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FORME PSEUDO-CANCÉREUSE

sténose pylorique. J’examine et trouve, eneffet, une tumeur facilement accessible (en raison de l’amaigrissement), siégeant d’unè façon très exacte à la région pylorique, tumeur dure, de la forme et du volume d’une belle mandarine, etc... Bref, je l’avoue, je suis conduit sans hésitation au diagnostic de cancer , et je n’aurais pas été loin d’accepter l’intervention chirurgicale proposée sans un souvenir qui me traverse l’esprit. Mon ami est un ancien syphilitique; il a eu la syphilis il y a vingt ans et ne s’en est qu’incomplètement traité, à la façon des gens du monde, c’est-à-dire très bien au début et mal ensuite. Pourquoi donc cette tumeur ne serait-elle pas un produit de la syphilis?

Conséquemment, je demande un sursis d’un mois avant de discuter l’opportunité d’une opération, et je propose de consacrer ce mois à un essai de traitement spécifique. On accepte, et ce traitement est institué (frictions mercurielles et iodure de potassium). Résultat : deux mois après, atténuation notable des troubles gastriques et diminution appréciable de la tumeur ; — en janvier, les fonctions de l’estomac sont presque rétablies, et la tumeur a subi un retrait nouveau ; — bref, en avril, retour à la santé et disparition absolue de la tumeur.

De tels faits ne comportent pas de commentaires. Il suffira d’en tirer renseignement qui en ressort d’une façon évidente, à savoir :

Que la syphilis est susceptible de produire des tumeurs gastriques qui, de par elles-mêmes, comme de par les symptômes qui en résultent, de par la réaction qu’elles exercent sur l’organisme (affaiblissement, émaciation souvent considérable (1), cachexie), et enfin, de par révolution qu’elles affectent, peuvent absolument simuler le cancer de cet organe.

S’il en est ainsi, on conçoit de reste les conséquences de l’erreur qui consiste à méconnaître une tumeur de ce genre en la prenant pour un cancer. Ces conséquences sont les suivantes :

Ou bien autoriser, voire légitimer certaines interventions chirurgicales, d’une part, inutiles et, d’autre part, singulièrement dangereuses ;

Ou bien ne pas guérir des lésions curables et leur permettre d’aboutir à toutes les éventualités qui peuvent leur servir de terminaison, y compris la mort, bien entendu.

Voilà ce que, quant à présent, nous savons de la syphilis gastrique. Mais cela, sans nul doute, n’est qu’une ébauche, car nous ne pouvons avoir la prétention de connaître dans toutes ses formes, dans tous ses détails anatomiques et cliniques, une détermination morbide sur laquelle l’attention n’est véritablement appelée que depuis quelques années.

(1) On a vu en certains cas la perte de poids s’élever jusqu’à 15, 20, 30 livres et

au delà.

SYPHILIS DE L ESTOMAC

Déjà, cependant, nous en savons assez pour déduire de ce qui précède, notamment au point de vue pronostique, un certain nombre de conclusions ; — par exemple :

1° Que, bien sûrement, il existe ce qu'on peut appeler une syphilis gastrique ;

2° Que cette syphilis gastrique comporte un pronostic grave, et cela à plusieurs titres : en raison des troubles de tout ordre qu’elle est susceptible d’éveiller vers l’estomac et de la réaction de ces troubles, sur l'organisme ; — en raison de la longue, voire très longue durée que peuvent affecter ces troubles, puisqu'on les a vus persister des années (jusqu’à 10 et 11 ans, par exemple) ; — en raison, enfin, des épiphénomènes consécutifs qu’elle comporte, tels que hématémèses et sténose pylorique, etc. ;

3° Que cette syphilis gastrique, comme du reste toutes les déterminations syphilitiques, peut guérir soit sponte suâr soit sous l'influence de traitements non spécifiques (à preuve toute une série d’autopsies où l'on a trouvé des cicatrices de lésions gommeuses gastriques qui n’avaient jamais été soupçonnées ou bien qui avaient été rapportées à toute autre cause que la syphilis) ;

4° Mais qu’en général, le plus souvent tout au moin^, abandonnée à elle-même, elle subsiste, et cela pour un temps plus ou moins long, avec tous les dangers qu'elle comporte ;

5° Enfin, que le traitement spécifique exerce sur elle une action curative des plus authentiques et des plus puissantes, des plus merveilleuses même parfois, en supprimant à bref délai les symptômes, voire les symptômes les plus graves, par lesquels elle se traduit.

De là, logiquement, cette conséquence :

Qu’en l’espèce la guérison, le salut du malade réside dans un bon diagnostic relativement à la qualité spécifique des lésions stomacales;

Donc, que, si ces lésions sont considérées comme d'ordre banal et traitées comme telles, elles risquent de subsister avec toutes leurs conséquences possibles ; — tandis que, tout au contraire, rapportées à leur véritable origine et soumises au seul traitement qui leur convienne, elles peuvent guérir, voire guérissent habituellement.

Venons donc à cette question prédominante, capitale en l'espèce, le diagnostic.

Diagnostic. — Le diagnostic comprend ici deux points :

1° Rapporter à l’estomac des troubles fonctionnels présentés par le malade ;

2° Rapporter à la syphilis les troubles fonctionnels dûment localisés dans l’estomac.

I. — Le premier de ces deux points a certes une importance considérable. Car inutile de dire que tout trouble gastrique n’implique pas ipso facto qu’il ait sa cause, son origine, sa localisation

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