ANGINE SIMPLE
DIAGNOSTIC
vulgaire des analogies objectives suffisantes pour légitimer une telle confusion ?
Sans doute, il existe bien quelques analogies objectives de l une à l'autre de ces affections,* à savoir : rougeur du voile ; — épaississement du voile, qui bombe en avant ; — déformation de l’arcade palatine, comme dans les infiltrations œdémato-inflammatoires qui accompagnent l’amygdalite; — ce à quoi peuvent s’ajouter encore quelques troubles fonctionnels communs aux angines de tout ordre : sensibilité locale, douleur, dysphagie, etc. Sans doute, ajouterai-je même, un tel ensemble peut être trompeur au premier coup d’œil. Mais, en vérité, cette impression d’un moment ne saurait subsister devant une analyse plus complète et plus fouillée de la scène morbide. Car d’un examen de cet ordre surgiront nécessairement des considérations propres à redresser l’erreur, à savoir, par exemple :
1° Troubles généraux. — Même légère, une angine inflammatoire trouble la santé, détermine de la fièvre, de la courbature, de l’inappétence, un malaise général, etc.; — tandis que la gomme, surtout à ses débuts, laisse l’organisme indifférent.
2° Douleurs. — Une angine inflammatoire est une affection douloureuse, souvent même notablement douloureuse, déterminant à la gorge une angoisse locale que chacun connaît. — La gomme du voile, surtout à ses débuts , ne s’accompagne que bien exceptionnellement de douleurs d’acuité comparable.
3° Adénopathies. — Avec une angine inflammatoire coexistent presque invariablement des adénopathies à ganglions tuméfiés, durs, sensibles ou même douloureux. — Rien de semblable avec la gomme.
4° Enfin, la physionomie générale de l’ensemble morbide est très différente d’un cas à l’autre. Avec l’angine, apparition subite d’un mal qui trouble la santé, en même temps qu’il éveille une souffrance locale ; malade alité ou tout près de l’être ; évolution aiguë, avec phénomènes d’ordre inflammatoire et réactions sympathiques diverses. — Avec la gomme, pas d’état général ; rien autre qu’une lésion locale, d’évolution froide et aphlegmasique, faiblement doulou reuse, etc., «etc.
Ajoutez à cela, en cas de gomme, la notion d’antécédents spécifiques, la coexistence possible d’accidents syphilitiques contemporains, etc.
Voilà de quoi, assurément, constituer un diagnostic ou, tout au moins, éviter une surprise. Car l’erreur en question n’est jamais qu’une surprise. Si le médecin se trompe en pareil cas, c’est qu’il a examiné superficiellement son malade et qu’il n’a même pas pensé à la possibilité d’une gomme. S’il y eût pensé, s’il eût discuté par devers lui l’hypothèse d’une gomme, il lui eût été presque impossible de se tromper.
Traité de la syphilis. — Tome II.
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TUMEUR GOMMEUSE DU VOILE PALATIN
II. — Autre point, d’ordre très différent. — Les lésions gommeuses du voile (ou de la gorge en général) peuvent-elles donner lieu à confusion avec les lésions de nature tuberculeuse ? Oui, certes; mais besoin ici est de s’entendre.
A coup sûr, il n’est pas de confusion possible entre la gomme du voile à ses périodes de crudité, de ramollissement, de perforation ulcérative, et la tuberculose gutturale ; cela, pour l’excellente raison que la tuberculose ne produit rien de semblable à ce qu’est la gomme à ces diverses étapes.
A coup sûr, encore, on ne saurait confondre avec la tuberculose la gomme à évolution typique et relativement rapide, la gomme qui en quelques semaines passe de l’état de tumeur solide à celle de grande ulcération perforante et destructive du voile. Gela, de même, parce que la tuberculose ne réalise rien d’analogue.
Mais la confusion devient possible avec la tuberculose pour les ulcérations consécutives à la gomme qui, non traitées, abandonnées à leur évolution propre, subsistent, traînent en longueur, deviennent torpides, et, somme toute, s’éternisent sans modifications (ce qui, à coup sûr, est assez rare).
Et, bien plus encore, les risques de confusion avec la tuberculose s’accentuent pour les syphilides gommeuses du voile qui sont plus semblables que les véritables gommes à l’ulcère tuberculeux en raison de leur superficialité relative, de leur moindre étendue, de leur évolution moins hâtive, qui ne présentent pas dans leur passé les gros incidents des gommes, qui ne perforent pas le voile, etc.
Entre ces derniers accidents et la tuberculose, oui, l’erreur est possible, et besoin est souvent pour l’éviter d’un diagnostic différentiel étudié, approfondi, médité.
On a beaucoup discuté, bataillé même autrefois sur ce diagnostic, et pour cause. C’est qu’à cette époque la notion de la syphilis héréditaire tardive n'avait pas encore pénétré dans la science, et que forcément alors nombre de cas qui relevaient de la syphilis restaient englobés dans le cadre de la scrofule. Aujourd’hui que la lumière est faite sur ce point, le diagnostic en question est devenu bien autrement facile. Il réside en un ensemble très fourni de considérations de divers ordres que je vais énumérer et discuter avec soin, car le sujet, cela va sans dire, est de toute première importance.
1° Les signes d'objectivité qui, naturellement, sont les premiers consultés, ne fournissent en général (réserve faite pour un seul) que des notions peu décisives. Certes, il existe bien, objectivement, quelques différences entre les ulcères syphilitiques et les ulcères tuberculeux de la gorge. Ainsi ces derniers sont en général plus limités comme étendue ; — moins profonds ; — à bords moins franchement entaillés et moins adhérents ; — à fond plus rouge, plus granuleux, moins jaune et moins crémeux d’aspect, etc. Mais il n’est rien de