CONSTITUTION MICROSCOPIQUE
parler de la dislocation des travées par les bandes fibreuses, les éléments parenchymateux, souffrant dans leur nutrition, sont habituellement comprimés, atrophiés, ou en dégénérescence pigmentaire, graisseuse ou amyloïde. — Une grande part dans la production de •cette dystrophie cellulaire doit être attribuée aux lésions vasculaires, sur lesquelles nous reviendrons plus loin.
A côté de ce processus atrophique, on a constaté dans quelques cas des altérations inverses qui semblent tendre à en neutraliser l’effet : hypertrophie de certaines travées, foyers d’hépatite parenchymateuse nodulaire. En tout cas, les néo-canalicules biliaires sont fort rares dans la cirrhose syphilitique.
Ce qui, par contre, est constant, ce sont les lésions des vaisseaux sanguins. Les branches de la veine porte sont atteintes de péri et endophlébite, pouvant aller jusqu’à l’oblitération du vaisseau; cette phlébo-sclérose entraîne la disparition progressive des capillaires. — Les rameaux de l’artère hépatique participent souvent à la même altération, tandis que les branches sus-hépatiques sont plus souvent indemnes. — L’importance des lésions vasculaires, qui est, on le sait, la caractéristique de toutes les néoplasies syphilitiques (depuis le chancre même jusqu’aux lésions les plus tertiaires), et qui relève très vraisemblablement de l’accès du virus par la voie sanguine, semble jouer un rôle dans la distribution de la cirrhose, dont la topographie dépendrait du calibre des vaisseaux rétrécis ou oblitérés.
Les gommes , associées à la cirrhose dans la forme anatomique que nous étudions, sont, nous l’avons vu, de volumes très divers; leur structure présente également quelques particularités selon les cas.
Les gommes miliaires qui résultent de la conglomération d’un certain nombre de nodules syphilitiques élémentaires présentent généralement une périphérie cellulaire, de contour polycyclique, tandis que le centre est caséifié. — D’abord translucide (altération vitreuse), puis opaque, ce centre montre un état granuleux des éléments cellulaires, dont les noyaux ne se colorent plus. On reconnaît toutefois encore les fibres élastiques, notamment celles des vaisseaux sanguins. — Si la caséification est plus avancée, toute structure organisée disparaît en ces points, où l’on ne décèle plus qu’une substance anhiste avec des granulations graisseuses et des cristaux d’acide stéarique, de lécithine (Darier).
Les grosses gommes caséeuses présentent à distinguer trois zones : l’une centrale, anhiste, caséeuse, donnant l’impression d’une nécrose massive ; — en dehors de celle-ci on note souvent une couche plus ou moins continue de cellules plasmatiques et épithélioïdes, parfois quelques cellules géantes ; — plus en dehors, enfin, une couche fibreuse, formant comme une coque, au sein de laquelle se voient des amas de cellules granulo-graisseuses, dont quelques-unes occupent
SYPHILIS TERTIAIRE DU FOIE
la lumière de lymphatiques en train de les résorber. Cette dernière zone externe se continue intimement avec le tissu fibreux de sclérose environnante.
Il est possible d’observer des gommes envoie de cicatrisation, remplacées par un noyau fibreux plein, qui loge à son intérieur unepetite cavité remplie de vestiges de la masse caséeuse centrale.
Les gommes sont toujours accompagnées de lésions importantesdes vaisseaux sanguins. Non seulement dans leur territoire, mais à leur pourtour, on trouve des oblitérations thrombosiques, consécutives à un processus de vascularite spécifique. Il y a quelques années,, on attribuait aux artères les altérations les plus marquées, puis les idées se sont modifiées sur ce point. De recherches récentes de Tommasoli, Unna, Philippson, faites sur des gommes (non viscérales, il est vrai), il résulterait que les lésions artérielles font toujours défaut dans les gommes et à leur pourtour; il semblerait par contre que, dès le début de la production gommeuse, il y aurait constamment des lésions des veines au centre des gommes.
Nous n’avons pas à insister, après ce que nous venons de dire, sur la forme gommeuse pure, qui se caractérise par l’absence de cirrhosediffuse interstitielle.
La forme cirrholique pure présente un intérêt tout spécial, en raison des analogies très accentuées qu’elle offre avec la cirrhose syphilitique du nouveau-né. Dans les observations publiées on voit noter une perturbation de la topographie, une dislocation des travées hépatiques par un tissu conjonctif de nouvelle formation, tantôt à l’état de tissu embryonnaire (Hanot), tantôt sous forme de tissu fibrillaire, encore riche en cellules, sans bandes fibreuses denses (Ménétrier). Cette sclérose jeune entoure les capillaires et les cellules hépatiques qui s’atrophient ou sont remplacées par des amas de cellules migratrices. Dans les cas de Ménétrier, il y avait, associées à la sclérose, des gommes en voie de caséification. C’est donc là une cirrhose jeune, péricapillaire et péricellulaire, très voisine de la cirrhose monocellulaire de l’enfant hérédo-syphilitique.
Palhogènie et vue d'ensemble des lésions hépatiques. — En raison de l’ignorance où nous sommes de l’agent causal de la syphilis, il nous est impossible de nous rendre un compte exact du déterminisme des lésions diverses dont nous venons de faire l’étude ; nous ne pouvons que raisonner par analogie avec ce que nous savons d’autres infections, la tuberculose par exemple, où nous pouvons expérimentalement, selon l’agent pathogène employé (bacille ou toxine), selon la dose, selon le mode d’entrée du poison (voie sanguine, lymphatique ou péritonéale), réaliser dans le foie des lésions très variées