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PHAGÉDÉNISME DE DIVERSES ORIGINES

sous-maxillaire et sus-hyoïdienne du même côté, au point que le pharynx apparaissait à découvert au fond de la plaie et qu'on pouvait toucher du doigt les gros vaisseaux du cou! Un cas plus effrayant encore a été observé par le Dr Péan et se trouve reproduit au musée de l’hôpital Saint-Louis par un moulage qui attire l’attention de tous les visiteurs. Dans ce cas, une moitié de la face a été littéralement dévorée par un cancroïde ; la joue, la région parotidienne, la région orbitaire n’existent plus, remplacées qu’elles sont par une excavation énorme, au fond de laquelle pend le globe oculaire, simplement soutenu par le nerf optique ! (Pièce n° 387, collection particulière du Dr Péan.)

En second lieu, il est nombre de maladies pour lesquelles le phagédénisme constitue une complication, non plus fatale comme pour le cancer, mais éventuelle. Citons comme exemples :

1° La scrofule, notamment dans ses types de lupus dits lupus exedens, malin , térébrant, vorax , etc. ; toutes lésions qui ne sont, à vrai dire, que des scrofulides ou des tuberculides phagédéniques , d’ailleurs bien dignes de ce nom et par leur tendance envahissante et par les mutilations, les destructions qu’elles laissent à leur suite.

2° Certaines affections de la peau et des muqueuses, telles que : Y esthiomène ; — les ulcères cachectiques, les ulcères séniles ; — la vaccine, susceptible parfois de devenir profondément ulcéreuse et extensive; — et surtout, comme type majeur, Vecthgma infantile térébrant, célèbre par ses entamures profondes et ses envahissements phagédéniques. Sur un jeune enfant que j’ai traité en ville avec mon éminent collègue et ami le Dp Besnier, nous avons vu cette affection dégénérer, dans l’espace de quelques jours, en une série d’ulcérations qui, tout à la fois, se creusèrent profondément et se réunirent en de vastes nappes d’un aspect terrifiant. Sur plusieurs points ces ulcérations mesuraient jusqu’à 2 ou 3 centimètres de profondeur; c’est dire qu’elles avaient mis à nu les aponévroses, les muscles, les vaisseaux, voire un fémur ! Bref, c’était là le type d’un phagédénisme suraigu, à la fois extensif et térébrant, inutile d’ajouter mortel à très brève échéance (1).

3° Ulcère phagédénique des pays tropicaux. — Certains ulcères exotiques (ulcères dits de Cayenne, de Cochinchine, de Mozambique, delà Nouvelle-Calédonie, de l’Yémen, etc.), qu’il serait encore impossible de catégoriser nosologiquement, sont empreints d’une forte tendance au phagédénisme. Ils pourraient même, d’après le Dr Aude, médecin de la marine, être réunis sous la dénomination collective d'ulcère phagédénique de la zone tropicale.

Le phagédénisme, donc, on le voit de reste par ces quelques exemples, n’est en rien l’apanage de telle ou telle maladie. J’ajouterai que.

(1) V., au musée de Saint-Louis, plusieurs pièces relatives à cette curieuse affection.

PHAGÉDÉNISME TERTIAIRE.

d’autre part, il ne présente rien de spécial en soi, rien de spécial en tant que lésion anatomique. Il n’a pas, en un mot, une anatomie qui lui soit propre. Impossible à l’histologiste le plus expert, analysant un lambeau détaché d’un ulcère phagédénique, de dire si ce lambeau provient d’une lésion phagédénique ou non. Cet histologiste ne pourra que relever par le microscope des caractères d’ordre commun, à savoir des proliférations cellulaires surabondantes, des lésions de vaisseaux, des lésions de tissus, des destructions, des nécrobioses, des dégénérescences, etc. ; mais rien ne lui révélera la qualité phagédénique de l’affection.

Phagédénisme issu de la syphilis. — Le phagédénisme issu de la syphilis (le seul dont nous ayons à nous occuper ici désormais) dérive de deux origines, à savoir : 1° du chancre ; — et 2° des lésions d’ordre tertiaire.

Le phagédénisme chancreux a été longuement étudié dans le premier volume de cet ouvrage (p. 207 etsuiv.);je n’ai plus à y revenir.

Le phagédénisme tertiaire nous reste seul à envisager actuellement. De par sa fréquence et son importance, c’est le grand phagédénisme de la syphilis.

De quelles lésions dérive-t-il? — De lésions de modalité tertiaire, sinon toujours d 'âge tertiaire ; — c’est-à-dire de lésions néoplasiques et ulcéreuses, telles qu’en réalise la modalité tertiaire, n’importe d’ailleurs l’âge de la maladie.

Pour l’énorme majorité des cas, ces lésions appartiennent chronologiquement à des périodes avancées de la maladie ; mais elles peuvent égalemententrer en scène dans ses jeunes étapes. On sait, en effet, que certaines formes de syphilis anormale, dites sgphilis malignes précoces, réalisent une sorte de tertiarisme d’emblée, au seuil même de l’infection.

Tout au contraire, les formes superficielles de la syphilis secondaire échappent aux complications phagédéniques. Jamais les syphilides érosives, papulo-érosives, exulcéreuses, ulcéreuses même ou papulohypertrophiques de cette période ne subissent pareille déviation, bien que le phagédénisme soit susceptible de modalités superficielles que j’aurai à décrire dans un instant. Jamais, comme exemple, une plaque muqueuse n’est devenue phagédénique.

Localisations. — Où s’observe le phagédénisme tertiaire? Partout, j’entends du moins sur toute l’étendue du tégument cutané et sur les muqueuses extérieures.

Seulement, il n’est pas également fréquent sur les diverses régions de la peau et sur les diverses muqueuses, tant s’en faut. 11 a, au contraire, des sièges de prédilection, comme aussi des localisations exceptionnelles. Je précise.

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