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MUTILATION, DESTRUCTION D’ORGANES

froncées, sillonnées d’anfractuosités profondes, ou parcourues par des brides épaisses, résistantes, presque tendineuses. C’est alors surtout qu’elles impriment au visage une laideur étrange et repoussante. C’est alors aussi qu’elles aboutissent à modifier les rapports des parties, à dévier les organes, à les immobiliser dans des attitudes vicieuses, etc. Situées à la verge, par exemple, elles ont eu plus d’une fois pour résultat d’incurver le gland en divers sens et de rendre l’érection oblique, latérale, coudée, infléchie. Situées sur les membres, elles apportent souvent une gêne aux mouvements d’extension ou de flexion ; elles les limitent comme étendue ; elles vont même parfois jusqu’à les abolir complètement. Tel était le cas d'un de mes malades, dont la jambe avait été coudée à angle obtus sur la cuisse et restait fixée dans cette attitude par des brides cicatricielles occupant la face postérieure du membre. De même, sur une malade précitée, le pied était maintenu dans une flexion exagérée au point de continuer exactement l’axe de la jambe, et cela par toute une série de cicatrices déprimées, irrégulières, tendues, bridées, fibreuses, dont quelques-unes figuraient de véritables tendons sur les parties postérieures et latérales du membre.

Ajoutons, pour ne rien omettre, qu’on a vu parfois ces cicatrices être envahies par la dégénérescence chéloïdienne. Plusieurs cas de ce genre se sont déjà présentés à mon observation. L’un d’eux est conservé au musée de l’hôpital Saint-Louis (Collection particulière, pièce n° 281).

2° Mutilation, destruction d’organes. — Il est très habituel que le phagédénisme ait pour conséquence la destruction partielle d’un organe ou d’un segment d’organe. C’est ainsi qu’on l’a vu en maintes et maintes occasions ronger une partie plus ou moins considérable du gland, du prépuce, du fourreau, du scrotum, des grandes lèvres, des petites lèvres, du clitoris, du voile palatin, des piliers du voile, du nez, de la bouche, des oreilles, des paupières, etc. ; — ou bien encore perforer l’urèthre, la cloison recto-vaginale, le palais ; — ou bien creuser de vastes cavernes dans la peau et le tissu cellulaire, dénuder les muscles, disséquer les artères, les veines et les nerfs, etc.

De la mutilation d’un organe à sa destruction complète, absolue, il n’est qu’un pas, et ce pas, le phagédénisme le franchit aisément. De nombreux exemples, consignés dans la science ou empruntés à me s observations personnelles, montrent l’anéantissement possible d’organes très divers : gland, prépuce, portion du pénis, pénis tout entier jusqu’au ras du pubis, scrotum, grandes ou petites lèvres, vestibule, clitoris, mamelon, nez, palais, squelette interne des fosses nasales, voile palatin, amygdales, pharynx, larynx, doigts, orteils, etc. Quelques exemples :

J’ai longtemps soigné en ville un malheureux jeune homme qui Traité de la syphilis. — Tome II. 28

PHAGÉDÉNISME TERTIAIRE.

perdit une partie de la lèvre supérieure et du nez par le fait d’un phagédénisme tertiaire.

De même une de mes malades de Lourcine eut le nez tout entier et la lèvre supérieure complètement dévorés par une syphilide maligne précoce (V. pièce n° 239, musée de l’hôpital Saint-Louis, collection particulière).

Une malade arriva à ce même hôpital avec un phagédénisme très étendu qui avait déjà rongé trois orteils.

Dans un cas dont il a été déjà fait mention, un phagédénisme tertiaire aboutit, après plusieurs récidives, à dévorer tout le palais, les piliers, les amygdales, une partie de la langue, une portion de l’épiglotte et le pharynx.

Dans un cas sur lequel on a beaucoup discuté et que Besnier eut le mérite de rattacher à sa véritable origine, un phagédénisme syphilitique rongea et anéantit trois doigts jusqu’à la première phalange (musée de l’hôpital Saint-Louis, pièce n° 377).

Sur un de mes malades, le talon (calcanéum compris) fut rongé par une ulcération tertiaire, exactement comme s’il eût été détaché par un coup de hache.

Et ainsi de tant et tant d'autres observations analogues qu il serait superflu de produire.

3° Atrésie d’orifices ou de cavités. — Une autre conséquence plus rare du phagédénisme consiste dans le rétrécissement, voire dans l’oblitération d’orifices ou de cavités physiologiques.

Exemples : atrésie du méat urinaire consécutivement au phagédénisme du gland; — atrésie ou oblitération de la narine consécutivement au phagédénisme nasal (un moulage déposé au musée de l'hôpital Saint-Louis représente une narine complètement oblitérée à la suite d’une syphilide ulcéreuse du nez) ; — atrésie vaginale résultant de lésions chancreuses ou de lésions d’ordre tertiaire ; — atrésie ano-rectale ; — atrésie de l’orifice palpébral ; — atrésie naso-pharyngée ; — atrésie gutturale ou bucco-pharyngée, etc.

IL — De ce qui précède il résulte que le système osseux e st fréquemment affecté d’une façon secondaire par le phagédénisme profond, et que parfois même les lésions de ce système constituent un véritable phagédénisme osseux. Nombre d’exemples précités en témoignent.

Au nombre des os intéressés de la sorte figurent en première ligne ceux qui composent le squelette nasal et la voûte palatine. Leurs lésions sont des plus communes.

Les os des membres (à part les plus profonds, j’entends ceux qui, comme le fémur et l’humérus, sont recouverts d’épaisses masses charnues) paient aussi un large tribut au phagédénisme. Que de nécroses tibiales, par exemple, issues de lésions tertiaires cutanées ! Généralement ces nécroses restent partielles et limitées. Mais elles peuvent être considérables. J’ai bien longtemps traité en ville, avec

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