ULCÈRE ROND SYPHILITIQUE
une série d’années, un médecin mieux avisé a l’heureuse inspiration d’en venir, de guerre lasse, à la médication mercurielle ou iodurée. Tels sont, entr autres, deux cas typiques dus à Trousseau et à Rivais,, cas dans lesquels des accidents de ce genre cédèrent rapidement au mercure, alors qu’ils s’étaient montrés réfractaires, absolument réfractaires, à quantité d’autres remèdes pour une durée incroyable de dix et onze années.
Est-ce assez dire quel inestimable avantage se rattache en l’espèce à un diagnostic précis de nature sur la qualité des accidents? A fortiori, l’intérêt de ce diagnostic devient-il bien plus considérable encore dans la forme qui va suivre, où la vie du malade se trouve en question toujours et en danger le plus souvent.
II. — Seconde forme : Ulcère rond syphilitique. — Cette seconde forme est celle où la syphilis gastrique se présente sous la physionomie générale de la curieuse affection dite ulcère rond de l’estomac.
Elle nous est déjà connue de par une observation que j’ai placée en vedette de cet exposé. Au reste, elle n’est, trait pour trait, que la reproduction de l’entité pathologique si bien étudiée par Cruveilhier et décrite dans ses formes vulgaires (j’entends non spécifiques) sous les noms d’ulcère simple, d’ulcère rond, d’ulcère perforant ou, mieux encore, de maladie de Cruveilhier. Cela même me dispensera d’en tracer ici en détail la symptomatologie, qui ne diffère en rien (au moins dans l’état actuel de nos connaissances) de celle qu’affectent les types non spécifiques de la maladie.
Renvoyant donc le lecteur pour l’ensemble de cette symptomatologie aux traités de pathologie interne, je me bornerai à rappeler que deux symptômes constituent principalement la note caractéristique de l’ulcère stomacal syphilitique, à savoir : la douleur xipho-rachidienne et surtout, par-dessus tout, la gastrorrhagie.
1° La douleur xipho-rachidienne est cette douleur transperçante qui part de l’appendice xiphoïde pour se rendre au niveau de la première vertèbre lombaire environ; — douleur mordicante, térébrante, parfois très intense, et surtout notablement exagérée soit par l’ingestion des aliments, soit par la digestion stomacale.
2° Les gastrorrhagies sont plus ou moins fréquentes suivant les cas. Parfois elles sont largement espacées au point de ne constituer que des épisodes presque rares dans l’évolution morbide. D’autres fois elles se répètent à intervalles assez rapprochés. Elles peuvent même, comme sur la malade dont je vous ai raconté l’histoire, devenir presque quotidiennes pour un temps, à une certaine période de l’affection. « C’est presque tous les jours comme cela depuis trois semaines », me disait cette malade, en me montrant une cuvette au quart pleine de sang. Mais les cas de ce dernier ordre ne sont, à coup sûr, Qu’exceptionnels.