QUELLES AFFECTIONS RÉNALES PEUVENT ÊTRE RATTACHÉES A LA SYPHILIS
La nature des affections syphilitiques du rein à évolution chronique a été démontrée surtout par la constatation de deux lésions qui dans tous les organes présentent des caractères pathognomoniques : 1° la gomme ; — 2° l’artérite.
Déjà pour cette dernière le diagnostic anatomique peut offrir parfois de réelles difficultés; et, quand il s’agira des diverses néphrites à marche aiguë et chronique, nous verrons qu’elles présentent des caractères souvent ambigus, vagues, contestables, et communs aux néphrites non syphilitiques. Souvent même il est aussi difficile
(1) Les plus récentes thèses parues à Paris sur ce sujet sont celles de Régnier (1896), Theille (1898), Rütten (1900), Roustan (1901), Vivès (Toulouse, 1900), Terrien (1903). J’ai récemment publié dans la Gazette des hôpitaux (1904) un travail sur la néphrite précoce en collaboration avec L. Alquier.
SYPHILIS DU REIN
d’établir le diagnostic au point de vue anatomique qu’au point de vue clinique. C’est qu’en effet la syphilis , en dehors des gommes, ne produit pas dans le parenchyme rénal de lésions qui lui soient spéciales , et que, d'autre part, il faut encore regarder comme peu fréquents les cas dans lesquels les signes cliniques peuvent évoluer de façon à permettre le diagnostic d’une affection rénale syphilitique.
L'étiologie est bien souvent entourée d’obscurités, comme nous le verrons. — Les affections syphilitiques du rein peuvent à ce point de vue être divisées en deux groupes :
1° celles de la période secondaire ;
2° celles de la période tertiaire.
Examinons l’un et l’autre groupes.
I. — A la période secondaire, dans un certain nombre de néphritesaiguës ou même chroniques, l’infection syphilitique en pleine évolution apparaît nettement comme la cause vraie et déterminante. Mais il faut cependant toujours examiner avec soin l’existence et le rôle des causes accessoires, telles que refroidissement, traumatisme, intoxications, infections de cause externe, infections antérieures, mauvais état général, alcoolisme, affections surajoutées, grossesse, etc... De telles causes peuvent avoir joué un rôle important en appelant l’infection syphilitique du côté du rein. Dans certains cas on a pu même se demander si le rôle principal ne doit pas leur être imputé, et si la syphilis n’a pas simplement créé une prédisposition capable de favoriser leur action sur le rein.
II. — Les mêmes questions se posent naturellement pour les néphrites de la période tertiaire. La syphilis est-elle cause déterminante; — ou simplement adjuvante avec les autres causes habituelles des néphrites chroniques; — ou, enfin, seulement prédisposante, en amenant la déchéance de l’organisme, en créant un terrain sur lequel agiront d’autres causes devenues de par elle capables de provoquer des néphrites parasyphilitiques? Le problème se pose pour chaque cas, et il s’en faut que la solution puisse toujours en être donnée.
Cependant il n’est que juste d’ajouter qu’ici encore le domaine de la syphilis va s'agrandissant toujours aux dépens de celui des autres causes d’affections rénales, assez justement désignées par la plupart des auteurs sous le nom de causes banales.
Comme le dit justement Darier, il n’est pas surprenant que les reins, ces émonctoires principaux de l’organisme, qui éliminent tant de poisons et de toxines, soient lésés parfois par la syphilis; on pourrait s’étonner plutôt de leur immunité si fréquente au cours de cette infection. — Rénon admet que la syphilis crée une prédisposition marquée à la néphrite; il incrimine à la fois l’action du froid et celle des toxines de la syphilis. — Fournier, en raison de la grande
CARACTÈRES DIFFÉRENTIELS DES NEPHRITES SPECIFIQUES. 597
fréquence des syphilis ignorées, pense que beaucoup de néphrites d’une étiologie obscure sont en réalité causées par la syphilis.
En résumé, en dehors des gommes rénales, il existe un petit nombre de néphrites dont la nature peut être affirmée nettement syphilitique de par la clinique, les résultats du traitement, ou l’anatomie pathologique. — Dans bon nombre de cas, l’étiologie syphilitique est encore probable pour les mêmes raisons. — Enfin, reste une classe importante de cas douteux, dans lesquels la clinique est banale, l’étiologie obscure, le traitement sans effets certains, car il ne faut pas oublier que les spécifiques peuvent être utiles même dans les néphrites non syphilitiques. Ici la prudence est de règle pour les conclusions. Mais le médecin doit pourtant s’attacher à l’idée de syphilis. Pour la rejeter, il ne suffit pas de pouvoir invoquer l’insuccès du traitement spécifique ; ainsi les néphrites scléreuses de la période tertiaire notamment font partie de ce groupe important de scléroses syphilitiques rebelles au traitement que l’on retrouve dans presque tous les organes, langue, rectum, foie, système nerveux, etc. En somme, parmi ces cas douteux, beaucoup seront encore plus rationnellement rattachés à la syphilis qu’à toute autre cause.