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II

SYPHILIS DES GLANDES SALIVAIRES

Ce ne fut pas un médiocre embarras pour moi que d’instituer un diagnostic sur cette tumeur. Cependant, en y réfléchissant, les hypothèses à faire se circonscrivaient dans un cercle assez restreint. Une phlegmasie simple n’était pas admissible, vu l’absence de tout caractère inflammatoire. L’idée d’une production liquide enkystée devait être également exclue, en raison de la consistance manifestement solide de cette tumeur. Restaient les néoplasmes solides. Il me paraissait impossible de songer au cancer, vu l’âge du malade, le développement très rapide des accidents, etc. Mais ne pouvaitil s’agir d’une production adénoïde?... Pendant que je discutais à part moi ces divers diagnostics, il me revint en souvenir que mon client était un ancien syphilitique, et je me demandai alors si la syphilis ne pouvait être mise en cause dans le cas actuel, et si cette tuméfaction de la glande sublinguale n’était pas une de ces infiltrations tertiaires telles qu’on en a quelquefois observé dans la glande sous-maxillaire et dans le pancréas.

Les antécédents syphilitiques du malade n’étaient pas douteux. Onze ans auparavant (en juillet 1862), je l’avais traité pour trois petits chancres syphilitiques de la rainure glando-préputiale, accompagnés de pléiades inguinales bien accusées. Quelques mois plus tard s’étaient produits divers accidents secondaires, d’ailleurs assez légers : syphilide papuleuse discrète; — éruption croûteuse du cuir chevelu — plaques opalines de l’isthme du gosier. Le traitement spécifique intervenu à cette époque avait coupé court à toute autre manifestation. Mais ce traitement n’avait été prolongé en réalité que d’une façon insuffisante. Le malade se trouvait donc, après onze ans d’infection, dans cette période où la diathèse s’accuse fréquemment par des déterminations viscérales. Il n’était pas impossible conséquemment que la lésion actuelle de la glande sublinguale fût un accident tertiaire de vérole.

Dans cette pensée, et je dirai dans cette espérance, je résolus de tenter le traitement spécifique, et je prescrivis un sirop d’iodure de potassium (25 grammes d'iodure pour 500 grammes de sirop d’écorces d’oranges amères), aux doses quotidiennes de 3, 4, 5 cuillerées à bouche, progressivement.

L’influence de cette médication fut immédiate et surprenante, comme on pourra en juger par les notes que je recueillis à chaque visite du malade et que je transcris textuellement :

« 30 octobre (c’est-à-dire trois jours (!) après le début du traitement), amélioration très marquée. — La tumeur paraît diminuée. — En tout cas, le malade parle et mange plus facilement.

3 novembre. — Diminution très notable de la tumeur, réduite d’un quart pour le moins.

12 novembre. — La tumeur a diminué de moitié. — Les troubles fonctionnels de mastication et de parole ont tout à fait disparu.

24 novembre. — La tumeur, qui avait primitivement les dimensions d’une datte de moyen volume, est tout au plus comparable aujourd'hui à un noyau de datte.

3 décembre. — Diminution continue.

11 décembre. — Il ne reste plus aujourd’hui de la tumeur qu’une dureté filiforme mesurant 2 centimètres environ en longueur, sur une largeur d’un millimètre.

Janvier 74. — L’induration sublinguale est à peine perceptible. — Elle

SYPHILOME PAROTIDIEN. 563

achève de disparaître dans les semaines suivantes. Et depuis lors, jusqu’à ce jour, la guérison s’est maintenue. »

En même temps qu’il communiquait cette remarquable observation de Fournier à la Société de Chirurgie, Verneuil rappela un cas analogue, relatif à une tumeur qui bien manifestement siégeait dans la glande sublinguale, qui fut ponctionnée par lui sans résultat et qui, suivant toute probabilité, n’était rien autre qu’une gomme de la glande. Malheureusement le malade quitta l’hôpital prématurément et l’on n’eut pas de renseignements sur les effets produits par le traitement ioduré qui lui avait été prescrit.

Lang et Kaposi ont repris la question et étudié, le premier, la syphilis tertiaire de la parotide, et le second celle de la glande sublinguale.

Lang (1) a publié en 1880 le premier cas de syphilose parotidienne (parotitis syphilitica). Il en relate trois observations, dont voici l’analyse :

Dans la première, la malade avait trente-neuf ans et son infection remontait à quatre ans. Elle présentait à la fois des syphilides de l’isthme du gosier, une mamelle tuméfiée, dure, tendue, douloureuse, et la parotide gauche légèrement augmentée de volume. Soumise à un traitement par frictions mercurielles, elle guérit de tous ces accidents en six semaines.

Chez une deuxième malade, femme âgée de quarante-quatre ans, Lang observa des suppurations partielles de la parotide, puis, ultérieurement, des fistules salivaires.

Dans le troisième cas, en même temps que des lésions de la parotide, on rencontrait des infiltrations syphilitiques de la muqueuse buccale, des cicatrices de gommes de la peau et de la syphilis nasale caractérisée par des plaques et un suintement abondant de la pituitaire.

Kaposi (2) observant des tumeurs des glandes parotidiennes et sublinguales chez des malades anciennement syphilitiques, put se rendre maître rapidement de ces accidents par un traitement antisyphilitique.

Neumann (3) a fait une étude complète de la syphilis des glandes salivaires. Il a observé et publié six cas d’accidents de ces organes. Trois fois la parotide droite fut atteinte, une fois la parotide gauche, une fois les deux parotides, une fois la glande sublinguale et la glande de Blandin-Nühn. Tandis que chez les malades de Fournier, de Lancereaux, de Lang et de Kaposi, la syphilis n’avait touché que

(1) Lang, Ueber mastitis und parotitis syphilitica ( Wiener med. Woch ., 1880. Revue des sciences médicales, t. XVII, p. 206, et Path. u. Therap. der Syphilis. Stuttgard, 1891, p. 272 und 273.

(2) Kaposi, Path. und Therap. der Syph., p. 273.

(3) Neumann, Ueber Syphilis der Parotis und der Glandula sublingualis. Arch. für Dermat. und Syphilis, 1894, XXIX, 1, et Traité de la syphilis.

SYPHILIS DES GLANDES SALIVAIRES

tardivement les glandes de la bouche, dans les observations de Neuman, les accidents s’étaient manifestés au cours des premières années de l’infection, sur des individus faibles, anémiés, et en même temps que des exanthèmes secondaires maculeux ou papuleux.

Les troubles fonctionnels qui résultaient de la localisation morbide étaient multiples et variés. Dans tous les cas, la déglutition et la mastication étaient pénibles et la salivation exagérée. — Lorsque les parotides étaient atteintes, elles devenaient rondes, dures, saillantes sous les doigts, avec un bord aigu et glanduleux, faisant une saillie à l’angle de la mâchoire inférieure. — Les glandes préauriculaires, subissant l’influence de voisinage, étaient augmentées de volume, mobiles ou adhérentes sur la parotide, mais toujours bien distinctes de la glande atteinte. — De cet ensemble morbide résultait une contracture marquée des mâchoires. — La peau qui recouvre la parotide était soulevée, devenait lisse et brillante, sans grandes modifications de teinte, mais avec une légère augmentation de température locale. Plus tard, même pendant la durée du traitement, se produisirent des infiltrations et des rougeurs.

Notons en passant que, quel que soit le degré de l’enflure et malgré les rapports topographiques intimes de la parotide avec la jugulaire interne, avec la carotide interne, la carotide externe et la veine faciale postérieure, jamais il ne se produit de troubles de circulation, contrairement à ce qu’on observe dans la parotidite aiguë non syphilitique ; la circulation se maintient sans difficulté par les collatérales qui, sans doute, s’élargissent peu à peu.

Neumann croit que, dans l’affection syphilitique de la parotide, les vaisseaux sanguins sont attaqués en première ligne, que leur lumière se rétrécit, et qu’il se produit un phénomène de nécrose cellulaire analogue à celui qui préside à l’apparition de la gomme musculaire.

Enfin, il existerait, d’après lui, deux formes de syphilis des glandes salivaires, à savoir la forme scléreuse et la forme gommeuse.

Cette dernière peut être aiguë ou subaiguë. — La forme aiguë est spéciale à la parotide et se présente au début comme dans les périodes ultimes de la syphilis.

En outre le même auteur a publié une rare et intéressante observation de syphilis de la glande sublinguale coïncidant avec une affection gommeuse de la glande de Blandin-Nühn. Ce cas, unique dans la littérature médicale, mérite d’être résumé.

Un malade affecté de syphilis depuis quatre ans présentait au bout de la langue, du côté droit, une nodosité dure, de la grosseur d’une noisette, et en même temps, à la base du ligament de la langue, une tumeur ovale de la grosseur d’un haricot, occupant toute la longueur de la glande sublinguale.

La surface de cette tumeur était entourée d’une enveloppe d’un gris jaunâtre, très adhérente.

Pas de gêne de la parole, mais douleur pendant la mastication. — La sali-

vation est exagérée et gêne considérablement le malade. — La salive est incolore, pourtant un peu trouble, de réaction alcaline, et de 1005 comme densité. A l’analyse, elle renferme de l’albumine en faible quantité, de notables proportions de mucine et des phosphates.

Sous l’action du traitement par le mercure (30 injections d’asparaginate de mercure) et l’iodure de potassium, très rapidement le malade ressentit un mieux sensible ; et, après 10 injections, la tuméfaction des glandes, l’infiltration de la muqueuse et le ptyalisme avaient diminué.

La glande de Nühn qui, au début, offrait la grosseur d’une noisette et dont l’orifice élargi livrait passage à la sonde, subit aussi rapidement l’influence du traitement hydrargyrique. Elle se ramollit et diminua de volume sans s’être ulcérée.

Anatomie pathologique. — L’histologie des lésions scléreuses ou gommeuses des glandes salivaires reste encore jgnorée ; car dans aucune des observations qui précèdent on ne put faire un examen anatomique, les accidents ayant disparu, non pas par ablation de la partie lésée, mais simplement sous l’influence du traitement spécifique.

Un seul cas de syphilis tertiaire de la sous-maxillaire fut suivi d’autopsie (autopsie toute fortuite d’ailleurs, car le malade mourut d’érysipèle, et les lésions glandulaires, inaperçues pendant la vie, furent seulement découvertes après la mort). C'est donc à cette seule observation, due à Lancereaux, que nous devons nous rapporter relativement aux altérations histologiques des lésions qui nous occupent.

Or, d’après cet auteur, le processus déterminant est nettement un processus de sclérose. La glande est ferme au toucher ; les lobules en sont très apparents, avec des cloisons fibreuses interacineuses très épaissies ; le parenchyme est infiltré de cellules graisseuses qui lui donnent une coloration jaunâtre. En un mot, sclérose avancée des tissus.

Ainsi que nous l’avons vu, Neuman pense que, dans la parotidite syphilitique aiguë ou subaiguë, les lésions initiales sont des lésions vasculaires et que les vaisseaux sanguins sont attaqués les premiers. Leur lumière se rétrécit, entraînant des troubles de nutrition qui déterminent la nécrose et la fonte gommeuse des tissus.

Diagnostic. — Il ne présente pas d’embarras quand les accidents des glandes salivaires coïncident avec d’autres lésions syphilitiques des téguments. Au cas contraire, il devient délicat.

La première difficulté et la difficulté majeure, c’est, comme l’a dit Fournier, de songer à la possibilité même d'une lésion spécifique des glandes salivaires ; car, est-il besoin de répéter que les affections de cet ordre sont encore inconnues de la plupart des praticiens ? — Puis vient la question de diagnostic différentiel. Quelles affections peuvent alors entrer en ligne de compte?

Une phlegmasie simple d’une de ces glandes? Mais ce diagnostic

SYPHILIS DU PANCRÉAS

sera facilement éliminé par l’absence complète de tous symptômes inflammatoires, par ce caractère aphlegmasique et indolent qui est le propre des lésions scléro-gommeuses.

L’idée d’une production liquide enkystée sera également exclue en raison de la consistance manifestement solide et pour longtemps solide de la tumeur.

Le cancer est d’un diagnostic plus difficile. Cependant l’âge des malades, le développement très rapide des accidents, l’absence des ganglions de voisinage, et la rareté des tumeurs malignes primitives des glandes de la bouche sont autant de considérations qui faciliteront la tâche.

Dans le cas où la lésion intéresse la parotide, il faudra encore exclure l’hypothèse d’une parotidite aiguë non syphilitique. Celle-ci offre les caractères différentiels suivants : Elle détermine de fortes douleurs locales, avec une fièvre plus ou moins intense; — elle se développe rapidement, entraînant des troubles de fonctionnement de la mâchoire; — la glande et les tissus environnants sont uniformément enflés, et l’inflammation des téguments se produit beaucoup plus hâtivement; — les glandes auriculaires sont souvent prises. — En outre, l’affection comporte nombre de symptômes secondaires généraux, maux de tête, anorexie, soif, prostration, etc.

Dans la parotidite ourlienne, on sera éclairé par la bilatéralité des accidents, sans parler des complications testiculaires ou autres.

Par contre, le cours lent de l’affection, les douleurs faibles, la consistance dure, ligneuse, d’une tumeur immobilisée à l’angle de la mâchoire inférieure, et le peu de tendance à la suppuration, seront autant de signes en faveur d’une affection syphilitique de la parotide.

Enfin, dans les cas plus difficiles, en l’absence de toute espèce d’accidents ou même d’antécédents spécifiques nettement démontrés, le traitement mercuriel servira de critérium pour trancher la question en dernier ressort et fixer le diagnostic.

SYPHILIS DU PANCRÉAS (1

Nos connaissances actuelles sur la syphilis du pancréas procèdent surtout de constatations faites à l’autopsie d’enfants nouveau-nés atteints de syphilis héréditaire. — D’après Hecker et Birch- Hirschfeld, cette pancréatite se rencontrerait dans 22 ou 23 p. 100 des cas d’hérédo-syphilis.

Les manifestations de la syphilis acquise sont infiniment plus rares, mais la pénurie des observations tient peut-être à ce que les

(t) Chapitre dû à M. le Dr Bensaude, chef de Clinique de la Faculté.

PANCRÉATITE SCLÉREUSE.

lésions du pancréas sont difficiles à diagnostiquer et que les troubles fonctionnels résultant de son altération peuvent facilement passer inaperçus. Les seuls documents que nous possédons sur la syphilis acquise du pancréas se réduisent aux constatations faites par Rokitansky, Lancereaux, Chvostek, Drozda, Schlagenhaufer et Chrzelitzer.

Anatomie pathologique. — Les lésions syphilitiques du pancréas ont la plus grande analogie avec celles de la glande hépatique et se présentent sous deux formes, généralement réunies : l’une scléreuse et l’autre gommeuse.

I. — La pancréatite scléreuse , habituelle dans la syphilis héréditaire, n’a guère été signalée que dans quelques cas de syphilis acquise. Elle consiste dans un épaississement scléreux qui semble naître autour des artères et forme des traînées sillonnant dans tous les sens le parenchyme glandulaire.

Cette pancréatite scléreuse de l’adulte est généralement circonscrite et constituée par un tissu conjonctif dur, fibreux et rétractile, contrairement à la pancréatite fœtale qui atteint souvent la plus grande partie de la glande et est formée d'une infiltration embryonnaire diffuse, n’amenant pas la rétraction de l’organe.

Lancereaux dit avoir trouvé dans plusieurs cas de syphilis viscérale le pancréas dur et sclérosé. — Chvosteck nota chez un officier de 46 ans, mort de syphilis viscérale, l’existence de plusieurs rétractions cicatricielles au niveau de la queue du pancréas. — Parmi les 3 cas de diabète avec pancréatite scléreuse décrits par Hansemann, il y en a 2 développés sur un terrain syphilitique. — Dieckhoff a fait l'étude histologique d’un cas de pancréatite interstitielle dont la nature syphilitique était probable. Le tissu conjonctif entourait les vaisseaux, les conduits excréteurs, les acini glandulaires, et, par places même, il existait une prolifération du tissu intra-acineux.

Le plus démonstratif de tous les cas de pancréatite scléreuse est celui de Drozda. En voici le résumé :

Un homme de trente-quatre ans souffrait depuis quatre ans d’un ictère chronique ; depuis trois ans il était sujet à des troubles digestifs, avec vomissements périodiques et douleurs fixes à l’épigastre; adénopathies inguinale et cubitale ; plus tard, ascite, anasarque, vomissements bilieux et hématémèses. — Après deux mois et demi de ces symptômes graves, mort dans le collapsus.

A l’autopsie, on trouve le pancréas transformé en une masse calleuse. La structure primitive de la glande n’est visible que dans quelques parties de la tête de l’organe. Par places on trouve des foyers caséeux au milieu de zones indurées. — Foyers de sclérose dans le foie ; — cicatrices fibreuses dans l’estomac; — néphrite chronique, et ascite.

IL — La forme gommeuse est caractérisée par des nodosités sèches, coriaces, jaunâtres, entourées de tissu conjonctif jeune ou d’une

SYPHILIS DU PANCRÉAS

zone de sclérose. Ces nodosités, uniques ou multiples, ont des. dimensions variant de celle d'un pois à celle d’une noix et plus. Elles se rencontrent de préférence au niveau de la tète du pancréas.

Cette pancréatite gommeuse est presque spéciale à la syphilis acquise ; on ne connaît guère que 3 cas où des gommes d’un certain volume ont été vues dans le pancréas de fœtus ou d’un nouveau-né syphilitique (un cas de Klebs et deux cas de Birch-Hirschfeld).

Rokitanskv paraît avoir été le premier à mentionner l’existence de gommes dans le pancréas d’adulte, mais sans entrer dans le détail. Lancereaux, dans son traité de la syphilis, dit avoir rencontré une fois une gomme du pancréas et rapporte l’observation d’un malade qui succomba dans le service de Rostan, quatoize ans après avoir contracté un chancre. A l’autopsie on trouva, avec des gommes multiples des muscles, une tumeur gommeuse de la région mammaire et deux autres dans le pancréas.

Les deux observations les mieux étudiées de gomme du pancréassont celles de Schlagenhaufer.

La première, citée par les auteurs classiques, a trait à un homme marié de quarante-trois ans, fortement amaigri, mort de bronchopneumonie après une courte maladie. Le protocole de l’autopsie mentionne les lésions suivantes :

Cicatrice syphilitique du prépuce; — sclérose des testicules et des épididymes avec gomme dans le testicule droit ; — cicatrice syphilitique dans le foie; — pancréatite scléreuse avec gomme; — tuméfaction de la rate de date récente ; — broncho-pneumonie double, avec épaississement pleural notable et pneumonie interstitielle chronique accompagnée de bronchectasie ; — catarrhe chronique de l’estomac et de l’intestin. — Le pancréas mesure 15 centimètres. La tête est extrêmement dure et rude au toucher; à la coupe on y reconnaît encore les lobules glandulaires, mais ils sont séparés les uns des autres par de larges tractus conjonctifs et paraissent petits et atrophiés. — La partie du corps qui fait suite à la tête est bombée dans une étendue de 4 centimètres. Une coupe pratiquée à ce niveau fait découvrir un foyer gommeux mal limité, du volume d’une noisette, arrondi, jaunâtre et à centre caséeux. Ce foyer est entouré d’une large bande de. tissu conjonctif, dans lequel on ne trouve que quelques lobules bien conservés. — La queue du pancréas présente un aspect macroscopique normal. — Le canal de Wirsung est perméable ; les gros vaisseaux du pancréas et des parties voisines, de même que ceux du reste du corps, sont intacts.

Examen histologique. — Au niveau de la tête du pancréas, qui est fortement sclérosée, le tissu cellulaire interacineux est très développé; les lobules sont séparés les uns des autres par un tissu conjonctif ondulé et pauvre en cellules. Celui-ci pénètre dans les lobules et les fait éclater, de sorte que les acini sont réduits à des îlots de tissu normal ou nécrosé. — Les gros vaisseaux et les canaux excréteurs sont intacts. — Le foyer gommeux présente sous le microscope des aspects variables suivant le point examiné ; le centre offre l’aspect typique d’une gomme : masse nécrosée, caséeuse*

PANCRÉATITE GOMMEUSE.

dans laquelle on peut reconnaître quelques noyaux isolés, et entourée d’une large zone de cellules rondes. — Puis vient le tissu conjonctif assez abondant, étouffant le parenchyme glandulaire, dans lequel seuls les canaux excréteurs sont conservés. — Dans ce tissu conjonctif se trouvent des gommes miliaires à différents stades de leur évolution ; les plus petites ont un centre caséeux entouré de cellules fusiformes ; d’autres, plus grandes, sont fortement ramollies au centre et limitées par une couronne de cellules rondes et, plus en dehors, par des cellules fusiformes ; enfin, les plus volumineuses sont les gommes confluentes avec une ou plusieurs cellules géantes. — A la surface du pancréas le tissu conjonctif devient plus pauvre en cellules, étrangle les lobules et les atrophie plus ou moins. — Les vaisseaux présentent aussi à ce niveau des lésions indiquant la nature syphilitique de la pancréatite ; la tunique adventice est infiltrée de nombreux amas de cellules rondes, et la tunique interne est hypertrophiée ; de sorte que la lumière des vaisseaux paraît par places fortement rétrécie. — La queue du pancréas ne présente pas plus au microscope qu’à l'œil nu de modifications pathologiques.

La deuxième observation de Schlagenhaufer est particulièrement intéressante parce que la gomme du pancréas a été prise à l’autopsie pour un cancer.

Elle a trait à un malade de cinquante et un ans, marié, souffrant depuis un an de douleurs dans la région gastrique et l’hypocondre droit. — Constipation opiniâtre et amaigrissement notable; — anorexie et vomissements fréquents, qui deviennent continus dans les neuf jours qui précèdent l’entrée à l’hôpital. — A ce moment on constate du subictère, de la dyspnée, de la cyanose, de l’assourdissement des bruits du cœur, avec pouls radial tendu. — La région épigastrique et l’hypocondre droit sont distendus, douloureux et mats à la percussion; submatité dans la région iléo-cæcale droite. — Adénopathie inguinale. — L’urine donne la réaction de Gmelin,mais ne contient ni sucre ni acétone. — Le malade succombe peu de jours après l’entrée à l’hôpital, avec des vomissements continuels.

Autopsie . — Hépatite et périhépatite, avec gommes syphilitiques dans le foie ; — splénomégalie et périsplénite spécifique ; — orchite scléreuse syphilitique et hydrocèle droite ; — infiltration scléro-gommeuse du tissu cellulaire du bassin et du tissu cellulaire rétro-péritonéal, avec participation des ganglions lymphatiques et du péritoine ; — nulle part traces de tuberculose.

Pancréatite scléro-gommeuse. — Au niveau de la tête du pancréas, tumeur kystique, fluctuante, du volume du « poing d’un enfant ». — En introduisant une sonde dans le canal de Wirsung, on arrive dans une cavité remplie d’un liquide purulent et de fragments de tissu nécrosé. Les parois de la cavité sont constituées par du tissu pancréatique. — La structure acineuse de la glande est nettement visible partout, sauf à la partie supérieure et gauche où se trouve un tissu blanc grisâtre. La partie du corps de la glande attenant à la cavité, de même que la queue du pancréas, est extrêmement dure; les lobules pancréatiques sont en partie hypertrophiés, en partie atrophiés et sillonnés de tractus de tissu conjonctif.

Examen histologique. — La paroi de la cavité pancréatique présente des altérations variables suivant les points examinés. Dans certaines parties, le

SYPHILIS DU PANCRÉAS

parenchyme glandulaire est pour ainsi dire intact; dans d’autres, il est infiltré par de nombreux nodules miliaires, entre lesquels se voit un tissu conjonctif pigmenté avec de petits amas de cellules embryonnaires. On y reconnaît aussi quelques lobules glandulaires atrophiés. Les nodules sont constitués, dans leur stade le plus jeune, par un amas de cellules épithélioïdes ; à un stade plus avancé on voit un centre nécrosé, avec une zone périphérique de cellules fusiformes disposées radiairement, ou encore une zone de tissu conjonctif avec infiltration embryonnaire ; on rencontre parfois aussi une cellule géante isolée. Les fragments de tissu trouvés dans la cavité kystique sont formés de masses nécrosées parsemées de leucocytes polynucléaires.

Dans le reste du pancréas on remarque un processus sclérogène. Un tissu conjonctif tantôt pauvre, tantôt riche en cellules embryonnaires, sépare les lobules les uns des autres ; ailleurs il pénètre dans leur intérieur et les fait éclater, de sorte que les acini glandulaires paraissent tantôt atrophiés et tantôt hypertrophiés. Les îlots cellulaires de Langerhans existent en grand nombre. Rien de particulier dans les veines et les artères. — La recherche des bacilles de la tuberculose dans le pancréas et dans les différents autres organes a été négative.

Symptômes et diagnostic. — Il ne peut être question de tracer le tableau clinique d’une affection dont on ne connaît qu’un nombre limité d’observations et d’observations pour la plupart incomplètement étudiées. Lancereaux pense que le pancréas syphilitique, partiellement altéré, ne donne lieu le plus souvent à aucun désordre sérieux. Il faut ajouter que la symptomatologie des affections du pancréas en général est encore bien peu précise; de sorte que des symptômes d’origine pancréatique survenant chez un syphilitique peuvent parfaitement passer inaperçus ou être attribués à la lésion d’un organe autre que le pancréas.

Lorsque les physiologistes eurent démontré l'importance de la sécrétion pancréatique dans la digestion intestinale, on a pu croire que les lésions du pancréas entraîneraient des troubles digestifs caractéristiques. Il n’en est rien. Le dégoût pour les matières grasses, le pyrosis, les vomissements dits pancréatiques, la moindre digestibilité des albuminoïdes sont des symptômes d’ordre banal. La stéarrhée, caractérisée par la présence de graisse non émulsionnée dans les selles, est un signe qui a beaucoup plus de valeur; mais il appartient aussi bien à l’insuffisance pancréatique qu’à l’insuffisance biliaire.

Les signes de diabète semblent généralement faire défaut dans la syphilis du pancréas (Lancereaux); et même, lorsqu’ils existent, ils ne peuvent avoir qu’une importance relative. C’est qu’en effet on a signalé assez fréquemment des signes de diabète chez les syphilitiques : Fournier dit que le diabète est d’observation commune au cours du tertiarisme ; Ozenne rapporte un cas de syphilis cérébrale avec diabète ; Pospelow a noté le myxœdème et le diabète chez un

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