PHAGÉDÉNISME TERTIAIRE EN SURFACE
tivement jeunes, encore solides et durs, ou tout au plus ébauchant leur étape de ramollissement.
Donc, en résumé : Coexistence de deux processus inverses aux deux extrémités d’un rayon de la lésion, à savoir : processus cicatriciel à l’extrémité centrale, et processus d'ulcération active, envahissante, à l’extrémité périphérique ; — en outre, direction centrifuge de ces deux processus.
Tel est, si je puis ainsi parler, l’esprit de la lésion ; — et telle est (au moins d’une façon schématique, je le répète) l’évolution du phagédénisme en surface.
Variétés. — Trois modes de rayonnement centrifuge. — Le phagédénisme de surface à rayonnement centrifuge se présente sous trois formes qui ne sont que de simples variétés d’un même type, à savoir :
1° Mode centrifuge orbiculaire , dans lequel le rayonnement se fait sur l’aire de tout un cercle. C’est celui que je viens de décrire.
2° Mode centrifuge arciforme. — Dans celui-ci, le rayonnement ne se fait que sur une tranche d’un cercle, par exemple sur les deux tiers, la moitié, le quart d’un cercle. Conséquemment ici les zones excentriques ne sont plus des circonférences, mais seulement des portions de circonférence, des arcs de cercle.
Ce mode est infiniment plus commun que le précédent; c’est même le type usuel des syphilides phagédéniques en surface.
3° Mode arciforme à arceaux conjugués, dans lequel l’expansion phagédénique se segmente en une série de tranches à modalité centrifuge arciforme. Ces diverses tranches, au nombre de 2, 3, 4, 5, restant contiguës par leurs extrémités, reproduisent la modalité circinée que j’ai décrite précédemment sous le nom de circulation à arceaux conjugués. L’ensemble de la lésion représente alors les diverses folioles d’une feuille composée.
Ce dernier type, assez commun, est une des expressions les plus distinctives, les plus formelles, de là qualité syphilitique d’un phagédénisme.
Qu’on ne se méprenne pas, en effet, sur la valeur des configurations que j’essaie de bien spécifier ici. On pourrait les dédaigner au premier abord et les considérer comme des minuties sans portée. Ce serait là une erreur, une grosse erreur. Car les modalités graphiques en question constituent ou peuvent constituer des signes de haute valeur pour le diagnostic différentiel du phagédénisme tertiaire. Est-ce que jamais, par exemple, le phagédénisme du chancre simple ou de la scrofule se présente sous le mode arciforme à arceaux conjugués, mode au contraire assez fréquent dans la syphilis? Non, certes non. En sorte qu’il y a là, pour certains cas tout au moins, des éléments séméiologiques dont le médecin peut tirer le plus utile profit.
i. — Phagédénisme serpigineux. — C’est le phagédénisme ser-
MODALITÉ SERPIGINEUSE.
pentin, qui « marche à la façon du serpent ». Celui-ci procède par longues traînées ulcéreuses, soit rectilignes (ce qui est très rare), soit (ce qui est la règle) ondulées, sinueuses, curvilignes.
Exemples :
i. — Sur une de mes malades, une syphilide tuberculo-ulcéreuse, partie de la bosse frontale gauche, s’était portée, en l’espace de trois à quatre ans, jusque sur la tempe droite, sous forme d’une bande serpigineuse et curviligne, large d’environ deux travers de doigt.
n. — Syphilide tuberculo-ulcéreuse née au niveau de l’aine droite, puisrde là contournant en arc de cercle la base de la verge, et s’étant ensuite étalée sur la bourse gauche ; cela sous forme d’une longue traînée ulcéreuse « en ruban », ne mesurant guère plus de 2 centimètres en largeur.
ni. Syphilide tuberculo-croûteuse à trajet zoniforme ; — partie de la région moyenne du dos, puis ayant cheminé, sous forme d’une bande horizontale et rectiligne, d’une largeur de trois à quatre travers de doigt, jusque sur la partie antéro-latérale du thorax. — Trajet total d’environ 25 centimètres.
iv. — Syphilide tuberculo-croûteuse ayant décrit un grand arc de cercle tout autour de l’omoplate gauche, sous forme d’une bande serpigineuse étroite, de 1 à 2 centimètres de diamètre. — Trajet total d’environ 30 centimètres.
v. — Syphilide tuberculo-ulcéreuse, née au-dessous de l’œil droit ; — de là ayant contourné en arc de cercle le bout du nez ; — puis s’étant réfléchie inférieurement sur la partie latérale gauche du nez, et, finalement, ayant abouti à la lèvre supérieure; cela, sous forme d’une bande serpigineuse rubanée, de 2 à 3 centimètres de diamètre.
vi. — Syphilide tuberculo-croûteuse, ayant parcouru presque tout le dos, à peu près dans toute sa hauteur, sous forme d’une bande serpigineuse, à trajet curviligne et à grands arceaux conjugués. — Trajet total dépassant certainement un mètre de longueur !
Un second caractère du phagédénisme serpigineux consiste en ceci : état différent des extrémités opposées delà bande serpigineuse. Ainsi, tandis que l une de ces extrémités (celle qu’on appelle la tête du serpent phagédénique) présente une ulcération vive en voie de progrès, l’autre extrémité, la queue , offre une surface en voie de cicatrisation. De la sorte, l’ulcération serpente en détruisant par un bout et en se réparant par le bout opposé. « Ce qu’elle perd d’un côté, elle le regagne de l’autre, ou réciproquement; de façon qu’elle peut cheminer sur une étendue de téguments considérable, tout en conservant à peu près la même étendue de surface pendant toute sa durée. » (Ricord.)
Tel est le type du phagédénisme serpigineux , susceptible d’ailleurs d’exceptions ou d’irrégularités d’importance secondaire, dont il suffira de produire un exemple. Sur un de mes malades, une bande serpigineuse du thorax, après avoir rigoureusement observé l’évolution la plus classique, devint le siège latéralement , sur son segment cicatriciel, d’un foyer nouveau de tubercules, lequel prit à son tour une