‹ Traité de la syphilisChapitre 16 sur 256 · ÉCHÉANCES D’INVASION · texte numérisé non relu

ÉCHÉANCES D’INVASION

l’infection, et cela pour une proportion importante (4,2 p. 100), proportion presque équivalente au quotient du tertiarisme au cours des huitième et neuvième années de la syphilis.

2° Dès la seconde année commence un brusque élan ascensionnel du tertiarisme, dont le quotient de fréquence se trouve immédiatement plus que doublé (dans la proportion de 2,4 à 1). — Avec cette seconde année, donc (qu’on remarque bien ceci), le tertiarisme avoisine déjà l’apogée de fréquence qu’il doit bientôt atteindre.

3° Il atteint cet apogée avec la troisième année de la maladie, où le quotient de fréquence devient au pourcentage de 10,7.

C’est dire que cette troisième année réalise à elle seule environ 11 p. 100 du total complet des échéances morbides du tertiarisme. Elle constitue donc l’année culminante du tertiarisme, l’année terrible pour les malades.

4° La quatrième année inaugure le déclin de fréquence du tertiarisme.

En autres termes, dès cette quatrième année, les manifestations de la maladie deviennent de moins en moins communes, et le decrescendo de fréquence ne fera plus désormais que s’accentuer au cours des années suivantes, sans exception.

Continu et à peu près régulièrement progressif, ce déclin devient tel que, vers la neuvième année, le quotient tertiaire n’est plus environ que la moitié de ce qu’il était au cours de la quatrième. C’est-à-dire que la neuvième année compte à peu près moitié moins d’accidents tertiaires que n’en comptait la quatrième (195 au lieu de 388).

5° Au-delà, même décroissance continue, mais plus lente. Si bien que, vers la vingt et unième année, le quotient tertiaire fléchit au quart de ce qu’il était dix ans auparavant (0,8 p. 100, au lieu de 3,2 p. 100).

6° Dix ans plus tard, il s’est encore abaissé d’un tiers environ (0,3 p. 100, au lieu de 0,8 p. 100).

7° Au-delà de la trente et unième année, la baisse est devenue telle que les cas de tertiarisme se réduisent à quelques unités.

Puis, finalement, après la quarantième année, on n’en trouve plus que quelques cas isolés (une quinzaine pour quinze ans). C’est l’extinction du tertiarisme.

(Le graphique ci-annexé traduira d’une façon expressive cette évolution du tertiarisme).

De tout ce qui précède, qu’avons-nous à retenir comme résultats majeurs, comme grandes lignes de l’évolution du tertiarisme ? Ceci :

C’est que le quotient annuel du tertiarisme s’élève rapidement de la première à la troisième année, pour atteindre son fastigium au cours de cette troisième année .

ÉVOLUTION DU TERTIARISME.

C’est qu’ensuite il ne fait plus que décroître très rapidement jusque vers la onzième année, et plus lentement au delà.

C’est encore qu’au delà de vingt ans il fléchit (au pourcentage) au-dessous de l'imité ; — pour devenir notablement plus rare après trente ans; — et quasi exceptionnel (relativement, toujours) au delà de quarante.

C’est qu’enfin, dans toute l’étape tertiaire, il y a surtout trois années tristement privilégiées de par le contingent considérable qu’elles apportent au tertiarisme, à savoir : la deuxième, la troisième et la quatrième, avec prédominance pour la troisième.

Ces trois années constituent, peut-on dire, les années néfastes du tertiarisme, puisqu’à elles seules elles fournissent à peu près le tiers (exactement les trente centièmes) du total des accidents tertiaires.

Voilà pour les grandes lignes.

Finalement, si l’on découpait la durée totale de la syphilis tertiaire par tranches de dix années, on arriverait, comme quotient fourni au tertiarisme par chacune de ces tranches décennales, aux résultats

suivants :

Pour le groupe des dix premières années 70 cas p. 100.

Pour le groupe des dix années suivantes (onze à vingt) 22,3 — —

Pour le groupe des dix suivantes (vingt et une à trente). 5 — —

Pour le groupe des dix suivantes (trente et une à quarante). 1 — —

Et, pour le groupe des années ultimes (quarante et une à

cinquante-cinq) 0,28 — —

Qu’on me permette de le dire, les résultats de cette statistique sont majeurs, et cela à deux points de vue :

1° Scientifiquement, d’abord, ils nous fournissent des documents numériques, avec une précision que j’ai lieu de croire inattaquable, sur l’évolution générale du tertiarisme et sur sa fréquence relative aux diverses étapes de l’infection.

2° D’autre part et à un tout autre point de vue, ils sont de nature à offrir aux malades une véritable consolation. Je m’explique.

Il n’est pas que des indifférents vis-à-vis de la syphilis, j’entends il n’est pas que des sujets qui « en prennent leur parti » et qui, résignés ou oublieux, ne s’en soucient plus. Il en est, au contraire, bon nombre (j’ai appris cela dans mon cabinet de par les doléances de mes clients) que l’inquiétude de leur état poursuit, obsède et persécute presque indéfiniment, si bien qu’après dix, quinze et vingt ans d’infection, ils ne sont guère plus consolés ni moins anxieux qu’au début.

Combien n’en ai-je pas entendus me dire, même à propos de syphilis anciennes et depuis longtemps muettes : « C’est plus fort que moi, docteur, je ne puis oublier mon ancienne vérole. J'y pense toujours , car je sais qu’on n’en guérit jamais. Dites-moi donc, de

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