‹ Traité de la syphilisChapitre 170 sur 256 · SYSTÈME URINAIRE ET ANNEXEE · texte numérisé non relu

SYSTÈME URINAIRE ET ANNEXEE

SYPHILIS DU REIN (I)

Historique. — Les premiers syphiligraphes, Ulrich de Iiütten, Paracelse, et même Astruc, n’ont pas parlé des affections rénales de la syphilis; ils ont seulement signalé les œdèmes sans en donner de suffisante explication. Valsalva, Morgagni, ce dernier surtout, ont vu les reins altérés et atrophiés dans des autopsies de syphilitiques.

Dominés par la grande autorité de Hunter, les anciens auteurs anglais n’ont pas voulu admettre la syphilis rénale. Les œdèmes et l'albuminurie qu’ils observèrent nettement furent rapportés successivement par Wells et Blakall au traitement mercuriel, et par Christian et Gregory à l’alcoolisme, aux refroidissements, ou au marasme causé par la syphilis. En somme, les renseignements donnés par les auteurs que nous venons de citer sont trop vagues pour qu’on puisse conclure qu’ils aient connu les relations de la syphilis avec les affections rénales.

On peut dire que pour la première fois la notion claire de la syphilis rénale apparut avec Rayer. Cet éminent observateur affirma la relation qui unit certaines affections des reins à la syphilis, et, sans méconnaître l’influence des causes accessoires qui obscurcissent la pathogénie des affections rénales, il publia des observations qui montraient la localisation de l’infection syphilitique sur le rein. Il attribuait en grande partie le développement de la maladie des reins à la cachexie vénérienne. Il faisait observer, d’autre part, qu'il est difficile, en présence de la multiplicité des causes des néphrites, de reconnaître ce qui appartient en propre à la syphilis. Enfin, il montra bien que le mercure n’était pas en cause comme origine de la maladie, en faisant remarquer l’absence de lésions rénales chez les ouvriers qui manient le mercure.

Cependant Rayer n’entraîna pas immédiatement les convictions de tous ses contemporains. Frenchs (1851) reste dans le doute et ne croit qu’à une action indirecte de la syphilis par l’intermédiaire de la cachexie qu’elle provoque. — Rosenstein (1858) accuse le mercure^

(1) Chapitre dû à M. le Dr F. Balzek, médecin de l’hôpital Saint-Louis. Traité de la syphilis. II. — 38

SYPHILIS DU REIN

plutôt que la syphilis de causer la maladie des reins. — La même opinion est soutenue et développée par Güntz.

En 1858, Virchow établit solidement l’existence de la syphilis rénale sur les notions d’anatomie pathologique. Il montre les gommes du rein, affection nettement caractéristique, confondues quelquefois à tort avec les infarctus hémorrhagiques; les néphrites interstitielles partielles ont aussi à ses yeux une valeur significative ; enfin, il existe pour lui des néphrites spécifiques sans lésions spéciales capables de les distinguer nettement de néphrites dues à d’autres causes.

En 1858, Arnold Beer observe un cas avec deux gommes du rein non ramollies. Il reconnaît l'existence de petits foyers gommeux circonscrits de la couche corticale du rein ; — d’une néphrite interstitielle avec taches médullaires circonscrites et pâles; — d’une néphrite diffuse interstitielle avec lésions amyloïdes et petits amas graisseux (rein gras syphilitique, qu’il considère comme caractéristique) ; — enfin, d’une néphrite parenchymateuse pure.

En 1866, Lancereaux, dans son Traité de la syphilis, reconnaît: 1° une néphrite interstitielle avec augmentation notable du volume des reins, correspondant plus tard à la cirrhose à gros grains du foie; — 2° les gommes; — 3° les cicatrices, aboutissant des deux formes précédentes. — Il donne une description très détaillée des lésions d’après des observations personnelles.

En Angleterre, Moxon décrit les gommes du rein, le rein amyloïde et l’atrophie granuleuse.

Les gommes du rein sont encore mises hors de discussion par de nombreuses observations de Thungel (1861), Virchow, Wagner, Cornil, Lancereaux, Greenfield, Mackenzie, Beer, Barde, Paolucci, Klebs, Key, K. Huber, Colomiatti, Seiler et Birch-Hirschfeld , Welander, Elsenberg, etc....

En 1867, paraît la thèse de Guiolsur l’albuminurie syphilitique, et la même année Perroud décrit la néphrite syphilitique précoce aiguë avec les observations de deux cas guéris par le traitement spécifique. — Deux ans après, Gailleton, dans le Lyon médical , décrit deux cas semblables. — Drysdale, Descouts, Jaccoud et Mauriac en rapportent aussi de nouveaux cas.

En 1877, Spiess publie les résultats de 220 autopsies de syphilitiques, faites de 1866 à 1875 à la Charité de Berlin. Dans 62 cas seulement les reins étaient intacts. Dans les autres cas existaient diverses lésions rénales, coïncidant fréquemment avec des affections du foie. En dehors de la néphrite gommeuse, l’altération la plus commune était la néphrite interstitielle.

En 1881, Wagner décrit 63 cas de syphilis du rein recueillis sur un total d’environ 9.000 autopsies, à savoir : 8 cas de mal de Bright aigu ; — 4 de néphrite chronique; — dégénérescence granuleuse, 7 ;

Page 1