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ENTRER EN SCÈNE

Mais, cela dit, il n’en est pas moins vrai que, pour la généralité des cas, la période tertiaire se différencie absolument de la secondaire, et cela de par les caractères propres de ses accidents et de par ses échéances d'apparition qu’il me reste à déterminer.

I. — Tout d’abord, comment se fait le passage de la période secondaire à, la période tertiaire?

De deux façons : l’une rare, voire presque exceptionnelle ; l’autre habituelle, constituant ce qu’on peut appeler la règle.

La première consiste en une sorte de fusion contemporaine et momentanée des deux périodes, par chevauchement réciproque de l’une de ces périodes sur l’autre.

Dans ce cas, voici ce qu’on observe : Au milieu. d’accidents d’ordre secondaire, entrée en scène d’un accident d’ordre tertiaire. Exemple : Un malade, je suppose, est en pleine poussée secondaire caractérisée par des syphilides papuleuses, des syphilides psoriasiformes palmaires et des croûtes du cuir chevelu ; puis, voici qu’à cet ensemble morbide s’ajoute un sarcocèle ou bien une gomme du tissu cellulaire. De telle sorte qu’à un même moment coexistent sur le malade en question des manifestations relevant à la fois et de la période secondaire et de la période tertiaire.

Mais cela est rare, relativement rare tout au moins; et je ne pense guère exagérer en disant que cette entrée en scène du tertiarisme en coïncidence avec une poussée secondaire ne s’observe guère plus de 3, 4 ou 5 fois sur 100.

Le second mode est, au contraire, le mode usuel, courant, celui qu’on rencontre 95 à 97 fois sur 100.

Il consiste en ceci :

Entr’acte plus ou moins long et entr’acte absolument silencieux séparant les deux périodes. Auquel cas, la scène devient la suivante :

La période secondaire a évolué, et ses derniers accidents ont disparu. Alors, plus rien ne se produit pour un temps. Silence morbide complet, absolu. On pourrait croire le sujet guéri ; et c’est là, en effet, le leurre usuel de nombre de malades qui, trompés par cette accalmie, par cette absence plus ou moins prolongée de tout accident, se croient débarrassés, libérés « vis-à-vis de la syphilis », et se disent : « Ç’est fini; n’y pensons plus; je suis guéri ».

Les choses restent ainsi en l’état un laps de temps des plus variables que tout à l’heure nous apprécierons, à savoir des mois ou des années, voire un grand nombre d’années (dix, quinze, vingt et plus, par exemple). Puis, à échéance quelconque, se produit ce qu’on appelle l’explosion tertiaire.

Ainsi procède l’évolution syphilitique dans la quasi-totalité des cas.

II. — A quel âge de la syphilis se fait la première entrée en scène du tertiarisme ?

ÉVOLUTION DU TERTIARISME.

Formulée de la sorte, cette question ne comporte d’autre réponse générale que celle-ci: l’entrée en scène du tertiarisme peut se faire à tout âge de la syphilis.

A tout âge, c’est-à-dire soit d’une façon précoce, très précoce, par exemple dès la première année de l’infection; — soit d’une façon tardive, extraordinairement tardive, à savoir trente, quarante, cinquante ans et même davantage après le chancre ; — soit enfin , et beaucoup plus fréquemment, entre ces deux limites extrêmes.

Gardons-nous bien d’établir entre ces éventualités diverses et opposées une moyenne qui ne serait que trompeuse, et disons simplement ceci: « La première invasion du tertiarisme est possible à tout âge de l’infection », nous réservant d’évaluer dans un instant les proportions de fréquence suivant lesquelles se fait cette première invasion aux divers âges de la maladie.

III . — Jusqu’où s’étend la période tertiaire ? C’est-à-dire jusqu’à quel âge de la syphilis se prolonge l’état tertiaire, à savoir la faculté pour la maladie de se traduire par un accident spécifique ?

Cela nous l’ignorons, et pourquoi? Parce que nous n’avons pas encore de critérium différentiel entre Vêlai tertiaire latent, c’est-à-dire ne s’accusant par aucun phénomène morbide, et un état syphilitique éteint, si tant est que la syphilis puisse s’éteindre. Je m’explique. Voilà un homme qui, syphilitique, n’a plus rien éprouvé de syphilitique depuis vingt, trente ou quarante ans, je suppose. Cet homme est-il encore sous le coup de la syphilis, ou bien en est-il guéri ? Impossible à nous de le dire, car nous n’en savons rien et nous n’avons aucun moyen de le savoir. Et même — remarquons ceci au passage — ce n’est pas pour les malades un des côtés les moins poignants de la syphilis que cette pérennité cV incertitude sur leur état de guérison ou de non-guérison. Combien de fois n’ai-je pas entendu mes clients se lamenter à ce propos : « Docteur, de grâce, dites-moi où j’en suis avec ma syphilis? En ai-je ou non fini avec elle? Car c’est un supplice de vivre ainsi dans des transes perpétuelles, toujours avec l’incertitude du lendemain. »

En revanche, ce que nous savons très bien, et cela par d’innombrables faits cliniques, c’est que l’état tertiaire dure certainement un laps de temps fort long.

D’abord, les cas abondent où l’on a vu des accidents tertiaires se produire quinze et vingt ans après le début du chancre.

Au delà de trente et quarante ans d’infection, on compte encore des exemples assez nombreux et aussi incontestables que possible de manifestations de même ordre.

Au delà encore, de tels exemples deviennent naturellement de plus en plus exceptionnels, et pour cause, la mort s’étant chargée pour sa part d’en diminuer le nombre. Mais, enfin, on a vu des cas bien avérés d’invasion tertiaire à cinquante et cinquante-cinq ans de date

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