PERFORATION. — TROUBLES FONCTIONNELS
tionnel, dont l’un, l’altération de la voix, constitue déjà pour eux une gêne incessante, mais dont l’autre surtout, reflux nasal, les rend un objet de dégoût et pour eux-mêmes et pour ceux qui les entourent ?
Constants dans leur production, en tant que phénomènes symptomatiques de la rupture du voile, ces deux troubles fonctionnels sont inégaux d’un sujet à l’autre, suivant des conditions variables.
Prenons les cas extrêmes pour les opposer.
Avec une large perforation et, à fortiori, avec une destruction presque complète ou complète du voile, les deux troubles fonctionnels en question atteignent leur maximum d’intensité. La voix n’est plus seulement nasonnée ; elle prend un timbre des plus désagréables ; elle s’accompagne d’un souffle nasal « en écho » ; de plus, elle est confuse, convertie en une sorte de bredouillement nasillard, où la plupart des syllabes disparaissent inarticulées ; quelquefois même elle devient tellement confuse qu’elle est presque inintelligible.
Tel est le cas d’une pauvre dame que je traite en ce moment. Toute jeune encore, elle a reçu la syphilis de son mari dès les premiers temps de son mariage, et ne s’en est jamais que très incomplètement traitée, ignorant d’ailleurs le mal dont elle était atteinte. Dix ans plus tard, elle a été affectée d’une gomme palatine qui lui a dévoré absolument tout le voile et qui n’est pas encore cicatrisée. Or, cette malade a la parole tellement confuse que j’ai toutes les peines du monde à la comprendre. Malgré l’attention que je mets à l’écouter, pour diminuer le chagrin qu’elle éprouve de son infirmité, je devine ce qu’elle veut me dire plutôt que je ne l’entends; c’est à peine si je saisis au vol deux ou trois mots sur dix.
Dans ces mêmes cas, le trouble de la déglutition est extrême. Les aliments de toute nature pénètrent dans les fosses nasales et y séjournent. Si les aliments solides ne sont qu’assez rarement rejetés par les narines, il n’en est pas de même des liquides qui refluent presque constamment de la bouche dans le nez. Les malades n’évitent ce double inconvénient que par une attention minutieuse et soutenue, en. s’astreignant à manger avec lenteur et à surveiller tous leurs mouvements de déglutition, en ne buvant qu’à petites gorgées et en renversant la tête en arrière au moment où ils avalent. Grâce à ces précautions, grâce à cette sorte d’éducation nouvelle qu’ils s’imposent, ils arrivent avec le temps (et avec beaucoup de temps) à pouvoir manger et boire tant bien que mal, mais ils n’arrivent jamais cependant à dominer le trouble fonctionnel qui résulte d’une large mutilation du voile. Une simple distraction d’une seconde, un peu trop de précipitation dans les mouvements suffit à produire le reflux. C’est là ce que m’écrivait récemment un malade affecté de la sorte : « A force d’éducation, me disait-il dans une de ses lettres, j’ai réussi, sinon à parler convenablement, du moins à avaler à peu près comme tout le monde. Je n’ai plus guère grand’peine à manger,
TUMEUR GOMMEUSE DU VOILE PALATIN
mais je suis encore gêné pour boire. Si rien ne me presse et si je ne suis pas distrait, tout marche assez convenablement. Pour rien au monde, cependant, je ne me risquerais encore à dîner en ville, car je craindrais des malheurs dont je rougirais. Mais, si l’on me parle ou si mon attention est détournée, si je suis pressé pour manger ou pour boire, alors mon ancienne infirmité me revient. Ainsi, jeudi dernier, en rentrant chez moi après vous avoir quitté, je descendis dans un buffet de chemin de fer, ayant très chaud, pour prendre un verre de bière; au moment où je buvais, j’entendis le sifflet du train; j’avalai alors rapidement, et une partie du liquide revint à flot par mes narines, etc... »
Inversement, si la perforation du voile est minime, ces mêmes troubles fonctionnels descendent à leur minimum d’expression. Ils peuvent même être nuis ou du moins être extrêmement atténués. La voix est à peine nasillarde. Les aliments solides ne sont plus régurgités. Seuls les liquides refluent ; encore ne refluent-ils que rarement, par accident, et d’une façon à peine appréciable.
Entre ces deux ordres de cas extrêmes, placez maintenant tous les intermédiaires, tous les moyens termes comme lésions et troubles fonctionnels, et vous aurez de la sorte le tableau complet de ce que peut produire la perforation ou la division du voile.
Ce n’est pas toutefois l’étendue seule de la lésion du voile qui mesure l’intensité des troubles fonctionnels. Cette intensité dépend encore d’autres conditions que je ne saurais énumérer toutes, mais dont les principales paraissent être le siège de la lésion, sa forme et son âge.
Pour le siège , d’abord, il est évident que les échancrures marginales ont bien moins d’influence sur la production de ces troubles que les perforations centrales ou les perforations avoisinant l’insertion du voile. La destruction de la luette, par exemple, est absolument inoffensive. J’ai vu de même plusieurs fois des perforations limitées siégeant près des bords du voile ne produire aucun trouble fonctionnel. Comme exemple, je citerai le cas d’une grande chanteuse de nos jours qui a la plus belle voix du monde en dépit d’une perforation marginale du voile, perforation latérale située à 5 millimètres au-dessus de la base de la luette, ovalaire et mesurant (très exactement) 6 millimètres dans son grand axe sur 4 millimètres dans le petit. — Sur un de mes clients, avocat, une perforation de même siège, mais un peu plus large, ne détermine aucun trouble de la phonation.
De même pour la forme. Les perforations absolument rondes sont bien plus redoutables, au point de vue des troubles de la phonation et de la déglutition, que les perforations allongées, elliptiques, etc.
Enfin, Y âge de la lésion a une importance très marquée.
Dans les premiers temps, le reflux des boissons est presque cons-