SON AUTHENTICITÉ
Oui ne reconnaît là ce qu’on appelle la triade évolutive des productions gommeuses ?
Ajoutez à cela que, soumise au contrôle du microscope, la structure histologique do ces infiltrats stomacaux a répondu nettement à la structure usuelle des productions gommeuses.
II. Mais bien plus formel encore et nettement décisif est le témoignage thérapeutique. Ici plus qu’ailleurs s’impose la démonstration issue de ce qu’on appelle le traitement d’épreuve; car jamais la nature d’un état morbide n’a été mieux et plus rigoureusement démontrée qu’en l’espèce, conformément au vieil adage d’après lequel naturam morborum curationes ostendunt.
Pour ma part, je déclare avoir été pleinement et absolument édifié sur l’authenticité de la syphilis gastrique le jour où il m’a été donné d’observer le cas suivant, qui mérite bien d’être décrit en détail.
Une jeune artiste, que j’avais traitée et guérie en 1860 d’une large syphilide tuberculo-crustacée de la région dorsale, me fit mander en 1867. Quand j’arrivai près d’elle, je la trouvai dans le plus triste état : affaissée dans son lit, anémiée et plus qu’anémiée, exsangue , littéralement blanche, aussi blanche que ses draps, prostrée, exténuée, ayant à peine la force d’émettre quelques mots. Elle avait à ses côtés une cuvette à moitié pleine d’un sang rutilant qu’elle venait de vomir. Me montrant cette cuvette, elle me dit d’une voix éteinte (et c’est tout ce qu’elle put me dire) : « C’est tous les jours comme cela depuis deux mois. » J’appris alors de son entourage qu’elle souffrait de l’estomac depuis longtemps; — qu’elle digérait fort mal, avait souvent des nausées et vomissait souvent ; — que depuis deux mois elle avait eu plusieurs hématémèses, dont quelques-unes très abondantes, extraordinairement abondantes même, et cela « jusqu’à remplir une cuvette»; — qu’elle ne tolérait plus aucun aliment, même le lait, même la glace, etc. ; — qu’enfin depuis plusieurs jours elle n’avait absolument rien pris. Bien des médecins avaient été consultés, bien des traitements avaient été suivis. On me montra les ordonnances, et je fus convaincu bientôt qu’on avait fait pour elle tout ce qui est d’usage classique contre l’ulcère de l’estomac, diagnostic sur lequel, me disait-on, tout le monde s’était accordé. Non sans embarras je me demandais ce que j’allais prescrire à mon tour, la liste des médications rationnelles me semblant épuisée par mes prédécesseurs, lorsqu’en souvenir des accidents dont j’avais traité et guéri cette malade l'inspiration me vint de faire appel de nouveau au traitement qui lui avait si bien réussi jadis. Bref, je prescrivis l’iodure de potassium, et cela non sans quelque appréhension, je l’avoue, car c’était la première fois que j’administrais ce remède en pareille circonstance. Qu’allait-il advenir ? Or, ce qui advint tient littéralement du prodige. Sans exagération, ce fut un coup de théâtre, nn changement à vue, une quasi-résurrection. Car cette moribonde
SYPHILIS DE L ESTOMAC
fut immédiatement soulagée et revint bientôt à la vie. Quelques jours ne s’étaient pas écoulés qu'elle cessait de souffrir, puis de vomir; elle n’eut plus la moindre hématémèse. Puis, très rapidement, elle arriva à tolérer le lait, les œufs, les potages, etc. Pour abréger, qu’il me suffise de dire ceci : trois à quatre semaines plus tard, elle se trouvait guérie î
Cela, n’est-ce pas ? est déjà bien significatif. Mais patience ! Car cette histoire a un épilogue plus curieux encore et plus probant, que voici :
Depuis sept à huit ans j’avais perdu de vue la malade en question,, lorsqu’un jour je vis entrer dans mon cabinet, se traînant plutôt que marchant, un véritable spectre, décharné, exsangue, blanc. C’était encore cette femme, et cela dans un état presque semblable à celui où je l’avais vue dans sa dernière maladie. D’une voix défaillante, elle me raconta qu’elle arrivait d’Italie, où elle était en tournée dramatique, que là elle avait été reprise depuis deux mois environ de douleurs violentes d’estomac, de tous phénomènes d’intolérance gastrique, de vomissements répétés, d’hématémèses abondantes, et que notamment elle avait vomi à plusieurs reprises, comme autrefois, de « pleines cuvettes de sang ». — Mais, lui dis-je tout aussitôt, vous n’avez donc pas repris le remède qui vous avait guérie il y a huit ans, à savoir l’iodure de potassium? — Non, me répondit-elle, on n’a pas voulu. — Et pourquoi ? — On m’a dit que cela me tuerait. — Bref, séance tenante, je la remis au traitement par l’iodure, le lait et la glace. Or, cette fois encore le traitement spécifique fit littéralement merveille, en réalisant ces effets surprenants, extraordinaires, auxquels j’avais assisté huit ans auparavant et qui, sommairement, consistèrent en ceci : suspension brusque de tous les phénomènes morbides, puis guérison, et guérison complète, en l’espace de quelques semaines !
Avec ledit épilogue, cette observation s’élève au-dessus de toute discussion possible et devient absolument démonstrative.
Or est-ce là un cas isolé? Nullement. Bien au contraire, les cas de ce genre sont déjà multiples. Pour ma seule part, j'en aurais un second presque semblable à relater ici, n’était que ce serait reproduire presque textuellement ce que je viens de dire. Mais en voici d’autres, empruntés à des sources diverses.
M. le Pr Dieulafoy a relaté dans ses cliniques l’histoire d'un malade de 33 ans, qui, affecté depuis dix-neuf mois d’un ulcère de l’estomac jusqu’alors rebelle à tout remède, en guérit sous ses yçux d’une façon non moins miraculeusement rapide. « Cet homme, dit-il, lors de son arrivée dans mon service, était dans un état de dépérissement avancé, abattu, abruti par la souffrance, l’œil terne et l’air hébété... Il ne cessait de souffrir jour et nuit d’une douleur xipho-