‹ Traité de la syphilisChapitre 148 sur 256 · ÉROSIONS, ULCÉRATIONS, CICATRICES · texte numérisé non relu

ÉROSIONS, ULCÉRATIONS, CICATRICES

creuses, térébrantes, importantes en un mot. Elles ont été plusieurs fois observées en relation avec des ulcérations petites et superficielles, comme dans le cas de Marchison, où des hématémèses mortelles résultèrent d’un ulcère simplement érosif et ne mesurant pas plus d’une ligne et demie de diamètre. De même pour un cas de Frioupe dont je parlerai bientôt.

Au reste, on est loin d’être fixé sur la pathogénie de ces perforations vasculaires. Se font-elles de dehors en dedans, par le fait d’un processus ulcéreux pénétrant qui attaque et corrode les parois des vaisseaux? Ou bien dérivent-elles de lésions propres des artérioles ou des veinules, car on a trouvé plusieurs fois les artérioles et les veinules de l’estomac affectées pour leur compte et à un haut degré (cas de Frankel)? Ou bien peuvent-elles être à la fois l’expression de ces deux facteurs combinés? Autant de questions qui pour l’instant ne peuvent être que posées.

En tout cas, un autre point résulte de l’analyse qui précède : c’est que, quant à présent, nous ne disposons d’aucun signe qui soit de nature à attester la spécificité d’une ulcération gastrique. A la peau, voire sur certaines muqueuses, nous sommes le plus souvent (non pas toujours, à coup, sûr) éclairés sur la qualité syphilitique d’une ulcération par un certain ensemble de caractères, tels que la configuration orbiculaire, l’entamure verticale des bords, le relief et la consistance dure du bourrelet périphérique, l’état inégal et raviné du fond, l’aspect bourbillonneux ou crémeux de la lésion, etc. En l’espèce, au contraire, rien de cela. Rien à tirer, en tant qu’éléments séméiologiques, <le l’orbicularité qui est ici un fait banal, non plus que de l’état des bords et du fond, non plus que de la couleur, toujours altérée ou modifiée par le suc gastrique, etc. En sorte que, réserves faites pour les données histologiques (lesquelles d’ailleurs sont loin d’être toujours décisives et formelles), nous manquons de critérium pour déterminer si une ulcération gastrique relève ou non de la syphilis.

3° Enfin, comme stigmates posthumes de ces syphilomes gastriques, on a maintes fois constaté ce qui est l’expression ultime de toutes les ulcérations gommeuses guéries, à savoir des cicatrices.

Ces cicatrices n’ont et ne sauraient avoir par elles-mêmes rien de spécial. — Variables d’importance tout naturellement, elles sont tantôt petites et tantôt assez larges, jusqu’à mesurer, par exemple, l’aire d’une pièce de 1 franc; — de même tantôt superficielles et tantôt profondes, voire très profondes. Ainsi, dans un cas de Drozda, une cicatrice de la grosse tubérosité, à 5 centimètres du cardia, comprenait toute l’épaisseur delà paroi gastrique. — Elles sont presque toujours arrondies, quelquefois assez dures au palper, à fond blanchâtre et parfois rayonné par une série de brides, etc.

Elles peuvent enfin, devenir l’origine de rétrécissements et de

SYPHILIS DE L’ESTOMAC

malformations de l’organe. « Ainsi, dans deux cas de Stolper, l’estomac avait pris, du fait de telles cicatrices, une forme de sablier très accentuée. De même, dans un cas de Frerichs, une cicatrice de la petite courbure avait donné naissance à une cloison bizarre entre le cul-de-sac cardiaque et la portion pylorique de l’estomac. » (Barbier.)

Telle est, dans ses grandes lignes, l’anatomie pathologique de la syphilis stomacale.

Eh bien, en dépit de certains desiderata, cette anatomie pathologique est suffisante à attester, en toute vraisemblance pour le moins r la qualité spécifique des lésions qui la composent. D’une part, en effet, elle nous montre toutes ces lésions identiques à ce que sont partout ailleurs les productions gommeuses. D’autre part et surtout,, elle nous montre ces lésions affectant la triade successive des états, gommeux, c’est-à-dire évoluant suivant le type classique et caractéristique de la gomme.

Ce n’est pas tout d’ailleurs. L’anatomie pathologique complète encore cette démonstration par une preuve d'un autre ordre, à savoir : la coïncidence possible, voire assez commune, avec ces lésions,, d’autres lésions de siège différent, mais de même origine, c’est-à-dire relevant bien certainement de la syphilis. Ainsi, en maintes occasions, on a vu coexister avec des déterminations de syphilis gastrique des accidents non douteux de syphilis d’autres organes, à savoir (d'après les observations actuellement connues) : exostoses tibiales ; — lésions, osseuses crâniennes; — lésions du pharynx et de l’épiglotte; — gommes pulmonaires; — cirrhose, gommes hépatiques, foie ficelé; — lésions du pancréas; — gommes oesophagiennes; — gommes intestinales, etc. — De telles coïncidences sont significatives.

Échéances d’invasion. — Les localisations gastriques de là syphilis, tertiaire ont leur maximum de fréquence dans l’âge moyen de la vie notamment de trente-cinq à quarante-cinq ans. On les a observéestoutefois et beaucoup plus tôt (de 16 à 20 ans) et beaucoup plus tard (jusqu’à soixante-treize ans, par exemple), d’après le Dr Barbier.

Une statistique du même médecin nous les montre faisant invasion à des échéances très variables après le début de la maladie. A savoir,, d’après 31 cas :

Au cours de la lre année (après le chancre) pour 4 cas.

A reporter, 18 cas.

Page 1