MODES DIVERS DE MUTILATION DU VOILE
S’il siège sur les parties centrales, il constitue alors une espèce de canal ulcéreux creusé dans le voile.
Ce canal ne mesure pas moins de 6 à 8 millimètres de trajet à travers le voile, quelquefois même davantage, jusqu’à 1 centimètre environ. — Son calibre varie entre le diamètre d’un porte-plume et celui du petit doigt. — Ses parois ulcéreuses sont creusées dans un tissu rénitent, dur, lequel n’est autre que le tissu du voile infiltré de productions spécifiques et inflammatoires. Elles présentent une surface jaunâtre ou diphthéroïde, identique d’aspect à celle des ulcères gommeux.
Évolution terminale. — Quatre modes de mutilation du voile.
— N’importe quel en soit le siège, l’ulcération gommeuse du voile est extensive, mais extensive dans de certaines limites; elle s’étend dans l’aire des parties primitivement infiltrées par le néoplasme gommeux, mais elle ne s’étend pas au delà. Tout ce qui a été envahi par la gomme disparaît, est détruit, rongé ; mais, lorsque cela a disparu, le travail ulcéreux s’arrête, se limite, ne progresse pas plus avant (réserves faites toutefois pour certains cas dont je parlerai plus tard, dans lesquels l'ulcération irradie au delà et bien au delà du siège initial de la gomme en prenant une marche phagédénique).
Ici se place une remarque curieuse. Quand les tissus infiltrés par la gomme disparaissent, comment disparaissent-ils? Ce qui est bien certain, c’est qu’ils disparaissent sans laisser de traces , à l’insu du malade et du médecin. Mais ce qu’ils deviennent, on ne le sait pas, on ne le voit pas. Ils semblent fondre sur place, pour ainsi dire. En tout cas, ils ne forment pas d’eschare distincte, qui se sépare des parties saines et tombe dans la bouche. On n’en trouve pas vestige, voilà le fait. Bref, ils disparaissent comme disparaît le poumon excavé par les cavernes tuberculeuses. Vraisemblablement et même certainement, pourrais-je dire, il s’opère là une sorte de destruction moléculaire, dont les éléments ténus, divisés, désagrégés, sont emportés par la salive, rejetés dans les crachats ou avalés.
Finalement, quand ce travail de destruction est accompli, que reste-t-il des parties affectées et quel est l’état de ces parties? Trop brièvement on se contente de dire en général que « le voile est entamé, perforé, détruit ». Cela est bien succinct. Les choses, ce me semble, méritent d’être examinées de plus près, et des formes diverses de mutilation du voile doivent être distinguées.
Ces formes sont au nombre de quatre, qui peuvent être désignées de la façon suivante :
1° Échancrure marginale du voile. — Dans cette forme, la mutilation porte sur les parties périphériques, marginales, du voile, à savoir : piliers, arcades, luette. Ces parties sont entamées « en encoche » sur une étendue plus ou moins considérable. De leur des-
TUMEUR GOMMEUSE DU VOILE PALATIN
truction résulte une entaillure proportionnelle, qui échancre le voile sur ses bords.
Quand l'infiltration gommeuse porte sur la base de la luette, cet appendice peut être comme guillotiné, si je puis ainsi dire, par l'ulcère gommeux et se détacher en totalité du voile. — D'autres fois et plus souvent, la luette envahie par l'infiltration gommeuse se détruit moléculairement et disparaît sans qu’on en trouve vestiges. Le voile persiste alors privé de cet appendice, et son bord postérieur ne décrit plus qu’une arcade simple à concavité antérieure.
2° Perforation. — La perforation proprement dite est la mutilation qui consiste en une perte de substance entaillée dans l’aire du voile. C’est, comme disent les malades, un trou dans le voile.
Elle peut occuper divers sièges, parties médianes ou latérales, antérieures ou postérieures. Quand il lui arrive d’être située sur les parties les plus postérieures du voile, elle devient alors presque marginale, et n’est plus séparée du bord postérieur que par une bandelette de tissu sain très étroite, réduite à quelques millimètres, voire parfois à 1 millimètre comme largeur.
La forme et les dimensions de cette perforation sont variables.
Comme forme, elle est souvent ronde, et cela plus ou moins régulièrement. Quelquefois elle est parfaitement orbiculaire et comme faite au compas. D'autres fois elle est ovalaire, elliptique, et alors elle est toujours allongée transversalement, dans le sens où s’opèrent les tractions musculaires du voile.
Variable comme dimensions, quelquefois elle est assez petite pour qu’un stylet puisse à peine y pénétrer; — plus souvent elle a un diamètre notablement supérieur et laisse facilement pénétrer une sonde ordinaire; — d’autres fois elle offre les dimensions d’une pièce de 20 ou de 50 centimes ; — plus rarement elle atteint les proportions d’une amande d’abricot; — enfin, elle peut être plus considérable encore. J’ai vu dernièrement une perforation de ce genre qui mesurait 3 centimètres transversalement sur 12 à 15 millimètres comme diamètre antéro-postérieur.
Pour la grande majorité des cas, la perforation est unique. Mais elle peut être multiple. Il n’est pas rare de rencontrer deux ou trois perforations, généralement peu distantes. On en a vu jusqu’à 4, 5, 6 et 7. Sur une de mes malades de Lourcine j’en ai compté sept bien distinctes, toutes assez larges. Elles étaient séparées les unes des autres par des espèces de cordages fibreux. Suivant l’expression de la malade, c’était là un véritable « voile en dentelle ». Sur une autre de mes malades, six perforations du voile étaient nettement séparées les unes des autres par de véritables cordages tendineux, ce qui constituait au-devant de l’arrière-gorge une sorte de grillage (voile en grille , etc.) (1).
(1) Ces types divers se trouvent reproduits par toute une série de moulages au musée de l’hôpital Saint-Louis (Coll. part.).