II
SYPHILIS TERTIAIRE DU FOIE
Étude microscopique. — Nous avons déjà dit que les lésions, telles qu’il nous est donné de les observer à l’autopsie, sont des lésions très avancées dans leur évolution et déjà fort anciennes. Leur stade initial, silencieux cliniquement, est des plus mal connus. Dans de rares cas, on a décrit une sclérose jeune, riche en éléments cellulaires, dérivant du tissu conjonctif périacineux et du tissu interstitiel qui sépare les trabécules hépatiques. C’est peut-être à de semblables altérations que correspondent en clinique ces foies gros, lisses, peu indurés, qui ont paru guérir parfois complètement sous l'influence du traitement spécifique.
Quoi qu’il en soit, que voit-on au microscope dans un foie sclérogommeux typique? D’abord, une cirrhose , qui a pour caractéristique son absence de systématisation péri-portale ou péri-sus-hépatique, et sa disposition rubanée en tractus se coupant et s'anastomosant jusqu’à la surface où ils vont rejoindre la capsule épaissie, envoyant dans les lobules voisins des prolongements irréguliers, « en têtes de serpent », qui les échancrent diversement, tandis que par leurs bords toutes ces bandes s’effilent en dentelures qui s’insinuent entre les travées hépatiques. La cirrhose est à la fois extra et intralobulaire.
Ces bandes scléreuses sont constituées par un agrégat de faisceaux conjonctifs denses, semés de quelques cellules plates, parallèles ou entre-croisés.
Il est fréquent d’observer à la limite des lésions fibreuses adultes une zone où le processus de sclérose plus jeune, en voie d’évolution, se caractérise par une infiltration de tissu conjonctif embryonnaire. Ici, il n’y a pas encore de faisceaux denses bien formés, mais un véritable infiltrat, prédominant dans les espaces et fissures portes, quoique répandu aussi entre les travées lobulaires, de fibrilles minces, mais surtout de cellules à noyau bien net, dites cellules embryonnaires ; celles-ci forment particulièrement des manchons complets autour de branches vasculaires, elles-mêmes altérées comme nous le verrons plus loin.
Jeune ou adulte, le tissu cirrhotique est semé çà et là d’amas cellulaires plus ou moins nombreux, plus ou moins cohérents, qui donnent aux lésions un véritable cachet spécifique. Ces amas ( nodules syphilitiques élémentaires , gommes microscopiques) sont constitués par des cellules diverses (leucocytes, cellules plasmatiques, cellules épithélioïdes, parfois rares cellules géantes), mais qui peut-être dérivent toutes des éléments blancs du sang. Ces nodules sont parfois centrés par un petit vaisseau qui les traverse; plus souvent ils sont accolés à une branche vasculaire ; souvent enfin ils sont loin de tout vaisseau, au milieu des éléments fibreux. Ils semblent plus particulièrement nombreux dans les espaces portobiliaires, mais on en rencontre aussi en plein territoire lobulaire.
Les cellules hépatiques sont toujours plus ou moins altérées. Sans