II. — SYPHILOSE PULMONAIRE A FORME DE GANGRÈNE
Des observations de cette forme de syphilis pulmonaire ont été rapportées par Mauriac (1), Feulard (2), Dieulafoy (3), Fournier. Voici, résumée, l’observation de Feulard :
« Un homme de trente-sept ans, syphilitique depuis l’âge de vingt ans, fut pris, après quelques jours de malaise, d’un point de côté, avec fièvre et expectoration. A l’auscultation on trouve une inspiration soufflante et un foyer de râles localisé en arrière au tiers moyen du poumon droit. L’expectoration est noirâtre et d’une odeur alliacée. On porte le diagnostic de gangrène pulmonaire, et, le malade étant syphilitique, on le soumet à l’iodure de potassium. Il se produit d’abord une amélioration ; mais, un mois plus tard, à la suite de quintes violentes, le malade rend des crachats fétides, rougeâtres et purulents. En deux mois on put constater la formation d’une caverne sous la clavicule droite. L’état général et les signes d’auscultation étaient tels que M. Duguet n’hésita pas à faire de ce malade un phtisique arrivé à la période cachectique. Toutefois, l’examen des crachats, fait par Feulard et confirmé par M. Chantemesse, n’ayant décelé aucun bacille de Koch, on revint à l’iodure de potassium, à la dose de 4 à 5 grammes par jour, avec l’idée que la lésion pulmonaire pourrait bien être syphilitique. A la suite de cette médication, l’amélioration fut manifeste ; néanmoins, une nouvelle vomique gangréneuse se produisit un mois plus tard. Les frictions mercurielles furent associées au traitement ioduré, et dès lors le succès thérapeutique fut complet. — Six ans après, Feulard, ayant revu cet homme, put constater que la guérison ne s’était pas démentie.
Observation de Fournier : « Un de mes amis a succombé, dans la vingtième année d’une syphilis cependant bien traitée, à une syphilose pulmonaire de forme gangréneuse, qui a affecté l’évolution suivante: état bronchitique ancien, entretenu par un tabagisme effréné, puis exagéré par ce qu’on prit pour un simple rhume ; — pour quelques jours, une semaine au plus, phénomènes de broncho-pneumonie avec fièvre, mais sans symptômes de nature à inspirer d’alarmes; — puis, subitement, vomique gangréneuse, expectoration d’une horrible et incroyable fétidité, qui suffît à infecter en quelques heures toute une maison ; et, alors, phénomènes adynamiques, suivis de mort le troisième
(1) Mauriac, Syphilis tertiaire et syphilis héréditaire, 1890, p. 436.
(2) Feulard, Soc. de Dermatologie et de Syphiligraphie, 18 mai 1893
(3) Dieulafoy, Clin. méd. de UHôtel-Dieu , 1797-1898, p. 384.
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jour.... Ce qu’il y eu! d’étonnant dans ce cas, ce fut l’insidiosité de cetle gangrène, qui se prépara, se développa et entra en scène sans le moindre phénomène capable d’en faire redouter l’invasion. » (A. Fournier.)
III. — Formes d’après les localisations anatomo-pathologiques associées.
i. — Syphilis pulmonaire avec lésions trachéo-bronchiques. — Cette forme n’a rien qui puisse nous intéresser spécialement après la description que nous avons faite de la syphilis trachéale. Ce qui domine ici, ce sont les symptômes bronchiques et trachéaux. La lésion pulmonaire passe au second plan. Souvent même son existence est cliniquement ignorée, à part ce fait que l’état général est plus compromis que si les lésions des conduits existaient seules.
ii. — Syphilis pulmonaire avec dilatation des bronches. — Ici, on diagnostique presque toujours sclérose pulmonaire avec dilatation des bronches ; ce sont, en effet, pour les deux cas les mêmes signes fonctionnels de toux quinteuse, d’expectoration abondante, et les mêmes signes d’induration pulmonaire avec signes cavitaires.
Mais, ainsi que le dit M. Masson, « si le médecin cherche l’origine du mal, il ne trouve pas dans les antécédents du malade les causes ordinaires de la dilatation bronchique ; ni la rougeole, ni la coqueluche, ni la diphtérie, ni la fièvre typhoïde, ni la gangrène des bronches n’ont antérieurement atteint le malade. D’autre part, on constate une lésion spécifique du larynx, de la peau, d’un os ou d’un parenchyme. On peut alors diagnostiquer une sclérose syphilitique et administrer le traitement qui améliore souvent et guérit parfois le malade ». — Nous n’envisageons pas ici la forme décrite plus haut, où les signes de dilatation bronchique priment tout.
M. Lépine (1) a publié la curieuse observation qui va suivre, relative à une femme de quarante ans ayant eu un premier enfant vivant, puis deux fausses couches, l’une à sept mois, et l’autre à huit mois; elle avait présenté, en outre, neuf ans auparavant, un affaissement du nez, qui aboutit à la déformation type du « nez en lorgnette » de Fournier.
Cinq ans avant la date de l’observation, elle avait fait une maladie grave (pleurésie droite), pour laquelle elle fut soignée trois mois à l’Hôtel-Dieu de Lyon. Depuis cette époque, elle ne cessait de tousser ; elle avait eu des hémoptysies, des vomissements après la toux, de l’amaigrissement. L’été, elle pouvait travailler malgré la persistance
(1) Lépine, Dextrocardie causée par la rétraction du poumon droit consécutive à une péribronchite syphilitique, avec adhérences pleurales. Sjc. mèd. des hôp., séance du 26 mai 1899, p. 497.