soit le goût des Européens pour la nouveauté , le chirurgien - dentiste qui voudrait introduire ces modes bizarres , ne réussirait certainement pas.
En France, comme dans les pays voisins, on est assez d’accord sur l’ensemble de la beauté de la denture. Blancheur , uniformité , Sont deux beautés qui ont excité la verve des poètes anciens et modernes (i).
. S’il m’était permis d’émettre mon sentiment sur l’agrément de la denture, sans contrarier celui des autres, je dirais que les six dents antérieures de chaque mâchoire étant séparées seulement de l’espace qui convient â l’introduction d’un cure-dent de plume , ont quelque chose de plus gracieux que celles qui sont trèsrapprochées les unes des autres, et qu’il est d’ailleurs plus aisé de les tenir propres.
(i) Martial et beaucoup d’anciens auteurs, et récemment M. Duvai dans son opuscule ayant pour titre , Conseils des Poètes anciens sur la conservation des dents ; et enfin M. Lemaire, dans son joli petit Ouvrage dédié aux Dames , ont rassemblé une certaine quantité de pièces de vers oii la beauté des dents est célébrée.
Sous le rapport de Futilité , celui où. le médecin doit s’arrêter plus particulièrement ,
les avis sont encore partages,
Les uns prétendent que les dents séparées naturellement, sont moins susceptibles de se carier , parce que des particules d’alimens ne peuvent pas séjourner et se putréfier dans
leurs interstices.
Il n?est rien de moins certain , que ceux qui ont les dents naturellement écartées , soient exempts de les voir se gâter , et si on le présume , c’est que cette sorte de denture est la plus rare; néanmoins, parmi ceux qui en ont une semblable , on en trouve où la carie se fixe également. Ainsi donc, l’isolement des dents n’en est pas un préservatif assuré : mais il offre seulement le moyen de s’eu apercevoir plutôt, et personne, jusqu’ici, 11e me paraît avoir reconnu la véritable cause de la cane des dents trop serrées , parce que les savans ont tant de fois répété que ces corps étaient inorganiques , et qu’ils n’admettaient aucune circulation dans leur tissu, que les dentistes euxmêmes, tout en ayant des preuves du contraire , n’osaient contrarier leurs maîtres, il est tems que des expériences positives lassent tomber l’erreur. L’os de la dent est seosmle, et mime très-sensible : dans un autre tems
ren rapporterai beaucoup de preuves, Au* jourd’hui , je dois me contenter d’en citer une seule. Lorsqu’on a limé une dent de manière a enlever la couche émaillée, si on passe un corps dur sur l’os dénudé, le sujet éprouve une sensation des plus pénibles. Ce phénomène s’observe particulièrement sur les dents qu’on raccourcit; et plus le sujet est jeune, plus le sentiment est pénible. Il est même beaucoup de personnes qui ne peuvent supporter l’ablation de l’extrémité d’une dent. Chez beaucoup de celles sur lesquelles elle a été exécutée , la dent est douloureuse au contact des corps froids , pendant un tems plus ou moins long , et jusqu’à ce que le phosphate calcaire apporté ait formé une cicatrice osseuse.
La nutrition s’opère donc dans les dents comme dans tous nos autres organes, celles qui sont trop serrées se carient dans les points où elle est interceptée par la pression, et où précisément aucunes particules d’alimens ne peuvent s’introduire. La carie commence alors par la mortification de quelques cristaux de l’émail dans lesquels la circulation se trouve empêchée par la compression; ainsi l’extrémité d’un doigt serré avec une corde , meurt , et la gangrène se développe ; ainsi encore , deux branches d’arbres fortement pressées l’une
Contre l’autre , s’altèrent et se carient ; mais un de nos doigts ne se putrifierait pas , en l’entretenant ntême long-tems dans des matières en décomposition. En conséquence je crois qu’il est bon de séparer les dents serrées, tant pour en faciliter l’arrangement régulier, que pour favoriser la circulation qui se fait dans 1 email. Je pense également qu’il est utile d’enlever les portions anguleuses , qui empêchent certaines dents de se porter dans le cercle. Au reste les opérations de pure précaution , peuvent être retardées jusqu’à l’àge de quinze, seize, ou dix-sept ans, parce qu’à cette époque cie la vie , les dents ont acquis un dégré de dureté et d’accroissement suffisant pour quelles soient moins sensibles à Faction de l’instrument; et que, d’ailleurs , ainsi que je Fai dit dans le cours de cet Ouvrage, le cercle maxillaire ayant acquis à-peu-pres son etendue anterieure , il n’y a plus d’espérance que ces dents s alignent
sans le secours de Fart.
On n’a conçu de la répugnance pour la
séparation artificielle des dents , que par 1 opinion ou l’on est généralement , que l’émail est nécessaire à leur conservation. Assurément Fauteur de la nature peut avoir eu 1 intention de garantir ces os, en leur accordant une souche dure , polie , et peu sensible , qui
empêche les alimens, le froid, le chaud, etc., d’agir sur la substance même de la dent : cependant la principale destination de 1 email Semble être de rendre plus difficile l’usure des os qui n’en sont que recouverts chez l’homme , taais qui l’admettent dans l’intérieur même de leur substance, chez les animaux destinés à vivre de végétaux très - résistans. Tel est le cheval ? l’eléphant 5 le ni ors c* y etc»
Si l’extrémité d’une dent incisive se trouve rompue dans une chute , ou par un caillou rencontré dans des légumes, ou bien encore, si on raccourcit des dents trop longues, etc., elles ne se carient jamais par suite de ces ablations , à moins que le ganglion n’ait été mis à découvert ? ou que la commotion n ait entraîné des accidens graves.
Dans les espèces de caries 5 reconnaissant pour cause une lésion extérieure , on est forcé de limer ou de buriner (i) une partie considérable de la dent ; et ce travail , au lieu de lm nuire, garantit ce qui est sain ; donc une portion de l’émail peut être enlevée, sans danger,
(i) Voyez mon Odontologie , où j ai proposé ce moyen qui a de grands avantages sur la lime , en ce qu’on enlève la carie sans faire de brèches désagréables a la
vue.
et si les dents qui ont été limées se gâtent encore après cette opération, il faut en chercher la cause dans une disposition particulière du sujet; c’est le sentiment de tous les chirurgiens-dentistes les plus distingués de l’Europe.
Plusieurs dentistes réputés ont (i) conseillé d’enlever quelques dents de seconde dentition , pour donner un peu plus d’aisance aux autres ; ce moyen me répugne et ne me paraît pas recommandable. J’estime qu’une bonne dent est un trésor qu’il faut conserver ; car Celle qu’il Vous plaît doter eût peut-être duré davantage que celle que vous avez conservée , et je ne me résoudrais jamais h ce sacrifice , dans la seule intention de donner de l’aisance à des dents déjà bien rangées ; quelques traits d’une lime fine me semblent donc préférables : mais j’observerai, à ce sujet , que les limes épaisses et larges dites à dentistes , ne sont pas propres à la séparation des dents non cariées , parce qu’on est obligé de commencer l’opération par le bord tranchant de la dent, et que rarement on peut aiTiver jusqu’au collet sans couper la gencive , alors il reste une espèce de coin qui s oppose au rapprochement désiré. Je leur substitue donc
(i) Voyez Bourdet , Gariot ? pago 21 7 f ^ autres auteurs.
depuis long - teins avec avantage, de petites limes minces et pointues , dites à è vider (i) > qui me permettent d’exécuter la séparation, en commençant près les gencives pour gagnei le bord tranchant de la dent.
Il ffest pas moins avantageux de raccourcir les dents incisives et conoides trop longues, et plus d’une personne a dû l’usure , la carie ou l’ébranlement et la chute des correspondantes à la longueur contre nature de quelques dents. En effet, supposons celles d’en bas dans ce cas , elles frappent continuellement les supérieures à leur talon , elles les fatiguent et y déterminent un sentiment douloureux qui attire bientôt une phlegmasie du périoste,
ou du ganglion central, d’où naissent divers
accidenS;
J’ai vu quelques personnes dont les dents antérieures inférieures, après avoir chassé en avant les supérieures, enfonçaient leurs tianchans dans la gencive et la faisaient saigner h. chaque occlusion de la bouche. Il en est de
(î) Je dois ce moyen à mon père, ancien chirurgiendentiste de la cour de Suède. Je fais fabriquer mes limes rue Gërard-Boquet , N°. 4 , à Paris , chez Raoul , dont h trempe l’emporte même sur celle des Anglais.
même
même des dents supérieures qui hachent les gencives inférieures.
Dans tous ces cas , dont il est sage de prévoir les suites, il faut conseiller de faire raccourcir les dents d’une longueur plus qu’ordinaire. Au reste, je ne puis trop le répéter, il n’arrive point que cette opération nuise aux dents sur lesquelles on la pratique, soit avec la lime, soit avec la pince coupante.
D’après ce que je viens de dire , qui n’est que le fruit de la plus stricte expérience, la lime conduite avec prudence , n'est point pour les dents un instrument dangereux , son emploi est quelquefois inutile, mais jamais il n’occasionne la perte de c es organes.
Si le bel arrangement et la régularité des dents donnent beaucoup de grâce à la physionomie , ils sont encore d’une telle importance pour la santé, qu’on ne saurait trop les favoriser, ou les déterminer. Lorsque la symétrie des deux axxades dentaires a lieu, elles tombent à plomb l’une sur l’autre , et la mastication s’exécute facilement ; mais si quelque dent est hors de rang , et qu’elle heurte la correspondante, elle la rend douloureuse, elle rebranle, et le souffrant est forcé d’avaler ses ali me us avant qu’ils soient suffisamment pénétrés de salive, d’où résultent, des digestions laborieuse^
On observe encore que le calcul s'amasse plus aisément sur des dents mai rangées , et qu'il les déchausse | enfin les gencives comprimées par le trop grand rapprochement de ces organes , s’engorgent et saignent avec facilité. L’enlèvement du tartre guérit momentanément 5 mais l’évulsion d’une des dents et le redressement des autres , peuvent seulement empêcher la récidive.
Dans tous les cas , on doit faire en sorte de prévenir l’accumulation de cette crasse nuisible et dégoûtante, qu’on voit a regret déparei la bouche de tant de personnes du monde. J’en connais qui croiraient manquer de propreté , si, chaque jour, elles ne nettoyaient les diverses parties de leur corps avec des savons et autres cosmétiques ; mais qui , par une négligence impardonnable , oublient d accorder les moindres soins à leurs dents , et qui les laissent se couvrir d’un enduit jaunâtre dont les couches superposées finissent par acquérir une épaisseur considérable. 11 existe même quelques individus qui tirent vanité de 1 insouciance qu’ils affectent pour la conservation de ces précieux organes, et qui, dédaignant nonseulement les secours du chirurgien-dentiste , ne leur accordent pas même les soins que 3a décence exige ; cependant les diamans que
certaines personnes étaient si pcmiteüsëtueni j, Valent-ils une bouche fraîche et bien ornée ; et croient -(elles racheter, par l’éclat de leur toilette, le dégoût qu’inspire une haleine désa» gréable ?
Pourquoi ce savant , dont l'esprit égale Tins» truction , s'exprime-t-il avec tant de difficulté ? C’est que la carie ou le tartre l’ont privé de la moitié de ses dents ; celles qui lui restent sont menacées d une chute prochaine. Il est vrai qu’il ne s’aime pas assez pour les faire nettoyer , et encore moins pour faire remplacer celles qui lüi manquent : mais , ne doit-il rien faire pour ses auditeurs que des jets continuels de salive obligent de s*essuyer le visage a tout instant , ou de se tenir à une distance respectueuse ?
Assurément l’homme qui prend de sa per^ sonne des soins trop minutieux , devient pour la société un être insupportable \ cette faiblesse ne peut guère être excusee que chez le sexe aimable dont l’extérieur charme et entraîne le nôtre : mais l’excès en tout est contraire au bon goût. Tout en bannissant une conduite efféminée , nous ne devons pas craindre d’être accusés de coquetterie eh entretenant tous nos organes dans leur état de santé naturel. Si nous
ne voulons rien faire pour plaire , tachons au moins de ne pas etre degoutans .
Quiâ , si prœcipiam , ne fuscet inertia dentes t
Oraque susceptd manè lavent ur aqua ?
Oyide.
On ne saurait donc trop recommander aux jeunes gens, les soins journaliers, d faut les y habituer de bonne heure , ils leur devront cette fraîcheur des gencives qui plaît tant. C’est par eux que les dents conserveront cette séduisante blancheur qu’on admire chez les autres , quand on se refuse à soi— meme une parure si peu dispendieuse et qui sied à tout â<*e. Une brosse * dont la dureté doit être calculée sur la sensibilité relative des gencives * suffit ordinairement pour enlever le limon» Un peu de craie , de charbon , ou tout autre dentifrice innocent peuvent, de tems en teins, servir d’auxiliaires. Mais défiez-vous de ces poudres qui doivent leur célébrité a la crème de tartre ou à Facide oxalique, qui ne blanchissent l’émail qu’en en détruisant une petite couche chaque fois quon y a recours. Ces dangereux mordans détruisent peu -à- peu le phosphate calcaire, base des dents; ils mettent à nud la gélatine: de soi te que ces petits os, momentanément blanchis.
jaunissent bientôt , par cela même qu’on aura voulu les faire devenir brilla ns i en lin ils les rendent sensibles au moindre contact. J’ai vu ces effets être le résultat de l’usage trop fréquent de poudres ou de liqueurs acidulés dans lesquelles quelques spéculateurs ne craignent pas même de faire entrer des acides minéraux , dont l’action perfide ne donne de 1 éclat qu en dévorant la partie la plus solide de la dent.
Du Tartre au Calcul buccal
Ïje tartre , ou tuf, ou odonto-lithle est une matière çalculaire qui s amasse sur les dents.
L’analyse en a été faite tant par nos chimistes français , que par les étrangers (i) ; mais chacune de celles qu’ils en ont données, diffère nécessairement, parce que le calcul buccal qu ils ont analysé , a été recueilli sur des sujets de tenipéramens différens ; ce dont ils paraissent ti avoir tenu aucun compte. Cependant cette substance pierreuse est loin d’être de même nature et de renfermer les memes principes dans tous les
(i) Voyez les Ouvrages de Fourcroi et Vauquelm , Bouillon-la-Grange , Thénard ) ceux de Pepys, Davy , Fox , etc.
individus ; ainsi le tartre noir et sec qui se trouve en petite quantité autour du collet des dents de ceux qui sont de constitution parfaite, se dissout difficilement dans 1 acide muriatique. Le tartre jaune et sec de ceux qu’on appelle bilieux s’y dissout beaucoup plus aisément, le tartre blanc et mou des muqueux est très-peu soluble dans les acides : mais il 1 est dans les alkalis. Celui-ci renferme une grande proportion de fibrine , et les autres beaucoup plus de bases terreuses. Des analyses exactes et comparatives des diverses especes de calcul buccal sont donc à faire , et je ne doute pas qu’on ne trouve de grandes différences en~ tr’elles. Quand bien même encore les chimistes auraient pris toutes les précautions qui eussent pu rendre leurs opérations de quelqu’utilité aux médecins , il resterait encore une autre question à traiter et qui est infiniment plus importante . pour le physiologiste. Elle consiste dans la résolution du problème suivant :
D’où provient le calcul buccal ? Est-ce une sécrétion , ainsi que quelques personnes 1 ont écrit ? Est-ce un dépôt de la salive , ainsi qu’on le répète depuis des siècles dans tous les ouvrages de médecine? Ou bien ne serait-ce point une exhalation terreuse et maladive de la membrane muqueuse des gencives ?
Jourdain et quelques autres ont supposé que le périoste des dents était parsemé de petites glandes qui sécrétaient le tartre . Gariot dit simplement qu’il vient des gencives : mais un auteur récent a annonce qu’il avait fait la decouverte de glandes dentaires , qui seraient mieux nommées calculaires , sii était vrai que la nature eût affecté un appareil à cette fâcheuse production. Au reste , cet anatomiste ne s’est-il point trop empresse d en supposer l’existence ? Les petites glanduies qu’il désigne comme telles, n’appartiennentelles pas à l’appareil muqueux et salivaire , car la salive, ainsi que tous les physiologistes le savent , est non-seulement fournie par les parotides , mais encore par une assez grande quantité de grains glanduleux répandus sur divers points de la muqueuse buccale , et qui sont très-remarquables chez les animaux ruminans. Je crois donc qu’il y a supposition gratuite de * la part de l’auteur, attendu que les enfans en très-bas âge n’ont point de tartre aux dents ; et que cependant c’est sur eux qu’il croit avoir observé les glandes qu’il dit le produire. Si elles existaient réellement, au lieu de décroître, elles devraient augmenter de volume avec l’age, et leurs fonctions s’établissant de plus en plus, elles seraient très - volumineuses chez les
vieillards, et chez ceux qui sont sujets au tartre. Or , on ne trouve rien qui puisse en faire soupçonner I existence sur ces divers individus. Il est donc contraire à la bonne physiologie d’admettre que des organes sans fonctions, seraient très — visibles , tandis que, lorsqu ils les exerceraient, on ne pourrait les apercevoir ; car dans ce cas , il en serait pour les glandes dentaires de Fauteur, en sens inverse de toutes les autres , qui se prononcent d’autant plus qu’elles travaillent davantage. Cette théorie ne pouvant être admise , je ne crois point à 1 existence de ces glandes , que d ailleurs j ai eu la bonhomie de chercher en vain.
Quoi qu’il en soit , et malgré le sentiment de quelques chirurgiens - dentistes observateurs, l’hypothèse la plus accréditée sur la formation des odontolithles , est que les sels terreux contenus dans la salive , s’en trouvent précipités par un agent chimique , et déposés a mesure sur les dents où ils s’aglutinent par le moyen du mucus de la bouche.
Cette supposition , admise par le dentiste anglais Fox > est généralement répétée sans examen dans plusieurs de nos ouvrages élémentaires modernes; c’est par un moyen analogue que les calculs de la vessie, des reins, de la vésicule du fiel , etc. , sont , dit - on 9
formés (i) : mais ce point intéressant de physiologie pathologique, a-t-il été étudié sous tous ses points de vue? En effet, on trouve des calculs , non - seulement dans les cavités destinées à servir de réservoirs à certains fluides ; mais il s’en rencontre dans l’estomac de quelques animaux , dans leurs intestins, dans les articulations des goutteux, dans les conduits de quelques glandes , dans le parenchime du fo^e et du poumon , dans l’épaisseur des muscles , , et enfin dans le cerveau lui-même où ils ont été pris à tort pour des portions ossifiées de la substance de ce viscère (2). Il est néanmoins digne de remarque, que les membranes muqueuses, ainsi que les sinoviales et les glandes qui fournissent un mucus, sont plus particulièrement sujettes à produire des concrétions. Ainsi on en rencontre assez fréquemment dans lés tousilles ou amygdales, dans le nez , dans le sinus maxillaire , dans le conduit auditif externe, dans les articulations , etc. f d’ou il me semble plus naturel de penser qu’elles sont le produit d une
(!) Y°y. les Recherches sur les causes de la gravelle , par Magendie, 1818. Le Dictionnaire des Sciences Médicales , An Essay on the chimical bistory , and medical treatement of calculous disorders , by Marcet , London.
(2) Voyez l’Anatomie du cerveau , par le Dr. Gall.
exhalation accidentelle des capillaires sanguins, à laquelle sont plus disposés les systèmes muqueux et sinovial.
La médecine hyppiatrique nous fournit un exemple qui vient à l’appui de ce que j’avance» M. Dupuy , professeur de l’école vétérinaire d’Àlfort, a démontré que les membranes muqueuses de certains animaux, étaient sujettes à une maladie ealcuîaire , qu’il appelle tuberculeuse , et qui consiste dans la formation de petits graviers que l’on rencontre dans l’épaisseur de leur tissu , et dont l’analyse donne à-peu-près les mêmes produits que les autres pierres .
Assurément, ce genre de concrétions , ainsi que celles qui se rencontrent , soit dans le nez, soit dans les sinus maxillaires , etc. , ne peuvent provenir que d’une exhalation maladive des membranes , puisque là il n’existe aucun autre fluide que du mucus , encore n\ y séjourne t-il quJ assez peu de terns .
Les exhalans des gencives me semblent fournir le tartre de la même manière ; ils en charient plus ou moins , suivant qu’elles sont saines ou phlogosées, et que le sang qui pénètre dans leurs capillaires, contient davantage de terre calcaire ; c’est une observation sur laquelle j’ai
maintes - fois fixé l’attention des élèves qui suivent soit ma visite aux Orphelins, soit mes consultations particulières. Là où les gencives sont malades , elles se couvrent d’une couche blanchâtre, molle d’abord, et qui peu-à-peu s’amasse sur les dents où elle se durcit. La ou elles ne sont point phîogosées , elles n en fournissent pas : de sorte qu’on voit quelquefois les dents de tout un côté de Sa bouche dont les gencives sont très-saines , n’avoir pas un atome de calcul , tandis que du côté opposé , où elles sont enflammées , il y en a considérablement ; cependant la salive baigne toute cette cavité. Cette
remarque est facile à faire , i°. Sur les enfans qui changent leurs dents : parce que du côté ou la mue s’opère , les gencives sont plus ou moins irritées. 2°. Sur une personne d’une bonne constitution, et qui n’a point habituellement de tartre aux dents, mais qui étant attaquée de fluxion sur une seule joue , éprouve un catarrhe de la muqueuse de la bouche. Le côté affecté présente une salive visqueuse et des gencives chargées d’un limon blanchâtre très-abondant ; tandis que de l’autre , il n y a rien de semblable. Si on écarte la joue avec une cuiller , et qu’on regarde sortir la salive parotidienne, elle coule , il est vrai, en plus grande abondance que d’usage : mais elle est aussi lim-
pide. 5°. Examinez encore la salive venant immédiatement de la parotide, sans avoir pénétré dans la bouche, et se répandant sur la joue par une fistule du conduit de la glande; vous la verrez tomber goutte par goutte, sans être filante ; si on la recueille et qu’on l’analyse, on ri y trouve point de phosphate calcaire ; mais si, sur le même sujet, on prend de la salive buccale , on observe qu elle est plus ou moins muqueuse , et que les sels terreux y sont d’autant plus abondans , que les proportions du mucus sont plus grandes. 4°* On a détourné sur un cheval les conduits de Stenon, (i) afin d’obtenir le fluide tel qu’il est secrété par les glandes , puis l'analyse en ayant été faite , on n’y a pas rencontré de terre calcaire ; cependant on observe fréquemment, sur cet animal , des concrétions dans les conduits : elles sont donc le produit d’une exhalation de la membrane muqueuse qui les tapisse , et non un dépôt de la salive qui les parcourt.
En général, j’ai observé que la quantité de calcul était en raison directe de la proportion et de la consistance du mucus buccal, dans tel état de santé que se trouve le sujet , quels que soient son âge et son tempérament , il est encore
(ï) Expérience faite à l’Ecole Vétérinaire d’Alfort.
en raison inverse de sa force relative (i). Par exemple , un sujet de bonne constitution et dans la vigueur de la jeunesse , a une salive buccale , avide d’air. Elle s’en sature de manière à devenir mousseuse , elle nage a la superficie de l’eau distillée, et s’y mélange bientôt; ü a peu ou point de tartre aux dents ; mais aussi-tôt qu’une maladie , ou la vieillesse 1 a affaibli , la salive devient muqueuse , elle nage entre deux eaux , elle ne se mélange point à ce liquide , souvent même elle va au fond; une plus ou moins grande quantité de tartre s’amasse à divers endroits de la bouche. Les principes et la quantité de la partie muqueuse de la salive , diffèrent donc singulièrement , suivant l’état de santé ou de maladie , suivant l’âge et le tempérament , ce qui fait que le calcul buccal se présente sous divers aspects ; tantôt ce n’est qu’une espèce de limon très -abondant , tantôt il constitue un corps très-dur et noirâtre ; d’autres fois , il s’amasse en croûtes épaisses jaunes, etc.
L’analyse des odonto-lithles doit en conséquence offrir des différences, suivant leurs caractères physiques. 11 en est de même des
(,) J’entends par-là, la force naturelle à chaque individu, augmentée ou diminuée accidentellement.
autres calculs qui renferment des matières dépendantes des localités. Ainsi ceux de la vessie contiennent de l’acide urique, ceux de la vésicule de Fadipocire , les bézoards sont odorans , en raison des débris des végétaux qu’ils renferment, etc.
J’ai souvent observé que la membrane muqueuse des gencives, irritée par quelque cause , soit locale, soit générale, s’enflamme, et que si la résolution a été imparfaite , il en résulte un engorgement atonique; alors les gencives restent gonflées , il s’en écoule avec facilité un sang rouge pourpre; avant cet état, elles ne fournissaient que peu de tartre , maintenant elles en donnent une grande quantité. Ici la formation du tartre a lieu par suite d’une affection catarrhale chronique de la membrane buccale, qu’il faut combattre, i°. en enlevant ce corps solide , et en usant journellement des soins de propreté ; 2°. Par les collutoires résolutifs quelquefois acidulés , et enfin par les toniques spiritueux et astringens ; mais si l’atonie est telle , que ces moyens ne suffisent pas pour relever l’énergie des vaisseaux des gencives, qui sont tombés dans une espèce d’affaissement, la contractibilité de leur tissu devenant nulle, la matière calcaire peut nonseulement les parcourir , mais encore le périoste
dentaire se dessèche , et il s’écoule d’entre les gencives et les dents une matière purulente qui les fait tomber par déchaussement, quoiqu’elles soient fort saines.
L’inflammation accidentelle ou aigüe des gencives passant tres-facilement a 1 état chronique chez quelques personnes , on doit se hâter de la résoudre : pour y parvenir , on est même quelquefois obligé d’avoir recours à différens moyens thérapeutiques, et quoiqu’on ne puisse espérer d’empêcher entièrement la production du tartre, au moins on en diminue la quantité; ainsi un vésicatoire ou bien des purgatifs répétés, sont, quand on les emploie à propos , des moyens infaillibles. Je les ai souvent conseillés, et j’en ai obtenu du succès à la suite de fluxions qui étaient passées à l’état de catarrhe buccal. Ce n’est donc pas sans plaisir que j’ai lu dans le deuxième article (i) de l’analyse d’un Essai sur l’histoire chimique et le Traitement médical des maladies calculeuses, par M. Marcel , médecin à Londres, qu’il avait fait la même remarque au sujet des calculs vésicaux. Ici le purgatif agit en déplaçant le siège de l’irritation.
(i) Voyez le Journal rédigé par MM, Beclard? Magendie? etc,; tome premier? page
En réfléchissant que les personnes qui sont lé plus sujettes aux odontolithles , ont également la langue plus ou moins sale , le matin a jeun. , ne pourrait-on pas croire que cette disposition est générale dans toute l’étendue de la membrane intestinale , et que ces tempéramens appelés bilieux, le seraient très-improprement? Les affections qui leur sont particulières ne tiendraient -elles pas plutôt à une disposition des muqueuses, lesquelles sécréteraient plus ou moins abondamment de cette crasse jaunâtre ressemblant beaucoup à un tartre mou et contenant beaucoup de mucilage (i).
D’après ce que je viens d’exposer, la formation du tartre peut dépendre soit dune idiosyncrasie de la bouche , soit d’une irritation locale , soit d’un affaiblissement general des solides , soit enfin d’une surabondance de terre dans les fluides. La véritable cause n’en sera donc pas reconnue par l’inspection superficielle de quelques parties des gencives, mais par 1 exa-
(i) On peut s’assurer de ce que j’avance , par une expérience très-simple et qui consiste à recueillir cette
crasse avec un ^rate-langue , pendant une quinzaine de
jours , et à l’amasser dans un verre d’eau : on décante
tous les matins , et on met de nouvelle eau. H se forme
au fond du vase un précipité jaune ou gris qui a tous
les caractères du calcul buccal.
me u
men appi’ofondi de toutes les parties de la bouche. Celui qui est le résultat de l’inflammation locale , n’encroûte ordinairement que quelques dents ; il est dur et les gencives sont saines par - tout où il n’y en a point * on l’observe sur les dents douloureuses par suite d’une périostite. Celui qui dépend de l’idiosyncrase , est répandu par toute la bouche, et peut être très-consistant : celui qui est déposé par suite d’une faiblesse générale des vaisseaux, Test peu, il est blanchâtre, ou jaunâtre, et très-chargé de mucus. Toutes les gencives sont gonflées , tendues , luisantes , molles ; tel est celui qui se voit sur les personnes attaquées d’affections scorbutiques. Celui qui est le résultat d’une surabondance de terre dans nos humeurs , encroûte toutes les dents , il est souvent sec et dur^ il refoule les gencives, il les met en bourrelet , mais elles conservent leur fermeté. Ce dernier se rencontre sur les gens d’un tempérament bilieux et âgés ; chez la plupart , la langue est continuellement salie par une couche jaunâtre.
Dans tous les climats du globe 9 ôn n’est pas également sujet au calcul buccal. En général, les voyageurs que j’ai consultés à ce sujet, m’ont assuré que dans l’Asie^ dans l’Afrique, et dans toutes les régions où îa
chaleur est grande, les dents sont bonnes et peu chargées de tartre; il en est de même dans les pays tempérés et éleves : mais dans les lieux aquatiques , froids et sujets aux brouillards , la bouche contracte facilement l'affection catarrhale qui produit beaucoup de crasse. Au reste , sans porter nos regards si loin, ne voyons-nous pas les joyeux habitans de la Provence , avoir peu souvent recours aux dentistes , tandis que dans les ports de mer de l’Ouest de la France, tels que le Havre, Dieppe , etc. , on trouve une grande quantité de personnes dont les dents sont mauvaises , et qui les ont très-encroûtées de calcul ?
Sous le rapport de Fâge , les enfans ont peu de tartre , à moins qu’ils ne soient d’une mauvaise santé.
Les adultes en ont davantage , et sur-tout à mesure qu ayant passé trente ans , ils s’avancent vers la vieillesse.
C’est sur-tout dans la dernière période de îa vie , que la bouche en présente beaucoup , parce que la terre calcaire qui se trouve en abondance dans nos humeurs , devenant superflue , sort par les exhalans de la peau et des membranes muqueuses. Sous le rapport du tempérament, les sanguins en forment peu , les bilieux en ont beaucoup , les muqueux davan-
tage ; et les caractères physiques et chimiques du tartre diffèrent sur chacun d’eux.
L’état relatif de santé dans chaque tempérament , en fait encore varier la proportion , de sorte que le médecin peut tirer avantage de cette observation * car la formation plus abondante du tartre , sans inflammation locale ca~ pable de l’avoir déterminée, est le résultat de l’affaiblissement des solides du sujet; d’où résulte nécessairement un changement dans les qualités des fluides.
Si nous jetons nos regards vers la vessie f pour y étudier par analogie la formation des pierres, nous serons condüits à faire l’application des mêmes principes: en effet, lorsqu’on retire une sonde qui a séjourné quelque tems dans cette poche , on en trouve fréquemment certains endroits chargés d’une incrustation calculaire , quoique le malade n’ait jamais éprouvé d’accidens annonçant une disposition à la gravelle. J’ai eu, dans ma pratique médicale , l’occasion de faire cette remarque , et on en rapporte encore un exemple bien remarquable dans le journal de Sédillot , juillet 1818, où l’on donne l’histoire d’un soldat de bonne santé 9 auquel on plaça une sonde élastique pour prévenir l’obturation du canal de l’urêtre. Ayant été négligée , elle séjourna
dans la vessie pendant soixante - dix - neuf jours , au bout desquels on avait résolu de pratiquer la taille pour enlever un calcul qui s’y était attaché et qui empêchait qu’on ne pût la retirer : mais le malade , redoutant le bistouri, « fit sortir la sonde avec force. On )) la trouva remplie de muquosités épaisses „ qui la bouchaient entièrement : elle était
» altérée dans sa surface, rugueuse dans deux
» pouces de sa longueur, et portant à sou j) extrémité qui avait été dans la vessie , une )> concrétion urinaire du volume dune giosse » amande de forme ovale et un peu rugueuse »* 11 me parait évident que dans ce cas , la présence de la sonde a déterminé sur les parties de la membrane qui en étaient touchées , une irritation lente , d’où est résultée l’exhalation d’une matière concrescible ; car , si cette espece de pétrification avait été contenue dans 1 urine proprement dite, il est certain que toute la partie de la sonde qui était dans la vessie, en aurait été chargée.
L’analyse des produits des membranes muqueuses y démontrant une grande proportion de sels terreux , soupçonner la source des concrétions salino-terreuses animales dans le système capillaire de ces membranes , n'est donc pas une opinion erronée. Ne serait-il pas
possible de prendre la nature sur le fait, eu analysant d’abord l’urine d’un animal qui n aurait encore été soumis à aucune expérience; et de détourner ensuite un des uretères pour en recueillir, qui viendrait du rein seulement, afin d’en faire également l’analyse? Par le moyen que je propose , on pourrait apprécier les additions que supporte ce liquide en séjournant dans la vessie , et on connaîtrait les qualités des sels terreux qui y sont déposés par la muqueuse de cette cavité , comme il en est de la salive qui , lorsqu’elle arrive des glandes , est limpide et savoneuse, mais qui devient filante , salée et quelquefois acidulé en se mélangeant avec le mucus de la bouche. Ainsi donc , de même que je crois qu’il est démontré que le tartre est fourni par la muqueuse buccale , je pense que les calculs du rein et de la vessie , ainsi que le sédiment si abondant par leque certaines maladies sont jugées , proviennent de la muqueuse urinaire. Cette opinion peut donner lieu à des considérations dans lesquelles je ne puis m’étendre dans cet ouvrage.
Par exemple la goutte alfecte plus particulièrement les articulations, et y détermine souvent l’inflammation. J’ai disséqué par cui 10 sité plusieurs goutteux récents ; leurs sinoviaîes n’étaient qu’enflammées. Mais lorsque cette
( i is )
maladie était ancienne, il y avait dépôt dp substance çalcqire . Les capillaires de ces niera* bran es ont donc déposé les matières tophafées; celles-ci sont donc l’effet, et non la cause de l’inflammation chronique dont les articulations des goutteux sont le siège.
Enfin la bile ne contient pas d’adipocire , quoiqu’on en trouve dans les calculs de la vésicule : donc la membrane muqueuse sécrète cette matière qui la garantit de l’action irritante du fiel , ainsi que cela a lieu pour l’exha-* lation du cérumen des oreilles , parties où Ton a encore rencontré des pétrifications. Dans les oiseaux , la matière de la coque des œufs est fournie par une sécrétion particulière de la membrane de l’intestin.
Dans les ruminans un petit morceau de bois, n’ayant pas été digéré dans l’estomac , et dont le séjour s’est prolongé, soit dans le ventricule, soit dans les intestins, détermine une irritation lente , suivie d’une exhalation salino-terreuse , qui , en s’accumulant et se fixant a ce corps étranger, donne lieu à la formation des bézoards. Enfin n’est-il pas évident qu’on trouve dans l’estomac des écrevisses , de petites masses calcaires qui sont fournies par la membrane qui tapisse cette cavité ?
L’est le mode de formation de ces sortes de
concrétions chez les animaux qui m a conduit a ces diverses réflexions touchant celles cju on rencontre dans les différentes parties du corps humain , et particulièrement dans la vessie. En effet, on trouve souvent à leur centre, des corps étrangers introduits accidentellement dans cette cavité par le canal de l’urètre, or un petit caillou, par exemple, n’a pu changer la nature de l’urine , il n’a pu augmentei
la quantité naturelle de l’acide urique , etc. ; mais il a irrité la muqueuse urinaire qui s est enflammée , qui a contracté une affection catarrhale et qui a exhalé des sels terreux , base du calcul enveloppant le corps etranger.
Si on opère le sujet , la maladie se reproduit rarement , parce que la cause n existant plus , l’irritation de la muqueuse cesse , e que d’ailleurs l’opération change le mo sensibilité de la vessie ; mais si le catarr ie es passé en habitude , alors il peut y avoir recidn e.
Si les reins étaient chargés par la nature , non-seulement de sécréter l’urine , mais encore de séparer du sang les sels terreux qu on y découvre lorsqu’on fait l’analyse e ce q vient de la vessie , l’opération de la taule ne serait qu’un moyen momentané dappaiser le horribles souffrances du malade , et jamais i ng suffirait pour le guérir radicalement; car,
à peine un calcul serait-il extrait, et la plaie cicatrisée, que l’urine déposerait de nouveau de la matière calculaire ; ce qui nécessiterait d’opérer tous les six mois ou tous les ans , pendant toute la vie : ou bien on serait obligé de tenir le malade à un régime sévère et peu nourrissant, auquel peu d’individus consens tiraient à se soumettre, et même qu’ils ne pourraient supporter.
Il me semble donc que toutes les différentes pétrifications qu’on rencontre dans tant de tissus divers de l’économie , reconnaissent un même mode de formation indépendant de toute suspension préalable de terre calcaire dans un fluide , et qui en serait précipitée par une opé-^ ration chimique : d’après cela je pense que les matières salines contenues dans le sang artériel , pénètrent par suite d’une affection locale chronique, dans les capillaires des divers systèmes , dont les bouches exhalantes les laissent sortir.
Je terminerai ces aperçus par faire observer que l’opinion que j’ai conçue depuis longteras , touchant le mode de formation des calculs en général, me paraîtrait se rapprocher de celle de Hunter, ce qui peut y donner un certain poids. Ce célèbre chirurgien a même du faire dans sa patrie , un travail particulier
sur cet objet, mais s’il l’a publié, je n’ai pu
encore me le procurer.
Au reste , quoique les idées que je viens d’émettre , aient pris leur source dans l’intime conviction où je suis quelles sont viaies en ce qui regarde le tartre buccal, et bien qu elles diffèrent de celles des physiologistes , d’après lesquelles M. Magendie , en France , et M. Marcet, en Angleterre , viennent de publier de trèsbons Traités ; le premier sur la gravelle , et le second sur les calculs vésicaux j J obser verai néanmoins que les moyens qu’ils indiquent pour prévenir ou guérir les maladies calculaires, seraient également ceux auxquels on devrait avoir recours pour empêcher la formation du tartre , si l’on n’avait pas l’avantage de pouvoir appliquer sur la membrane muqueuse de la bouche , les remèdes locaux propres a en combattre l’amoncellement. Au reste, tout régime tendant à diminuer la quantité des sels terreux qui entrent dans la composition de nos parties , sera un préservatif des odontolithles , ainsi que des autres calculs.
Réflexions sur les accidens qui se manifestent pendant le développement de la deuxième Dentition . — Affections locales qu’il est essentiel de distinguer de celles qui résultent d’un vice général , - — Asténie des enfans .
L’epoque de la deuxième dentition est pour l’homme , comme pour les animaux chez lesquels elle a lieu, le moment où ils cessent d’être enfans pour devenir adultes.
De même qu’un pilote habile, assis tran-» quillement près du gouvernail, sait éviter les rochers, le médecin philosophe peut, par une sage manœuvre , faire franchir à l’enfance le passage quelquefois orageux qui la sépare de la virilité.
Quoique la mue des dents soit une opération naturelle, elle est souvent précédée ou accompagnée d’accidens locaux ou généraux. Presque toujours, la partie de la gencive qui environne la dent qui va muer , est légèrement enflammée , une faible irritation s’y annonce même long-tems avant, et quelquefois encore de petits abcès s’y forment; mais on ne les observe le plus souvent , que si la dent
temporaire s est cariëe. On a aussi , de teins à autre , occasion de remarquer ia dissolution maladive de la paroi anterieure de l'alvéole, et la sortie à travers la gencive, de l’extrémité de la racine delà dent temporaire. ( V . fig . 22. ) Au reste, ces petits accidens exercent rarement une influence fâcheuse sur les dents de remplacement , à moins qu’ils n aient été accompagnés de cane de l’os maxillaire , et occasionnés par quelque maladie générale.
Enfin ils se manifestent plus particulièrement a certaines époques de la vie ; ainsi 1 ossification des bicuspidées, commençant entre trois et cinq ans, 011 observe que les enfans de cet âge sont sujets à des mal-aises que 1 on ne peut attribuer qu’à cette cause. ïls sentent dans les mâchoires un prurit obtus qui les rend hargneux , quoiqu’ils n’éprouvent pas précisément de douleur fixe. Il arrive, même fréquemment , que les molaires , dites de lait , se carient, que leur périoste s'enflamme, et qu’il s’établit sur la gencive de petites fluxions sui vies de fistules d’ailleurs peu inquiétantes. Il paraît donc que le développement de la dent de remplacement qui s’opère entre les racines de la temporaire , donne lieu à ces phlegmasies. Si les enfans sont amenés dans cet état chez le chirurgien-dentiste , celui-ci ne doit négliger
aucun moyen de les soulager , sans en venir à révulsion. En conséquence , il fera saigner la gencive avec la pointe dune lancette, il conseillera de la frotter avec quelque résolutif calmant, afin d’éviter de faire une évulsion d’autant plus douloureuse, que les molaires temporaires ont, à quatre ou cinq ans, des racines très-fortes ; ( V oyez Jig. 20 bis. ) Les parens ne sauraient donc trop se penetrei du service qu’ils rendent a leurs enfans , lorsqu’ils leur font visiter la bouche des 1 âge le plus tendre , parce qu’il est essentiel de soigner les dents dites de lait > de manière a empêcher, s’il se peut, la douleur de s’y manifester. On a tort de penser que l’enfant peut en être privé, sous le prétexte que, devant tomber un jour , il est indiffèrent qu il les peide plus tôt ou plus tard. L’enfant auquel on ôte les dents de bonne heure , mâche difficilement, et les organes digestifs en souffrent. Il faut donc employer tous les moyens possibles pour les lui conserver jusqu’à l’époque où elles doivent être remplacées. Mais il arrive trop souvent que, faute d'y avoir fait attention, la carie de ces dents détermine l’irritation du périoste , puis celle de la gencive ; ce qui oblige d’en venir prématurément à l’opération , afin d’empêcher la formation d’abcès cousidé-
Tables ,- ou qu’une fistule ne s’établisse sur quelque partie de la face. Dans ces cas ifflportans , la carie de la mâchoire , etla mortification, du germe d’une ou de plusieurs dents , sont a craindre ; il serait donc imprudent de temporiser : l'évulsion de la molaire de lait qui cause le mal , est indispensable. Lorsqu’elle est faite , on trouve les racines de cette dent environnées d’un périoste épais , fongueux , et exhalant du pus , dont il était très-urgent de tarir la source. D’après ces remarques, on voit que, quoiqui faille ménager les dents temporaires autant qu’il est possible , il y aurait de l’impentie a ne pas en savoir faire le sacrifice , lorsque leur présence peut entraîner des accidens dont a gravité l’emporte sur la perte d’une ou meme de plusieurs. Mais si l’on fait cette évulsion dans un âge tendre , on peut offenser , ou même enlever le germe de la bicuspidee , ce qui pavera l’enfant d’une dent adulte. 11 est sur-tout possible que cet accident ait lieu en ôtant une molaire temporaire supérieure , parce que ses racines , au nombre de trois, sont souvent tresrecourbées et convergent les unes ve
autres. ( / oyez jîg. 20 bis, )
Parmi les exemples que j’ai recueillis d en an,
dont quelques dents bicuspidées ne se sont pas
renouvelées, parce que révulsion des molaires
( igo }
temporaires avait été faite dans tin âge tendre f je choisirai ceux qui se rencontrent dans l’hospice des Orphelins, attendu qu'ils sont vus nonseulement par moi , mais encore parce que je les ai fait observer aux élèves qui suivent ma visite e
Augustine Brunet, âgée de onze ans, d’une bonne constitution, eut les quatre molaires temporaires de la mâchoire intérieure, attaquées de caries ; un chirurgien en fit l’évulsion , ia jeune fille n’ayant encore que quatre ans. Une de ces molaires a été remplacée , il y a six mois, par une bicuspidée, mais le bord alvéolaire où devraient venir les autres, est trèsaminci et anguleux; ce qui me fait présumer qu’il n’y a pas d’espérance que les autres dents de cette série ornent jamais la bouche de cette enfante
 cet exemple pris dans un établissement public, j’en pourrais joindre plusieurs autres puisés dans ma pratiqué journalière; car, après avoir été obligé par des considérations importantes, de faire l’évulsion prématurée de quelques dents molaires de lait, j’ai deux fois trouvé entre leurs racines, le germe de la dent sous-jacente. Cependant lorsqu’il n’est point enlevé , et que l’accroissement de la dent con-
iinue, quoique la lésion du canal osSeux que nous ayons appelé Iter dentis , et la déchirure de l’appendice de la matrice ayent eu lieu, la cicatrisation de la mâchoire peut opposer par la Suite un grand obstacle a la sortie de la bi— cuspidée, et l’appendice, sur lequel se prononce l’appareil absorbant , ayant été dilacéré , ou même anéanti, la destruction de cette cicatrice ne se fera que très-difficilement et pourra même ne pas s’effectuer. On sent qu’il en résultera des accidens graves, qui ne pourront cesser que lorsqu’on aura pratiqué la perforation artificielle de la cicatrice osseuse ; car , de cette opération peut dépendre la vie du malade. Jourdain en donne deux exemples. Il en rapporte encore plusieurs , d’enfans qui sont morts à la suite de symptômes nerveux provenus de Y odontocie des bicuspidées , devenue impossible par une cicatrice osseuse ; (i) il y ajoute la judicieuse réflexion çue beaucoup de ces petits êtres sont victimes d’ affections semblables non reconnues .
En général, j’ai observé que l’évulsion intempestive d’une dent temporaire , retardait Fodontocie de celle qui doit la remplacer. Ainsi une petite demoiselle , âgée de cinq ans,
(i) Essai de la formation des dents, pag. 5o.
a laquelle on avoit ôté , je ne sais pourquoi y i°. une incisive centrale; 2 les deux incisives latérales ; 5°. les quatre premières molaires , n’a encore aucune de ces dents revenues , quoiqu’elle ait neuf ans , que la mue des incisives d’en bas se soit bien exécutée, et que celles-ci soient remplacées , ainsi que la dent grande incisive supérieure qui lui avait été laissée. Quant aux bicuspidées , le bord des gencives étant très-aminci, il se pourrait qu’elle en fût privée pour toujours. Si l’opérateur qui a fait tout ce ravage en eût connu les conséquences, assurément les parens de cette pauvre enfant n’en seraient pas réduits aux regrets (1).
Je viens de voir une jeune demoiselle de dix-sept ans, ayant de très -belles et fortes dents, à laquelle un chirurgien-dentiste anglais enleva , lorsqu’elle n’avait encore que cinq ans
(1) Malheur à ceux qui tombent sous la main téméraire des dentistes qui n’ont point fait d’études anatomiques. Arracher des dents et en mettre , voilà en quoi ils font consister leur métier. Un de ceux-là étant allé un jour dans une pension de jeunes demoiselles ? ota tant de dents temporaires , en disant qu’il en pousserait d’autres , et jugeait qu’il fallait encore tant en ôter , que la maîtresse épouvantée trouva à propos de faire cesser ce petit carnage *
et
et demi , deux dents centrales incisives tem» poraires de la mâchoire inférieure, sous le prétexte de faciliter la sortie d’une centrale de remplacement ; mais celle qui devrait remplacer une des dents qui a été si prématurément ôtée, ne paraît pas devoir jamais se montrer; car la gencive est comprimée, et il existera toute la vie une brèche très - désagréable. Il est probable qu’en enlevant la dent temporaire, on aura offensé celle de remplacement ou déchiré les membranes qui l’enveloppent, ce qui l’a fait avorter.
Ce serait dépasser de beaucoup les limites que je me suis prescrites, et entrer dans les détails d’une foule de maladies, que de traiter ici de celles qui se manifestent pendant le cours de la formation et de la sortie des organes dont nous nous occupons. Je dois cependant faire quelques remarques sur ieà affections auxquelles les enfans sont plus sujets, pendant les dix ou douze premières années de leur vie, et qui, par conséquent, ont quelque liaison avec la dentition. Quoique les mâchoires soient alors le centre d’un travail très -actif, qui semble fixer vers la tête une plus grande quantité de fluides , je suis loin de présumer que le développement de la deuxième dentition puisse seul déterminer cet afflux ; mais comme
il pent l’augmenter, il est bon de ne pas perdre de vue que dans ces momens , les congestions sanguines sont plus frequentes dans différentes parties du cerveau; que les hémorragies nasales ^ sur-tout , sont très - ordinaires ; que le p ti alisme muqueux , et quelquefois sanguinolent, s’observe chez les enfans faibles; que les engorgemens des glandes, particulièrement de celles du col , ainsi que de celles qui avoisinent les mâchoires , sont très-ordinaires. Ces engorgemens ont des caractères particuliers, qui les distinguent de ceux qui sont de la nature des écrouelles. Chaleur et douleur sont le partage des premiers ; indolence et presque insensibilité sont l’apanage des seconds.
Les maladies des yeux , des oreilles , les empilons croûteuses du cuir chevelu , les petites dartres farineuses de la face sont autant d’affections qui se manifestent pendant Yodontophie y et qui disparaissent souvent aussi-tôt qu’elle est terminée.
Pendant les deux premiers septénaires de la vie , le travail de la dentition complique donc fréquemment les maladies, et d’autres fois, il en est compliqué. Aux époques du développement des dents, et à celles de la mue , il est souvent très - avantageux de détourner par quelques moyens, soit internes, soit externes.
I irritation dont la bouche est lé siégé , et cjm se manifeste par le gonflement et F exhalation sanguinolente ou muqueuse des gencives * que les parens et même quelques médecins prennent à tort pour des affections scorbutiques. Enfin certains enfans ont des migraines * des anorexies, qui ne tiennent qu’à un agacement nerveux de Fintérieur des mâchoires. Les dents se chargent alors plus aisément de tartre*, la mastication se fait mal , en raison de 1 ébranlement des dents temporaires, et chez plusieurs l’estomac digère avec difficulté. Il est nécessaire d’enlever le tartre , parce qu il augmente l’irritation des gencives ; d’ailleurs cette petite opération les dégorge du sang superflu.
Il faut, en conséquence , bannir ce scrupule adopté sans raison : qu’on ne doit pas toucher aux dents des enfans, avant qu’ils n’aient quatorze ou quinze ans*. Les opeiations dagie— ment peuvent seulement etre retardées jusqu a cet âge ; mais il faut user des remèdes quand leur emploi est nécessaire , et Ue pas permettre a la carie de détruire une partie des dents > avant que le moment soit arrivé où la routine ne s’oppose plus à ce qu’on emploie les moyens de X arrêter; car alors on peut répéter ce vieil adage : « Après la mort du malade $ le recoui a y* nu médecin, »
( ïQ6 )
La collection d’observations que je possède sur le sujet dont je m’occupe ici, m’a démontré que les accidens qui dépendent spécialement de Y odontocie (i)^ se développent plus particulièrement à l’instant où la couronne de la dent est prete a franchir 1 orifice exteiieui de l’appendice du sac ou matrice dentaire . Pour la première dentition , il parait que la pellicule épidermoïde qui ferme l’ouverture genci- Yale , se rompt difficilement chez quelques petits en fa ns ; et que dans la deuxième odontocie, le séjour prolonge d une dent temporal! e , dont la racine n’a pas été suffisamment dévorée à l’époque de la mue, forme un obstacle mécanique. Enfin il semble naître des accidens de ce que F absorption de la partie de la gencive qui couvre les molaires de Finie et l’autre dentition, ne s’est pas effectuée dans un tems donne (2).
Le 10 juin i8i5, étant appelé près d’un enfant âgé de cinq ans et demi , qui avait été attaqué tout-à-coup de convulsions, sans cause connue , j’appris que depuis quelques jours, il avait éprouve un saignement de nez,
(1) Ceci est applicable à la première dentition comme à la deuxième.
(2.) Voyez l’Ouvrage de Gariot, sur Es maladies de la bouche.
et qu’il se plaignait , quoique faiblement, de douleurs dans les gencives. J’examinai la bouche, et j’aperçus une première molaire, permanente d’en bas prête à sortir. Je débridai immédiatement la gencive ; au bout d’une demiheure, tous les symptômes convulsifs cessèrent ; le lendemain les pointes de cette dent étaient visibles. Quatorze jours après, les mêmes accidens se manifestèrent de nouveau ; les bains
qui avaient été vainement employés la première fois , ne réussirent pas mieux celle-ci. Ayant été réclamé uue seconde fois , et présumant que la permanente de l’autre côté, dont un tubercule semblait prêt à se montrer , pouvait causer les maux de l’enfant ; je fis la section de la gencive, ainsi que j'en avais agi pour sa parallèle. Les acculens ayant cessé, ne se sont plus renouvelés (i).
( i ) Quoiqu’il n’enlre pas clans mon plan de m'occuper en ce moment de la première dentition , je ne dois pas laisse! échapper l’occasion de communiquer une remarque dont les praticiens peuvent tirer de grands avantages. Am si que je viens de le dire , les accidens dépendant exclusivement de Yodontocie , se manifestent pendant l’espace de teins que la dent emploie à traverser l’epaisseur des gencives , ils ont d’autant plus d’intensité , que la dent est plus près de V ouverture buccale du col de la matrice dentaire \ fermée par l’épiderme de la membrane mu-
La seconde odonlocie difficile, peut encore j donner lieu lorsqu’elle s’opère avec trop
queuge ; de sorte qu’il est probable que la dilatation forcée de ce canal , et l’opposition de l'épiderme qui refuse de se diviser 9 pour livrer passage à la dent, donnent lieu à des symptômes fâcheux. La compression du tronc nerveux dentaire ne me paraît pas néanmoins pouvoir en être le résultat, parce que les parois de l’alvéole sont ossifiées à l’époque de l’odon^ tocie : mais l’irritation du ganglion , dont une partie n’est pas encore osseuse à cette époque , peut avoir lieu , et on sait que des titillemens répétés sur des parties même moins sensibles que la pulpe dentaire , détermine souvent des accidens grayes. Ainsi la présence des vers dans les intestins , le chatouillement sur certains endroits de la peau , occasionnent des convulsions.
Nous avons vu , le i5 janvier dernier, à l’hospice des Orphelins , un enfant de deux ans , peu fort , mais an-? nonçant une bonne disposition à croître. Quoique deux dents incisives seulement fussent sorties à chaque mâchoires , les quatre premières molaires s’annoncèrent à la fois : alors , prurit des gencives , diarrhée , insomnie , convulsions ) pendant une seule nuit Y odontocie de ces quatre molaires se fit j dès-lors rémission de tous les accidens : on le croyait sauvé. Peu de jours après , Y odontocie des cuspides renouvela les symptômes , mais l’enfant affaibli antérieurement par quinze jours de souffrances , y succomba.
Lorsque les premiers accidens importans se manifestent à la sortie des dents , on ne doit donc point temporiser j le débridement de V ouverture du col de la
de rapidité; c’est-à-dire, lorsque plusieurs
dents sortent à la fois.
J’en pourrais citer quelques exemples; je me bornerai à un seul, pris dans la pratique du savant docteur Gall.
Mademoiselle P. ***, nièce d’un de nos
matrice doit être exactement fait ; mais comme elle ne s’aperçoit pas sur les gencives , il est indispensable d’acquérir , par la dissection , une idée précise de sa position. afm de ne pas faire d’incisions douloureuses et inutiles. Cette petite opération peut sauver l’enfant , lorsqu’elle est bien exécutée; et dans le cas contraire elle aggrave le mal , en faisant naître l’inflammation.
J’ai pratiqué , un certain nombre de fois , cette division , et toujours avec avantage. Si tous ceux qui ont usé de ce moyen, n’en ont pas obtenu le succès qu’ils en espéraient, c’est que V appendice ne leur étant pas connu , ils n’avaient pas débridé le canal , et que l’obstacle n’avait pas cessé d’exister. La connaissance du mécanisme de V odontocie , est donc très-importante.
Enfin, les dents de lait , encore enfermées dans la mâchoire , sont ainsi que je 1 ai déjà observe, placées obliquement , de sorte que , pour débrider le sac , il faut suivre la direction du bord tranchant de la dent a laquelle on veut donner issue , sans quoi , bien que l’instrument ait touche cette dent , 1 operation est imparfaite. Dans le cours que je fais chaque armée aux élèves des hôpitaux , je leur indique positivement , sur le sujet , l’endroit où il faut faire la petite incision , et la direction qu’il faut lui donner , suivant 1 espèce de dent à laquelle il est urgent de livrer passage.
ministres 5 étant âgée de huit ans, d’une constitution sanguine et très-nerveuse , se plaignait de quelques dents molaires de lait, dont les couronnes étaient presqu entièrement détruites. Les souffrances n’étaient pas suffisantes pour déterminer l’enfant a faire oter ces dents. Bientôt un peu de toux, la pupile dilatée, l’irritabilité exaltée , l’insomnie firent avoir recours au médecin qui ordonna des caïmans , et s’attendait à combattre les accidens subséquens. Cependant, continuation des mêmes symptômes , sans qu’il fut possible de reconnaître une maladie caractérisée. Il survint plusieurs redoubîemens fébriles par jour, puis le délire nocturne.
Pendant la rémission, plaintes de douleurs dans les dents.
M. Gai! fit alors l’inspection de la bouche : en ayant reconnu le mauvais état, et apercevant le sommet de plusieurs dents adultes, qui s’engageaient entre les débris des temporaires, il conseilla qu’on m’appelât. Il me parut évident que la seconde odoniocie , en s’opérant avec trop de promptitude , déterminait les accidens ; en effet, une grande incisive droite, les deux moyennes incisives , et quatre bicuspidées , présentaient leurs couronnes â l’ouverture des appendices des matrices dentaires. L’absorption
des racines des temporaires n’avait pas eu , en quelque sorte, le tems d’être faite, et plusieurs de ces dents étaient poussées eu avant , par celles qui venaient en arrière. Les gencives qui les environnaient, étaient rouges et sensibles.
Je lis l’évulsion de deux des dents qui me parurent former le plus d obstacles. Les ce même jour , cessation de la lièvre , de sorte qu’on ne jugea plus nécessaire de tourmenter l’enfant , qui d’ailleurs avait mis beaucoup
d’opposition à nos désirs.
Quatre jours après , renaissance des accidens primitifs; nouvelle visite de ma part; évulsion des deux molaires temporaires, qui me semblèrent s’opposer à la sortie des bicuspidées ; alors diminution de tous les symptômes , et peu de jours après , convalescence parfaite. Cette intéressante observation peut suider en pareille occurrence , et prouve combien Yodontocie influe sur la santé de quelques enfans.
Mais les adultes eux - mêmes ne sont pas exempts des accidens qui résultent de la sortie des dents : celles dites de sagesse en causent de très-graves, et que beaucoup d’auteurs ont mentionnés. On voit des abcès , des engorgemens , des glandes et des gencives , des gonflemens des parties qui composent les joues ,
des phiegmasies de la muqueuse buccale , deâ fistules, des resserremens de mâchoires, des névralgies qui n’ont cédé que lorsqu’on a eu fait l’évulsion de ce s dents. L’opération est , dans ces cas , une des plus difficiles de la chirurgie. On est donc trop heureux lorsque le simple débridement des gencives suffit.
Il existe une maladie assez rare dans la classe aisée, et qui est très -commune dans celle des indigens. Elle se manifeste particulièrement vers l’époque de îa mue des dents. Serait - elle de nature cancéreuse ? Elle s’observe sup des enfans qui paraissent sains , aussi bien que sur ceux qui ont des scrophules, ou des affections scorbutiques.
Serait-ce une maladie particulière, encore inconnue ? M. Duval a déjà signalé cette disposition ; j’ai souvent l’occasion d’observer parmi la grande quantité d’enfans qui se renouvellent sans cesse à l’hospice des Orphelins, les singulières complications de cette affection, qui sont modifiées suivant le degré de force, le sexe et l’idiosyncrasie des sujets. Chez les uns , les lèvres et les gencives sont d’un beau rose animé; chez d’autres, les lèvres sont rosées, quoique les gencives soient pâles; ou bien les unes et les autres sont rougeâtres , et très-gonflées. Quelquefois encore les gencives
sont pâles et les lèvres foncées ; d ailleurs aucun symptôme de scropliules ou de scorbut; souvent même l’enfant est robuste et paraît se Bien porter.
Il commence par éprouver une chaleur et un prurit incommode aux gencives , elles s’ulcèrent autour du collet des dents temporaires ; celles - ci se déchaussent, s’ébranlent un peu. Si les accidens persistent, le mal se propage ; une douleur brûlante se fait sentir dans quelques endroits de la membrane buccale qui tapisse les joues ; des ulcérations , d’une plus ou moins grande dimension, s y forment. A ces maux se joignent chez quelquesuns , le gonflement douloureux des glandes qui entourent la mâchoire inférieure , l’entier déchaussement, et la chute des dents temporaires non cariées , et dont les racines sont souvent environnées d’un tartre jaunâtre et muqueux. J’ai même vu des portions d’alvéoles s’exfolier, puis la guérison s’opérer presque naturellement. Enfin chez quelques-uns il se manifeste des signes d’affection scorbutique; alors on observe des taches violettes a la peau. Quelles qu’aient été la gravité et la duree des lésions locales , j’ai remarqué que si les enfans atteignent leur septième ou huitième année , leurs dents de remplacement ne sont point en-
dommagées parla cause qui a fait perdre les primitives; elles sont seulement mal rangées, à cause du manque de développement des os maxillaires, ce qui annonce que pendant la maladie russification générale s’est opérée avec indolence.
Des engelures d’un mauvais caractère sont encore l’apanage de ceux-ci, leur peau est terreuse , ou blafarde , et il en est dont les chairs sont molles , l’oeil morne , l’habitude du corps langoureuse, et enfin qui ont des engorgemens réellement scrophuleux. Ayant cru reconnaître dans ces cas que la faiblesse générale dépend de celle des organes digestifs dans lesquels l’absorption se fait mal, d’où résultent divers dégrés d’altération dans les propriétés vivifiantes des liquides , j’emploie avec succès les amers et les toniques en poudre, tels que le bina , la petite centaurée , etc.
Pour le traitement local des gencives, je conseille l’usage de collutoires acidulés ou dans lesquels je fais dissoudre quelques grains de sulfate de zinc. Si ces moyens ne suffisent pas , je fais cautériser chaque jour les ulcérations avec le nitrate d’argent fondu. Beaucoup guérissent par ces remèdes simples ; mais j’ai été par fois obligé d’avoir recours au cautère actuel, dont j’ai tiré de plus grands avantages. Cependant plusieurs dans lesquels la
maladie était plus invétére'e, ont succombé après avoir éprouvé les accidens suivans :
Gonflement général de toute la membrane buccale, ulcérée d’un côté seulement, prostration des forces, pouls petit, rougeur de la joue affectée , avidité pour les alimens, soif dévorante; puis, au bout de trois à quatie jours , tache gangréneuse ( ressemblant au charbon ) , soit au-dessous de la pommette , soit auprès des lèvres ; agrandissement rapide de cette tache , qui d’abord livide , devient noire le même jour, et qui, parvenue à la largeur d’une pièce de 5 francs , se fend dans le centre, forme un ulcère icoreux, dont les boids blafards se roulent sur eux-mêmes , ainsi que des chairs que l’on soumet à 1 action d un feu très-vif. Tout un côté de la face est bientôt dévoré; les os sont à découvert, ainsi que les racines des dents, qui cependant ne se carient pas, mais qui tombent d’elles-mêmes ; une fièvre hétique consume ces malheureux êtres pour lesquels la mort devient un bienfait trop tardif. J’ai vu se passer sous mes yeux cette triste scène , chez deux enfans, dont 1 un était âgé de huit ans , et l’autre , qui était une fille , en avait six. La mort les frappa du quinze au vingtième jour apres i invasion des premieis accidens marquants, malgré tous les moyens
rationnels , tels que les toniques, et Inapplication des caustiques, Â ces traits, qui ne reconnaîtra une affection cancéreuse invétérée, avec toute son horrible suite. Cette maladie a été si bien décrite par M. Baron , qu’on ne peut que mettre à profit ses réflexions, et •tenter les moyens qu’il conseille d’employer dans des cas semblables (i)*
En général, le sexe féminin est plus sujet aux affections de cette nature, que les garçons. Il en est du moins ainsi à l’hospice des Orphelins.
La dissection que j’ai faite de plusieurs enfans atteints de cette maladie à divers degrés, m’a toujours offert les os singulièrement mous. Ceux des mâchoires sur- tout, se coupent trèsaisément avec le scapel. Le phosphate calcaire y est par conséquent en très-petite quantité, mais leurs dents paraissaient n’en être pas moins dures ; en pressant sur l’extrémité tranchante de Celles qui sont sorties, on les sent fléchir et rentrer en quelque sorte dans les mâchoires. Quelques auteurs m’ont paru rapporter ces espèces de maladies au genre scro phules ; mais par des raisons que je me trouve forcé de détailler, je ne crois pas que cette
(ï) Voyez le Bulletin de FEcole de Médecine de' Baris, i B i G , page i5(b
opinion puisse être adoptée, parce que le siège de celle-ci est primitivement dans les lympha * tiques , d’où elle peut se propager à divers systèmes > tandis que le genre d’affection dont je viens de suivre le développement, ale sien dans les organes de la nutrition > et dans les JJ aides qui leur sont apportés . D’ailleurs, dans les commencemens de la maladie , la plupart n’ont aucuns engorgemens qu’on puisse raisonnablement regarder comme de nature scrophuleuse , mais ils peuvent survenir à mesure qu’elle fait des progrès et porte le trouble dans toutes les sécrétions.
Cette mauvaise disposition que je suis souvent a portée d’observer dans l’hospice auquel je suis attaché , est quelquefois innée dans les enfans , d’autres fois ils l’acquièrent parce qu’ils ont éprouvé les plus grandes privations de nourriture. Dans le premier cas, ils sont mélancoliques , et végètent long-tems sans se plaindre d’aucun mal ; leurs deux dentitions sont très-tardives, les os de la mâchoire , ainsi que tout l’individu, ne se développent qu’avec une excessive lenteur, la membrane de la bouche et les lèvres sont pâles , la salive très-muqueuse, ces enfans sont maigres , et leurs chairs sont molles ; ce qui me fait adopter le mot d 'asténie , pour désigner cet état , car il peint le manque
de force qui existe dans tous les systèmes dé ces petits êtres dont la nutrition se fait avec une peine extrême , sans qu’il soit possible d’en attribuer la cause à une lésion distincte
de quelques organes considérés isolément.
Il paraît donc exister ici un défaut de vitalité dans tous les appareils , ce qui fait que l’enfant dépérit chaque jour , les fonctions naturelles se remplissant avec Une sorte de nonchalance. 11 n’a point d’appétit , il est souvent constipé , d’autres fois il a la diarrhée, mais il ira point de fièvre, il est craintif et nerveux , et a l’air chagrin ; enfin , il inspire un sentiment de compassion, 11 semblerait que l’hématose ne peut se faire ; car, dans ces sujets, le sang est presque décoloré et très - séreux. Doit - on , d’après Cela , trouver étonnant que les exhalans organisateurs des os , n’y trouvant presque point de terre calcaire , leur fournissent une matière sans consistance, acidulé , et plutôt destructive que réparatrice,
L’exercice aü grand air, le vin généreux, quelquefois meme un peu de liqueur alcoolique , une nourriture peu abondante , mais prise parmi les viandes succulentes, font partie du régime qu’il est indispensable de faire suivre dans cCs cas. Il faut bannir le lait et les alimcns acides ou aqueux. J’ai constamment employé
avec
avec succès , pour animer leur vitalité, les jus des plantes crucifères , V oxide noir de fer , la petite centaurée , la gentiane et le Tcina en poudres , mais à ce dernier médicament, je crois utile' à' unir V opium, qui en diminue l’action sur les organes digestifs.
Je bannis l’usage des tisannes , qui en général fatiguent l’estomac ; les purgatifs et les exutoires ne sont également employés qu’avec beaucoup de circonspection , et seulement lorsqu’il existe quelques raisons de déplacer une irritation portée sur quelqu’organe intérieur.
Je crois avoir dit plus haut que , pendant le cours de Yodontophie , beaucoup d’enfans éprouvaient des engorgemens des ganglions lymphatiques qui environnent les mâchoires, et même de ceux du cou. Comme ils sont de deux sortes, il est essentiel de savoir distinguer ceux qui sont le résultat d’une irritation sympathique, de ceux qui sont réellement scrophuleux : il est à remarquer qu’il est une seule époque à laquelle il soit possible de les reconnaître ; cette époque est celle où la cause déterminante agit: car, si l’engorgement s’est prolongé , et qu’il soit passé à l’état chronique, on ne peut arriver à leur étiologie , qu’en re-
montant au moment de l’invasion , et aux symptômes qui se sont manifestes alors.
Les engorgemens des ganglions par irritation sympathique , s’annoncent toujours par un sentiment douloureux , non-seulement dans 1 endroit qu’ils occupent , mais encore qui s éteud assez loin aux environs. Ce sont les lymphatiques qui entourent les glandes salivaires qui commencent a se gonfler , et non les salivaires elles mêmes , comme on le dit communément, ces dernières pouvant néanmoins être affectées consécutivement. Si l’irritation se communique aux lymphatiques du cou , alors le malade éprouvé un sentiment de gene le long de leur trajet , et qui produit ce que l’on appelle torticolis. Il y a même rougeur de la peau ; cependant tous ces symptômes diminuent peuà-peu, et l’engorgement se dissipe ordinairement sans beaucoup de peine. Mais chez les sujets où la réaction fibrillaire n a pas lieu suffisamment et dans un tems donne , 1 inflammation disparaît, et l’engorgement passe a 1 état chronique. C’est alors qu il est facile de le confondre avec celui qui est de nature scrophuleuse y d’autant plus que les médecins ne sont consultés, la plupart du tems, que lorsque les gonflemens dont il est question, sont arrivés au point d’avoir la même indolence.
Les antiphlogistiques et les adoucissais doivent être employés contre ceux-ci, qui, au reste, disparaissent très -souvent d’euxmèmes peu de teins après s’être manifestés.
Cependant, s’ils arrivent à l’état chronique, on ne peut guères en obtenir la résolution que par des médicamens capables de réveiller l’énergie vitale qui semble engourdie dans ces
laine brute, le calomélas pris à petites doses ( par exemple quatre grains chaque jour , pendant quelques semaines), réussissent dans beaucoup de cas.
J’ai dû signaler ici ce genre d’affection n’ayant rien de commun avec celui qui constitue les écrouelles , se manifestant également sur un certain nombre d’enfans , pendant le développement de leurs dents secondaires.
Placé , par la nature de mes fonctions , dans une position avantageuse pour observer et traiter des engorgemens scrophuleux qui accompagnent souvent la dentition secondaire , je saisirai l’occasion qui se présente aujourd’hui, d’exposer mes réflexions sur ce sujet. Cet ouvrage étant d’ailleurs destine a ceux qui s occupent de médecine dentaire, j’espère qu on ne les trouvera point hors de propos, puisque l’on ne saurait trop rassembler de signes qui
puissent les faire reconnaître , attendu que 3e ^traitement qui leur convient , diffère entièrement de celui qu’il faut employer dans le cas
précédent.
On a appelé scrophules , des engorgemens du système absorbant , sans manifestation de signes inflammatoires. On les a attribuées à une foule de causes, essentiellement difierentes, au nombre desquelles la dentition lia pas été oubliée.
Ensuite on a avancé qu’elles donnaient lieu à une grande quantité de maladies qui n ont souvent que très -peu d’analogie avec elles: de sorte que , d’après quelques auteurs , les scropliules seraient de véritables Prothees.
Si on ne considère les engorgemens dont il est question, que dans un hôpital, par conséquent sur des individus ou cette affection a influé sur la vitalité de divers systèmes, on est véritablement enclin à penser avec M. Lepeltier , que c’est une disposition particulière à tous les solides organiques. Mais celui qui est placé dans un hospice où les enfans ne sont admis qu’ autant cjfrils ne sont point dans un état de maladie très-avancée , est à portée de suivre le développement des scrophules et oe trouver que leur étiologie et leur séméiologie sont encore loin d’etre parfaites.
Voici quelles sont les observations qui m ont conduit à ces remarques. Elles sont recueillies aux Orphelins , et peuvent etre vérifiées pai les hommes de Fart. Sur un assez grand nombre d’enfans attaqués d’engorgemens indolens aes ganglions lymphatiques, des environs des mâchoires et du cou, il en est dont les constitutions sont très-variées : les uns ont des lèvres fraîches, des gencives vermeilles, des dents courtes, bien rangées, d’un émail solide; ils ont un caractère jovial : leur peau est belle et ferme , leurs membres bien développés, etc.
D’autres présentent une peau brune, les lèvres foncées, l’œil terne, et le caractère concentré; d’autres ont tous les signes que les auteurs ont accordés aux constitutions qu hs appellent scrophuleuses ; peau étiolée, gonfler ment des lèvres , ædématie de la figure et ne quelques parties du corps , caractère indolent , etc. Enfin il s’en rencontre dans tous les tempéramens intermédiaires; et, ce qui est remarquable dans toutes les classes de la société, quoiqu’il soit vrai de dire que les scrophules sont plus fréquentes dans les classes pauvres, et dans les pays très-humides , que partout ailleui s.
Ces aperçus offrent de profonds sujets de méditation , pour comparer sans prévention
les diverses explications que de grands mé-
decîîis ont données du mécanisme de la formation des scrophules.
Sauvages , Cullen et un grand nombre de savans praticiens de nos jours , tels que MM. Baumes (i) , Hèbreard (2) , Pinel (5) j S aima des (4), en ont traite comme d un vice parti— culier , susceptible de se porter sur différens tissus. M. Lepeltier (5) , donnant encore plus d’extension à leurs idées 5 semble admettre qu’une foule de maladies sont de nature scrophuleusc.
M. Broussais (6), beaucoup plus circonspect, croit que c’est une maladie purement accidentelle , et qui consiste dans une espèce de phlegmasie propre aux vaisseaux et aux glandes du système absorbant > d’où résulte une lésion de leurs fonctions, non par faiblesse, ainsi que ses prédécesseurs Font dit, mais au contraire par sur-excitation.
Lorsque tant d’hommes célèbres ont argumenté sur un point de pathologie aussi délicat, il semblera probablement assez étrange
(1) Mémoire qui a remporté le prix de la Société de Médecine.
(2) Essai sur les tumeurs scrophuleuses ; 1802
(5) Nosographie philosophique.
(4) Maladie de la lymphe.
(5) Traité complet des maladies scrophuleuses, 1818.
(6) Examen de la Doctrine Médicale, p. 141 2 * 4 5 6 ^ 14?‘
que j ose donner aussi mon sentiment. Je le ferai , néanmoins , dans 1 interet de mes éleves, et désirant, si je me trompe , qu une sage ciitique vienne dissiper mon erreur.
L’opinion la plus ancienne , et qui paiait la mieux fondée , est celle-ci , que les scro - -pilules > dans leur état de simplicité , ont leur siège dans le système absorbant . Mais les absorbans sont de trois ordres. Le i . appartient à Y assimilation immédiate , le 2 . a la clé— composition des solides , le 5e. à 1 assimilation médiate. Cependant il parait que la nature les a liés par des rapports tellement intimes , que les physiologistes n’ont pas cru devoir en laiie des systèmes séparés , quoique les fonctions de chaque espèce soient bien différentes.
Ceux qui servent à Y assimilation immédiate ont leurs bouches ouvertes dans le canal digestif. Ils se nomment chylifères . Ils se rendent dans un ordre de ganglions appelés mésentériques, destinés à travailler le produit de
la digestion.
Ceux qui servent à la décomposition , sont situés dans l’épaisseur même de nos solides , quelle que soit leur mollesse ou leur duieté.
Les troisièmes ont des bouches placées sm toutes les superficies et dans toutes les cavités. Ils se rendent dans des ganglions répandus dans
toutes les parties du corps , où ce qu’ils ont recueilli supporte des changemens qui le rend susceptible de rentrer dans le torrent de la circulation, sans y causer de désordre. Les intestins eux-mêmes ont donc deux espèces d’absorbans , ceux qui servent à l’assimilation , et ceux qui entrent dans leur propre substance , comme organes soumis à la loi de décomposition. L’intégrité des premiers est essentielle , afin que par eux le sang puisse recevoir son grand moyen de réparation: aussi leurs lésions même légères entraînent la prompte altération de ce fluide , d’où résulte une nutrition vicieuse des solides , et de - là leur faiblesse.
Les affections des autres n’entraînent pas des effets aussi rapidement funestes, parce que, si les fluides qu’ils charient sont viciés par des substances qu’ils ont pompées sur les surfaces, les principes délétères en sont atténués dans le long espace qu’ils ont à parcourir avant de se mêler au chyle , et que les bonnes qualités de celui-ci neutralise, ou même étouffe les autres dans les cas ordinaires. La sensibilité organique des vaisseaux absorbans chylifères , sera troublée , si l’on introduit dans le tube alimentaire , des substances que la nature n’a point destinées à servir à notre alimentation. D’abord, les bouches absorbantes répugneront de s’en
saisir : peu-à-peu cependant, elles s'habitueront à leur présence , elles finiront même par s’en emparer; elles les introduiront dans les vaisseaux blancs, qui les porteront aux ganglions mésantériques : mais, arrivées là, et devant y séjourner plus ou moins de tems pour subir l’élaboration indispensable afin qu’ elles soient versées dans le chyle , ces substances nuisibles
éprouveront nécessairement une nouvelle opposition de la part de ces ganglions qui refuseront, en quelque sorte, de les élaborer. De-la,
irritation et gonflement de ces organes , qui , si les mêmes causes agissent pendant un certain tems, deviennent malades , et perdent 1 apti tude à remplir leurs fonctions. Tel est, je crois, le mécanisme du développement de l’affection mésantérique , ou carreau des enfans.
Le même me semble avoir lieu dans la foimation des scrophules sous-cutanes, et des organes profonds admettant de nombreux ganglions lymphatiques ; mais il y a cette différence que la cause efficiente , au heu de léser les organes de la digestion, agit sur les absorbans extérieurs du corps. L’impulsion a donc lieu , tant dans les vaisseaux chylifères , que dans les lymphatiques proprement dites, de la circonférence vers le centre circulatoii e , et leurs maladies proviendront: T. Ceux du
canal intestinal par les ingesta y 20. Ceux des surfaces extérieures par les applicata. Ce système de vaisseaux n’exécute point la nutrition : ce sont les exhalans qui sont charges de cette importante fonction , ce que Bichat a si clairement démontre dans son Anatomie générale (1). Or les exhalans sont la terminaison du système artériel; ainsi donc, s'il est bien reconnu que les serophules ont leur siège dans les absorbans, on ne peut dire que les scrophules sont un vice de la nutrition; je ne crois pas pouvoir offrir de preuves plus certaines de ce que j’établis, que les remarques que j’ai déjà faites plus haut : qu’on rencontre des scrophules sous-cutanées dans les meilleures constitutions.
Mais si la cause scrophulciirice agit par le moyen des ingesta : le sang sera rapidement apauvri, et en effet, c’est ce qui s’observe sur les sujets qui ont des engorgemens mésantériques.
Au résumé , une faiblesse constitutionnelle de la contractilité des vaisseaux et ganglions mésantériques , ou bien , l’usage d’alimens capables de troubler leur sensibilité organique, causera leur engorgement.
(1) On lira avec intérêt l’article lymphatiques du Dict. des Sciences Médicales , qui a été traité de main de maîtres , par MM. Adelon et Ghaussier .
Le séjour dans les lieux privés d’air et de la bienfaisante lumière du soleil, et tout ce qui empêche ou suspend la transpiration insensible, feront refluer cette humeur excrémentielle dans les lymphatiques.
L’absorption de matières hétérogènes , telles que la crasse terreuse qui s’amasse sur la peau des gens du peuple qui ne se lavent point , ou qui conservent trop long-tems du linge sale, donnera lieu aux scrophules extérieures, puis graduellement à celles des organes plus profondément situés , en raison des nombreuses anastomoses des vaisseaux absorbans.
Si cette explication paraît exacte , et basée sur la physiologie, on conviendra que beaucoup d’auteurs se trompent en attribuant a un vice scrophuleux des maladies entièrement opposées , par exemple , l’osteo-malacie et la formation des tubercules calcaires, qui me semblent résulter de deux affections bien distinctes des exhalans nutritifs.
Nous devons donc chercher les raisons des scrophules , ou des engorgemens mésentériques , i°. Dans la disposition idiopatique nee ou acquise des absorbans , chez certains individus. 2°. Dans l’application de la cause productrice qui se rencontrera, soit dans les ingesta , soit dans les applicata.
En effet, tous les habitans d’une contrée où les engorgemens de ce genre sont endémiques , n’en sont pas affectés , et tous ceux qui sont soumis à l’action des causes, ne les contractent pas. En conséquence , les deux circonstances ci-dessus , sont indispensables pour que l’affection strumeuse se développe dans un sujet.
Appelons l’expérience à notre secours, et voyons ce qui se passe autour de nous.
De plusieurs enfans nés et élevés par des parons qui ont eu , ou n’ont pas eu de scrophules, un seul en est attaqué , cependant le régime est le même pour toute la petite famille , il y a donc chez celui-ci seulement une circonstance de tempérament qui Fy a disposé.
D’un autre côté , j’ai connu un père et une mère ayant eu des scrophules, ainsi que sept enfans sur neuf qu’ils avaient ^rant changé de pays , et cessé d’habiter la Hollande , où cette maladie est fréquente , ils sont venus dans le midi de la France, apportant deux enfans en bas-âge. Ceux-ci élevés sous un ciel serein, n’ont point d’écrouelles.
Ces deux exemples , que je pourrais appuyer de divers autres tirés de ma pratique, me font présumer que la matière de la transpiration
insensible (i) condensée sur le corps, par le froid , même au travers des habits, et repompee par les bouches absorbantes , détermine les en-
gorgemens des ganglions, non-seulement chez
les enfans , mais encore chez tous les adu tes dont la peau délicate est très-perspirable , quel que soit d’ailleurs le régime de vivre : mais 1 s sont nécessairement moins fréquens dans ceux qui opposent aux causes débilitantes dont 1 s sont continuellement environnés, un régime tonique, une vie active et au soleil, au moyen desquels les organes conservent la faculté de repousser ce qui nuit à l’économie : cependant s’il y a continuité dans l’application de la cause , les ahsorbans seront lésés dans une grande étendue de leurs ramifications. Bientôt les exhalans participeront à leur état de sou france , et réeonomie de la nutrition en sera dérangée : car, telle est la fragilité des etres organisés, que lorsqu’un système est trou i e dans ses opérations , tous ceux qui ont des rapports avec lui , éprouvent bientôt des derangemens dans les leurs. La bonne nutrition ne me paraît donc empechee que consécuti vement lorsqu’il existe des engorgemens des chylifères ou lymphatiques.
(i) L’homme perd, par ce moyen, beaucoup de sels terreux , de l’eau, des matières acides et alkalmes.
L’attention des physiologistes ne saurait trop être fixée sur les lésions du système exhalant , ne serait-il pas possible que toutes les soi-disant dégénérescences tuberculeuses osseuses, qu’on rencontre dans tous les tissus de l’économie , ne soient que le produit de l’exhalation ? On peut suivre de point en point la formation de quelques-unes de ces concrétions, en les étudiant sur celles que l’on rencontre sous la langue , et qu’on appelle grenouillette . D’abord , un petit sac se développe, il s’y accumule un mucus assez limpide qui n’étant point en contact avec l’air atmosphérique, ne peut se dessécher) cependant, peu-a-peu ce mucus se trouve remplacé par une masse calcaire très-dure. Gomment s’opère ce phénomène ? Rien ne me paraît plus simple. Tandis que d’une part, les exhalons fournissent ; les absorbans emportent . Le mucus éprouve les changemens d’une liqueur dont on évapore la partie la plus fluide ; l’épaississement a lieu, un meliceris se forme donc; puis un athérome. Enfin celui-ci devient une véritable pétrification, d’autrefois cependant l’exhalation calcaire a lieu immédiatement , ainsi qu’il en est pour la formation du tartre et de certaines pierres trouvées dans d’autres parties. Dans ces cas les exhalans jouent le principal rôle, et les absorbans le secondai! e.
Qui peut assurer qu’il n’eu est pas ainsi dans la formation des tubercules? ainsi une irritation quelconque détermine l’engorgement d’un ganglion lymphatique, la sensibilité des exhalans qui entrent dans la composition de ce ganglion , se trouve mise en jeu , ils fournissent plus que d’usage , ils épaississent les parois des vaisseaux , ou bien ils charient une matière qui leur était étrangère ; de-la tous les désordres qui sont la suite de 1 exhalation , soit d’un véritable pus , soit d une matière plus compacte.
Rétablissez la sensibilité organique de ces vaisseaux , ils ne fourniront plus de matieie morbifique, et les absorbans interstitiels 1 établissent les dimensions primitives de l’organe. Car telle est leur énergie , qu’ils dessèchent les matières molles , ou dévorent les corps les plus durs pour rétablir 1 ordre.
Ces diverses considérations me portent à penser qu’il n’y a point de vice sciophuleux, et que des parens attaques de cette affection , ne la transmettent point nécessairement à leurs enfans ; neanmoins, comme il est bien prouvé que ceux-ci sont disposés a contracter des maladies analogues a celles de leurs parens, je crois que s’ils sont placés sous 1 empire des causes capables de les faire éclore, elles se
développeront avec plus de facilité que chez d’autres : mais, si on les y soustrait, ils en seront préservés.
Les memes considérations me conduisent à conclure qu’elles ne sont pas le résultat d un vice de la nutrition , quoiqu’elles puissent
influer consécutivement sur elle.
Enfin, je crois qu’il serait essentiel de ne pas laisser dans le même ordre , les maladies des ganglions chylifères , et celles des lymphatiques, le ramollissement des os et les dépôts
froids des articulations, etc.
Il est une autre idiosyncrasie qui me semble être improprement attribuée à une affection scorbutique. On la rencontre aussi bien dans les enfans appartenans à la classe aisée de la société , que dans ceux qui , privés des premières nécessités de la vie , végètent douloureusement au milieu des besoins. Chez ces enfans, les gencives sont gonflées, elles saignent facilement ; les lèvres sont rouges et épaisses, le nez et les joues deviennent marbrés au moindre froid ; il leur survient des engelures dans divers endroits ; cependant ces sujets n’ont aucune tendance au: scorbut, et on ne peut l’attribuer à une altération des qualités des fluides : leur sang , au lieu d’être séreux, est plutôt trop chargé de parties rouges :
il est épais et n’a aucune ressemblance a y et celui qui est le résultat des affections scorbutiques réelles , où il existe, adynamie de tous les systèmes , liquidité du sang , ainsi qu’une diminution manifeste de ses propriétés vivifiantes ; car, quoique les expériences chymiques faites sur le sang des scorbutiques, n’aient pu démontrer en quoi il était différent de celui de l’homme en santé, cependant il n’en est pas moins avéré que dans cette maladie, les propriétés de ce fluide subissent des altérations notables ; ce qui ne démontre que trop l’insuffisance des instrumens des arts pour nous aider dans nos recherches sur le principe de la vie , et prouve la nécessité dans laquelle sont les médecins de s’éloigner de tous les systèmes exclusifs ; car , au lieu d’en élaguer seulement ce qui est mauvais, on les culbute entièrement, et on perd ce qui en est bon. C’est ce qui est arrivé à ceux des humoristes , des soîidistes , des Browniens , etc.
J’ai remarqué que plusieurs jeunes gens nés avec la constitution dont j’ai parlé plus haut, ayant été obligés d’aller à l’armée , soit dans le midi , soit dans le nord de l’Europe ; après avoir supporté toutes sortes de fatigues, ont enfin été faits prisonniers de guerre : dès-lors, déposés dans des prisons ou transportés sur
les pontons anglais , entourés de malheureux oui périssaient par les ravages quexercen dans ces lieux impurs , les maladies scorbutiques; soumis au même régime de vie que leurs compagnons d’infortune , îisn ontcepen dant point été atteints de scorbut. Rendus a leurs familles par les bienfaits de la paix , ils
ont continué à se bien porter.
Je connais d’autres personnes qui , avec une semblable disposition des gencives , ont un esprit ardent , actif , et n’éprouvent d’autres accidens qu’une abondance prodigieuse de tartre , qui cause l’ébranlement successif des dents et en détermine la chute ; mais aussi-tôt quelles sont tombées , les gencives se raffermissent , et l’engorgement se porte sur celles qui restent, jusqu’à ce que les mâchoires en soient entièrement dégarnies ; alors 1 allée-
tion disparaît. ,
D’après ces exemples , il est certain qu on
abuse du mot affection scorbutique y car l’homme sur lequel elle existerait réellement, serait sans doute celui chez qui cette affreuse maladie se développerait avec plus de facilité; mais puisqu’il n’en est point ainsi, cet engorgement des gencives ne peut être considéré que comme étant de nature simplement variqueuse et propre à certains individus très-sanguins.
Au reste , il se remarque sur des sujets d’une sensibilité nerveuse, assez différente; je l’ai observé sur des enfans et des adultes vifs , et sur des sujets indolens.
En conséquence, c’est à tort que M. Laforgue, auquel d’ailleurs la chirurgie dentaire doit un bon Traité, a avancé que tous ceux qui présentent une semblable disposition , sont entachés de vice scorbutique à divers dégrés. ( V. sa Buccamancie. ) Il semble avoir confondu les individus dont le sang est abondant et très— rouge , et dont le système capillaire en est très-distendu constitutionnellement avec ceux où ce fluide a perdu une partie de ses qualités. Je crois seulement, avec beaucoup de médecins, que le sang n’est point le même chez les individus de constitutions différentes ; qu’il diffère en couleur et en consistance, et que si la partie rouge s’y trouve en abondance , elle pénètre dans les capillaires des gencives et des lèvres ; mais je ne pense pas que cet effet ne puisse être que le résultat d’une disposition scorbutique.
Je suis loin de nier cependant l’existence des affections de cette nature; j’ai meme 1 occasion d’en observer quelques - unes sur les orphelins : mais alors aux signes constans que l’on remarque a la bouche, s’en joignent de
plus certains. L’enfant est paresseux, les jones sont constamment pourprées , la figure pleine, et comme bouffie , les chairs molles , les membres partageant cette disposition , le sang Y stagne au moindre froid, ces sujets sont peu irritables. La diarrhée sanguinolente, ainsi que des hémorragies passives , les exposent sans cesse h périr. On voit sur leurs extrémités des plaques bleuâtres que le moindre froissement entame , et où naissent des u cères très-difficiles à guérir ; enfin si l’on abandonne ces maladies à elles-mêmes, le scorbut se déclare , et conduit ces malheureux êtres
au tombeau.
Ces enfans , qu’on ne rencontre guere que parmi les pauvres , ont été élevés avec des alimens de la plus mauvaise qualité; tels que des salaisons , des légumes , et des racines indigestes. Beaucoup périssent avant la terminaison de la dentition. C’est donc faute d avoir bien étudié les caractères propres à des alléetions essentiellement différentes , mais ont quelques symptômes ont de l’analogie , qu on a si souvent recommandé les anti - scorbutiques, lorsqu’on a remarqué sur les gencives un gonflement sanguin , dont la cause est requemme.it locale : de sorte que ceux auxquels on les ordonne, se croient menaces et même atteints du scorbut; crainte puenle.
contre laquelle j'ai oppose des faits tirés ae l’expérience.
J’ai recueilli nombre d’observations qui m’ont convaincu que les spécifiques désignes sous le nom d’anti-scorbutiques, sont nuisibles dans les affections que je viens de signaler comme n’étant point de nature scorbutique, et qui sont particulières à certaines constitutions où la partie rouge prédomine dans le sang. Ces remèdes excitent davantage le transport de ce fluide vers les capillaires , ils exlialtent la sensibilité qui , dans la plupart de ces sujets , n’est déjà que trop prononcée.
Ainsi, l’enlèvement du tartre buccal, le frottement avec une brosse capable de produire des saignées locales, les collutoires acidulés ; les limonades, et le petit-lait pris intérieurement, sont les véritables moyens a opposer à cette disposition qui d’abord trèsremarquable pendant la mue des dents , diminue sensiblement lorsque la deuxième dentition est terminée , mais qui ne s efîaee jamais entièrement. Quant à l’affection essentiellement scorbutique, le kinkina, les cruci fères , le vin généreux , etc. , sont des. remet e» dont l’action reconnue n’a pas besoin d apologistes. D’ailleurs, il n’entre point dans mon sukt de m’occuper ici de cette maladie.
D’après ce que je viens d’exposer, il est facile de s’apercevoir que les conseils du médecin et du dentiste, sont également nécessaires pendant X odontocie : heureux lorsque , dans quelques circonstances , l’un peut suppléer à l’autre ! L’art de conduire la dentition est donc le domaine du dentiste médecin , et non celui d’un artiste mécanicien.
Séméiotique Buccale .
j\près avoir suivi les dents secondaires dans tous leurs dégrés de formation , les avoir vues se placer aux bords alvéolaires, et avoir jete un coup— d’oed sur les affections qui se développent pendant ces diverses époques , et qui peuvent par conséquent avoir quelques rapports avec X odontophie , il me reste , pour remplir la tâche que je me suis imposée, à examiner quels sont les signes qui indiquent: que ces petits os peuvent durer toute la vie , ou bien n’avoir qu’une existence passagère.
Pour arriver à cette connaissance , il faut faire une longue étude des diverses constitutions originelles des enfans, puisqu’elles influent nécessairement sur le tempérament qu’ils auront dans 1 âge adulte.
Or, je tâcherai de démontrer que cest par l’inspection des dents que nous pouvons reconnaître si la constitution née était bonne ou mauvaise : c’est une vérité importante et dont le médecin peut tirer de grands avantages dans
la pratique.
Mais les dents ne sont pas les seuls organes que nous devions interroger. L’examen de toutes les parties de la bouche et des fluides qu’elle contient, doit être fait egalement, pour s’assurer de l’état présent de la santé , et pour apprendre si la constitution née a éprouvé quelques changemens, soit en bien, soit eu mal. Ce que je dis ici , n’a rien qui puisse surprendre ceux qui réfléchiront que les organes buccaux n’en sont susceptibles qu’autant que quelque révolution lente s’est operee dans
ont le. * «-O-
logie , nous y trouvons détaillés avec soin les signes des maladies ; nous y rencontrons aus,i auelcmes idées générales sur ceux qui font reconnaître la santé , prise dans toute de ce mot : mais nous y cherchons en
rr,ql'>aie locale a cause (0 J’en excepte le cas ou un “ faci!ement ceux
quelque ravage : ce que reconnurent facileme
qui méditeront cet article. ^
les signes , non moins précieux de la santé relative à chaque constitution , auxquels on distingue cette situation particulière d’un sujet qui nage en quelque sorte entre la santé et la maladie , et qui n’arrive à celle-ci qu’après avoir passé par tous les états intermédiaires qui les séparent. Ceux - ci ne peuvent être reconnus qu a 1 inspection de la bouche , et ils n’ont encore été mentionnés que par des chirurgiens-dentistes intelligens. Je crois rendre service à mes lecteurs, en leur éparg nant la peine de recourir aux ouvrages dans lesquels ils sont répandus, parce que malheureusement certaines vérités incontestables s y trouvent noyées dans des hypothèses que les connaissances actuelles en physiologie conduisent a repousser ; mais , en élagant des rameaux inutiles , faisons en sorte de ménager les bourgeons qui doivent produire des fruits.
M. Daniel Lobstein , médecin à Bordeaux, vient d’enrichir la littérature médicale d’une traduction de la Séméiologie de l’oeil , par le docteur allemand Lœbenstein-LoebeL Cet intéressant ouvrage est un monument qui atteste combien l’étude spéciale des changemens qu’éprouvent certains organes, peut jeter de lumières sur la distinction des maladies : mais , pour completter cette séméiologie, il eut été
■nécessaire d’y joindre l’examen de l’œil, dans l’état de santé relatif à chaque constitution.
Malion , dentiste doué du génie de l’observation , a pensé que l’homme ne pouvait naître avec une forte constitution, à moins qu’il ne tint la vie de parens dont la santé fût parfaite , et dans la force de 1 âge.
Néanmoins il reconnaissait que l’enfant provenant de tels parens, pouvait s’affaiblir par un alaitement de mauvaise nature , ainsi que par les maladies qui sont si frequentes dans les
premières années de la vie.
Il reconnaissait encore qu’un enfant né de parens faibles , pouvait devenir fort ; mais qu’il conservait toujours des signes certains de sa constitution primordiale : puis , de conséquence en conséquence , et entraîné par son imagination , il crut pouvoir deviner les inclinations des hommes par l'inspection de leurs dents.
Enfin le même auteur assurait qu il pouvait par cette espèce de physiognomonie y deviner quels étaient le tempérament des parens, et l’état de leur santé à l’époque de la conception. q
11 s’exprime ainsi: « L’enfant tient-il la vie )) de parens mal-sains ? il aura les dents de y) lait d’un émail pâteux y elles seront atteintes
» et surchargeas d’une vapeur noirâtre; et » elles s’altéreront en peu de tems par une )) carie humide et pourrissante ».
« Lorsqu’il n y a que de la faiblesse ou M de la délicatesse de la part des parens , l’é- » mail des dents de lait est bleuâtre , et elles » sont disposées à une carie sèche , qui ordi- » nairement fait peu de progrès et occasionne
» rarement de la douleur ».
« Ce n’a été , continue-t-il , que par une » constance opiniâtre à observer très-exac- » tement les différences que j’ai remarquées » sur les dents d’un grand nombre d’indU » vidus, que j’ai acquis ces premières con- » naissances, qui ne pouvaient d abord être » que des conjectures , et qui sont devenues )> depuis, en s’accroissant de jour en jour,
» des diagnostics sur la certitude desquels » j’ose me flatter de ne pouvoir plus etre » trompé . Je me fais un plaisir de rendie » compte ici d’une partie des moyens que j ai » employés pour parvenir à ce point qui était
» le but de mes recherches ».
« Lorsque j’ai aperçu quelques signes, » comme par exemple des raies nuancées sui » les dents d e lait et sur celles de remplacement » de divers enfans , j ai mis toute mon apph B cation à en chercher la cause , et quand j’ai
» cru l’avoir trouvée , j’ai interrogé les « mères qui ont presque toujours confirme » mes pressentimens. J’ai été ensuite plus « loin; d’après des supputations qui m’ont » paru très-vraisemblables, j’ai hasarde de » leur fixer l’époque à laquelle une forte » crise ou une forte peine leur devait etre » arrivée à tel mois de grossesse , et j’ai eu la » satisfaction de voir que j’avais rencontré
» juste ». A
« Mes espérances, fondées sur les memes
il procédés, ont été couronnées des mêmes » succès sur les adultes dont les dents , par » leur seule inspection , m’ont encore donné » un autre avantage non moins précieux que » les premières, celui de connaître assez or- » dinairement s’ils sont nés de parens forts, » faibles, ou âgés, et même si la mère ayant » eu plusieurs enfans , ils ne sont pas du » nombre des derniers, etc. (t) >'
Si Mahon eût éclairé son empirisme de dissections répétées , il eut reconnu a\ec Hunter, Blabe, Mouro , Fox, Bunon, que les dents de deuxième pousse ne commencent à s’ossifier que vers le sixième mois apr^.s la naissance : par conséquent la bonne ou mau-
(,) y. Mahon, le Dentiste observateur.
y aise santé des pare ns , au moment de la conception 5 ne peut influer sur la plus ou moins grande boute des dents de remplacement tic leurs en fans ? puisqu’elles ne se forment réellement quaprès la naissance. Ce qu’en dit Hippocrate , est très - juste , quoi qu’en ait dit M. Baumes (i) : il ne s’agit que de l’interpréter convenablement. Il reconnaît tiois générations de dents, c est-à-dire, trois époques d ossifications. La première émane du sang pendant que le fœtus est encore dans la matrice; ce sont toutes les temporaires qui sont déjà en partie ossijiées lorsque l enfant arrive au monde. La seconde génération de dents, celles qui se formen t du lait , d’après le père de la médecine , se composera des incisives et des conoïdes de remplacement , ainsi que les premières molaires permanentes qui commencent à s’ossifier pendant la duree de l alaitement , que la nature semblerait avoir fixe a deux années. Enfin la troisième génération des dents, celle qui se forme des ali mens solides , suivant l’expression du divin vieillard , coin pi cndra les bicuspidées , ainsi que les deuxièmes et troisièmes molaires permanentes . cai on sait que ces dents s’ossifient de la troisième année h
(î) Traité de la première dentition.
la douzième. Il est certain que si Hippocrate est l’auteur du livre de dentitione , il avait des idées assez justes des époques de la formation des dents , et comme il est probable qu’il avait quelques notions d’ostéologie, il peut avoir acquis ces sortes de connaissances sur des têtes sèches d’enfans morts à divers âges.
Il en est cependant des dents comme de plusieurs autres parties du corps, qui ont une grande ressemblance avec celles des pareils. Ainsi on voit des personnes qui ont la mâchoire mal conformée, et les dents mal rangées, comme leurs pères et mères : mais quant a la solidité, elle semble dépendre de la bonne santé de l’enfant clans les premières années de T vie , et de la qualité de la nourriture qui lui a été donnée. Si elles sont mauvaises comme celles de ceux qui leur ont donné le jour , c’est que la constitution née ne s’est point améliorée ; et dans ce cas on observe que le tempérament de l’enfant ayant beaucoup d’analogie avec celui de ses parens , n’a pas varie pendant l’accroissement. Cela s observe particulièrement sur les sujets qui ont ete alaités parleur mère, ou par une nourrice dont le tempérament était semblable. 11 est donc trèsprudent que celle qui a des dents constitutionnellement mauvaises, s’abstienne de nom-
rir ? et que cette importante fonction ne soit confiée qu’à des femmes qui en aient d excellentes; c’est par ce moyen seul qu’on évitera de transmettre a 1 enfant un héritage des plus fâcheux.
Une des choses les plus essentielles, te me semble, est de pouvoir distinguer sans hésitation ce qui arrive lorsque le sujet passe de Fêtât de santé à celui de maladie ; mais celui qui se porte bien ou à-peu-près , ne consulte pas les médecins : il en resuite que ceux-ci dirigent plus particulièrement leur attention sur l’homme definitivement malade i tandis que les chirurgiens-dentistes reclames a tout instant par les mêmes personnes en santé , s occupent spécialement des moyens den ieconnaître l’état.
N’en est-il pas de même des hommes de l’art qui se sont appliques a d autres genres d etudes? Gallien dut sa gloire à la connaissance du pouls ; les médecins de certains peuples sont obligés de s’en rapporter à ce seul guide, puisqu’on ne leur permet pas de voir le malade, quand c’est une personne du sexe.
Fouquet, médecin de Montpellier , trop promptement enlevé à la science , n’eut- il point passé
pour magicien, s’il eût vécu trois ou quatre siècles plutôt (i)?
Il est des cas sur-tout où les médecins ne sauraient trop s’assurer par des signes certains, si la bonne constitution présente est innée, ou si elle est acquise : par exemple , lorsqu il s agit de choisir une nourrice étrangère : le médecin peut-il être trop scrupuleux ? L’inspection d un sein où la glande est bien prononcée , indique seulement qu’il y a du lait; ce lait qui est bon aujourd’hui , peut devenir mauvais dans peu de le ms : mais l’examen des diverses parties de la bouche , indiquera ce qu il est si important de savoir ’ car l’alaitement étant une cause de débilité, celle qui a été faible anciennement, doit avoir de la propension a le devenu encore; et dans ce cas, le lait, de bon qu il paraissait d’abord, deviendra bientôt sereux et
de mauvaise qualité.
Ayant été souvent consulte pour le choix d’une nourrice, j’ai toujours fait une grande attention à l’état constitutionnel de la bouche, et toutes les fois qu’un enfant , né de pareils affaiblis, ou dont les dents étaient trèstendres, a été confié à une bonne nourrice, elle lui a procuré de bonnes dents et un bon
fi) Essai sur le pouls, deuxième édition, 1818.
tempérament, a moins que quelque maladie grave n aît rendue vaine cette piecaution.
Mais, je ne saurais trop le répéter, une femme fraîche et d’un solide embonpoint, dont les lèvres sont rosées , qui est grande et bien faite , peut en imposer par son extérieur , son sein peut être gonflé par un lait d’une apparence parfaite, et avec tout cela, elle sera une médiocre nourrice , sur-tout de 1 enfant d une
autre.
La Séméiotique buccale seule peut apprend] e au médecin si cette femme doit à ses païens cette belle carnation, ou si elle lui est suivenue par suite d’un régime bien entendu. J’ai recueilli des faits importais sur ce sujet , et j’ai obtenu de quelques femmes qui avaient eu pendant un le nas un grand intérêt à le cacher , l’aveu qu’elles n’avaient pas toujours été aussi bien portantes qu’ elles le paraissaient au moment oîi elles sollicitaient de
l'emploi.
Qu’on ne croye pas cependant que je veuille dire que toute femme qui a d excellentes dents , est indubitablement bonne laitière ; la constitution même la plus parfaite est susceptible de se détériorer. On voit donc que pour bien juger de l’état passé et présent de
la santé , il faut rassembler tous les signes
qui
qui peuvent conduire a cette connaissance , et même pour l’acquérir, il faut s etre exeice long-tems à ces sortes de recherches; car, de même qu’une belle carnation peut égarer notre jugement , de jolies dents pourraient être prises pour de bonnes dents , ce qui est bien différent. Cette remarque est ti es — importante dans la pratique, parce que reniant alaité par une femme qui a des dents de mauvaise nature , en a très - fréquemment de semblables. J’appuierais ces vérités d’une foule cle preuves , si elles n’étaient tellement ostensibles qu’il me semble superflu de les rap-
porter ici.
Le médecin peut également tirer de grands secours de l’inspection de la bouche , sous le rapport du régime : car lorsqu’il est requis de tracer des règles d’hygiène privée pour l’éducation physique des enfans, peut-il admettre un même mode? N’a-t-il pas alors le plus grand intérêt à s’assurer de la nature de la constitution innée de chacun des sujets pour lesquels on réclame ses conseils , afin de leui faim donner une nourriture appropriée à la force de leurs organes? S’en rapportera- 1- il seulement à l’inspection superficielle du visage , à sa pâleur j à la couleur de la peau , tontes choses si variables? Aura- 1- il égard à la réplétion
ou h la maigreur du sujet , à l’etat du pouls ? etc. Assurément il tirera de toutes ces choses de bonnes inductions : mais , l’examen minutieux delà bouche lui donnera, sans nul équivoque, le moyen d assurer son jugement; parce qu’outre ce que nous savons déjà des dents , nous verrons que la muqueuse de cette cavité recevant sa couleur du sang , varie suivant l’état de ce fluide.
Sous le rapport de la médecine légale : lorsqu’il s’agit de choisir parmi un nombre d’hommes capables de supporter les fatigues de la guerre, n’est-il pas nécessaire d’avoir des indices certains de les reconnaître ? Or , la couleur des dents, la plus ou moins grande abondance du tartre, et sa consistance: la nuance de la muqueuse buccale , la nature du fluide qu’elle sécrète , sont autant de signes infaillibles qui ne peuvent être simulés, et qui néanmoins ont été négligés, parce que les médecins chargés de l’examen des recrues, ne les avaient point étudiés. Aussi M. Laforgue observe-t-il que dans ces tems malheureux où chaque famille se voyait enlever tous les ans un ou plusieurs enfans, il périssait une plus grande quantité de jeunes gens dans les hôpitaux, que par le fer ennemi. La Séméiotique bue-
cale à Fétat de santé relative , est donc trèsimportante sous plusieurs rapports.
Quoi qu’il en soit des connaissances que peut acquérir un praticien par une longue habitude d’observer les changemens que la maladie ? ou meme une disposition à la maladie apportent dans l’exercice des fonctions de quelques organes , il est au moins aussi avantageux de pouvoir deviner ce qui s’est passé autrefois dans tout le système. En effet, ie médecin appelé , pour une légère indisposition , près d’un sujet qu’il ne connaît pas , peut-il s’en fier uniquement à 1 état sabural de la langue? Son aspect ne varie-t-il pas singulièrement? N’est-il pas notoire que certaines personnes l’ont continuellement ronge, blanche , jaune ou noirâtre ? 3 ai eu occasion , ainsi que bien d’autres , de faire ces remarques sur des personnes qui l’avaient toujours ainsi, sans que pour cela elles fussent meme sujettes a aucunes de ces indispositions si ordinaires
dans le cours de la vie.
Le battement du pouls ne peut-il tromper le médecin , lorsqu’il est réclamé pour la première fois? Est -il le même sous l’influence de tous les tempéramens? Bat-il avec régularité chez tous les sujets à l’état de santé qui leur est propre? Les gens de l’art savent le contraire.
Les hommes naissent donc souvent avec des
dispositions qui leur sont particulières, et avec d’autres qu’ils tiennent de leurs parens ; cellesci constituant les affections héréditaires. Enfin les tempéramens sont modifiés par nulle circonstances au milieu desquelles ils peuvent se rencontrer , et qui leur sont entièrement
étrangères.
Les organes se trouvent par conséquent susceptibles de diverses modifications et changemeus; celui qui a été très robuste pendant vingt ans de sa vie, peut, après une simple transpiration supprimée , une dartre rentrée , une siphilis mal traitée , se trouver conduit au marasme le plus complet. Combien doue l’extérieur n’ en impose - t - il pas ! Un homme grand, et en apparence très-fort, est souvent d’une faible constitution : de même tel autre est maigre et petit , et dont cependant toutes les fonctions se remplissent avec aisance.
~ Si le médecin appelé auprès d’eux dans un cas maladif, n’explore pas tous les signes qui puissent lui indiquer positivement la constitution innée de ces individus , n’est-il pas h craindre qu’il hésite sur les moyens qu’il est préférable d’employer , et même qu’il ne se trompe sur le choix? Cet accident n’arrivera pas s’il a recours à l’inspection de la bouche.
seule boussole qui ne peut jamais égarer le praticien.
Dans nos ouvrages modernes , la séméiotique buccale considérée dans 1 état maladif, me paraît incomplette ; mais celle qui s occupe de la santé relative à chaque individu, manque entièrement.
Jetez, un coup -d'œil sur les lèvres de plusieurs hommes qui disent etre dans leui état naturel, l’un les a pâles , 1 autre rosees, 1 autre rouges, l’autre jaunâtres; l’un les a minces, l’autre les a épaisses, un autre les a rouges sur leurs bords, tandis quelles sont tics— pâles en dedans de la bouche : celui-ci les a sèches , celm-la humides , etc. Il en e»i de même de la membrane muqueuse buccale et particulièrement des gencives , sur lesquelles on peut remarquer les mêmes différences.
Afin de pouvoir apprécier la valeur des signes qui se rencontrent à la bouche et aux organes cju’elle contient , il est nécessaire de les etudiei avec cet esprit philosophique qui exclut nonseulement toute prévention , mais encore il faut se résoudre â vérifier ce qui en a été dit par des praticiens qui ont dirigé long-tems leur attention sur ce point important ; qu ils soient décorés du titre de médecin , ou qu iis soient simplement chirurgiens- dentistes.
U est bon aussi de prendre en main les écrits des séméïologisles , et d’examiner s’ils n’ont rien omis de ce qu’il est très-avantageux de savoir.
Il est encore essentiel de s’assurer s il n existe pas des signes à la bouche , qui ne peuvent être remplacés par aucuns autres , lorsqu’il s’agit de décider de l’état présent des membranes muqueuses et du sang artériel.
Ce sang contient les matériaux nécessaires à l’accroissement et à l’entretien de tous nos organes ; chacun d’eux y pompe ce qui convient à son organisation particulière , soit poui se l’approprier , soit pour en extraire quelques principes , d’où résultent ses fonctions. L’état de santé de chaque organe , est relatif a la qualité du fluide dont il est entretenu, et ses produits le sont nécessairement à son intégrité. En conséquence , la santé générale résulte de celle de tous les systèmes , l’une influe sur l’autre : pour que la première soit parfaite , il faut que tous les rouages soient sains , souples et doués d’une sensibilité qui ne pèche ni par faiblesse , ni par excès de force : il faut que les organes qui composent les systèmes digestif, circulatoire et nerveux, exécutent leurs travaux sans trouble. Pythagore définissait la santé : « 7 . c bon état de la constitution. » Mais
une parfaite harmonie existe-t-elle souvent? Et lorsqu’elle a lieu , est - ce jamais cl une manière durable ? Que de causes tendent a la troubler. D’ailleurs, de même que la beauté est idéale et relative, la santé générale ne peut que l’être également; elle diffère suivant le sexe, ’ l'âge et l’idiosyncrasie. De cette dernière est découlé le système des temperamens qui diffèrent si étonnamment entr’eux , et qui pré-
sentent néanmoins tant de points de contact.
Je n’essayerai pas de décrire les signes auxquels on les distingue , on sait qu on ne peut v parvenir qu’assez difficilement , a moins que leurs caractères ne soient parfaitement tranchés , ce qui est extrêmement rare. Ajoutons encore, qu’ils varient non- seulement d individu à individu; mais aussi sur le même, vu a diverses époques de son existence.
Les médecins n’ont donc pu considérer l’homme en santé que sous l’influence de tel ou tel tempérament, et de tous, le meilleur ayant paru être celui qu’on appelle sanguin, on s’est habitué à regarder ceux qui s’eu éloignent comme ayant le moins favorable ; de - là , autant de sortes de santés qu’il y a de tempéramens , dont les nuances sont infinies; car on ne peut pas supposer que les organes qui fabriquent les fluides, ainsi que
ceux-ci qui alimentent à leur tour les solides s soient dans un meme état chez des individus de constitutions ou de tempéramens différens.
Vans-Wieten dit dans les aphorismes de Boerrhaave , qu’il a commentés : « Que le sang » tiré imprudemment de la veine d’une jeune » fille chlorose est presque tout blanc, mais que » la malade étant mise à l’usage de Y acier y » les oscillations des parties solides se renou- » vellent , les vaisseaux réagissent avec plus » d’efficacité sur les humeurs, la bouffissure du
» visage se dissipe, les lèvres et les joues se » peignent d’un rouge vermeil ».
En parlant de la pâleur du sang, à la page 294*5 Vans-Wieten, dit encore : « Nous voyons » éclater et paraître la couleur rouge du sang » dans tous les endroits où la peau manque > )) li travers les vaisseaux des membranes ; » par exemple, à la langue „ aux gencives y )) dans V intérieur de la bouche y du nez y etc* » Quand les parties citées ont une couleur pâle , )) c’est une preuve que la viscosité qui inficie » le sang , n’est point d’une nature inflam- » matoire, mais du caractère d une pituite » épaisse (1). »
(1) Les anciens appelaient pituite ou viscosité, ce que nous désignons aujourd’hui par mucosité , gluten animal , mucus. Ils distinguaient îa pituite naturelle ou chaude , de la pituite morbihcjue ou froide , telle que les glaires , etc.
Combien de travaux sont à recommencer en chimie médicale ! On a bien analysé la lymphe , le chyle , le sang (x) : mais sontce des analyses comparatives? les a-t-on répétées sur des individus d’âges, de sexes, et de tempéramens différens, ou bien encore sur le même individu â l’état de santé , et puis ensuite dans un état de maladie ? C’est cependant le seul moyen d’évaluer les différences et les changemens que peuvent éprouver nos fluides, dans une foule de circonstances.
En attendant les résultats de travaux qu 1 serait si important d’entreprendre, nous ne pouvons que reconnaître ce qui frappe nos veux ; ainsi nous savons que le sang est susceptible de différences physiques marquantes ; car , ainsi que l’observe Vans - Wieten , a couleur et les autres qualités du sang varient a d’infini. Pour les apprécier, il faut donc en faire une étude toute particulière ; et celui qui s y livrera, fera nécessairement des remarques qui sont échappées à la plupart de ses confrères Or l’examen de la membrane , dont bouche est tapissée , et la plus ou moins grande quantité du fluide quelle fourmi a la salive , nous mettront à même de reconnaître
Tr^LTsang artériel étant celui qui sert à la nutrition , C’est sur lui que l’on doit diriger ses recherches , et non
pas sur celui des veines.
la prédisposition des organes digestifs et pulmonaires , et souvent même leur situation présente.
L’inspection des lèvres et des gencives nous indiquera avec certitude et sans pratiquer de saignée , quelle est la consistance du fluide qui porte la vie h tous les organes. L’absence ou la présence du tartre seront également prises en considération pour apprécier l’état des membranes muqueuses ; l’observateur dirigeant ensuite son attention sur les dents , y apprendra si le tempérament actuel du sujet est celui auquel la nature semblait l’avoir destiné primitivement , ou bien s’d est l’eflet de quelque circonstance heureuse ou fâcheuse , survenue pendant le cours de la vie.
On sent facilement combien il faut de teins , de patience et d’étude pour acquérir l’habitude de distinguer sans hésitation, les changemens que peuvent avoir éprouvés les diverses parties de la bouche : il faut donc y exercer continuellement ses yeux ; car , lorsqu’il faut apercevoir les différentes nuances dont une couleur est susceptible, rien ne peut les remplacer; enfin il faut bien connaître les affections simplement locales dont la bouche est susceptible, pour ne pas se tromper dans l’étiologie. J’ajouterai encore que le pronostic est d’autant plus cer-
u\n qu’on connaît le sujet depuis plus de tems , et je puis répéter en m’occupant des signes qu’on rencontre dans la cavité buccal ce que Bâillon disait du pouls : Qu i es nécessaire de le connaître dans l’état de santé , sans quoi on ne peut manquer de commettre des erreurs. Combien de gens changeraient moins souvent de médecin,
SC plétuaie». bien de cette vérité 7
Il n’est pas besoin d’apporter de preuves pour convaincre que la membrane buccale qui fournit un calcul mou , abondant et sans consis Lee, „'est pas dans le même éut que celle qui n’en exhale point, ou bien qui en produit à peine un qui est sec, rare et ur.
Je crois avoir démontré précédemment que le tartre qui encroûte les dents , n est pas dépôt de la salive parotidienne , ainsi qu 1 dû - mais qu’il est le résultat d’un changement dans la vitalité des exhalans, des membranes muqueuses qui se laissent parcourir par a terre calcaire , laquelle s’échappe ainsi des capillaires sanguins, ce qui ne peut cesser , que „„ change le „,ode actuel de seustbd. e de ces caisse»»* , » l'aide d'»n hautement ap-
proprié. . . . dâà dit de la
Je rappelerai ici ce que j ai )
salive, ’a la page i75. « Lorsque ce fluide a
séjourné quelques insfcans dans la bouche , il J acquiert de nouvelles qualités , suivant la constitution de chacun , et suivant l’intégrité ou la lésion de la membrane muqueuse ou
de quelques — uns des organes qu’elle recouvre ».
« Dans les sujets qui se portent le mieux , dont ï estomac et le poumon sont très-sains, la salive semble rare , parce qu’elle descend dans 1 estomac presqu aussi-tot qu’elle a été fournie par les glandes qui la sécrètent. Elle ne reste dans la bouche que le tems qui lui est nécessaire pour se mélanger avec une très - petite quantité de mucus buccal , et absorber une certaine portion d air atmosphérique qui la rend mousseuse . Cette salive étant crachée dans un vase d’eau, surnage d’abord , puis elle se mêle bientôt presque entièrement à ce liquide ».
« Au contraire , la salive d’une personne dont le système muqueux fournit beaucoup, est filante et lourde; elle ne se charge que de très-peu d’oxigène, elle contient de grandes proportions d’azote et de soufre; elle tache l’argent. Lorsqu’on la dépose dans un bassin rempli d’eau , elle va au fond si le mucilage est à l’excès; ou elle nage dans le milieu , s’il l’est moins ; mais elle ne s’y mêle pas. Chez, ces sujets , les glandes salivaires ne fournissent probablement pas plus abon-
damment que chez ceux dont j’ai parle plus haut ; mais la membrane buccale donne tant de mucus , qu’ils crachent souvent , et ont toujours la bouche très-humide ».
Fesant l’application de ces observations, nous trouvons que ceux dont le système muqueux exhale trop de fluide , ont une constitution infiniment moins heureuse que ceux chez lesquels il produit peu. Il est pio— Fable que l’activité qui existe dans cet ordre de membranes, a lieu aux dépens de la vitalité des autres organes. D un autre côté, le fluide muqueux ayant des propriétés relâchantes, diminue à la longue l’énergie contractile des organes digestifs ; ce qui détermine une mauvaise chylification , et par suite une hématose imparfaite. Le sang de ces sujets est d’autant plus pauvre de matière calcaire, que les muqueuses en excrètent davantage ; car, bien que chez eux le calcul buccal paraît peu abondant, il est facile de vérifier qu’il s’en charie au -dehors une grande quantité: mais étant sans consistance , il descend dans 1 estomac, au lieu de s’amasser sur les dents (i)«
(i) Les personnes douées du tempérament appelé bilieux, ont beaucoup de calcul buccal; enlevez-le , il «e s’en amassera une autre couche remarquable , qu’au
Si nous arrêtons nos regards sur ce dernier produit de la muqueuse , il nous offre d’amples sujets d’observations. Chez les personnes les mieux portantes, il est rare, sec et noir ; partant de celles-ci et descendant aux constitutions ou aux tempéramens moins heureux, on le trouve jaune , sec et peu abondant; chez d’autres, il est mou , jaune et rare ,* chez d’autres, il est mouy jaune et abondant sans consistance ; chez d’autres, il est mou, blanc, et peu abondant; enfin dans les constitutions les plus mauvaises, il est très-blanc, sans aucune consistance , et très-abondant.
Peut-on dire que ces diverses espèces de calculs renferment les mêmes quantités relatives de sels terreux , et que les exhalans qui les fournissent, jouissent de la même santé, et pouvons - nous mieux juger de l’état du système circulatoire de chaque individu , qu’en examinant les artérioles qui sont situées presque immédiatement au-dessous de l’épiderme de l’intérieur des lèvres : puisque là on peut en quelque sorte regarder circuler le sang,
bout de quelques semaines, ou même de quelques mois ; au contraire , chez les muqueux à l’excès , leurs dents sont enduites chaque matin d’une espèce de bouillie blanchâtre qui n’est que du calcul très-chargé du mucus.
en distinguer la couleur et la consistance?
Nous verrous plus loin que dans chaque constitution les lèvres présentent des différences notables que le médecin doit connaître.
Nous observerons qu elles sont minces ou épaisses, rouges, roses, ou pâles suivant les sujets ; ce qui dépend entièrement des qualités du sang artériel qui charie les matériaux propres â Feutre tien de toutes les parties du. corps. Les cbangemens que 1 on peut remarquer
sur ces organes , donnent donc de précieux
renseignemens aux praticiens.
Aussi voyons-nous que plusieurs célèbres médecins, tels que Boerrbaave et Vans-Wietcn , n’ont pas oublié de les mentionner, en donnant Fhistoire d’affections chroniques.
Les médecins qui attribuent toutes les lésions de nos organes, au manque de ton, ou à son excès dans les solides, ont suppumé le nom de cachexie , parce qu’il avait été inventé par les humoristes pour désigner la mauvaise disposition des fluides , cause supposée d’une grande quantité de maladies. Pilais ceux qui ne sont point exclusifs l’admettent quoiqu ils semblent n’oser prononcer un mot réprouvé, bien convaincus cependant par 1 expérience journalière , que nos fluides peuvent acquérir de mauvaises qualités. D’ailleurs , puisqu ou
admet des vices scorbutique, scrophuleux, syphilitique, où se nichent-ils, si ce n’est dans les humeurs ?
M. Broussais s’est justement récrié de ce qu’ on a banni une dénomination qui n’a rien de plus ridicule que mille autres employées dans le langage médical : et celui qui veut peindre l’altération du sang dans le scorbut, et de la lymphe dans les scrophules , peut aussi bien rendre son idée par le mot cachexie , que de dire que ce sont des lésions des solides ou des liquides. Les discussions de ce genre ne sont rien autre chose que des logomachies. Au reste telle suranée que l’on trouve cette expression , M. Laforgue l’a employée pour peindre deux sortes d’altérations du sang: l’une dans laquelle la partie blanche est trop abondante , l’autre dans laquelle la partie rouge est en trop grande proportion.
Nous verrons bientôt à quels signes on peut être certain de ce défaut de proportions dans les matériaux du sang artériel , et quelle influence il exerce sur nos solides.
Si nous portons nos regards vers les dents, nous verrons que le volume , la longueur , la couleur en sont très- variables ; chez les uns , elles sont courtes , larges , unies , d’un blanc mat, dures, épaisses vers leurs bords tran-
chans ,
elians , et tournant au jaune en vieillissant, le phosphate de chaux y prédominé, elles sont peu impressionnables ; cest parmi ces individus que vous trouvez le joyeux convive dont le gaster est toujours prêt à digérer ce que ses dents sont toujours disposées a broyer .
Chez d’autres, elles sont longues, étroites, et comme etiolees, tendres, d un blanc azuie , minces, et ne persistant presque jamais jusqu a la vieillesse ; la gélatine y prédomine , elles sont très-irritables ; quelquefois aussi elles sont courtes et étroites : celles-ci appartiennent à l’être charmant dont tous les organes sont aussi fragiles que ses dents, et dont 1 estomac, ne peut supporter le moindre excès dans le régime ordinaire.
Examinez maintenant tous les intermédiaires de ces deux extrêmes, et vous trouverez des constitutions très - variées , que le médecin attentionné doit savoir distinguer.
Ainsi , ni le pouls , ni la couleur de la peau, ni celle des cheveux ou des yeux , ne le fixeront spécialement; l’examen des dents et des autres parties de la bouche, doit y etre joint.
Il saura que ces dents si jolies, d un blanc bleu, restent rarement pendant toute la vie, mais que si le cas arrive , elles tournent au gris, et que ces sujets sont les moins vivaces.
Quant à celles dont la couronne est courte, dure et jaunâtre, elles existeront encore longtems, même après la destruction par vétusté des individus qui les portent. C’est particulièrement parmi ceux - ci qu’on trouve les centenaires.
Nous devons remarquer que la couleur des diverses parties de la bouche , et par conséquent du sang, de même que celle des dents, examinées sur des êtres d’une constitution semblable, mais d’un âge ou d’un sexe différent, présentent aussi quelques particularités. Ainsi, chez les enfans elles femmes, il est plus gélatineux et plus fluide que chez les hommes adultes. Celui du vieillard bien portant est plus épais, et renferme encore plus de terre calcaire.
Enfin, j’observerai qu’on ne peut s’en rapporter à rinspection des gencives aux environs desquelles il y a beaucoup de tartre d’amassé. Pour juger sûrement, il faut jeter un coupd’œil sur toute leur étendue ; alors on verra que souvent elles sont très - pâles , non loin d’un endroit où elles paraissent comme enflammées , et même immédiatement au-dessus ou au-dessous, suivant la mâchoire de laquelle on fait l’examen. Il est donc bon d’enlever le tartre ou de le faire enlever, et de ne tirer son pronostic que quelques jours après. ù
En général , les sujets qui ont constitutionnellement le sang très-rouge, ce qui s’aperçoit à la couleur foncée de toute la lèvre et à la rougeur des gencives , ont les dents épaisses , solides, et qui jaunissent de bonne heure , par l’apport continuel et abondant de la terre calcaire. Il en est de même de ceux qu’on appelle bilieux. Au contraire , ceux qui ont le sang peu coloré , ont les dents plus ou moins bleuâtres et transparentes.
Les personnes d’une bonne constitution , ayant un sang dont les parties blanche et rouge sont bien proportionnées, ont des dents qui tiennent le milieu entre ces deux extrêmes , et les ont par conséquent blanc-laiteux. Il est certain d’après cela, que la partie rouge du sang est celle qui contient les sels terreux dont se nourrissent les os, tandis que c’est dans la blanche que réside la gélatine : d’où il résulte que la solidité de ces organes diffère en proportion de la quantité prédominante de ’un de ces principes (i).
En effet , Duhamel et Haller nous ont démontré dans leurs expériences sur la for-
(i) Dans toutes mes dissections, j’ai toujours fait les mêmes remarques , non-seulement sut les clents , mais encore sur toutes les parties osseuses.
ination des os, que ces corps ne prenaient la consistance qu’ils doivent aux sels terreux , qu'à mesure que la partie rouge du sang arrive à quelques-uns de leurs points.
Les recherches que j’ai faites sur le développement des dents, m’en ont présenté autant: la couche superficielle du ganglion rougit avant de devenir osseuse; (1) tandis que tout ce qui est au-dessous est infiniment plus blanc; bientôt une autre couche rougit et s’ossifie, puis blanchit, et ainsi de suite.
îi est une expérience facile à faire, et qui est digne d’occuper nos médecins chimistes , c’est d’analyser le sang artériel de deux individus du même âge à-peu-près , et dont l’un aurait, dans son état de santé habituel, le sang très-rouge, et l’autre très-blanc; ce dont je
(1) En ouvrant une matrice dentaire renfermant une couronne de dent en formation , on la trouve souvent toute rouge , et Fémail , qui est encore tendre , tellement coloré , qu’on croirait qu’il est imbu de sang. En le laissant sécher , il se fendille et devient blanc comme l’albâtre. L’absorption de ce fluide colorant se fait donc dans l’émail des dents , puisqu’en sortant de la gencive , ces os sont d’une blancheur remarquable : il est certain epie ceux qui nient que la circulation a lieu dans les organes dont il s’agit, n’ont pas observé tous les phénomènes qui s’y passent.
propose de s’assurer eu examinant les lèvres et les gencives. Je me trompe fort, ou celui du sujet dont les lèvres et les gencives sont rouges et qui aurait beaucoup de tartre aux dents , contiendrait du phosphate de chaux et autres sels , en quantité infiniment plus grande que l’autre , qui au contraire renfeimeiait
davantage de gélatine.
En général, on a remarqué que les peuples qui vivent très-sobrement , sont aussi ceux dont l’état de santé est le meilleur, et chez lesquels les dents sont originairement bonnes. Si parmi eux il se trouve des individus les ayant mauvaises, les lieux humides et fioids qu’ils habitent en sont la cause : aussi ne se carient - elles qu’à la longue et avec peu de douleurs. Les Egyptiens, les Israélites , dont les mœurs nous sont connues , et dont quelques momies sont arrivées jusqu à nous, avaient d’excellentes dents, ainsi que l’a observé Sprengel ; parce qu’ils joignaient à la sobriété, l’avantage d’habiter un pays sec et sans brouillards. Mais, pourquoi remonter si haut, lorsque nous pouvons voir semblable chose sous nos yeux? Les habitons de la Savoie, les Auvergnats, et toutes les peuplades qui vivent de g1 08 pain y qui habitent les hauteurs , et qui enfin exercent
beaucoup leurs forces physiques , sont saa-
il j
guins et ont en général de très-bonnes dents, tandis que les habitans des vallées du même pays sont lymphatiques , et en ont de trèsmauvaises.
L’expérience apprend donc que les meilleures dents ne se rencontrent que sur des gens élevés de manière à devenir bien portants, et qui ont conservé cette bonne disposition tout le tems qu’a duré Yodontophie . Si ces individus ont contracté quelque maladie qui ait changé cet heureux état , ils la doivent à l’abus qu’ils ont fait de leurs avantages , ou aux circonstances fâcheuses dans lesquelles ils se sont trouvés.
Les dents ne sont pas sous l’influence immédiate de la grande circulation. Dans l’état naturel, (i) le sang artériel n’arrive point de suite dans leur tissu propre , ainsi qu’il en est pour
(ï) Je dis : dans l’état naturel , parce que dans quelques lésions du tissu des dents , le sang traverse les tubes capillaires du ganglion , sans y subir de changement , et sa couleur rouge pénètre jusque dans la substance osseuse. J’ai fait plusieurs fois remarquer à mes élèves ce phénomène que l’on rencontre sur celles dont on a rompu la couronne en voulant en faire l’évulsion. Si le ganglion n’a pas été détruit, il s’enflamme , le sang passe dans les mailles du tissu dentaire , et y forme des stries d’un beau rouge.
les autres os. Ce fluide pénétré a leui centre, niais arrivé là , il se répand dans le corps ganglionnaire y qui est un organe d une espece particulière , dont les fonctions sont de tiavaillei à sa manière les sucs qui lui sont fournis 5 d en extraire la gelatme qui forme les mailles de la dent , et les sels terreux qui leur donnent de la consistance. Ce petit corps , que les auteurs appellent pulpe 3 est doué dune sensibilité exquise, et par conséquent d’une grande vitalité.
Les dents ne sont donc susceptibles de changer leur état primitif, soit bon, soit mauvais, qu’avec une extrême lenteur, puisqu’elles ne peuvent réellement etre considérées que comme des êtres parasites greffés et vivant sur les animaux dont le sang les alimente ; mais qui se l’assimilent de la maniéré qui leur est convenable , et qu’ainsi elles existent à leur façon. La circulation et le sentiment se font isolement dans la dent : elle est pourvue d un oiganc sensitif particulier , et beaucoup plus impressionnable que la ramuscule nerveuse qui établit ses rapports avec Fancephale , aussi , la ciouleui propre aux dents , est la douleur par excellence ; elle ne peut être comparée qu a ellemême.
La carie dentaire a des caractères qui lui sont propres ; mais elle en a aussi qui lui sont
communs avec celle des os, et je suis étonné que celle affection n’ait pas fixé davantage l’attention des nosographes y car les couronnes des dents n’étant point environnées de substances charnues dont l’ulcération puisse entraîner la cane ; cette maladie considérée d’une manière générale , peut y être étudiée à nud : avantage que ne présentent aucuns autres os. La cane des dents est une affection de leur tissu, et non la simple décomposition propre aux corps inertes , et de même que l’ulcère des parties molles se guérit assez aisément chez l’homme sain, la curation de cette lésion s’opère également avec aisance sur les sujets bien constitués. La carie ne peut être de même nature chez les individus de constitutions différentes, parce que leurs dents n’ont point la même solidité. Ainsi celles qui seront très-chargées de gélatine, seront exposées à l’odonto-malacie; tandis que celles où le phosphate calcaire est en grande proportion, n en serontpas atteintes tant qu’elles conserveront cet avantage. Mais l’absorption se lésant dans les dents comme dans les autres os, ce que démontre leur ramollissement intérieur, et au-dessous de l’émail, par conséquent sans qu’aucun agent extérieur ait pu agir sur le tissu osseux , il en résulte qu’on peut apprécier les qualités des humeurs par la na-
tare de la carie qui se manifeste aux dents.
Le ramollissement du tissu intérieur ne peut avoir lieu que par le trouble des fonctions du ganglion central, et ce trouble est le résultat de l’arrivée à ce corps d’un sang artenel, dépourvu des qualités nécessaires pour les entretenir dans un état de santé. Aussi observet-on toujours que les sujets qui avaient eu constitutionnellement de bonnes dents, et chez lesquels par suite de maladies, ces os, de blanc jaune , deviennent d’abord blanc - bleu , puis s’altèrent les unes après les autres, ou toutes ensemble, périssent avant que l’affection ne se soit manifestée à ces os. C’est précisément ce qui arrive à ceux qui deviennent accidentellement pulmonaires , parce que , dans ce cas , la carie ne pouvant être qu’une conséquence de l’affaiblissement général , le malade meurt ordinairement avant que le ganglion centra puisse être arrivé à cet état où toutes ses propriétés sont changées (i).
Mais quel que soit même l’état maladif des dents , elles peuvent toujours être consultées comme des certificats irrécusables qui nous instruiront si le malade doit son état présent
(i) Ceci explique pourquoi certains poitrinaires meu
rent avec des dents magnifiques.
a une prédisposition , ou si étant survenu pendant le cours de son existence, il dépend d’une cause accidentelle. Dans ce dernier cas , le médecin peut espérer d’améliorer la situation du sujet, puisqu’elle n’est que le résultat d’un trouble momentané apporté dans les fonctions des organes.
L’enfant né , et sur - tout nourri par une mère débile, en conservera des traces plus ou moins sensibles toute sa vie. Une bonne nourriture, des soins infinis sont, il est vrai, d’excellens moyens de le ramener par suite à un meilleur état : il peut même devenir fort en corpulence ; mais son physique n’en imposera qu au vulgaire. L’inspection de sa bouche apprendra au médecin que ce sujet n’était pas né pour être aussi bien constitué. Les couronnes de ses dents seront minces une plus ou moins grande quantité sera attaquée de bonne heure par la carie sans cause locale , et leur couleur primitive qui était bleuâtre, quoique passée avec le tems au jaune clair vers les gencives , conservera toujours quelque chose de sa première nuance à leur extrémité tranchante : d’ailleurs elles seront tendres sous la lime, et très-irritables.
Ceux dont les dents , quoique belles, et dont la superficie est lisse , présentent diverses
nuances entremêlées d’un blanc plus mat, ont eu pendant la formation de l’émail, des alternatives de bonne et de médiocre santé. Ordinairement ces dents ont une couronne alongée , et plusieurs présentent des marques d 'atrophie congéniale. Ces sortes de dents en imposent par une fausse apparence de solidité ; elles se conservent saines jusqu à 1 âge de quatoize à dix-huit ans, ou environ ; puis, à cette époque , un certain nombre se carient , sur-tout loisq le sujet qui était lymphatique dans l'enfance ,
continue de l’être à l’adolescence. Cette espece de
dents se rencontre fréquemment dans la classe aisée , où des enfans nés faibles ne sont parvenus à la puberté qu’à force de soins ; ne devant conséquemment leur existence qu’aux attentions soutenues de leurs parens, et au régime tonique que le médecin leur a fait continuellement suivre. Arrivés vers dix-huit à vingt ans , leur santé s’affermit , mais les membranes muqueuses conservent toujours une tendance à s’affecter; l’amélioration de leur constitution se reconnaît à la couleur plus rouge de la bouche , et particulièrement de l’intérieur des lèvres et du voile du palais : elle se prononce peu-à-peu, à mesure que le sujet s avance en âge. C’est ainsi que des muqueux étant arrivés au tempérament sanguin , tromperaient,
si quelques marques apparentes d’érosion sur les surfaces triturantes des premières molaires permanentes, n’avertissaient que la constitution présente est le résultat d’une amélioration.
Celui qui est d’un tempérament où le système muqueux domine , a toujours les dents disposées a une sorte de carie extérieure par cause interne, dont le caractère physique est d etre blanche , molle et très - douloureuse ; ainsi qu a une espèce d’érosion qui enlève 1 émail par écailles, ce qui fait que M. Duval, la désignée sous le nom d ' ècorçante (i). Mais la carie pouvant être déterminée par des causes extérieures et indépendantes de la constitution primordiale, il est essentiel de savoir que celle-ci n’attaque ordinairement que quelques dents et souvent même d’un seul coté de la bouche , tandis que celle qui survient par prédisposition, altère presque en même tems toutes les dents parallèles qui commençaient a se développer lorsque le sujet était dans un état maladif. Celles qui s’étaient ossifiées auparavant, ainsi que celles qui se sont formées depuis le retour à un meilleur état de santé , sont bonnes. C’est pourquoi on observe
(i) 7^ . Le Dictionnaire des Sciences Médicales , article Dent.
que la sérié des premières molaires permanentes ou celle des secondes , ou les bicuspidèes sont attaquées de bonne heure sur certains enfans , quoique toutes les autres soient
fort saines.
En général ? plus les dents sont volumineuses ? plus la proportion de substance osseuse l’emporte sur la quantité d émail ; et plus cette couche est mince ? plus aussi la carie a de facilité à se développer sur les dents; aussi est-elle plus frequente dans les petits enfoncemens qui se voient a la surface des molaires y qu’au bord tranchant des dents anterieures ^ et plus ordinaire sur les cot^s lateiaux qu’à leurs surfaces. En effet ? c est dans tous ces points que l’ email a le moins d épaisseur y et par conséquent par ou 1 ulcéré osseux provenant de cause interne 9 ale pius d aisance à s’ouvrir.
La carie ne peut se guérir par les seuls efforts de la nature 5 qu’autaqt que la constitution du sujet est bonne , ou qu’ayant été telle , apiès avoir été altérée accidentellement ^ elle se 1 approche de son état primitif. Alors la poi tion osseuse ramollie se dessèche et s exfolie ; une cou che brune et polie forme la cicatuce. La dent? quoiqu’avec une grande perte de substance , cesse d’ètre douloureuse ; elle reprend sa du-
ire te , et peut exister toute la vie, a moins qu’une nouvelle maladie ne l’attaque.
Au résume' , avec une bonne constitution , on a toujours d’excellentes dents : si elle se détériore pendant le cours de l’existence^ les dents tournent peu - à - peu au bleu , et la carie les attaque. Cependant , comme elles conservent leurs formes originaires, et que d ailleurs elles résistent long-tems à l’espèce de décomposition générale qui a détruit le sujet , on peut reconnaître , meme après sa mort , ce qu’a été l’état primordial.
Les dents qui étaient tendres et dont un certain nombre a été détruit , chez celui dont la constitution primitive était muqueuse, prennent peu - a - peii plus de consistance lorsqu’il se rapproche du tempérament sanguin. De bleuâtres qu’elles étaient , elles prennent un ton gris. La carie reste stationnaire, et le sujet qui, pendant Un tems plus ou moins long , a été tourmenté par les oclorit algie s , les petites indispositions, les mauvaises digestions, les rhumes, etc., n’éprouvent plus aucuns de ces accidens. Ses lèvres et ses gencives qui étaient pâles , deviennent plus vermeilles, et sa salive abonde moins en mucilage : le sang se charge dé parties colorantes.
* *es heureux ehafigemens se remarquent avoir
lieu particulièrement chez les personnes du sexe.
Enfin chez les femmes de ce tempérament, les dents s’altèrent pendant la gestation et habilement. Ces deux fonctions affaiblissent toujours momentanément , même les puis fortes ; parce que l’enfant absorbe une grande quantité de la substance nutritive , dont une mère, déjà délicate, ne peut être privée qu au détriment de son propre individu. Ces personnes, qui feraient mieux de ne pas alaiter, mais que des circonstances particulières y obligent quelquefois, ont besoin d’être soutenues par des alimens très-substantiels et de bon vin.
Quoique les dents soient très - compactes , néanmoins elles sont plus susceptibles de maladies que toutes nos autres parties osseuses, par plusieurs raisons. D abord elles sont les seules qui soient en contact, et pendant plusieurs années avec le produit d une membiane
muqueuse : par conséquent , elles sont exposées à subir quelqu’altération lorsque celle-ci est affectée. En second lieu, n étant point iecouvertes par les chairs , elles reçoivent diverses sortes d’impressions , qui peuvent leur devenir d’autant plus nuisibles que la paitie de l’émail qui s’est formée pendant le cours d une indisposition, ne doit pas avoir toute la solidité
désirable. D’un autre cote, et par cela même que c’est un corps très-dur, et dont la vitalité est obscure, le moindre trouble dans le mode de nutrition qui lui est propre , entraîne des lésions plus ou moins graves, suivant que le tissu est plus ou moins délicat. Les traces des grandes altérations qu’il a éprouvées, existent donc toute la vie, et les affections con géniales qui ont eu lieu pendant que les dents étaient h divers degrés d’ossification , peuvent servir à indiquer l’âge auquel le sujet a été malade.
Mais, en étudiant les maladies auxquelles les enfans sont le plus disposés, nous trouvons que celles qui affectent les membranes muqueuses , tiennent le premier rang : or, le médecin dont le jugement ne doit jamais être incertain, qui n’oublie point d’interroger le malade qu’il voit pour la première fois, et qui s’instruit de cette manière , du tempérament du sujet, doit-il négliger d’explorer les dents où se trouve écrit en caractères ineffacés , le genre d’affection auquel il a été disposé dans son enfance, et qui doit avoir toujours, ou au moins très-long-tems , une grande tendance à se reproduire ?
Ce n’est pas cependant que quelques lésions superficielles de l'émail , ne soient susceptibles
de
de disparaître à la longue ; mais alors elles sont légères; car, pour peu que la maladie qui les produit , se prolonge , ou que se renouvelant à plusieurs reprises , l’enfant ne se rétablit qu’avec lenteur , les dents adultes présenteront des défauts d’émaillement affectant des lignes transversales plus ou moins protondes , et dont le nombre est en raison des rechutes. Je renvoie sur ce point, à ce que j’ai déjà dit
de l’érosion et de l’atrophie.
Ainsi donc , les marques superficielles de l’émail, ou profondes du tissu des dents, indiquent seulement que le sujet a été tourmenté d’une phlegmasie des muqueuses, et ce n est point un signe univoque d’affection scorbutique , ainsi que l’a avancé M. Laforgue dans sa séméiotique.
Quant aux caries provenant d’une faible organisation de la dent, elles ont des caractères qui les font reconnaître, et qui ne permettent pas de les confondre avec celles qui ne sont que le résultat de lésions accidentelles et extérieures. Le médecin peut donc tirer de précieuses indications des maladies des dents , tant pour acquérir la connaissance de la constitution du sujet, que pour le traitement qui
convient à chaque espèce. .
Je connais une dame de trente ans, qui, i
y en a dix , était de la meilleure constitution; ses dents étaient dune excellente qualité, ses gencives fraîches, les petits vaisseaux artériels de ses lèvres d’une belle couleur hortensia. Une couche pénible apporta un grand trouble dans l’économie ; la matrice resta malade. Dèslors , pâleur extrême des gencives et des lèvres , sur lesquelles on n’aperçut bientôt plus que quelques vaisseaux rouges, salive très-filante. Un jour elle plaça des sang-sues sans l’avis du médecin, le sang était très-pale et sereux. La faiblesse generale s’en trouva nécessairement augmentée. Bientôt les dents se ressentirent du défaut d’hématose, elles se tachèrent dans divers endroits; la cane s’y développa, et toutes tentatives locales pour la borner, furent long-tems infructueuses: elles se gâtaient au — dessous de l’émail en occasionnant des douleurs sourdes , et la carie présentait une large excavation ; une partie du centre osseux de chaque dent était rarnolie , le phosphate calcaire en ayant été absorbé. Quatre furent détruites en très -peu de teins; mais enfin , la nature secondant les efforts du médecin , rétablit peu-à~peu sa santé. Depuis un an ede va mieux , ce dont les organes renfermes dans la bouche se ressentent. Déjà les vaisseaux de la muqueuse buccale se font
v o i r en pins griind nombre , le s<oi^ o J a plus cette pâleur qui dénote la faiblesse : la salive est moins chargée de mucilage , et la cai'ie des dents cessant d’être douloureuse , prend une teinte brune qui annonce quelle se guérit. L’estomac et les intestins exercent maintenant leurs fonctions sans peine. Enfin, grâce à la bonne constitution née de cette dame , tout porte à espérer qu’elle échappera à une affection dont beaucoup d’autres seraient victimes malgré tous les secours de l’art.
Ce n’est aussi qu’après avoir recueilli un certain nombre de faits , et les avoir comparés les uns aux autres, après avoir suivi les phénomènes de leur marche , et vu en quoi ils sont semblables à ceux qui se passent dans les dents, que j’ai été conduit à présumer que le ramollissement constitutionnel ou consécutif des os qui entraîne la torsion de la colonne vertébrale chez les enfans d’un tempérament très - muqueux ,
peut dépendre quelquefois d’une augmentation d’action des absorbans ; mais qu’il résulte, le plus souvent, d’une pénurie de sels terreux fournis par le système artériel, dont les exhalans ne déposent poiut une suffisante quantité dans les os. Voilà pourquoi tout ce qui peut favoriser une bonne hématose, arrête les progrès de 1 osteo - malade, fols
sont une nourriture tonique, de bon vin, etc. Au reste, tous les enfans qui se trouvent constitutionnellement dans ce cas , ont le sang très peu coloré , les dents d’un beau blanc azuré , et se cariant facilement.
Il est donc essentiel de distinguer la constitution originelle y de ce qu’on appelle tempérament.
Il n’y a que quelques dispositions primordiales faciles à distinguer; tandis que les tempéramens présentent tant de nuances , que les auteurs se sont trouvés très-embarrassés pour les classer ; la constitution innée peut rester la même, alors le tempérament résulte de la prédisposition. Mais lorsque celle - ci change durant l’existence , il résulte un tempérament acquis , cependant il ne restera pas moins des indices certains de l’état primitif.
Le tempérament qui sera le produit de X éducation physique , peut varier au point de ne pas être cette année , ce qu’il était l’autre , et vice versa : j’entends donc par bonne constitution , l’heureux état de la santé par prédisposition : et par bon tempérament , le parfait état présent , soit que la constitution primitive ait été favorable, soit quelle ait été médiocre , ou même mauvaise. Si cette dis-
ûiicûon entre la constitution et le tempérament, peut être utile dans la pratique, la séméiotique buccale seule y conduit.
Il y a des tempéramens mixtes , qu’il sera impossible de classer , si on n’a recours à l'inspection de la bouche. Les personnes chez lesquelles on les rencontre, ne se plaignent d'aucune espèce d’indisposition x habituelle : ainsi toutes les questions qui leur sont adressées par le médecin , ne tournent point à son instruction , et le jettent même quelquefois dans l’embarras. Il ne saurait donc trop etudier chaque signe en particulier, afin que ceux qui sont les moins variables, lui servent a établir son diagnostic. La connaissance qu on a de l’état primordial, conduit à la distinction du tempérament , parce que telle constitution se change plus facilement en tel tempérament que telle autre. Mais quelle que soit la confiance que j’aie dans les signes qui se remarquent à la bouche pour établir le diagnostic , je pense que dans beaucoup de cas douteux, il ne peut résulter que de 1 ensemble de beaucoup d’autres , étudies sur divers orqanes ; en conséquence , toutes semwgraphies isolées, soit de la bouche, soit des yeux, soit de la face , seront toujours imparfaites , et ne peuvent être considérées que comme
des fragmens dont la réunion seule peut former une bonne séméiotique générale. Qu’on ne s’étonne donc point si je dis quelques mots de ce que j’ai observé sur d’autres parties , et qui contribuent à établir les caractères spéciaux des constitutions dont je vais parler.
M. Spurzhevn (i) observe avec justesse , que les auteurs soutiennent encore aujourd’hui quelques erreurs au sujet des tempéramens qui influent, disent-ils, sur les qualités morales des animaux , et particulièrement sur les hommes. Il me semble que cela vient de ce que ces écrivains n’ont pas distingué le tempérament de la constitution ; car celle-ci est nécessairement en rapport avec les inclinations.
Il n’en est pas de même du tempérament qui n’étant chez beaucoup d’êtres vivans en société, que le résultat de leurs occupations journalières , peut changer les dispositions corporelles , sans influer d’une manière remarquable sur les qualités de lame; j’en excepte toutefois les cas maladifs. Ainsi donc, le médecin peut encore tirer avantage de l’étude du moral de l’individu pour reconnaître sa constitution originelle.
(ï) Phrænologie 3 page î6 et suivantes, an 1818.
Il n’y a pas de doute que les peuples anciens, tels que les Spartiates , les Celtes, n’aient été doués de bons tempéramens , parce que l’état sain du père se transmettait aux enfans , et ce précieux héritage était entretenu par des exercices fortifians, et une nourriture salubre. Les constitutions de ces hommes devaient être à-peu-près les mêmes. Les maladies variaient peu et étaient très-rares : aussi la médecine , chez les anciens , semblet-elle n’avoir eu presque à s’occuper que du traitement des épidermes , et la chiiuigie avoir été bornée au pansement des plaies de ceux qui étaient blessés à la guerre. Mais le terns ayant changé les habitudes des peuples , le luxe d’un côté et la misère de l’autre ayant remplacé l’aisance de tous, la pluralité des constitutions fut l’ouvrage de la vie civile (i); de sorte qu’on peut en distinguer présentement cinq; savoir, la Parfaite, la Sanguine, la Bilieuse , la Muqueuse, et la
Séreuse.
Les signes de la. plus parfaite constitution innée, pris sur un sujet de trois ans environ,
(i) A ce sujet on ne lira pas sans intérêt le Traité d’Education physique , par Louis Simbaldi , traduit de l’italien par M. Bonpart , Docteur-Médecin; an 1818.
jusqu’à celui de vingt-cinq, sont les suivans; les lèvres roses, tirant au violet , et approchant de la nuance de cette fleur qu’on appelle hortensia (i). Elles sont minces et sèches , la langue et les gencives sont un peu plus pâles, comme grenues , fermes , ne fournissant pas de tartre , ou s’il s’en rencontre, il est rare, noir et sec, très- adhèrent aux dents ; toute la membrane muqueuse qui recouvre les diverses parties de la bouche et de l’arrière bouche , est d’une couleur vive, la salive mousseuse, la voûte palatine est bien conformée, les couronnes des dents soit de la première dentition , soit de la deuxième , sont courtes et d’une largeur moyenne : par conséquent bien rangées , épaisses et d’une couleur blanc mat , d’un émail résistant sous le grattoir; l’œil est doux et a une certaine expression d’enjouement, la peau de la face n’est pas très-blanche , mais les joues sont légèrement colorées.
Si, en vieillissant , ce sujet se soutient à son état de santé naturelle , toutes les parties de sa bouche se foncent davantage ; ses dents jaunissent un peu, ne se carient pas, restent fermes dans les alvéoles; et souvent elles s’usent jusqu’au niveau des gencives.
(1) Laforgue , Séméiologie Buccale.
C’est ainsi que sont constitués les athlètes qui en général sont peu exposés aux maladies, à moins que quelque cause spécifique n’agisse
contr’eux.
Comme les individus pourvus de cette bonne disposition, jouissent de toute la plénitude de la santé, ils sont très-disposés à abuser des choses qui leur sont agréables ; ainsi ceux qui vivent copieusement, deviennent sanguins ou bilieux vers leurs vieux jours , et souvent même avant d’en être arrivés là, la goutte et la gravelle les attaquent. Leur estomac et les organes génitaux souffrent fréquemment de leur intempérance :
Leurs dents ne se gâtent guères que par cette carie extérieure qu’on appelle seche, dont les progrès sont très-lents , et que ) ai i être souvent déterminée par la pression e ces os les uns contre les autres, et qui se guérit facilement d’ elle-même.
Si les sujets doués de cette excellente constitution , éprouvent quelque maladie anni ulante pendant l’accroissement , leur tempérament devient un peu muqueux , ce qui s a perçoit à l’état de la salive et à la pâleur des gencives et des lèvres. Le sang vu au travers des artérioles buccales, paraît moins vif.
Auprès de cette constitution, on en trouve immédiatement une autre, dont les caractères sont les smvans , la langue et les lèvres sont e'paisses et plus colorées , visiblement humides, les bords sont sensiblement renversés en dehors. Les autres parties de la bouche, que tapisse la muqueuse, sont egalement très - animées ; les dents sont bonnes, très-fortes, et souvent meme d un volume remarquable, peu susceptibles de carie; elles sont plus longues que celles de la constitution précédente, et dans la jeunesse elles tirent plutôt vers la couleur azurée , ayant un reflet nacré , qu’au blanc mat. Jusqu’à vingt-cinq ou trente ans, les gencives fournissent peu de tartre, il est brun et sec , la salive est très - chargée d oxigène , l’œil est vif et humecté.
Sur les individus plus âgés , la couleur du sang est encore plus prononcée à la bouche, et notamment aux lèvres qui sont souvent assez grosses : les gencives deviennent sensibles, alors elles produisent du tartre, elles se déchaussent et saignent avec facilité, le sang
est rouge cerise , la face est ordinairement trèscolorée.
Dans ces sujets, le système osseux semble prendre un développement particulier, c’est
( aS5 )
assez fréquemment chez eux qu’on trouve des os maxillaires saillants , et des dents proéminentes , fortes en couronnes , h racines de longueur extraordinaire , et dont le cana central se trouve bouché de bonne heure par l’ossification de la totalité du ganglion.
Le phosphate calcaire est donc en grande proportion dans leur sang , il en est de meme du principe colorant : aussi la plupart des maladies aiguës et chroniques qui les attaquent , sont de nature inflammatoire. Les vaisseaux capillaires les plus déliés qui sont simplement rosés et peu visibles dans les sujets ne la constitution précédente , sont très-rouges et très-remplis dans celle-ci. Ils sont également sujets à l’apoplexie, aux phlegmasies chroniques des organes parenchimateux , tels que le toie, etc. Cette constitution est quelquefois si prononcée , que les lèvres sont violettes , alors elle a été appelée très-improprement scorbutique, puisque j’ai démontré par l’expérience, que des individus sur lesquels on remarquait cette disposition , quoiqu’ ayant été exposes a a contagion du scorbut, ne l’avaient pas contracte.
On rencontre beaucoup de ces sujets dans les pays de montagnes, et parmi les gens ce la campagne élevée ; les fièvres dites agiote-
niques et les engorgemeus actifs des capillaires sanguins des viscères, se rencontrent particulièrement parmi eux. Les rachitiques nés ont ainsi très - fréquemment une constitution de cette nature (i).
En se détériorant , elle se rapproche de la muqueuse ou de la séreuse; dans ce dernier cas , les lèvres sont d’un rouge fauve sur leurs bords, les gencives marbrées , et leurs festons sont violets et flasques.
< La constitution sanguine peut être mixte avec la suivante; alors les dents sont courtes, blanc-bleu à leurs tranchans, tandis qu’elles tirent au jaune vers les gencives : celles-ci fournissent davantage de tartre, lequel est sec et jaune. Si ces sujets abusent de leurs forces physiques, en commettant des excès dans le régime , ou bien s’ils se livrent trop à l’étude, ils s’affaiblissent de plus en plus, sont sujets aux engorgemens sanguins chroniques du système capillaire du poumon , et ensuite aux hémorragies passives. La carie qui attaque leurs dents , est le résultat d’une inflammation du ganglion central. Le périoste alvéolo-dentaire ,
(i) C estime clés raisons qui m’a fait dire que le rachitisme et i’osîeo-malacie , me semblent être deux maladies très-distinctes.
est aussi très - susceptible d’affections aigues ou chroniques.
Tous les individus dans lesquels le foie parait exercer une certaine influence sur la santé, sont reconnaissables par la simple inspection de la bouche ; la langue et les bords des lèvres sont d’un rouge qui tient le milieu entre la parfaite constitution et la sanguine ; mais elles ont une teinte de jaune qui se fait sur - tout remarquer en dedans e l’inférieure , et qui s’observe également au voile du palais. La langue de ces personnes est habituellement recouverte d’un leger enduit jaunâtre , le tartre est plus abondant que dans les dispositions précédentes ; d est couleur de citron , peu consistant , mais d’autant plus que cette constitution est plus prononcée. Le sang contient une sérosité très - jaune ; les vaisseaux sont peu appareils à la bouche. Les dents de ces sujets sont courtes chez quelques - uns ; mais elles sont , le pins souvent , un peu longues ; dans tous es cas, elles sont fortes et d’une couleur de paille; ils les perdent par l’abondance du tartre qui les déchausse, elles sont peu exposees a a carie et celle qui les attaque fait des progrès lents. L’oeil est vif , ayant une teinte de jaune, il semble inquiet, la peau est jaunâtre.
Les maladies qui attaquenjt le pins ordinairement ces personnes , sont les phlegmasies aiguës des voies digestives ou du poumon , de la rate ou du foie. Cette constitution n’est Lien facile à distinguer, et les signes qui la caractérisent a la bouche , ne se prononcent le plus souvent que vers la puberté ; de sorte qu’on pourrait ne la considérer que comme modification de l’une des deux precedentes, et par conséquent comme un tempérament. Au reste, elfe se combine très - souvent avec celle qui suit; alors les caractères et la consistance des dents et des autres parties de la bouche sont mixtes; les dents sont plus blanches, et les affections du poumon se rencontrent plutôt dans ces individus , que celles de l’estomac et des intestins.
Les anciens ont appelé pituiteuse j et les modernes muqueuse , une prédisposition qui se rencontre très-fréquemment dans les villes et dans les pays humides. Elle est remarquable par 1 irritabilité de toutes les membranes muqueuses, lesquelles jouissent par conséquent dune extreme vitalité, et exhalent une grande proportion de fluide.
Dans cette constitution les lèvres sont minces , d un beau rose , les gencives fermes quoique pâles ; les vaisseaux sanguins y sont
peu apparens; la langue et les environs des dents sont enduits chaque matin d’une couche blanchâtre; ces sujets ont peu d appétit, leur salive buccale est tres-filante ; leurs dents jolies, fines, d’un blanc-bleu; il se dépose sur elles une assez grande quantité de tartre blanc, mou et qu’on enlève facilement.
La belle voûte palatine qu’on trouve toujours dans la parfaite constitution, est plus rare dans celle-ci j souvent elle n est pas assez développée, ce qui fait que, chez nombre de sujets, les dents quoique d’un volume ordinaire, sont mal rangées. Ces petits os présentent fréquemment des marques d érosion ou d atrophie congéniales : elles sont très-impressionnables, de sorte que la carie les attaque de bonne heure ; elle est blanche , molle , et fait de rapides progrès. Quelquefois c’est un véritable ramollissement partiel du tissu de la dent. Chez les enfans , la peau est assez ordinairement blanche et fine ; cependant on la voit aussi brune et rugueuse. Ils sont généralement faibles et mous, leur sang est pale, la nutrition se fait avec nonchalance ; aussi la colonne vertébrale des filles est très - disposée à se courber à l’époque de la puberte ; parce qu une grande partie des forces vitales se dirigeant alors vers X utérus , il semblerait quelles lan-
guissent dans le système osseux auquel elles étaient pourtant si nécessaires.
En effet, une certaine quantité d'observations que j’ai recueillies dans ma pratique de la ville, et dans divers établissemens publics, m'affermissent dans l’opinion que c’est plus particulièrement dans cette constitution que l’on trouve les enfans dont je viens de parler. Chez eux, la vie organique a si peu d’énergie, que si une cause locale vient à agir sur un point avec plus d’activité qu’il n’en avait été jusques-là , la force assimilatrice de presque tous les autres diminue sensiblement. Il est également probable que les engorgemens ganglionnaires qui se développent sur un grand nombre, pendant l’odontophie , sont dus à la diminution de la sensibilité dans les lymphatiques.
Remarquons aussi que leur peau étant ordinairement très - impressionnable , la sympathie établie entr’elle et les muqueuses , rend ces individus très-susceptibles de contracter des rhumes , des affections gastriques et intestinales ; ils sont sujets aux sueurs faciles et nocturnes, aux glaires, aux vers, au vomissement de fluide séro-muqueux , etc.
Cette disposition s’améliore , lorsque le sang en prenant de la couleur, établit un tempérament muqueux sanguin : mais si, dès avant
la
la naissance , elle s’est combinée avec celle qu’on appelle lymphatique , elle établira pour la vie une constitution mixte, qui tiendra de l’une et de l’autre. Dans ce dernier cas , les dents de première et de deuxième dentition, pourront être érosées ou atrophiées. Celles de seconde pousse le seront seulement , si la combinaison n’a eu lieu que dans les deux ou trois premières années de la vie : enfin elles ne le seront point, et pourront meme etre très— jolies, si la dégénérescence ne s’est effectuée qu’après la septième.
Les affections du poumon sont fréquentes , et peuvent se déclarer de bonne heure chez les personnes de cette constitution ou de ses mixtes. Leurs dents qui étaient déjà d’un blanc remarquable, prennent peu-à-peu une couleur azuree \ elles sont tendres sous la lune , s’agacent facilement ; mais néanmoins , elles
ne se carient pas toujours.
C’est faute d’avoir observé les caractères qui font reconnaître ces prédispositions, que Blumenhach a nié que la couleur des dents peut indiquer si le sujet est disposé à la pulmonie. Elle l’enseigne si les autres signes de la constitution qûe je viens de décrire y sont joints : c’est également à quoi Camper n a pas fait attention.
Une espèce de constitution qui a beaucoup d’analogie avec la précédente, lorsqu’elle est dégénérée , est celle qui se reconnaît aux signes dont je vais parler ; les gencives sensiblement pâles et luisantes , la langue assez nette , les dents petites , à racines courtes , bien rangées, d’une couleur blanc-gris , peu susceptibles de carie, entourées â leur collet par un tartre très-muqueux superficiellement , tandis que la couche profonde est assez consistante : une salive abondante , filante comme de l’albumine . et que ces personnes disent leur sembler d’un goût salé ou acidulé. La membrane buccale contracte facilement des aphtes : les lèvres sont pâles du côté qui touche les dents, tandis qu’elles sont rouges et comme tendues sur leurs bords libres, où il se forme souvent des gerçures. Joignez à ces signes, pris seulement à la bouche , ceux du reste du corps : la peau est blafarde , la face , quoique peu volumineuse, est bouffie, les environs des yeux sont infiltrés, le regard langoureux. Si cette mauvaise disposition du sujet ne s’améliore , il est rare qu’il aille jusqu’à la puberté ; mais dans le cas où cela arrive , il lui survient des varices aux jambes, ou des taches de sang extravasé. Dans cette constitution , la sérosité abonde dans le sang, de telle sorte.
qu’il semble presque dépourvu de matière colorante. Les anciens ont appelé lymphatiques, ceux qui présentent une telle disposition : mais elle est plus souvent un tempérament acquis ; les infiltrations , les épanchemens de sérosité , l’osteo-malacie de naissance , sont le triste partage de ces sujets.
Ce qui peut arriver de mieux h ces individus, c’est qu’en améliorant l’état de leur santé par un bon régime, ils acquièrent un tempérament qui se rapproche du muqueux ou du sanguin desquels \] ai parie ci-avant.
Telles sont les constitutions mères que j’ai remarquées, et dont j ai étudié les pnncipaux traits toutes les fois que je l’ai pu : mais elles ne sont bien tranchées que sur un tres-petit nombre de sujets, parce qu’il en est d’elles comme de la physionomie ; tout individu a la sienne , ne ressemblant exactement à aucune autre. Chacune de ces prédispositions est donc susceptible de se mélanger en quelque sorte avec une ou deux autres , d ou il resuite des mixtes, qui établissent des idiosyncrasies infinies; cependant quelles que puissent être les combinaisons , il existe toujours à la bouche des marques certaines qui font reconnaître la disposition prédominante : mais comme il n’arrive pas toujours qu elles soient tres-visibles ,
il est essentiel de ne pas s’en rapporter exclusivement a des signes pris isolément sur quelques organes ; car, ceux-ci, ainsi que les constitutions, étant susceptibles d’éprouver des changemens , soit en bien, soit en mal, il faut promener ses regards sur tout ce qui peut en offrir des indices. Néanmoins celui qui aura exercé son attention sur la séméiotique buccale, et qui ajoutera ses propres remarques à ce que j’ai dit précédemment, reconnaîtra que , soit qu’une personne ait acquis un bon tempérament pendant l’accroissement , soit au contraire , que la constitution primitivement très-bonne , se soit altérée, les dents sont les seuls organes sur lesquels le médecin puisse espérer de rencontrer des vestiges de la disposition originelle.
Les observations suivantes offriront des exemples de l’avantage incontestable que présente la partie de la séméiotique, dont je viens d’esquisser les principaux caractères.
Une dame, de bonne constitution, et de l’âge de quarante-cinq ans , fut attaquée de cardialgie , et peu de tems après , elle vomit chaque jour une portion de ses alimens. Comme elle maigrissait considérablement, elle consulta d’habiles médecins , qui soupçonnèrent une phlegmasie chronique de l’estomac, et ordonnèrent divers médicamens; mais ils n’appor-
tèrent aucun soulagement à ses maux. Il lui passa donc par la tête de ne plus avoir recours aux gens de l’art, et de faire usage d’opium gommeux. En peu de tems la douleur d’estomac disparut, cependant le vomissement continua d’avoir lieu tous les jours : quatre années s’écoulèrent ainsi, pendant lesquelles la malade recouvra son premier embonpoint. Ayant bu , un jour qu’elle avait très-chaud , un verre d’eau glacée , elle fut prise d’une fièvre gastrique aiguë , et mourut. J’assistai à l’ouverture du corps ; l’estomac ne présenta aucun signe d inflammation ancienne ou de squirrosités.
J’avais eu occasion d’examiner plusieurs fois la bouche de cette dame , pendant le cours de son affection , et j’avais observé que la salive n’était pas muqueuse , que ses lèvres n’etaient devenues pâles que par suite des saignées et du traitement antiphlogistique qui lui avaient été conseillés : mais je n’y remarquais point ce bord rouge qui se voit sur les personnes attaquées d’inflammation du pylore ou du cardia. En conséquence, je soupçonnais que la maladie consistait dans une lésion de sensibilité nerveuse de l’estomac, sans affection organique; l’autopsie confirma cette opinion.
J’ai eu également lieu de faire la meme observation sur un homme qui a vomi peu
dant vingt ans une partie de ses alimens, et tpi] inouï ut dune apoplexie foudroyante , à. 1 âge de soixante-onze ans ; l’autopsie ne présenta aucune lésion du tube alimentaire.
Une personne qui m’honore de quelqu’affection , et dont la santé m’intéresse vivement , vomit ses alimens toutes les nuits depuis une quinzaine d années , et ne prend aucune inquiétude de cette situation y qui lui est plutôt désagréable que nuisible : car elle est d’ailleurs d une bonne santé , et l’etat de sa bouche ne piésente aucun signe de maladie organique.
Je connais également une dame qui depuis long-tems a une toux que l’on pourrait attribuer a une phlegmasie chronique de la poitrine ; mais comme la salive n’est pas muqueuse y que la bouche est d’un bon rose hortensia y et qu elle se porte bien d’ailleurs , je pense que la poitrine n’est que nerveuse; parce que j’ai toujours observé que, lorsque le poumon est affecté par fluxion muqueuse, aiguë ou chronique , la bouche annonce la lésion de cet organe par une salive plus filante qu’elle n’était dans la santé.
L état de la bouche est susceptible de changer non - seulement avec lenteur , mais quelquefois en assez peu de tems. J’ai vu des cngoigemens blancs ou rouges des gencives.
la rareté ou l’abondance de la salive ou du mucus buccal , l’exbalation du tartre , etc. , avoir lieu tout-à-coup, et être des avant-coureurs du développement d’une affection e que que 0 gane intérieur , tels que du poumon , de 1 es-
tomac , du foie , etc.
Au reste, bien avant moi, cette remarqu
avait été faite par Bourdet , chirurgien-dentis
de Louis XV, et on connaît dans le monde,
une anecdote qui fit honneur à ce praUciem
Le Roi avait l’usage de faire visit bouche une fois chaque mois. Un jour, our observa des changerons qui le courut immédiatement en avertn e P médecin: celui-ci ne tint aucun compte de l’avis: cependant le Monarque tomba grav ment malade, ce qu’il eût peut-etre ete Poslle de prévenir si on s’y fût pris a tems.
Avantde terminer ces aperçus sur la semeiotique i’appelerai encore l’attention des médecins ni deux lésions bien distinctes de la membrane muqueuse buccale ; 1--S qm mit été confondues sous la de nomma U rique te fluxions: mais qui ne :S° P^ #
décrites par les nosographes v ) > fi
„ ,, vlémens de Médecine-Pratique. -
(i) Voyez Cullen, Elem Meneur-Gens
Pinel, Nosographie Philosophique. - Semeur
soient très - fréquentes , et qu’un coup-d’ceil (linge sur elles, eût pu jeter quelque jour sur certaines affections qui ont probablement beaucoup d’analogie avec elles. Cette omission tourne au préjudice de l’art, puisque de toutes les maladies rangées dans l’ordre des phlegmasies des membranes muqueuses, celles de la bouche sont les seules dont nos yeux aient la faculté de suivre le développement, et dont letude par conséquent puisse servir de terme de comparaison pour établir la marche de celles qui se manifestent, soit dans l’estomac, soit dans les intestins, soit dans le poumon et autres lieux où notre vue ne peut pénétrer. Cependant, vou- . lant me renfermer dans le cercle que je me suis trace , je ne place ici cette réflexion que dans l’intérêt de la science : c est à ceux qui exercent tout ce qui la constitue, à s assurer si les affections de la membrane muqueuse qui tapisse les autres cavités, sont réellement de même nature que celles de la bouche ; car alors le système des inflammations et des irritations qui s’établit aujour-
d’hui , supporterait, dès en naissant, d’importantes modifications lorsqu’elles seraient considérées dans les membranes muqueuses ; parce
Nosographie générale. Broussais, Histoire des Phleg masies , etc* °
qu’on serait obligé d’en reconnaître de deux espèces, au lieu d’une seule pouvant avoir divers dégrès, ainsi cjue 1 a présente M. le docteur Broussais , qui, d’ailleurs, a démontré que les phlegmasies diffèrent en apparences physiques et en caractères pathologiques, suivant la nature des tissus où on les examine.
Je décrirai donc , d’après l’observation , les deux sortes de fluxions buccales que je rencontre fréquemment dans la pratique. L une est rouge : elle a son siégé dans les exti emites capillaires des vaisseaux sanguins de quelque portion de la muqueuse , ou des parties sousjacentes : je la désigné sous le nom de Bucca — lite. L’autre est blanche , elle a son siège dans les criptes glanduleux de la muqueuse , qui semblent en quelque sorte se refuser à admettre la partie rouge du sang , ainsi qu il en était avant l’affection. Je l’appelle Buccalée , pour la distinguer de la précédente.
La Buccalite est inflammatoire, c’est véritablement une phlegmasie de la muqueuse , dans le tissu de laquelle le sang artériel pénètre outre mesure. Les fonctions des criptes muqueux en sont troublées , ou même totalement empêchées dans les premiers moniens : ce qui rendrait la bouche entièrement sèche, si les glandes salivaires ne continuaient
cle fournir leur fluide ; mais , maigre cela, cette cavité dépourvue de mucus , éprouve une aprete remarquable d’où résulte ia soif ;
les joues ne sont que peu ou meme point gonflées.
Causes . Un coup d’air , après avoir eu chaud , une course rapide dans un tems de brouillards fi oids , 1 introduction d’un liquide glacé dans la cavité buccale ; un rhumatisme inflammatoire , 1 odontocie difficile de quelque molaire , ou la périostite dentaire.
Symptômes. Premier jour , Bouche âpre et chaude , légère ou grande céphalalgie , rougeur de la muqueuse , gonflement sanguin des gencives, ordinairement d’un seul côté; sentiment de pulsation artérielle dans le tissu de ces parties, chaleur naturelle de la bouche, augmentée et très-appréciable en y portant le doigt; pouls fort et élevé, les urines claires. Si la maladie est violente , il y a prostration des forces.
.2 . Jour de V invasion, Gonflement et rougeur, chaleur et coloration de la face et des lèvres ; celles-ci sont sèches, quelquefois tremblottantes ; les dents enduites d’une matière jaunâtre, visqueuse , œil vif, grande céphalalgie : pouls comme la veille, difficulté d’avaler, complication fréquente d angine tonsillaire , langue épaisse , d’un blanc jaune , quelquefois de ia toux.
Le 3e. Mêmes symptômes, la langue très-" saburale , d’un jaune manifeste ; l’estomac sympathise , envies de vomir, goût amer. Les gencives, quoique très-gonflées , commencent à s’humecter entre le 2e. et le 3e. jour ; peu-à-peu l’exhalation du mucus se rétablit; alors la soif diminue : le pouls est plus souple , la langue se nettoie.
Terminaison par résolution ou par suppuration. Les jours suivans, le malade va de mieux en mieux , les urines se troublent et déposent , les sueurs s’annoncent, alors la convalescence commence : mais les gencives et les joues restent encore quelque tems dans un état d’engorgement qui ne se dissipe que lentement, et même souvent plus d’un mois après. 11 en est encore de même s’il s’est formé un abcès aux
gencives , lequel a suppure.
Traitement. Il est rare que l’homme de l’art soit appelé avant le second jour ; en conséquence , la saignée au bras est indiquée , si la personne est forte: mais on y substitue souvent les sang-sues : les Anglais ont meme l’habitude de les poser sur les gencives. Lorsque le malade n’en éprouve point de répugnance , j’emploie ce moyen , dont j’ai tiré des^ avantages sensibles ; sinon je mécontente dy fane quelques mouchetures avec une lancette. La
( 5oo )
5oif est appaisée avec de Ja limonade qui sert en me me- te ms de collutoire. Lorsque les symptômes gastriques se font sentir, et qu’on voit un peu de relâchement, ce qui arrive vers le troisième jour, il est bou d’exciter le vomissement : des-lors , le malade marche vers la convalescence, et l’on détermine la résolution locale en fesant frotter les gencives avec une brosse et de l’eau acidulée.
La resolution est donc la terminaison la plus ordinaire de la buccalite. Cependant j’ai vu plusieurs fois se former de grands abcès critiques aux gencives ou aux tonsilles. Si on fait vomir dans le commencement de la maladie, au lieu d’en tirer avantage, l’inflammation en est augmentée. Ce genre de phlegmasie se rencontre ordinairement sur les personnes d’un bon tempérament, ou sur celles qu’on appelle sanguines et bilieuses. Cette inflammation n’attaque pas toujours la membrane buccale : elle peut établir son siège aux environs ; ainsi elle se fixe quelquefois uniquement dans les tégumens des lèvres ou des joues: alors, ces parties sont très - enflées , très -rouges, très - brûlantes ; les paupières infiltrées, et sensibles au toucher ; les yeux vifs , le pouls fort , la langue rouge ; les geuch es saines , ainsi que le dedans des lèvres.
( Soi )
dont les bords libres seulement sont d une rougeur remarquable. Le siège de la maladie est donc dans les extrémités capillaires des exbalans, tandis que les vaisseaux sanguins, même d’un très-petit calibre , ne sont
point affectes.
Deuxième espèce , Buccalèe. Celle-ci a son siège spécial dans les capillaires blancs de la muqueuse buccale , ou du tissu cellulau e de la face. Les extrémités des nerfs, sur-tout , semblent être très-affectés.
Causes. Elles peuvent être les mêmes que celles qui occasionnent la phlegmasie précédente ; mais celle-ci se remarque particulièiement sur les personnes dont le sang est trèsséreux et peu coloré , et qui dailleuis sont nerveuses. Dans ce cas, il y a prédisposition : cependant il est trois causes spécifiques qui la produisent , quelle que soit l’idiosyncrasie des sujets. i°. L’usage inconsidéré des médicamens mercuriels ; 2°. L’obturation d’une
dent attaquée de carie sanieuse ; 3 . La peiforation d’une racine pour y placer une dent factice. Dans ces derniers cas , sur-tout, le système nerveux est immédiatement mite.
Symptômes. Erétisme des gencives, lesquelles sont très-sensibles, gonflées, luisantes, et comme infiltrées par de la sérosité 5 pluspn/é’.s
que dans l’état ordinaire ; les dents se chargeant dun tartre blanchâtre et mou. Douleur profonde , aiguë dans les joues , revenant par intervalle, et ressemblant à des coups d’aiguille; face et lèvres tendues, sensibles, sans rougeur remarquable ; chaleur buccale peu sensiblement augmentée , point de soif , salive très-muqueuse et par fois si abondante , que le malade la laisse échapper de la bouche ; si on y met une pièce d’argent, ou s’il crache dans un bassin de ce métal , quelques endroits noircissent : langue blanche , point de mauvais goût , quelquefois de l’appétit , d’autres fois , aucun : pouls frequent , serré ; en général , cette affection est plus douloureuse que la précédente.
Tels sont les symptômes que présente la buccalee des le commencement. Iis se continuent jusqu’à la terminaison, en augmentant d intensité pendant deux ou trois jours; puis la resolution s’opère , et n’est entièrement terminée que vers le neuvième ou dixième jour. Il se forme assez; fréquemment, dans cette fluxion , des abcès aux gencives, sans que le malade ait éprouvé le sentiment de battement artériel, ni de chaleur incommode ; j’ai vu de ces abcès assez gros , disparaître d’eux-mèmes.
Traitement . Si la cause productrice est une
de celles que j’ai énumérées en traitant de / l’affection précédente , un vomitif donne des le début, fait tomber soudainement cette fluxion , ordinairement les purgatifs administrés dans les premiers jours de la maladie , la font avorter, ou en abrègent le cours. Un vésicatoire à la nuque , ou derrière les oreilles , diminue l’irritation de la bouche , et facilite la résolution qui est toujours d autant plus lente que le sujet est plus séreux. La convalescence est en général plus longue que dans le cas précédent. Les parties molles de la bouche conservent souvent , pendant un tems assez long , un empâtement atonique que 1 on ne peut dissiper que par l’emploi intérieur de l’oxide de fer , des amers et même du kinkina , sur-tout lorsque quelques légers accès de fièvre intermittente se font sentir ; 1 ayant vue plusieurs fois succéder a cette affection, chez des personnes délicates. Quoique les gencives soient gonflées , quelquefois meme un peu rosées , il faut se garder de les piquer j car l’érétisme y étant très— prononce, on augmente la douleur locale ; d ailleurs il n en sort presque point de sang. Si 1 on applique des sang-sues , l’infiltration des parties augmente , et la marche de la maladie est plus lente.
Les mucilagineux en collutoires , tels que
le lai £ ^ la décoction de figues, auxquels on joint un peu de teinture d’opium , doivent être mis en usage. On oint la figure et les lèvres avec de l’huile d’olive, tant que dure l’irritation , et que les douleurs aigues se font sentir. On aide ensuite la resolution avec des lotions extérieures d eau aiguisée de vinaigre aromatise , ou même de spiritueux , tels que l’eau de Cologne, etc. Enfin, les poudres absorbantes de magnésie, de carbonate de chaux y sont très — utilement employées le troisième jour de l’invasion ; on en fait frotter les gencives avec une petite brosse ou une éponge, et on en peut faire prendre intérieurement; enfin il faut ouvrir les abcès de très — bonne heure.
Par fois , 1 une ou 1 autre de ces fluxions se manifeste simplement a la face, sans que la bouche paraisse etre le siégé d’aucune irritation, meme consecutive. J’ai rencontré ce cas chez des personnes qui avaient un engorgement du sinus maxillaire.
Chez certains sujets , les deux genres de maladies se compliquent en quelque sorte , efc le gonflement des gencives , au lieu d’être rouge ou blanc, est rosé. Quant aux symptômes, ils sont également mixtes.
Ces affections peuvent passer à l’état chronique ; la phlegmasie sanguine sur-tout : alors
les
les gencives, qui jusqu’à l’invasion avaient été fermes , et d’une couleur agréable , ne reviennent point à leur premier état; elles restent gonflées et rouges. Elles ne fournissaient point de tartre avant la maladie ; mais dès ce moment elles commencent à en produire une plus ou moins grande quantité , en raison de l’engorgement persistant; il est blanc ou jaune suivant le tempérament du sujet : cependant la partie muqueuse de la salive n est pas sensiblement augmentée.
Dans la deuxième espèce , la membrane buccale reste également gonflée , mais les gencives sont molles , blanches ou offrant un petit filet rose vif autour de leurs festons. Dès-lors il y a augmentation de l’exhalation muqueuse habituelle, la salive est filante; il s’amasse autour du collet des dents un tartre blanc mou , plus ou moins abondant , et ne prenant
de consistance qu’à la longue.
Quand , avant de m’attacher exclusivement
à l’étude des maladies de la bouche, j’exerçais les diverses branches de la médecine , j ai mainte - fois tiré avantage de la connaissance des deux affections ci — dessus , aussi diffé rentes dans leur marche et leurs effets , que dans le mode de traitement qui convient à chacune ; car , lorsqu’à l’invasion d’une maladie
de I estomac ou du poumon, je rencontrais la se'rie de symptômes qui appartient à l’une d’elles , j’en concluais qu’une semblable se développait dans un de ces viscères , et je lui opposais les moyens que j’employais avec succès pour combattre celle avec laquelle je lui soupçonnais de l’analogie. Cette pratique assez simple , m’a constamment re'ussi.
Enfin , je terminerai , en observant qu’un grand nombre d’histoires d’inflammations présumées de l’estomac ou du poumon, rapportées par Stoll, Boerhaave , Bordeu , Leucadou , Pmël, Broussais, ^ tune foule d’autres excellens observateurs , présentent des caractères ressemblant singulièrement à ceux qui font distinguer chaque espèce de fluxion buccale et que le seul traitement qui ait réussi dans les diverses maladies dont ils font mention, est précisément le même que celui qu’il faut employer pour combattre, soit l’une , soit l’autre affection que j’ai décrites.