TERMINAISONS. — DUREE
r< Terminaisons. — Trois ordres de terminaison possibles, à savoir : la guérison ; — la chronicité indéfinie en dépit du traitement ; — et la mort .
La guérison constitue la terminaison infiniment la plus commune. Seulement, elle n’est obtenue en nombre de cas qu’au prix d’une durée plus ou moins longue, de traitements énergiques plus ou moins pénibles, et trop souvent aussi de mutilations irréparables dont nous aurons à parler dans un instant.
La chronicité indéfinie n’est en l’espèce qu’un fait absolument exceptionnel. On n’en connaît qu’un petit nombre d’exemples. Pour ma part, je n’ai guère en souvenir que quatre ou cinq cas restés rebelles à tout traitement. Et je suis persuadé que le nombre de ces cas réfractaires ira en diminuant, étant donnée la nouvelle et puissante ressource que nous offre la méthode des injections au calomel.
La mort est une terminaison certes plus commune que la précédente, bien qu’au total peu fréquente ou même rare. Elle résulte de facteurs divers : tantôt (ce qui est le cas le plus habituel) d’épuisement général par suppuration prolongée, troubles gastriques, influence débilitante du repos, état moral, etc. ; — tantôt de complications locales : hémorrhagies, érysipèle, abcès, fusées purulentes, etc.
Incidemment, plaçons ici une particularité négative digne de mention. L'infection purulente paraîtrait avoir sa place toute marquée parmi les causes de mort que nous énumérons. Il n’en est rien. En dépit de ses vastes surfaces suppurantes, en dépit de sa longue durée et de toutes ses complications possibles, le phagédénisme n’aboutit pas à l’infection purulente. Ricord disait n’avoir pas en souvenir un. seul cas de phagédénisme qui se fût terminé de la sorte, et mes observations personnelles déposent dans le même sens.
D’autres fois encore la mort est le résultat de troubles fonctionnels consécutifs à la guérison, tels que : dysphagie et inanition véritable par rétrécissement de la gorge ; asphyxie par rétrécissement laryngé, etc.
Exemple : Une des malades précitées, que je guéris cinq fois d’accidents phagédéniques gutturaux, présenta consécutivement une atrésie telle de la gorge que l’alimentation devint extrêmement pénible et tout à fait insuffisante. Plus tard, la respiration s’obstrua, des accès de suffocation se produisirent, et la vie ne put être prolongée que par une intervention chirurgicale. Puis, quelques mois plus tard, la malade succombait par épuisement progressif.
Durée. — De ce qui précède il résulte que le phagédénisme est susceptible de durées très variables. En certains cas, il ne persiste pas au delà de quelques semaines. Ailleurs, il se prolonge des mois
PHAGÉDÉNISME TERTIAIRE.
et des années. Ailleurs encore, il prend par excellence l’allure de la chronicité, voire d'une chronicité parfois indéfinie.
En l’espèce, des termes d’un an, de deux ans, de trois ans comme durée n’ont rien d’extraordinaire. Maintes fois même on les a vus dépassés. Que d’exemples n’aurais-je pas à citer de phagédénismes tertiaires remontant à 4, 5, 8, 10 années! Et ce n’est pas là le dernier mot. Pour ma seule part, j’ai dans mes notes deux cas de phagédénisme qui dataient, lorsque je les ai observés pour la première fois, l’un de seize ans et l'autre de dix-neuf ans. Dans ce dernier, le phagédénisme né au niveau de la région lombaire s'était propagé sur le membre inférieur gauche jusqu'au talon , en criblant toute l’étendue de ce membre d’effroyables cicatrices dont quelques-unes constituaient de véritables brides tendineuses.
Il va sans dire que ces longues durées du phagédénisme ne dépendent pas toujours du phagédénisme seul. Presque invariablement elles sont le fait de causes et de circonstances diverses surajoutées à la lésion : incurie, saleté, défaut de soins, mauvaise hygiène, complications provoquées, etc. Et le plus souvent même elles dépendent soit d’erreurs faites sur la qualité du phagédénisme, soit de traitements irrationnels, intempestifs, timides, insuffisants. Un seul exemple, à ce dernier propos. Une de mes malades, anciennement syphilitique , portait à la cuisse, et cela depuis six années, un énorme ulcère phagédénique qu’on n’avait jamais combattu que par divers traitements d’une insuffisance dérisoire (un milligramme de sublimé ou quelques centigrammes d’iodure quotidiennement!). Soumise à un traitement sérieux (iodure de potassium, 3 à 5 grammes par jour, et pansement occlusif au taffetas de Vigo), elle guérit en vingt-huit jours.
Conséquences. — I. — Les conséquences du phagédénisme après guérison sont naturellement des plus diverses et des plus variables, d’abord suivant la forme étalée ou térébrante des lésions, puis suivant leur étendue, leur importance, leur siège, etc., etc.
Si variées soient-elles cependant, elles peuvent être rangées sous trois chefs, de la façon suivante: 1° cicatrices; — 2° mutilations, pouvant aller jusqu’à destruction complète d’organes; — 3° phénomènes d’atrésie.
1° Cicatrices. — Ce qui peut résulter de moins grave comme conséquence d’un phagédénisme, c’est la formation d’une large cicatrice étalée, régulière, destinée à devenir uniformément blanche avec le temps. Cette cicatrice, cela va sans dire, constitue une difformité locale irrémédiable, mais c’est tout. Elle n’a d’importance réelle qu’au cas où elle siège sur des parties découvertes, sur le visage notamment.
Mais, en d’autres cas, les cicatrices consécutives au phagédénisme se présentent sous des aspects différents. Subissant ce qu’on appelle la rétraction inodulaire, elles peuvent devenir irrégulières de surface,