SYPHILIS PULMONAIRE AVEC PLEURÉSIE
«des symptômes; mais, peu à peu, le mal progressait, et, depuis six mois, elle avait été obligée de suspendre tout travail ; notamment, ses jambes étaient enflées.
A son entrée, elle présentait une énorme orthopnée, un peu d’anasarque et une albuminurie assez considérable. Un peu de fièvre. Crachats purulents abondants, sans bacilles de Koch. Les signes pulmonaires, curieux à relater, étaient les suivants : à droite , rétraction de la poitrine; matité en avant et en arrière; disparition complète du murmure vésiculaire dans toute la hauteur; au sommet, souffle caverneux avec gargouillement; latéralement, souffle tubaire.
Déviation considérable du cœur, qui bat à droite du sternum.
A gauche , en avant, sonorité parfaite ; à l’auscultation, râles -muqueux. En arrière, matité assez étendue avec souffle tubaire.
Le diagnostic porté fut : ancienne syphilis ; ancienne pleurésie droite avec rétraction du cœur à droite; cavités au sommet droit; pneumonie gauche.
La malade est morte la nuit suivante, et l’autopsie a pleinement confirmé le diagnostic. A savoir :
Cœur dévié sans torsion, mais moins que pendant la vie.
Poumon gauche volumineux; en arrière, hépatisation d’un volume supérieur à celui des deux poings; poids: 1050 grammes.
Poumon droit réduit à un très petit volume, intimement uni à la paroi thoracique par des adhérences excessivement dures et épaisses de plus d’un centimètre, qu’on est obligé de sculpter pour extraire le poumon. Au sommet de ce dernier, deux points crétacés, et deux cavités du volume d’une noix, à parois parfaitement lisses qui communiquent largement avec des bronches très dilatées. L’examen minutieux montre que ces cavités ne sont que des dilatations des extrémités bronchiques.
Une coupe faite transversalement du hile à la périphérie du poumon décèle, de plus, l’existence de grandes travées fibreuses entourant les bronches.
m. — Syphilis pulmonaire avec pleurésie. — Un bel exemple de cette forme est l'observation VI de la thèse de Jacquin, émanée du service de M. Balzer.
Il s’agit d’un homme de trente-deux ans, entré à l’hôpital avec tous les signes rationnels de la tuberculose qui s’étaient établis graduellement : toux, hémoptysies, sueurs nocturnes, amaigrissement, perte des forces, raucité de la voix, etc.
L’expectoration, au jour de l’entrée, était rouillée, épaisse, couleur jus de pruneaux, mêlée à des crachats muco-purulents. A l’auscultation, on trouvait de nombreux râles sous-crépitants, avec souffle bronchique, à droite, en arrière et sur la ligne axillaire. Du côté gauche, quelques sous-crépitants disséminés. Ce malade venait de
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SYPHILIS DU POUMON
Lariboisière avec le diagnostic de tuberculose, et sa syphilis était restée ignorée. — En raison de l’aspect des crachats et de l’unilatéralité des lésions, on diagnostique « pneumonie caséeuse » chez M. Balzer.
Etat stationnaire pendant un mois. — Puis, au bout de ce temps, apparition d’un épanchement pleural droit, tandis qu’augmentent les symptômes de cachexie, et que s’établissent des symptômes de dyspnée et de cornage que l’on attribue à une infiltration tuberculeuse du larynx. L’épanchement est de quantité modérée, remontant à mi-hauteur de la poitrine. Il reste stationnaire pendant plusieurs jours. — Le malade meurt subitement. — L’autopsie révèle une pleurésie à liquide louche et hémorrhagique; plèvre très épaissie et infiltrée de gommes ; poumon droit farci de masses gommeuses.
Ainsi, évolution en deux temps : premier temps, apparition d’une lésion pulmonaire simulant la pneumonie caséeuse tuberculeuse ; — deuxième temps, apparition d’une pleurésie modérément abondante, hémorrhagique, en même temps qu’augmentent les symptômes de dyspnée.
IV. Associations morbides. — Formes associées à la tuberculose ou au cancer. — La syphilis prédispose à bien des maladies, et cela soit par adultération de l’état général, soit du fait des lésions locales qu’elle détermine et qui sont un point d’appel pour les autres infections. Cela est particulièrement vrai pour les affections pulmonaires.
i. — Le cancer du poumon naît souvent des scléroses pulmonaires,, comme le cancer de la langue naît de la leucoplasie linguale. Au sein des scléroses de quelque nature qu’elles soient, l’épithélium des alvéoles ou des bronchioles intralobulaires retourne à l'état embryonnaire et devient plus volumineux, plus avide pour les réactifs colorants. Il reste néanmoins régulièrement ordonné sur les parois de l’alvéole aplati, mais il n’y a qu’un pas à franchir pour sa transformation en cancer. C’est ce qui arrive au cours des affections syphilitiques ou tuberculeuses chroniques.
ii. — La tuberculose envahit le poumon syphilitique par un autre procédé. Ce ne sont plus ici les modifications de la vitalité cellulaire qu’il faut invoquer, mais simplement les lésions syphilitiques qui ouvrent la porte au bacille tuberculeux.
De l’aveu de tous les laryngologistes et de tous les médecins qui ont étudié la tuberculose (Ruault, Cadier, Tessier, Landouzy, Granier, Schnitzler^ Mendel, Fasano, etc), la congestion, les érosions, les ulcérations, si fréquentes au cours de la syphilis secondaire, constituent pour la tuberculose laryngée une cause d’appel puissante.
Le pronostic des laryngites syphilitiques secondaires s’en trouve