FORMES SÈCHES
A noter enfin que cette syphilide tuberculeuse sèche est dénuée de symptômes et de troubles fonctionnels. Elle naît et subsiste sans douleurs, sans réaction locale, sans irradiation notamment sur le système ganglionnaire. Elle ne cause presque aucune gêne, aucun malaise local ; tout au plus se traduit-elle par une légère exagération de la sécrétion salivaire et un embarras à peine appréciable de la déglutition.
Comme particularité intéressante et significative, je signalerai ce fait que cette lésion coexiste assez souvent avec d’autres manifestations tertiaires de la cavité buccale (telles que glossite tertiaire de forme scléreuse) ou même du larynx. Deux fois je l’ai vue coïncider avec des lésions hypertrophiques de l’épiglotte ou même des cordes vocales.
Cette lésion est curable et intégralement curable, comme le démontre l’observation que je rapporte ici; mais elle ne cède en général qu’à un traitement énergique et longtemps continué.
Il m’a paru que ce qui réussissait le mieux contre elle consistait en
ceci :
Traitement mixte à doses presque intensives; — badigeonnages biquotidiens à la teinture d’iode; — gargarismes émollients très fréquemment répétés.
II. — Syphilomatose hypertrophique. — Ici comme partout ailleurs où nous l’avons déjà étudiée, cette syphilomatose hypertrophique consiste en une hyperplasie plus ou moins considérable, en une sorte d’infiltration massive des tissus.
Elle s’observe à la voûte palatine et, bien plus rarement, au niveau du voile.
Elle s’accuse à première vue par une déformation très marquée des parties. Ainsi, la voûte palatine, au lieu de présenter la courbe élégante à concavité régulière que chacun lui connaît, se trouve en partie comblée par une tuméfaction morbide, par une sorte de tumeur surajoutée, comme si la muqueuse palatine était refoulée inférieurement par une grosse exostose. Cette voûte est abaissée, moins concave, et il se peut même qu’elle soit convertie en un plan presque horizontal.
D’autre part, le doigt porté sur cette tuméfaction perçoit là une sensation de rénitence, de dureté, qui dénonce l’existence à ce niveau d’un néoplasme. De toute évidence, il s’est produit là une nappe néoplasique qui double la voûte palatine,
A la surface de cette nappe néoplasique, la muqueuse apparaît saine, tout au moins indemne d’ulcérations, voire d’érosions, comme de tous signes relevant d’un processus inflammatoire.
En outre, de deux choses, l’une : ou bien cette muqueuse est lisse et simplement parcourue par des sillons qui lobulent la masse néo-
GOMMES DU VOILE PALATIN
plasique; — ou bien elle est semée d’une série de mamelons granuleux, analogues à ceux qui constituent la syphilide tuberculeuse. Ces mamelons peuvent même être assez volumineux. Ils dépassaient les proportions d’un petit pois sur un de nos malades et, de plus, ils étaient très irréguliers de forme, végétants, bourgeonnants.
D’autres fois, la tumeur palatine affecte une forme différente et des plus curieuses, que j’ai constatée quatre fois. Elle est régulièrement bilobée, c’est-à-dire constituée par deux bourrelets latéraux situés de chaque côté du raphé palatin resté indemne. En autres termes, de ce raphé partent symétriquement deux tumeurs convexes qui vont rejoindre le rebord gingival, en figurant de chaque côté un soulèvement « en dos d’âne ». Cette disposition singulière rappelle assez exactement ce que seraient deux rideaux relevés par des embrasses.
Bien que volumineuse, c’est-à-dire offrant une épaisseur de 5 à 10 millimètres, cette syphilomatose n’a pas de troubles fonctionnels corrélatifs. Elle est absolument aphlegmasique et indolente. Elle ne gêne que par son volume; elle trouble quelque peu l’articulation et la mastication, mais c’est tout. Cela explique que les malades ne s’en inquiètent pas à l’origine et ne viennent nous consulter le plus souvent qu’à une époque où la lésion est pleinement constituée.
Elle est, enfin, d’évolution éminemment torpide et chronique.
Que peut le traitement sur une semblable lésion? Il la réduit; il provoque un processus bien manifeste de régression, comme cela est nettement appréciable sur les deux pièces nos 1999 et 2013 du musée de Saint-Louis, qui ont été moulées à distance de quelques semaines. Mais peut-il aller au-delà et en déterminer la résorption complète? Je l’ignore et ne puis rien dire à ce sujet, n’ayant pas encore eu l'occasion de suivre assez longtemps des malades affectés de la sorte. Ce que j’ai vu, c’est une amélioration notable de cette lésion, mais une amélioration se produisant toujours avec une grande lenteur ; quant à la guérison complète, il ne m’a pas encore été donné d’en constater un seul cas.
GOMMES DU VOILE PALATIN
Fréquence. — Lésions de fréquence moyenne dans la syphilis tertiaire (215 cas sur 4 400 malades).
Sur c s 215 cas, 155 ont été observés sur l’homme, contre 60 chez la femme.
Échéances d’invasion. — Sur 159 cas où l’entrée en scène de la
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gomme vélo-palatine a pu être déterminée chronologiquement d’une façon précise, j’en ai trouvé :
Au cours de la première année 11 cas.
— — seconde — 22 —
— — troisième — 13 —
— — quatrième — 16 —
— — cinquième — 10 —
— — sixième — 10 —
— — septième — 19 —
— — huitième — 8 —
— — neuvième — 8 —
— — dixième — 6 —
— — onzième — 6 —
— — douzième — 2 —
— — treizième — 5 —
— — quatorzième — 3 —
— — quinzième — 5 —
— seizième — 2 —
— — dix-septième — 2 —
— — dix-huitième — 5 —
— — dix-neuvième — 1 —
— — vingtième — 1 —
— — vingt et unième — 1 —
— — vingt-deuxième — 1 —
— — vingt-cinquième — 1 —
— — vingt-sixième — 1 —
Total 159 cas.
C’est-à-dire :
De la première à la dixième année 123 cas, ou 77,4 p. 100.
De la onzième à la vingtième année 32 — 20,1 —
Au delà de la vingtième année 4 — 2,5 —
Chiffres assez significatifs par eux-mêmes pour ne pas exiger de commentaires.
Certes un chapitre d’anatomie pathologique devrait inaugurer ici cet exposé. Mais ce chapitre, je serais bien en peine de l’ouvrir, et pour cause. C’est qu’en effet je n’ai jamais vu jusqu’à ce jour sur la table d’amphithéâtre un seul cas de tumeur gommeuse du voile, et personne, je crois, n’a été plus heureux que moi. J’ai bien vu, comme tout le monde, des voiles palatins perforés, mutilés, presque anéantis, avec des lésions cicatricielles de tout ordre et d’intérêt uniquement rétrospectif, mais je n’ai pas encore eu l’occasion de pratiquer une dissection de gomme palatine en voie d’évolution ou de formation. Rien d’étonnant à cela, car on ne meurt pas d’une gomme palatine.
Au reste, cette lacune n’est qu’à demi regrettable. L’examen cli-
LÉSIONS TERTIAIRES DU VOILE PALATIN
nique peut suppléer ici à l’étude anatomique, car ce qui se passe dans le voile s’y passe presque à découvert, èt nous le constatons de visu d’une façon suffisante pour être en mesure d’affirmer ce qui importe en l’espèce, à savoir : que les lésions gommeuses du voile ne diffèrent pas de ce qu’elles sont ailleurs et qu’ici comme partout elles consistent originairement en une prolifération morbide d’abord solide, qui se ramollit plus tard, se désorganise, détruit sa coque d’enveloppe et aboutit à une ulcération plus ou moins étendue, offrant l’aspect et l’évolution des ulcérations gommeuses de tout siège.
Division. — Les lésions gommeuses du voile palatin se présentent sous deux formes extrêmement inégales comme fréquence, à savoir : forme circonscrite ou nodulaire ; — et forme diffuse.
De ces deux formes, la première mériterait seule sans contredit la dénomination de tumeur gommeuse du voile, et cela parce qu’elle consiste en une tumeur bien nette, bien définie, identique à ce qu’est, par exemple, la gomme du tissu cellulaire prise comme type.
La seconde, au contraire, n’est pas, à proprement parler, une tumeur ; elle consiste plutôt en une tuméfaction, un épaississement, une infiltration plus ou moins diffuse du voile. Mais n’importe. L’usage, qui est souverain maître en l’espèce, l’a qualifiée de tumeur ; réagir contre lui serait sans résultat et d’ailleurs sans importance. Acceptons donc une dénomination consacrée, et, passant condamnation sur les mots, voyons seulement ce que sont les choses.
I. — Forme nodulaire. — Tout à fait rare, par rapport à la seconde.
Elle consiste en ceci : production, en un point quelconque du voile, d’une petite nodosité, originairement solide et ferme sous le doigt, aphlegmasique, indolente, soulevant quelque peu la muqueuse et se profilant par un très léger relief à la surface du voile. Cette nodosité représente à peu près cç que serait un corps étranger, tel qu’un pois, une amande, inséré dans le voile, entre ses deux feuillets muqueux.
Comme volume et configuration, elle est comparable soit à un petit pois ou à une moitié de noisette, soit plutôt encore à une amande, car le plus souvent elle est aplatie et étalée.
Au reste, il est extrêmement rare de là constater sous Cette forme (je n’en ai observé pour ma part qu’une demi-douzaine de cas), et cela pour telle ou telle des deux raisons suivantes : ou bien, à cette étape initiale, elle reste ignorée du malade parce qu’elle n’éveille ni douleurs, ni troubles fonctionnels d’aucun genre ; — ou bien elle est perçue, mais négligée par le malade, qui ne s’en inquiète pas et ne juge pas à propos « pour si peu de chose » d’aller consulter un médecin.
Puis, cette petite lésion évolue à la façon de toutes les productions gommeuses, c’est-à-dire se ramollit, s’ouvre, et dégénère en une