NÉPHRITE AIGUË
La pathogénie de ces lésions demeurera obscure et hypothétique tant que le microbe de la syphilis ne sera pas connu. Vraisemblablement leur pathogénie dépend à la fois des microbes, comme l’ont pensé Bouchard et d’autres auteurs, et aussi des toxines, suivant l’opinion d’Engel-Reimers, Lancereaux, etc... Les toxines, d’une manière générale, paraissent très variables non seulement en intensité, mais aussi en quantité et en solubilité. Certaines toxines provoquent facilement des lésions loin des foyers d’infection, et d’autres, probablement liées plus intimement au corps même des microbes, limitent leur action au voisinage des foyers microbiens. Ceux-ci paraissent réellement exister dans la néphrite syphilitique. Il semble qu’on doive admettre avec Rosenstein, Lancereaux, Karvonen, etc., des foyers microbiens limités, et des lésions diffuses d’ordre toxique, à tendance dégénérative. — Il ne convient pas toutefois de préciser davantage et d’attribuer, par exemple, les lésions interstitielles aux microbes et les lésions parenchymateuses aux toxines; il est probable qu’une division aussi nette n’existe pas dans la réalité, et il est prudent d’attendre la découverte si désirée du microbe.
Symptômes. — Les symptômes de la néphrite aiguë syphilitique ont beaucoup de ressemblance avec ceux des néphrites aiguës infectieuses et notamment avec ceux de la néphrite scarlatineuse, mais le tableau clinique de la maladie varie beaucoup suivant les cas.
Le début peut être assez aigu dans les cas graves. On constate d’abord une albuminurie très abondante, de X œdème qui se généralise quelquefois, une douleur lombaire plus ou moins intense, quelquefois même de X urémie précoce (Lancereaux, Fournier, Negel, etc...). Selon Jaccoud, l’hématurie est importante; pour Neumann, au contraire, elle serait exceptionnelle.
Suivant quelques auteurs (Furbringer, Schwimmer, Neumann, etc...), cette soudaineté du début ne serait parfois qu’apparente. En réalité, la néphrite débuterait insidieusement, et, en l’absence de l’examen précoce et répété de l’urine, le médecin, de même que le malade, n’est éclairé que par l’apparition brusque et le développement rapide de l’œdème.
C’est également par le seul examen de l’urine que l’on peut reconnaître les cas bénins et légers qui s’observent pendant la période secondaire et qui ont été signalés par Fournier et par d’autres auteurs. On ne constate chez les malades qu’une albuminurie peu abondante, avec un bon état général en apparence. Le traitement le plus souvent a sur cet état une action heureuse et prompte. — Bon nombre de ces cas doivent rester ignorés; mais les cas latents n’ont pas tous une marche favorable et certains d’entre eux évoluent vers la chronicité.
Karvonen, continuant le rapprochement entre la néphrite scarla-
SYPHILIS DU REIN
tineuse et la néphrite syphilitique, reconnaît dans la première deux formes différentes : l’une précoce, légère, survenant pendant la période fébrile, l’autre post-scarlatineuse, tardive, certainement toxique. Il existe de même dans la néphrite aiguë syphilitique deux formes : la première, peu accusée, avec de légers troubles urinaires, à localisation interstitielle prédominante; — et la seconde, plus typique, avec un cortège plus complet de symptômes, diffuse, c’està-dire à la fois parenchymateuse et interstitielle.
Pendant une néphrite interstitielle légère, à début torpide, l’urine contient peu d’albumine, des leucocytes relativement nombreux, des cylindres rares hyalins ou granuleux, quelquefois des hématies rares et isolées.
Dans les néphrites interstitielles plus intenses, les éléments figurés sont également peu nombreux dans l’urine ; celle-ci est claire, contient peu d’albumine, avec beaucoup de leucocytes, de rares cylindres hyalins ou granuleux, pas d’épithélium. Cet état change peu, même lorsque la situation a été grave, et malgré une anurie longtemps prolongée due à la compression des canalicules par l’œdème interstitiel (cas de Doderlein). Dans les cas de cet ordre, lorsque le malade tombe dans la prostration et même succombe, on peut se demander si les accidents mortels sont entièrement attribuables à la néphrite, ou s’ils ne dépendent pas aussi de lésions d’autres viscères.
Doderlein croit que les faits moyens de ce genre, survenant dans la période secondaire et réagissant promptement au mercure, sont dus le plus souvent à une néphrite interstitielle. Lorsque celle-ci est pure, elle ne s’accompagne pas ordinairement de symptômes généraux.
Les symptômes de la variété dans laquelle les lésions sont surtout épithéliales et glomérulaires sont les mêmes que pour toute autre néphrite parenchymateuse étrangère à la syphilis. Les modifications de l’urine sont très accusées, avec prédominance des épithéliums dans le sédiment. La quantité d’urine est rapidement diminuée; quelquef ois même il y a de l’anurie. — La densité, parfois normale, est plutôt augmentée, jusqu’à 1.040 parfois ; l’urine est trouble, souvent hématique. — En quelques jours la quantité d’urine peut tomber de 1.500 grammes à 1.000 grammes, puis à 600 ou 500 grammes par jour, et elle oscille ensuite indéfiniment dans ces quantités au-dessous de la moyenne.
La quantité d’albumine peut être considérable, à savoir : 10 à 20 grammes par litre, 19 dans un cas de Lecorché et Talamon, 36 dans un cas de Labadie-Lagrave, 32 dans un cas de Chantemesse, et même jusqu’à 100 grammes par jour et davantage (110 grammes dans un cas de Fournier et Brouardel). Elle augmente au moment des poussées éruptives (Chauffard). — Elle contient des cylindres de toute nature, hyalins et assez larges (Wagner), granuleux et surtout épithéliaux, des leucocytes nombreux, des globules rouges, des urates.