RIEN DE SPÉCIAL COMME SYMPTÔMES
dans l’estomac. Nombre de troubles gastriques ne sont que sympathiques, symptomatiques d'affections diverses de viscères autres. que l’estomac. Exemple : le vomissement, symptôme gastrique par excellence, dérive très souvent de souffrances organiques des plus variées comme localisation protopathique. De même pour l’hématémèse. Ainsi l’on sait que les affections du foie sont susceptibles de déterminer des vomissements de sang avec un estomac indemne pour son compte. Exemple : un malade syphilitique est emporté par une hématémèse foudroyante. A l’autopsie, Goldstein constate des lésions importantes du foie (cirrhose et gomme), mais ne trouve aucune altération de l’estomac.
Ce premier point est donc indéniable ; mais, comme il ressortit à la médecine générale, je n’ai qu’à le signaler ici.
II. — Il n’en est pas de même du second qui, au contraire, rentre dans notre domaine et comporte un intérêt de premier ordre.
Je l’ai dit et ne crains pas de le répéter, rapporter à la syphilis un état morbide stomacal, considérer cet état morbide comme dérivant de la syphilis et l’attaquer par le traitement de la syphilis, tout est là en pratique pour la guérison et souvent pour la vie du malade. Or, il s'en faut (et que de preuves à l’appui n'aurais-je pas à citer !) que ce rapport étiologique entre la syphilis comme origine et l'affection stomacale comme effet soit toujours soupçonné, discuté, reconnu. Quantité de syphilis gastriques sont restées longtemps méconnues, et maintes fois l'autopsie a témoigné de telles erreurs commises en clinique.
En l’espèce, d'où proviennent ces erreurs? Il est curieux et important d’en rechercher le comment et le pourquoi.
Bien sûrement elles procèdent de deux préjugés qui hantent encore l’esprit de nombre de médecins et qui sont véritablement néfastes comme conséquences.
Le premier est celui qui considère encore la syphilis gastrique comme non authentique, tout au moins qui la regarde comme une rareté, une « exception », dont il n’est pas à se préoccuper, dont il n'est pas à tenir compte dans un diagnostic de causalité. Contre celui-ci nous n'avons qu'à protester par des exemples et des témoignages cliniques.
Le second, d’ordre plus général, est plus funeste encore aux malades. II réside dans cette croyance que la syphilis ne saurait exister qu’avec des symptômes propres , spéciaux , et qu'on n’est autorisé à la diagnostiquer que d’après de tels symptômes. En l’espèce, il conduit à raisonner de la sorte, et que de fois, pour ma part, n’ai-je pas entendu ce qui va suivre ! « Des douleurs d’estomac, des phénomènes de dyspepsie, de gastralgie, des vomissements, voire des hématémèses, ce sont là tous symptômes d'ordre vulgaire, banal, avec lesquels la syphilis n’a rien à voir. Mettre en cause la syphilis à propos
SYPHILIS DE L’ESTOMAC
de tels symptômes, c’est vouloir la mettre en cause à tout propos, non moins que hors de propos. Soupçonnons, recherchons, accusons la syphilis là où elle s'atteste par des symptômes à elle , rien de mieux; mais ne la voyons pas partout et n’allons pas l’inculper à propos de symptômes ou de syndromes d’ordre vulgaire. »
Détestable, pernicieux raisonnement. Car, s’il est une vérité bien établie par les recherches modernes, c’est que la syphilis est bien loin de se traduire partout et toujours par des symptômes spéciaux. Des symptômes spéciaux, elle n’en a que pour ses manifestations extérieures, appréciables à l'œil ; mais elle n’en a pas en tant qu’expressions d’accidents viscéraux. Alors qu elle affecte les viscères, elle ne se traduit que par des troubles fonctionnels d’ordre commun. Je mets au défi qu'on cite, à propos de viscéropathies spécifiques, un seul symptôme spécial, qui n’appartienne qu’à la syphilis, que la syphilis soit seule à produire. Je mets au défi, par exemple, que, dans la syphilis cérébrale, si éminemment féconde en manifestations des plus diverses, on trouve un seul trouble fonctionnel qui relève en propre de la syphilis comme origine et qui permette de dire : « Cette encéphalopathie est sûrement de nature syphilitique ». — Et de même pour les viscéropathies spécifiques qui intéressent le cœur, le poumon, le foie, le rein, etc.
Et, en vérité, il ne saurait en être autrement. Un viscère qui souffre n'a pas une plainte spéciale adaptée à la nature de telle ou telle cause qui l’a rendu malade. Il se plaint et ne peut se plaindre qu’à sa façon et toujours de la même façon (ou bien peu s’en faut), quelle que soit la nature de son mal. En tout état de cause il traduit sa souffrance par des troubles fonctionnels qui ne sauraient avoir rien que de banal. Qu’on se rappelle à ce propos unç très spirituelle comparaison d’un auteur anglais, Buzzard : « Lésée dans son organisme moteur, une montre n’a pas plusieurs façons de traduire sa lésion ; elle la traduit toujours par une marche déréglée, puis par un arrêt, que ce soit un cheveu, un grain de sable ou le traumatisme d’un de ses rouages qui ait été l’origine première de sa lésion. »
Eh bien, tel est exactement le cas pour la syphilis gastrique. L’estomac lésé par la syphilis n’a pas pour exprimer sa souffrance des troubles fonctionnels différents de ceux qui servent d’expression à des lésions gastriques relevant de causes très différentes. Il n’est donc pas à chercher de symptômes spéciaux pour la syphilis gastrique. Exiger d’elle des symptômes spéciaux, c’est se condamner à ne la diagnostiquer jamais et à ne la reconnaître qu’à l'autopsie. Je demande aux malades ce qu’ils penseraient d’un tel procédé diagnostique. *
Conséquemment, le problème diagnostique qui se pose à propos de la syphilis gastrique se pose dans les termes suivants et doit être résolu dans ces termes :
TRAITEMENT
1° Un malade est affecté de troubles gastriques d'ordre commun , aussi commun que possible (douleurs, troubles de digestion, phénomènes d’intolérance gastrique, vomissements, hématémèses, etc.);
2° Or, ce malade a eu la syphilis ;
3° Donc, il n’est pas impossible que les troubles en question dérivent de la syphilis.
Conséquemment, il est du devoir du médecin de mettre la syphilis en cause dans son bilan diagnostique, et, si rien ne contredit ce rapport étiologique, si la maladie n’est pas nettement imputable à telle ou telle origine d’ordre différent, d’intervenir thérapeutiquement par le traitement spécifique. Cela, pour le plus grand bien du malade, comme l’ont démontré de nombreux exemples.
Traitement. — Premier point : Si l’on consulte comme guide les observations dans lesquelles on a vu les affections syphilitiques de l’estomac être heureusement modifiées, puis guérir par le traitement spécifique, on constate que ces résultats favorables ont été dus tantôt au mercure, tantôt à l’iodure, et tantôt enfin à l’association de ces deux remèdes. De là cette déduction : Puisque le mercure et l’iodure agissent bien en l’espèce, pourquoi ne pas profiter de l’influence bienfaisante de l’un et de l’autre en les combinant dans ce qu’on appelle le traitement mixte? C’est ce qu’on a fait, et l’on s’en est fort bien trouvé. Donc, traitement mixte indiqué de préférence.
Deuxième point, celui-ci relatif au mode d’administration. — A priori , on serait en droit de redouter ici la voie gastrique, j’entends de s’attendre de la part d’un estomac malade à des phénomènes d’intolérance vis-à-vis de ces deux remèdes. Eh bien, l’expérience ne confirme pas cette bien légitime induction. Car, nombre de fois on a vu le mercure et l’iodure être facilement acceptés par l’estomac, et cela dans des cas d’ulcération gastrique (!). Ainsi, c’est avec des pilules de sublimé (préparation qui ne laisse pas d’offenser fréquemment l’estomac sain) que la malade d’Andral (précédemment citée) a été guérie. En d’autres cas, c’est avec des pilules de proto-iodure ou avec des pilules de Sédillot (onguent mercuriel double) que la guérison a été obtenue. Et de même pour f iodure, qui presque invariablement a été bien toléré dans les cas de même ordre.
N’importe cependant. Le bon sens nous ordonne d’en agir prudemment avec un organe malade, et nous suivrons les indications du bon sens.
Pour l’iodure, par exemple, nous ne le donnerons qu’en solutions diluées, très diluées; mieux encore, nous ne le donnerons que dans du lait et par doses très fractionnées. — Puis, à la moindre alerte, au moindre signe d'intolérance stomacale, nous l’administrerons en lavements. — Comme doses, il ne semble pas nécessaire de dépasser 2 à 4 grammes par jour.
SYPHILIS DE L INTESTIN
Quant au mercure, pourquoi ne pas se tenir systématiquement à l’abri des risques de l’intolérance ou de l’irritation stomacale? Puisque nous disposons de deux méthodes d’administration externe, méthodes d’un effet puissant, plus puissant même que celui de l’ingestion, la logique nous prescrit de leur donner la préférence.
Donc, prescrivons le mercure soit en frictions, soit en injections. Déjà ces deux méthodes ont fait leurs preuves dans le cas particulier, et nous ne saurions trouver mieux.
Cela dit, quelques mots suffiront sur les soins adjuvants.
Bien entendu, le régime lacté sera prescrit dans les premiers temps, pour devenir ensuite de moins en moins sévère avec le rétablissement des fonctions gastriques. — Si le lait provoque quelques phénomènes d’intolérance,, on se trouvera bien de le couper d’eau de chaux (une cuillerée par tasse) ou d’eau de Vichy, etc. On pourra aussi avoir recours au lait d’ânesse. — Le képhir, cet admirable lait à digestion en quelque sorte préparée, me semble rationnellement {car je n’ai pas encore eu l'occasion de l’expérimenter) de nature à rendre quelques services.
En cas d’excitabilité anormale de l’estomac, on s’est bien trouvé d’additionner le lait de petites doses de morphine ou de cocaïne.
Contre les hématémèses : boissons glacées, glace, sachets de glace, etc.
Au reste, ce traitement adjuvant ne comporte rien de spécial. Il ne peut qu’être calqué sur celui qui est mis en œuvre contre les affections gastriques correspondantes d’ordre commun.