DESTRUCTIONS OSSEUSES. — PERFORATIONS PALATINES
Leur début se fait par une petite tuméfaction indolente, qui finit par s’ouvrir et éliminer des parcelles osseuses, qui peuvent aussi être évacuées par les narines. — L’évolution en est insidieuse, et bien souvent le malade est tout surpris de rendre les liquides par le nez et de ne parler qu’avec une voix nasonnée, alors que rien n’avait annoncé ces graves désordres.
De l’ensemble des observations il semble résulter que la nécrose osseuse se fait d’abord à la face supérieure de la voûte palatine, dans les fosses nasales; mais celle de la table inférieure ou buccale ne tarde pas à se produire également, parce que dans les os plats les deux lames périostiques sont, comme règle, touchées par la syphilis, ce qui entraîne à peu près simultanément la formation de séquestres sur les deux tables de l’os.
Quand ces perforations sont petites, elles peuvent se refermer sous l’influence du traitement général aidé de quelques galvanocautérisations. Quand elles sont plus grandes, le malade s’en trouvant très incommodé cherche à les obturer, avant même d’en parler à un médecin, avec ce qu’il a le plus facilement sous la main, et fabrique lui-même des obturateurs en mie de pain, en papier mâché, en linge, en liège, etc. — Même si la perforation n’est pas obturée, le sujet peut déglutir sans accidents à la condition d’avaler lentement et avec grande attention.
Les perforations du palais dur ne sauraient être confondues avec les pertes de substance congénitales ou traumatiques qui ont des antécédents et des caractères très spéciaux.
Les perforations tuberculeuses sont rares, à bords décollés et entourés d’un semis jaunâtre signalé parTrélat, semis formé d’éléments tuberculeux minuscules.
Exceptionnellement la perforation a été rencontrée à la face externe de la fosse nasale, où elle se trouve en communication avec le sinus maxillaire. C’est plutôt dans les cas d’actinomycose, comme l’a montré le professeur Poncet (de Lyon), que cette vaste communication s’établit.
La destruction du nez peut être la conséquence de cette triste affection. Nul ne l’a mieux décrite que Delpech, avec ses conséquences diverses, dans une observation restée classique dont nous croyons devoir reproduire ici les principaux traits :
Delpech avait été consulté, en 1816, par un voilier de Cette, âgé de cinquante ans. L’accident primitif, un chancre du gland, remontait à une dizaine d’années. Le malade s’était insuffisamment traité. — D’abord des ulcérations se formèrent sur la muqueuse, puis sur la cloison ; les cornets tombèrent nécrosés et la charpente du nez s’affaissa presque entièrement. La nécrose s’étendit ensuite au maxillaire supérieur, à l’unguis, à l’ethmoïde et à la partie centrale de l'os frontal. De là destruction du voile du palais et du palatum durum, chute du rebord alvéolaire et des dents, ouverture de l’antre d’Hyg-
more. Les deux fosses nasales, confondues en une seule caverne, laissaient suinter un ichor d’une horrible puanteur.
Le malade était traité par du sirop de salsepareille tenant en suspension de l’oxyde d’or (à raison d'un quart de grain par once) ; une once, matin et soir, dans un verre de décoction de douce-amère.
Les séquestres n’en continuaient pas moins à se former. Des douleurs vives se déclarèrent aux oreilles, bientôt suivies d’écoulement purulent.
On en vint aux frictions sur la langue avec le muriate d’or et à l’administration interne de la résine de Kina.
Une amélioration se déclara dans l’état général comme dans l’état local. Mais, dans le haut delà caverne se montraient encore des chairs fongueuses et mollasses, qui recouvraient des séquestres fort étendus, comprenant tout l’ethmoïde, le corps du sphénoïde et l’apophyse basilaire de l’occipital.
Survinrent des douleurs de tête et des vertiges, en même temps que la suppuration augmentait beaucoup vers la base du crâne. La vue s’obscurcit et se perdit entièrement.
Puis, les membres supérieurs et inférieurs furent paralysés. Après quoi le malade fut réduit à un état automatique, sans intelligence et privé de tous les sens. Pendant les cinq mois qui suivirent, des embarras de la respiration révélèrent à diverses reprises la chute de séquestres dans le pharynx. C’étaient surtout des fragments d’ethmoïde et de sphénoïde. — Un jour il se produisit une suffocation presque mortelle, Y angle antérieur de l'occipital s'étant détaché tout entier. — Finalement, vertiges et deux attaques d’apoplexie, dont la deuxième entraîna la mort.
A l’autopsie, on constata « les traces de deux apoplexies récenteset, de plus, une tuméfaction considérable de la dure-mère vis-à-vis le point où avaient existé le corps du sphénoïde et l’angle antérieur de l’occipital, en sorte que la face inférieure du cerveau en était comprimée ».
Quand les désordres sont moins marqués, ils se portent sur la forme extérieure du nez. Ainsi, des gommes peuvent détruire partiellement les ailes du nez, et la cicatrisation les affaisse en réalisant la déformation nasale dite nez pincé.
Si la sous-cloison a été détruite, la pointe du nez se recourbe vers la lèvre supérieure en forme de bec. C’est là le nez dit en bec de perroquet, variété assez rare.
Si les os propres sont principalement atteints, le nez s’effondre, comme un toit qui fléchit quand sa charpente cède et se dérobe sous lui. L’enfoncement se produit surtout au-dessous de l’épine du frontal. C’est le nez en selle. La pointe du nez se retrousse et les narines regardent en avant, rappelant, selon la comparaison de Weill, le nez d’orang-outang.
Quand les os propres sont entièrement détruits, toute la saillie du nez disparaît. Il ne reste plus que le lobule qui proémine encore ; c’est le nez en pied de marmite.
Enfin, le type du nez tertiaire le plus fréquemment observé est celui qu’a décrit le professeur Fournier sous le nom de nez en lorgnette. Par suite de la destruction du cartilage quadrangulaire, clef de voûte