TUBERCULOSE GUTTURALE
qui appartiennent exclusivement à la syphilis ou bien peu s’en faut. Rien de semblable avec la scrofule, sauf exceptions des plus rares. — C’est donc là une particularité presque pathognomonique, qui suffit bien souvent à déterminer le diagnostic. J appelle l’attention sur ce point.
Grâce à un tel ensemble de considérations et de signes, le diagnostic est facilement et sûrement institué dans la grande généralité des cas. Je n’ai pas dit « dans tous les cas », et pour cause. C’est qu’en effet il reste toujours en l’espèce, quoi qu’on fasse, si méthodiquement et si ingénieusement qu’on interprète les diverses particularités séméiologiques, un certain stock de cas sur lesquels il est impossible de formuler un jugement précis, au moins d’une façon immédiate. Tels sont, par exemple, les cas où les lésions ne présentent que des caractères indécis, vagues, flous ; — ceux où, par exception, interviennent des anomalies (ulcères syphilitiques douloureux ou ulcères tuberculeux indolents) ; — - ceux où les antécédents restent douteux ou ignorés ; — ceux où la personnalité du malade et l’évolution morbide iront pas de signification décisive ; — ceux où la syphilis est venue se greffer sur un terrains crofuleux, etc., etc.
Or, qu’on le note bien, les cas de cet ordre ne sont pas seulement difficiles ou impossibles comme diagnostic pour le médecin peu versé dans les études syphiligraphiques ; ils sont difficiles ou impossibles pour tout le monde, voire pour les praticiens les plus experts en ces matières spéciales. Ces derniers même sont souvent ceux qui hésiteront le plus, qui voudront le moins se prononcer, et cela parce qu’ils ont à la fois l’expérience qui apprend à douter et l’autorité qui leur permet de ne pas savoir. C’est là ce qu’ont très bien dit en l’espèce Ricord et Bazin : « Il est des cas où le diagnostic est tellement obscur qu’il faut rester dans le doute et avoir le courage de dire qu'on ignore. »
Dans les cas de ce dernier ordre, reste, pour faire la lumière, le recours à trois ordres de critérium, à savoir :
1° Le critérium bactériologique, consistant, comme chacun le sait, en ceci : Recueillir les produits de sécrétion de l'ulcère, au besoin racler la surface de l’ulcère, et porter sous le microscope les éléments ainsi obtenus. La lésion est-elle un ulcère tuberculeux, le microscope révélera le bacille de Koch ; n’est-elle pas de nature tuberculeuse, le microscope attestera l’absence de ce bacille.
Rien de mieux théoriquement, et la pratique réalise parfois en l'espèce les espérances de la théorie. Mais il n’en est pas toujours de la sorte, tant s’en faut, et le critérium en question est bien loin de mériter l’absolue confiance qu’on lui accorde trop facilement. C’est qu’en effet, au dire des bactériologues les plus autorisés,
TUMEUR GOMMEUSE DU VOILE PALATIN
Y ulcère le plus indéniablement tuberculeux peut ne pas fournir de bacilles de Koch. « ... Telles conditions font qu’il en fournira, et telles autres qu’il n’en fournira pas. Par exemple, on trouvera presque sûrement des bacilles si l’ulcère est fongueux et végétant, si son exsudât de surface est abondant, si son tissu est converti en bourbillon, en sphacèle, etc. Tandis que, dans des conditions inverses, on n’en trouvera pas... Aussi bien, comme règle générale, n’est-on jamais autorisé à récuser la nature tuberculeuse d’une lésion de par l’absence de bacilles qu’après un nombre très multiplié d’examens restés tous invariablement négatifs. » (Dr Sabouraud.)
Conclusion, en ce qui nous concerne, nous praticiens : La recherche des bacilles de Koch devra toujours être tentée, mais à la condition de n’accorder à l’absence de ces bacilles que la signification restreinte qu’elle comporte.
2° Le critérium par inoculation aux animaux. — Excellent réactif également en théorie, mais sujet, paraît-il, à caution pour des raisons diverses qu'il serait superflu d’exposer ici.
3° Et, enfin, le critérium thérapeutique. — C’est là le procédé pratique par excellence et celui qu’il convient de préférer à tout autre pour deux raisons : parce que, d’une part, il est le plus sûr, le moins sujet à erreur, même scientifiquement ; — et parce que, d’autre part, il a chance d’être grandement utile au malade et de le guérir en même temps qu’il détermine le diagnostic de la lésion.
C’est celui, au reste, auquel tout le monde a recours en pareille occurrence. Je déclare même avoir acquis empiriquement cette conviction qu’il convient d’y recourir dans tous les cas , même dans ceux où la qualité tuberculeuse de la lésion semble le mieux démontrée. Cette conviction, je la dois à ce fait d’avoir vu des ulcérations réputées « indéniablement tubercule uses » par tout le monde guérir par le traitement antisyphilitique en dépit du diagnostic de tout le monde . J’aurais à citer sur ce point nombre d’exemples des plus étonnants. Les deux que voici me serviront de témoignages.
Un malade, que j’ai traité en ville avec mon éminent collègue et ami le Pr Debove, présentait depuis deux ans et demi (qu’on remarque cette durée) des ulcérations multiples du voile palatin et des piliers, lesquelles, au double point de vue objectif et symptomatologique, étaient ou semblaient être des types parfaits d’ulcères tuberculeux. Il reniait énergiquement tout antécédent suspect, et, d’autre part, tout stigmate d’hérédité syphilitique faisait défaut sur lui. Son état général était celui d’un sujet débile, lymphatique, anémique, à constitution appauvrie. — Empiriquement nous prescrivîmes le traitement spécifique, vraiment sans en attendre de résultat. Or, huit jours plus tard, les lésions avaient déjà subi un amendement considérable et presque significatif; huit jours après, elles étaient guéries. — Et alors, piteusement, niaisement, le malade me confirmait qu’en
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efïet « nous avions raison » et qu'il avait eu autrefois une syphilis « dont il ne se souvenait plus quand nous l’avions interrogé à ce sujet » (!).
Second fait. — Un médecin (ja qualité de la personne a son intérêt en l’espèce) me fait l’honneur de me consulter pour deux ulcérations du voile et des piliers gauches qui remontent à quelques mois et qui ont été considérées comme tuberculeuses par plusieurs de ses confrères de province. Et, en effet, ces deux ulcérations offrent absolument la physionomie des ulcères tuberculeux. Il présente en plus (particularité très digne d’attention) du côté correspondant deux grosses adénopathies péripharyngées, dont l’une égale le diamètre d’un macaron. Enfin, il déclare n’avoir jamais été affecté de syphilis et je ne découvre sur lui aucun stigmate d’hérédité spécifique; mais il est né d’un père tuberculeux , mort de tuberculose pulmonaire. — Empiriquement et sans espérance je mets en œuvre le traitement spécifique. — Vingt et un jours après, très exactement, guérison complète!
TRAITEMENT. — Déduites de l’expérience, des règles fixes s’imposent ici comme choix de remèdes et comme doses.
I. — Sur le premier point, nulle hésitation. C’est l’iodure de potassium qui est en l’espèce le remède de choix, le remède par excellence. — Inutile de lui associer le mercure, qui pourrait troubler la tolérance stomacale et qui, d’ailleurs, est bien moins actif que l’iodure, trop lentement actif en tout cas pour qu’il y ait à faire fond sur lui contre une lésion où parfois les instants sont comptés, où le moindre retard dans l’action curative peut avoir pour conséquence la rupture du voile.
Quant au second point, il importe de prescrire tout aussitôt l'iodure à haute dose , et cela dès le premier jour. Trois ou quatre grammes en moyenne, voilà la dose, car il est indispensable dans les cas de ce genre et, tout spécialement, dans ceux où le mal est déjà avancé, de frapper immédiatement un grand coup. « N’hésitez pas, disait de vieille date Ricord dans ses cliniques, en face d’une gomme du voile, à prescrire l'iodure illico et largâ manu ; car toute tergiversation, tout retard, toute intervention timide peut conduire à une perforation irréparable ». Débuter par de petites doses pour les élever ensuite, est une détestable méthode, condamnée par l’expérience.
Et* même, si les lésions sont déjà très avancées, si la rupture du voile paraît imminente, l’indication formelle est de débuter d’emblée par des doses massives (5, 6, 8 grammes par jour). C’est là le seul moyen de sauver le voile, s’il en est temps encore.
Sans doute, sous l’influence de pareilles doses, le malade pourra présenter tels ou tels phénomènes pénibles de ce qu’on appelle lïodisme , coryza, larmoiement, bouffissure des yeux, céphalalgie, « grippe
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iodique », etc. Mais que sont ces inconvénients de quelques jours en face du danger qui menace ?
Il n’est pas rare d’ailleurs que ces fortes doses soient mieux tolérées que des doses moyennes ou légères.
Je ne crains pas de le répéter une dernière fois, les deux écueils, les deux causes d’insuccès en pareille situation sont : une intervention trop tardive ou une intervention trop timide de la médication iodurée.
II. — Quant au traitement local, il ne joue qu’un rôle très secondaire. D’abord, il est complètement inutile dans la période initiale. Plus tard, seulement, c’est-à-dire à la période d’ulcération, il peut avoir quelque importance comme adjuvant.
On prescrira ceci: badigeonnages bi-quotidiens à la teinture d’iode;
— douches ou pulvérisations émollientes dirigées sur le voile pour déterger la surface des plaies et détacher les enduits adhérents, etc.;
— gargarismes émollients, alternés avec gargarismes iodurés, tels que le suivant :
Eau distillée 250 grammes.
Iodure de potassium 3 à 6 grammes.
Teinture d'iode 25 à 50 gouttes.
Enfin, à la période de réparation, quelques cautérisations légères avec le nitrate d’argent peuvent être utiles pour activer la cicatrisation.
Et rien de plus. — Se garder surtout d'autres et détestables méthodes qui ont été et sont encore quelquefois mises en usage, à savoir : gargarismes astringents, gargarismes au sublimé; — cautérisations au crayon de nitrate sur la gomme à la période de crudité (que voulez-vous qu’elles fassent ?) ; — et surtout (je ne songerais pas à citer de telles inepties si je ne les avais constatées plusieurs fois avec leurs déplorables conséquences) cautérisations avec l’acide nitrique, le nitrate acide de mercure, l’acide chromique, le chlorure de zinc, voire le fer rouge ! On a cru « enrayer de la sorte les progrès de la gomme » ; or, de tels moyens, d’abord, ne sont en rien propres à réaliser ce résultat, , et, de plus, ils ont pour effets d’exaspérer l’état local, de créer des douleurs et de constituer des délabrements qui s’ajoutent à ceux des destructions gommeuses.
III. — Voilà la cicatrisation obtenue. A ce moment, que reste-i-il
à faire? ♦
D’abord, bien entendu, continuer le traitement général.
Mais localement ? Localement, rien, si la cicatrisation s'est faite sans dommage pour le voile.
II n’en est pas de même au cas contraire. Reste, je suppose, l’accident le plus commun en pareil cas, à savoir une perforation. Que faire? — Distinguons.
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i. — Si la perforation est petite, a fortiori minuscule, elle peut encore être curable, et il faut s’efforcer de la guérir.
On croit trop, on admet trop facilement que toute perforation n’esl susceptible de guérir qu’au prix d’une intervention chirurgicale. Cela est vrai pour les perforations moyennes ou grandes, mais cela es! faux pour celles d’un calibre moindre.
Il n'est pas impossible (je ne dis rien de plus, qu’on veuille le remarquer) que de petites perforations guérissent sous l’influence de telles ou telles des deux pratiques suivantes, et surtout de leur combinaison, à savoir :
1° Cautérisations répétées, répétées, suivant les cas, tous les trois jours, tous les deux jours, voire quotidiennement, de façon à créer, puis à entretenir une certaine irritation locale, sans doute favorable au bourgeonnement. Ces cautérisations seront faites avec le crayon de nitrate d’argent (préférable, je crois, soit au nitrate de mercure qui est trop destructif, soit à la teinture d’iode qui n'est pas assez irritante).
!2° Voile du palais artificiel ou obturateur adapté à la perforation. Je crois d’une bonne pratique de faire porter au malade, et cela le plus tôt possible , un appareil ayant pour résultat de fermer la communication bucco-nasale. Il n’est guère douteux, en effet, que le passage des aliments, des boissons et de la salive ne constitue une cause d’entretien pour la perforation. Fermer cette porte (qu’on me passe l’expression) me semble une indication rationnelle et utile. — Do cela (soit dit au passage) j’ai eu la démonstration manifeste dans le cas suivant, où un obturateur a fait à lui seul les frais de la guérison.
Un de mes clients, consécutivement à l'ouverture récente d’une grande gomme du voile, conservait une perforation mesurant environ 4 millimètres et demi en longueur sur 3 à 4 millimètres de large. Sur mes conseils, il se fit construire par le Dl Goldenstein un voile en caoutchouc qui obturait parfaitement la lésion, et je me disposais à lui pratiquer une série de cautérisations lorsqu’il dut partir subitement en voyage. Il resta absent quatre mois, pendant lesquels il porta assidûment son obturateur, de jour et de nuit, ne le quittant que deux fois par jour pour le laver. Il ne subit aucune cautérisation. Or, quand je le vis à son retour, je ne fus pas médiocrement étonné de trouver la perforation comblée par une cicatrice.
J’ai bien souvent essayé de cette méthode mixte (cautérisations et obturateur) sur des perforations de divers calibres, et je dois à la vérité de dire que je compte bien plus d’échecs que de succès; mais je n’ai pas eu que des échecs. En quelques cas j’ai réussi à combler des perforations non pas seulement minimes ou allongées en fissure, mais des perforations arrondies ou ovalaires, comparables à un grain de blé, à un pépin de poire, à une lentille. Mon plus beau succès a
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été un cas où j’ai obtenu l’occlusion de deux lacunes ovalaires situées près de la luette et mesurant environ 4 à 5 millimètres dans leur grand axe sur 3 à 4 dans le petit.
il — Au contraire, la perforation est moyenne ou grande. Dans ce cas, impossible d’en espérer la guérison par les procédés qui précèdent. Rien à tenter à ce point de vue. De telles lésions, comme aussi, bien entendu, les grandes échancrures et la division du voile, ne sont justiciables que des moyens chirurgicaux (staphylorvhaphie), dont l’intervention ne saurait être que plus ou moins tardive.
Mais, en attendant l’opportunité d une opération de ce genre (qui, d’ailleurs, n’est applicable qu’à l’ordre des cas où la perte de substance ne dépasse pas de certaines limites), une indication immédiate se présente à satisfaire. C’est de fermer la perforation. Comment? Par la méthode prothétique des obturateurs ou des voiles du palais artificiels.
Ces appareils rendent aux malades deux ordres d’inestimables services, à savoir :
1° D une part, ils remédient séance tenante (ou du moins après un certain temps d’éducation) à la double infirmité qui est la consé-‘ quence naturelle des perforations ou des divisions du voile : troubles de la voix et reflux nasal.
C’est merveille (le mot n’a rien d’exagéré) d’assister à la restauration soudaine des deux fonctions compromises par la lésion du voile, dès que le malade a son obturateur en place. Tel sujet qui parle avec une voix nasonnée, confuse, et qui ne peut avaler sans Reflux nasal, arrive, avec son obturateur, à parler et à avaler à peu près comme tout le monde. Je dirai même qu’une prothèse palatine bien faite est compatible avec une perfection absolue de la voix et du chant. Et de cela voici la preuve. Deux grands artistes de notre siècle, que nous avons tous admirés et applaudis, l’un comédien et l’autre chanteur, ont exercé leur art avec des appareils prothétiques comblant de larges pertes de substance du palais osseux et du voile.
2° D’autre part, ces appareils rendent aux malades un service spécial et considérable dont on a souvent le tort de méconnaître ou de subordonner l’importance. A savoir : ils assurent la protection , la sauvegarde des fosses nasales.
Qu’arrive-t-il à tout sujet qui mange ou qui boit avec une perforation ou une division du voile ? C’est qu’une partie des aliments et des boissons pénètre dans les fosses nasales et y laisse forcément des. dépôts. Or, inutile de dire si les fosses nasales, grâce à leurs anfractuosités et à leurs recoins multiples, sont merveilleusement faites , pour retenir ces détritus qui y stagnent, y croupissent, y fermentent, et deviennent ainsi des causes permanentes d’irritation locale, c’està-dire des causes d’appel pour des manifestations syphilitiques in situ. Aussi bien a-t-on, vu maintes fois des lésions de la pituitaire et
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du squelette nasal succéder à des perforations laissées béantes du palais et du voile.
11 importe de prévenir ce danger, et la méthode prothétique nous en fournit le moyen.
Conséquemment, en vue de la protection et de la sauvegarde des fosses nasales, je suis d’avis :
Que le port d’un appareil obturateur s’impose à tout sujet affecté d’une perforation du voile non susceptible d’être réparée par les moyens chirurgicaux;
Que, le plus tôt étant le mieux en l’espèce, ce moyen prothétique est d’indication formelle dès que l’appareil pourra être toléré par des tissus de cicatrisation récente.
LÉSIONS TERTIAIRES DES AMYGDALES
Les syphilides gommeuses sont peu communes aux amygdales. Quant aux véritables gommes parenchymateuses, elles y sont tout à fait rares. — D’ailleurs, il est souvent impossible cliniquement de différencier ces deux ordres de lésions.
De par mon observation personnelle, comme aussi de par la lecture d'un certain nombre de faits qui ont été publiés sur ce sujet (notamment par les Drs Juhel Renoy et Natier), je me crois autorisé à dire que les lésions gommeuses de l’amygdale sont susceptibles de formes cliniques très diverses, voire très différentes, différentes même à ce point qu’on les croirait constituées par des maladies tout à fait étrangères les unes aux autres.
On peut leur reconnaître quatre formes, pour lesquelles je proposerai les désignations suivantes :
Forme commune ;
Forme angineuse ou fébrile ;
Forme pseudo-èpilhéliomaleuse ;
Forme gangreneuse.
I. — Forme commune. — Dans cette première forme, assurément la plus fréquente, a symptomatologie se réduit presque aux seules apparences objectives de l’ulcère gommeux. En effet, le début y reste inaperçu et échappe presque toujours au médecin, sans doute en raison de l’indolence des lésions qui n’éveille pas l’attention des malades, tout au moins de façon à les inquiéter. Pour ma part, j’en suis encore à enregistrer un cas où il m’ait été donné d’assister à la période crue d’une lésion gommeuse de l’amygdale. Jamais, je le répète, je n’ai constaté sur un malade un infiltrat sec de l’amygdale, me permettant de préjuger l’imminence d’une ulcération prochaine. Je n’ai jamais vu sur l’amygdale que des lésions en voie d’ulcération ou à l’état d’ulcérations accomplies (1).
(1) Il n’est pas impossible que l’amygdale soit le siège de lésions sèches répondant à la syphilide tuberculeuse ; mais toujours, dans ce cas, elle est affectée de la sorte en coïncidence avec de mêmes lésions développées sur le voile et les piliers. Jamais, du moins, je ne l’ai vue intéressée isolément, individuellement , par des infiltrats de cet ordre.
M. le Dr Royer (de Challes) a cité un cas intéressant de ce genre, relatif à une
LÉSIONS TERTIAIRES DES AMYGDALES. 349
Donc, ce que d’emblée et comme premier phénomène constate le médecin consiste en une ulcération de l'amygdale , voilà le fait.
Cette ulcération, d’ailleurs, s’il fallait en croire les malades, serait singulièrement rapide à se constituer, au point de se produire « en quelques jours et à la suite d’un court malaise guttural ». Plus vraisemblablement elle succède à un processus n’ayant rien que de normal dans son évolution, mais resté latent ; et l’ulcération qui paraît se faire d’un jour à l’autre sur des tissus sains ne se fait en réalité que sur des tissus sourdement infiltrés depuis un certain temps.
Je n’ai du reste rien de spécial à dire de cet ulcère amygdalien tertiaire. Ce qu’on voit à l’époque où il est constitué est ceci : rougeur inflammatoire d’une région amygdalienne (je dis d'une région, car presque toujours [13 fois sur 15, d’après Natier, et 19 fois sur 20, d’après moi] la lésion est unilatérale ou ne devient bilatérale que successivement); — amygdale plus ou moins volumineuse, saillante en avant et en dedans; — et, sur tout ou partie de cette amygdale, ulcération. -- Plus ou moins large, cette ulcération offre les proportions d’une amande comme moyenne; — elle est encadrée par une aréole dure, fortement infiltrée; — ses bords sont généralement mal appréciables et masqués par les piliers; — son fond est déchiqueté, très inégal en raison même des anfractuosités normales de l’organe, jaunâtre d’aspect, voire bourbillonneux dans les cas typiques ; — quelquefois aussi blanchâtre ou même (mais cela est rare) d’une blancheur parfaite, du blanc éclatant d’un caillot de lait (Juhel Renoy) : — parfois, enfin, multicolore, c’est-à-dire à la fois blanc grisâtre et jaunâtre, avec semis de points plus ou moins foncés.
Cette ulcération est très variable comme profondeur, c’est-à-dire tantôt ne faisant qu’entamer superficiellement l’amygdale, tantôt, au contraire, l’excavant, y creusant des géodes, véritables cavernes où pourrait se loger une noisette (J. Renoy).
Parfois aussi, concurremment, on a noté l’infiltration des piliers qui se présentent rouges et tendus; — l’œdème de la luette; — la vascularisation de l’épiglotte, des replis aryténo-épiglottiques et de l’infundibulum laryngien.
Naturellement, quelques troubles fonctionnels s’ajoutent à cette symptomatologie objective, tels que : malaise guttural; — douleurs
jeune femme syphilitique depuis dix ans, qui présentait un type de cette curieuse syphilide tuberculeuse sèche palatine que j’ai décrite précédemment (V. p. 3i3) et qui simule à un si haut degré le lupus de la même région. Dans ce cas la lésion s’étendait à la fois aux parties inférieures du voile, aux piliers, à la luette et aux amygdales. Dans toute cette étendue, dit-il, « la muqueuse était recouverte d’une multitude de petites tubérosités groupées les unes à côté des autres et séparées entre elles par des sillons qui mettaient en relief leur saillie et donnaient aux surfaces atteintes un aspect fortement chagriné. Ces tubérosités étaient arrondies et du volume d’un grain de chènevis. D’ensemble, la ressemblance avec le lupus était complète ». {Ann. de derm. et syph., 1889.)
LÉSIONS TERTIAIRES DES AMYGDALES
angineuses retentissant parfois sur l’oreille; — dysphagie; — ptyalisme léger; — gêne pour la mastication; — voix angineuse; — certaine diminution de l’ouïe, etc. Mais ces troubles sont presque toujours moyens ou légers, en relation d’ailleurs avec l’importance de l’ulcération et plutôt encore avec le degré de réaction inflammatoire locale. — Ils n’éveillent pas d'ailleurs de réaction générale.
En tant qu’évolution, la lésion suit les phases ordinaires de l’ulcère gommeux. C’est dire que, soumise à un traitement approprié, elle s’amende rapidement, se déterge et se cicatrise. Souvent même, sous l'influence du traitement ioduré, elle se modifie de telle sorte que la réparation s’effectue à vue d’œil.
Comme dernière particularité, j’ajouterai que ces lésions gommeuses de l’amygdale coexistent quelquefois avec des lésions semblables développées sur le pharynx, les piliers et le voile. Exemples : Dans un cas de Juhel Renoy, il existait, coïncidemment avec une gomme de l’amygdale, une autre petite gomme du pilier antérieur, laquelle formait une excavation de la grosseur d’un pois. — De même, sur un de mes malades, j’ai observé dans le même temps sur l’amygdale, sur un des piliers postérieurs et le fond du pharynx, un semis de neuf petites ulcérations gommeuses de physionomie tout à fait caractéristique. Cas d’ordre rare, inutile de le dire.
II. — Forme angineuse ou fébrile. — Cette forme, à vrai dire, ne constitue qu’un épisode, et même un épisode de courte durée, dans l’ensemble clinique. Mais cet épisode est assez singulier pour conférer à la maladie une forme particulière. Sommairement il consiste en ceci : une angine aiguë surajoutée au processus gommeux, angine faisant invasion sur la scène morbide au moment où la gomme, restée latente ou à peu près latente jusqu’alors, commence à se ramollir.
Cette angine peut être plus ou moins intense. — Généralement, elle est assez vive, s’élève au diapason de l’amygdalite vulgaire ou de l’angine herpétique commune, et se caractérise alors pour quelques jours, pour une huitaine au plus, par les deux ordres de symptômes qui constituent de telles angines, à savoir :
D’une part, phénomènes locaux : rougeur vive d’une des moitiés de la gorge, souvent avec fluxion œdémateuse du voile ; — tuméfaction amygdalienne, avec enduits blanchâtres; — douleurs vives, avec irradiations possibles vers l’oreille ; — dysphagie ; — rénitence, voire dureté inflammatoire de toute la région ; — engorgement ganglionnaire périphérique ; — etc.
Et, d’autre part, troubles réactionnels : fièvre assez vive, s’élevant par exemple jusqu’à 39°; — malaise général; — céphalalgie; — inappétence et troubles gastriques; — courbature; — en un mot, tous symptômes constituant le cortège usuel des accidents fébriles.
C’est là, on le voit, l’appareil symptomatique banal de l’amygdalite