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MODES DIVERS DE MUTILATION DU VOILE

3° Division en rideaux retroussés. — Cette forme est presque aussi fréquente que la perforation simple. Elle se produit par le mécanisme suivant : lorsque l’infiltration gommeuse a occupé sur une certaine étendue d’avant en arrière les portions centrales du voile, ces portions se détruisent ultérieurement par le fait du ramollissement et de l’ulcération de la gomme. Or, quand ce travail de destruction s’est accompli, le voile se trouve divisé sur sa partie médiane d'avant en arrière et segmenté en deux lambeaux latéraux. Qu’arrive-t-il alors? Sous l’influence de la rétraction musculaire, ces deux lambeaux s’écartent, et comment? A la façon des grands rideaux d’une fenêtre. Adhérents par leur base au palais osseux, ils s’écartent latéralement par leurs parties inférieures, et figurent ainsi, je le répète, ce que sont les rideaux d’une fenêtre, qui, rapprochés à leur sommet, divergent plus bas « en retroussis », drapés qu’ils sont par leurs embrasses.

Lorsque, dans ce mode de mutilation, la luette est conservée, on la voit pendre sur le lambeau auquel elle est restée adhérente et former là une sorte d’appendice flasque et mobile.

4° Destruction presque complète ou même destruction absolue du voile. — Cette dernière variété s’observe bien moins souvent.

Il n’est pas très rare cependant qu’à des infiltrations gommeuses très étendues succède une destruction proportionnelle du voile, qui se trouve mutilé de la sorte plus ou moins complètement et réduit à l’état de moignon. Remarquons ceci d’ailleurs : ne serait-il détruit que d’une façon partielle, incomplète, il paraîtrait l’être sur une bien plus grande étendue, en raison de la rétraction latérale des moignons persistants. Le plus souvent, par exemple, les piliers restent intacts, au moins partiellement ; mais, rétractés vers les parties latérales du pharynx et confondus avec elles, ils semblent disparus.

Enfin, en certains cas, qui sont loin de pouvoir être qualifiés d’exceptionnels, la destruction est complète, absolue; il ne reste plus vestige du voile palatin.

Troubles fonctionnels au cours de la période d’ulcération et au delà. — On se rappelle combien peu les troubles fonctionnels sont accentués à la période de formation et de ramollissement de la gomme, au point que les malades ne s’en inquiètent pas, qu’ils se considèrent comme atteints d’un simple mal de gorge et que la plupart même ne songent pas « pour si peu » à consulter un médecin. Eh bien, au delà, l'ulcération faite, qu’advient-il ?

Si cette ulcération se borne à échancrer le voile, à l’entamer par tiellement sans le perforer, sans le déchirer, les troubles restent encore peu intenses ; ils restent ce qu’ils étaient, à cela près qu’il s’y ajoute un peu de douleur en plus, une gêne plus ou moins marquée

TUMEUR GOMMEUSE DU VOILE PALATIN

de la déglutition, et une hypersécrétion salivaire d’ailleurs trè modérée. Mais, au total, cela ne constitue pas une modification bien importante dans les symptômes ; ce n’est là qu’un léger accroissement des troubles antérieurs.

Tout au contraire, l’ulcération a-t-elle troué ou divisé le voile du palais, oh ! alors c’est un coup de théâtre, un changement à vue , c est une modification absolue et instantanée entre ce qu’était la maladie hier et ce qu’elle est aujourd’hui. Hier, elle n’était rien ou presque rien ; elle gênait à peine ou ne gênait que très légèrement. Aujourd’hui c’est un trouble profond survenu tout à coup ; c’est un désordre intense de deux fonctions; c’est une double infirmité survenue subitement , double infirmité dont l’une est des plus gênantes et l’autre vraiment intolérable.

Donc, en premier lieu, — et j’insiste à dessein sur ce point, — ce que les troubles fonctionnels dont nous allons parler offrent d’intéressant et de bizarre, c’est leur instantanéité, leur explosion aussi soudaine qu’inattendue. D’un jour à l’autre, ces troubles se constituent. A preuve la malade dont je parlais tout à l’heure, chez laquelle des désordres des plus graves se produisirent dans l’espace d’une nuit, et cela pendant le sommeil.

Et il en est ainsi chez tous les malades, qui, tous, vous racontent la même chose, qui, tous, ont été stupéfaits par l’invasion soudaine de symptômes auxquels ils s’attendaient le moins.

Quels sont donc ces troubles fonctionnels ? Exactement ceux qui accompagnent la division ou la perforation du voile du palais, qu’elles qu’en soient d’ailleurs la cause et l’origine, à savoir :

1° L’altération de la voix;

2° Le reflux nasal des aliments et surtout des liquides.

1° Altération de la voix. — Dès que la lésion du voile est accomplie, la voix prend un timbre nasonné des plus désagréables, devient confuse, et peut même, en certains cas, n’être plus que difficilement intelligible.

2° Reflux nasal. — Une portion des aliments contenus dans la bouche s’échappe de la cavité buccale pour remonter dans la cavité nasale, y séjourner ou bien être rejetée par les narines. Ce reflux est, en général, assez rare ou peu marqué pour les aliments solides ; il se produit bien plus facilement, au contraire, pour les liquides. Ceux-ci sont à peine introduits dans la bouche qu’ils reviennent partiellement dans le nez et sortent par les narines.

Telle est la double infirmité qui se produit illico à la suite de la division ou de la perforation du voile, infirmité, je le répète encore, subite, immédiate, et infirmité persistante, indéfinie, si l’art ne vient au secours de la nature. Ai-je à dire, en conséquence, si les malades sont à la fois surpris et terrifiés par l’apparition de tels symptômes ; ai-je à dire s’ils sont cruellement affligés par ce double trouble fonc-

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