CAUSES RELEVANT DU GENIE MORBIDE
avoir des causes pour qu’une syphilis se manifeste ou non par des accidents d’ordre tertiaire, voire par tels ou tels accidents de cet ordre, comme, inversement, il doit y en avoir aussi pour qu’elle reste exempte de ce genre d’accidents. Mais quelles sont ces causes, dans l’une ou l’autre de ces alternatives? Voilà la question.
Commençons par avouer que ces causes — si elles existent, et sûrement elles existent — sont bien loin de nous être toutes connues. En dépit des efforts et des progrès de la science, un nuage épais plane et, sans nul doute, planera longtemps encore sur l’étiologie du tertiarisme, laquelle reste mystérieuse sur nombre de points. Ce nuage pourtant est percé de quelques éclaircies. En autres termes, si nous sommes loin d’avoir élucidé les conditions multiples et diverses qui peuvent conduire la syphilis au tertiarisme, quelques-unes de ces conditions ont été cependant mises en évidence par une étude approfondie de la question. Quelles sont-elles donc ? Je vais essayer de le préciser.
D’après moi, il est quatre ordres de causes qui incitent ou favorisent le passage de la syphilis à l’étape tertiaire, qui déterminent, qui créent le tertiarisme. A [savoir :
I. — Causes relevant du génie morbide, de l’essence propre de l’affection, c’est-à-dire, causes imputablesjà la maladie exclusivement.
Bien que mystérieuses et indéfinissables jusqu’ici, les causes de ce genre n’en sont pas moins réelles, authentiques, indéniables, et nous ne les constatons que trop de par leurs résultats. Ainsi, très positivement, il est de mauvaises syphilis d’essence, qui naissent mauvaises et se perpétuent sous cette forme. Oui, il est, je l’affirme, des syphilis qui naissent avec une tendance initiale au tertiarisme. A preuve celles qui, sous le nom de syphilis maliynes précoces , naissent tertiaires d'emblée. Qu’est-ce qui constitue la gravité, la malignité de telles syphilis? On ne saurait le dire; mais, bien qu’inexpliqué, le fait n’en est pas moins constant, avéré, authentique. A preuve, aussi, ces syphilis singulièrement rebelles qui, quoique traitées dès le début, voire vigoureusement traitées ab ovo et au delà, n’en continuent pas moins à évoluer quand même avec une succession presque ininterrompue de symptômes graves d’ordre tertiaire, et cela sans explication possible, c’est-à-dire sans aucun facteur de gravité imputable au sujet sur lequel elles sévissent de la sorte.
Comme aussi, inversement, il est des syphilis qui naissent et restent bénignes, même médiocrement et imparfaitement traitées, sans aboutir au tertiarisme.
En de tels cas, alors que la raison de gravité ou de bénignité d’une syphilis n’est imputable à aucune condition propre au patient, non plus qu’à aucune influence extérieure et surajoutée, la qualité de la syphilis reste forcément attribuable à la maladie elle-même. Et
ÉTIOLOGIE DU TERTIARISME.
force alors nous est bien de dire, à défaut de toute interprétation plausible : telle syphilis est grave ou bénigne de par elle-même , de par son génie propre.
Or, ici doit trouver place un fait majeur entre tous, un fait qui mérite au plus haut degré d’attirer l’attention du médecin, parce qu’il s’y rattache des conséquences pratiques de premier ordre, et sur lequel je ne craindrai pas d’insister comme il convient.
Ce fait, c’est que la tendance au tertiarisme est bien loin (au moins pour la plupart des cas) de se trahir initialement par des phénomènes de gravité proportionnelle et que, tout au contraire, elle ne se traduit en général comme expression initiale que par des manifestations secondaires bénignes qui ne semblent en rien faites pour lui servir de présages.
En autres termes, la syphilis tertiaire succède le plus souvent à des syphilis secondaires bénignes ou moyennes ; de sorte que, la plupart du temps, le tertiarisme constitue une surprise qu’aucun accident antérieur ne permettait de pronostiquer.
J’insiste, parce que, je le répète, ce point est d’intérêt et d’importance essentiellement pratiques. [Certes, il est bien des syphilis qui, intenses ou même graves dès l’origine, continuent à rester telles dans leur évolution ultérieure et aboutissent ainsi au tertiarisme après une longue série de manifestations plus ou moins menaçantes. Mais cela n’est que le cas rare, disons même l’exception; tandis que le cas usuel, courant, c’est que le tertiarisme se produise d’une façon inattendue à la suite de syphilis qui, initialement, n’ont présenté rien de grave, rien que de normal, de moyen ou même d’absolument bénin.
J’en appelle ici à l’expérience de tous mes confrères. Quel médecin n’a pas eu à constater des accidents tertiaires plus ou moins graves sur des sujets à antécédents spécifiques bénins, sur des sujets dont le chancre n’avait été qu’un insignifiant « bouton », sur des sujets qui n’avaient jamais été éprouvés que par des manifestations secondaires sans importance, voire parfois sur des sujets chez lesquels les symptômes primitifs ou secondaires avaient pu, à force de bénignité, soit rester méconnus comme nature, soit passer inaperçus?
Déjà, dans le premier volume de cet ouvrage (p. 816 et suiv.), j’ai produit un certain nombre de cas à l’appui de cette proposition. Mais j’ai pensé qu’une démonstration plus formelle encore, reposant sur un nombre de cas considérable, était nécessaire en l’espèce pour établir la conviction du lecteur sur un point qui intéresse aussi puissamment le salut des malades, et, dans cette intention, j’ai institué l’enquête suivante.
En fouillant dans le gros stock d’observations de syphilis tertiaire que j’ai accumulées depuis de longues années, j’en ai trouvé 2.188 où les antécédents morbides relatifs aux périodes primaire et secondaire