COMPLICATIONS CEREBRALES. FORME AIGUË
forme plusieurs mois encore. Plus tard, elle se continue par une paralysie de la 6e paire droite, puis par une paralysie de la 3e paire gauche.
A ce moment et à ce moment seulement, c’est-à-dire dans le dernier mois de la vie , un ozène intense se produit presque brusquement, et le stylet révèle une dénudation du sphénoïde.
Enfin, une attaque apoplectiforme termine brusquement la scène.
Que d’enseignements dans ce cas, Messieurs ! A ne parler que des points capitaux : d’une part, évolution insidieuse, sournoise, presque latente, de cette ostéite naso-cranienne, n’aboutissant que dans le dernier mois de la vie à se révéler par ses deux signes essentiels, l’ozène et la dénudation osseuse. D’autre part, retentissement de cette ostéite sur les organes encéphaliques, et retentissement s’exerçant d’une façon lente, chronique, indécise comme symptômes tout d’abord, puis ne s’affirmant qu’à une époque tout à fait voisiné de la terminaison fatale.
Telle est la première forme par laquelle peut se traduire l’irradiation encéphalique des ostéites naso-craniennes. Venons à la seconde.
II. — Forme aiguë, rapide. — Les accidents encéphaliques qui succèdent aux ostéites naso-craniennes sont susceptibles de parcourir leur carrière clinique avec une allure toute différente. Ils peuvent s’annoncer, s’accomplir, et aboutir à une terminaison fatale dans un espace très court, dans une quinzaine, par exemple, voire en quelques jours, voire (mais le fait devient alors exceptionnel) d’une façon presque sidérante.
Précisons. La chose est d’importance, puisqu’il s’agit ici d’accidents destinés à se terminer presque inévitablement par la mort. Voici la scène.
Un malade est affecté d’une ostéite naso-cranienne. Jusqu’alors, jusqu'à aujourd’hui, je suppose, il n’a présenté que des symptômes exclusivement locaux, relevant de la lésion locale (écoulement nasal, fétidité de l’air expiré, etc.); il n’a éprouvé notamment aucun trouble d’ordre cérébral, rien qui puisse faire suspecter une participation des organes encéphaliques à la lésion. Eh bien, il n’est pas impossible que, dans une quinzaine, un tel malade soit mort; il n’est pas impossible qu’il soit mort dans huit jours; il n’est pas impossible qu’il soit mort demain !
Et sa mort, n’importe l’échéance, sera le résultat de lésions cérébrales nées au voisinage et du fait de lésions osseuses, de lésions cérébrales symptomatiques d’ostéite naso-cranienne.
Certes, voilà une éventualité formidable, non moins que surprenante et bien faite pour arrêter notre attention. Insistons donc, et étudions ces cas spéciaux avec tout le soin qu’ils méritent.
Traité de la syphilis. — Tome II. 26
OSTÉITES NASO-CRANIENNES.
De quoi et comment meurent les malades en pareil cas ?
I. D’abord, de quoi meurent-ils? Ils meurent par le fait de lésions qui se sont développées dans l’encéphale à l’occasion d’altérations osseuses primitives.
Et ces lésions sont, à ne parler que des plus communes, soit des encéphalites plus ou moins étendues, soit des suppurations méningées, soit des abcès intracérébraux.
Mais, dira-t-on, des lésions de cet ordre ne s'improvisent pas. Elles demandent toujours un temps plus ou moins long pour se constituer et surtout pour se constituer à un degré mortel. Comment se fait-il donc que les malades succombent à aussi bref délai après les manifestations premières de leurs symptômes cérébraux? Comment se fait-il donc qu’ils succombent parfois d’une façon presque inopinée?
A cela je répondrai : Ils meurent soit d’encéphalite suraiguë, évoluant en quelques jours (je me hâte d’ajouter que c’est là l’exception), soit surtout de lésions cérébrales préparées depuis un certain temps , mais restées latentes.
Certes, dans les cas de ce genre, l’évidence s’impose, et il n’est pas un seul instant douteux que les lésions cérébrales aient précédé et précédé de longtemps les symptômes cérébraux. Il est manifeste, pour prendre un exemple, que, dans les cas où un malade succombe après quelques jours seulement de troubles encéphaliques et succombe par le fait d’un ou de plusieurs abcès cérébraux bien constitués, il est manifeste, dis-je, que l’exorde de ces collections purulentes remonte à un temps plus ou moins long et a précédé de beaucoup l’invasion des symptômes cérébraux.
Or, Messieurs, il n’est rien là de spécial à l’ordre des cas qui nous occupent et pareille chose s’observe en maintes autres circonstances différentes. Il est de notoriété en pathologie cérébrale que des lésions diverses du cerveau, des abcès notamment, peuvent exister un certain temps avec absence complète de tous symptômes cérébraux. Cela même n’est pas rare, insolite; c’est là un fait commun, dont vous trouverez cent exemples consignés dans la science.
Et tel est le secret de ces morts rapides, de ces morts inopinées, qui se produisent dans les cas que nous avons en vue pour l’instant.