DIAGNOSTIC. — TUBERCULOSE GUTTURALE
constant, d’invariable, de précis, dans ces divers signes, et cela de l’aveu même de Bazin, le grand maître en l’espèce, qui maintes fois a répété ceci : « Rien de plus variable que les caractères objectifs des ulcérations scrofuleuses ».
En revanche, la constatation des points jaunes de Trélat au voisinage des ulcérations constitue un témoignage positif de spécificité tuberculeuse. Mais ces points jaunes ne se rencontrent que dans un bien petit nombre de cas.
2° Adénopathies. — La tuberculose gutturale est presque constamment escortée d’engorgements ganglionnaires, affectant les glandes sous-maxillaires et cervicales antérieures. Il'est même assez fréquent que toute la chaîne ganglionnaire sterno-mastoïdienne soit le siège d'adénopathies de même genre.
Tout au contraire, les lésions gommeuses ne retentissent que d’une façon rare, exceptionnelle, sur les ganglions de leur voisinage.
3° Un troisième élément de diagnostic différentiel est tiré des troubles fonctionnels et douloureux, qui sont toujours bien plus importants dans la tuberculose que dans la syphilis.
Ainsi, réserve faite pour certains cas exceptionnels (tels notammenl que les cas de phagédénisme envahissant toute la gorge et déterminant alors des troubles locaux en relation avec l’étendue et le caractère des lésions), on peut dire que les ulcérations vélo-palatines de la syphilis ne donnent lieu qu’à des douleurs médiocres, comme aussi à des troubles fonctionnels qui, si importants qu’ils puissent être, ne s’accompagnent pas de souffrances réelles.
Tout autres sont les symptômes des ulcérations tuberculeuses. Avec elles, éréthisme douloureux de la gorge, assidu, permanent ; — douleurs gutturales vives, lancinantes, s’annonçant dès le début des lésions, ne faisant que s’accroître au delà, devenant intenses, continues, « parfois même ne laissant aucun repos et rendant le sommeil impossible » ; — en outre, dysphagie très marquée, très pénible, « au point que les substances solides, comme le pain et la viande, ne peuvent être avalées qu’au prix de vives douleurs, au point même parfois que les malades hésitent à manger, se privent de nourriture et se condamnent à une diète presque absolue, etc. (1) ».
4° Perforation du voile. — La perforation du voile est un témoignage presque certain en faveur de l’origine syphilitique delà lésion. Sans doute la tuberculose peut bien, elle aussi, perforer le voile (à preuve les cas cités par MM. Du Castel et Barbier), mais elle n’aboutil à ce résultat que d’une façon très rare, tout à fait exceptionnelle. J’ai eu grand tort d’écrire autrefois que, sur 20 perforations du voile, il enr est 19 qui reviennent sûrement à la syphilis comme cause ; c’est 49 sur 50 pour le moins que j’aurais dû dire et que je dis actuellement.
(1) V. Barth, Thèse de doctorat. Paris, 1880.
TUMEUR GOMMEUSE DU VOILE PALATIN
Les quatre signes qui précèdent peuvent à coup sûr fournir au diagnostic en nombre de cas les plus utiles renseignements. Mais il n’en subsiste pas moins ce fait indéniable que presque toujours les éléments séméiologiques les plus certains ressortiront de considérations d’ordre plus général qui sont les suivantes :
1° Examen dé la personnalité du malade. — Le diagnostic pourra être éclairé par la qualité même du malade, si je puis ainsi parler, à savoir par son habitus, par son état de santé antérieure et actuelle, par ses antécédents, etc. Presque invariablement, en effet, le malade affecté d’une tuberculose gutturale est un phthisique, un poitrinaire . Comme règle presque générale, la tuberculose gutturale a pour antécédent, pour précédent, la tuberculose pulmonaire, voire en maintes occasions la tuberculose laryngée ou intestinale associée à celle du poumon. De sorte que le plus souvent on est édifié sur la nature des lésions gutturales par l’état général du malade, par l’examen du thorax, par les symptômes intestinaux, par les troubles multiples et variés qui servent de cortège usuel à la tuberculose.
Dira-t-on que la tuberculose gutturale peut prendre les devants sur les autres localisations de la diathèse et par conséquent exister primitivement, indépendamment de tout signe de phthisie pulmonaire ou de phthisie intestinale? Cela est possible, répondrai-je, rigoureusement possible, mais cela est rare, exceptionnel. Et d’ailleurs, dans les cas de ce genre, on sera encore dirigé sur la voie du diagnostic par l’état général du malade qui, s’il n’est pas un phthisique confirmé,, est un phthisique en expectative, un « candidat à la tuberculose », et se révèle comme tel par son habitus, son faciès, son amaigrissement, ses antécédents de laryngites, de bronchites ou de diarrhées, etc. ; sans parler même d’autres témoignages qui peuvent être fournis par l’examen des ascendants et des collatéraux.
2° Le mode évolutionnel de la lésion et quelques détails de cette évolution ne sont pas moins caractéristiques. Ainsi :
Avec la scrofule, évolution chronique, très lentement progressive* mais continue et sans secousse, sans surprise, sans fracas;
Avec la syphilis, évolution bien plus aiguë, bien plus rapide ; — durée moindre ; — - et aussi, évolution saccadée, évolution à surprise. Dans une première période, lésion presque latente ; puis, seconde période s’annonçant d’une façon subite par des symptômes inattendus.
J’ajouterai enfin : Dans le cas d’une gomme, début de la lésion par une tuméfaction rouge, dure, indolente, du voile, sans troubles fonctionnels. Puis, tout à coup, ulcération constituée d’un jour à l'autre ; et, simultanément alors, explosion soudaine de troubles fonctionnels très accentués.
L’instantanéité de la rupture du voile et l’explosion soudaine des i i roubles fonctionnels par lesquels elle se traduit sont des phénomènes-
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