ASSOCIATIONS MORBIDES : CANCER ; — TUBERCULOSE
par suite considérablement assombri. Les lésions syphilitiques du larynx, même guéries, peuvent être également l’origine d’une tuberculose laryngée, et il ne faut pas oublier que la tuberculose pulmonaire succède souvent à celle-ci.
Le professeur Potain a insisté de même sur le rôle joué par la bronchite syphilitique dans l’éclosion de la tuberculose pulmonaire. La bronchite syphilitique secondaire ouvre la porte à la tuberculose pulmonaire de la même manière que la bronchite de l’exanthème morbilleux ouvre la porte aux infections banales (1).
Enfin, l’association de la syphilis et de la tuberculose dans le poumon s’observe avec une fréquence relative. Hiller (2) prétendait même que toute syphilose pulmonaire qui se ramollissait et formait des cavernes n'était autre qu’une tuberculose greffée sur la lésion syphilitique. Nous avons cependant signalé des faits indubitables de gommes ramollies et de cavernes syphilitiques. Cette opinion est donc, à coup sûr, très exagérée, mais elle offre une part de vérité. On voit la tuberculose succéder à la syphilis pulmonaire dans certaines observations (comme celle de Gouguenheim), et les deux affections évoluer ensuite simultanément. — Fait particulier, le mercure alors administré peut guérir les lésions syphilitiques, mais n’empêche pas les lésions tuberculeuses d’évoluer.
V. Tuberculose des syphilitiques. — Ainsi que le fait remarquer Jacquinet, l’association de la tuberculose pulmonaire avec la syphilis peut se faire de deux façons différentes : ou bien la syphilis survient chez un tuberculeux avéré ; — ou bien la tuberculose apparaît chez un syphilitique.
1° La syphilis survient chez un tuberculeux avéré. — D’une manière générale et de l’avis de tous ceux qui ont étudié la question (Landouzy, Potain, Jacquinet), la marche de la tuberculose est activée et le pronostic est considérablement assombri.
2° La tuberculose survient chez un syphilitique. — Ici, deux cas sont à envisager : ou bien la syphilis est récente, en pleine période virulente, ou bien la syphilis est ancienne, en pleine période d’inactivité ou d’accidents tertiaires isolés.
Quand la tuberculose survient chez des syphilitiques récents en pleine période virulente, elle affecte une marche rapide, souvent galopante. M. Galliard (3) a publié l’observation d’une femme dénuée d’hérédité bacillaire, mais syphilitique depuis quatre ans et alcoolique, qui devint tuberculeuse et dont la tuberculose évolua
(1) Potain, Syphilis et tuberculose pulmonaire. Gaz. des hôp., 1888, et Semaine médicale, 6 février 1895.
(2) Hiller, Charitéannalen, Berlin, 1882-1884, t. IX, 184, 282.
(3) Galliard, Phtisie galopante, syphilis et alcoolisme. France médicale , 22 février 1887, p. 271.
SYPHILIS DU POUMON
jusqu’à la mort en cinquante jours. La syphilis était en pleine activité, bien que datant de quatre ans, car la malade avait présenté des syphilides papuleuses de la peau et ulcéreuses de la gorge un an auparavant et, de plus, avait fait une quatrième fausse couche deux mois avant l’apparition de la tuberculose.
Stieffel (1), dans sa thèse sur l’influence de la syphilis dans l’évolution de la tuberculose, a fait la statistique des époques de la syphilis où apparaissent les cas graves de tuberculose. Pour 40 cas graves de tuberculose chez des syphilitiques, il a obtenu les chiffres suivants :
Cas où l’origine de la syphilis est restée inconnue 9 cas.
Tuberculose survenant pendant la période secondaire ou
au bout de quelques mois 15 —
Tuberculose survenant de 2 à 4 ans après la syphilis 10 —
Tuberculose survenant de 5 à 8 ans après la syphilis 6 —
Cette statistique est pleinement démonstrative et établit que la gravité de la tuberculose est d’autant plus grande chez les syphilitiques que la syphilis est plus jeune et plus virulente. J’observe pour ma part, en ce moment même, un malade qui est un exemple frappant de ce fait : il s’agit d’un homme de trente-trois ans qui a contracté la syphilis en février 1904, qui s’est soigné, et qui brusquement, en novembre 1904, présenta les signes d’une tuberculose pulmonaire. Vers la fin de décembre il y avait déjà, outre des lésions accusées des sommets, une grosse caverne de la base gauche. L’état général n’était pas mauvais, mais la fièvre se maintenait sans rémission entre 39° et 40°. Il est vrai que, chez cet homme, l’hérédité est chargée, puisque son père est mort à quarante-cinq ans de tuberculose et qu’un de ses frères est mort à dix-neuf ans de la même maladie. La syphilis a donc, ici, éveillé la tuberculose.
On peut en somme répéter ce que M. Landouzy disait au Congrès de la tuberculose en 1891 : « Mauvaise, très mauvaise association morbide que celle de la tuberculose et de la syphilis marchant de pair ! Dans cette association, la syphilis trouve le sujet sans résistance.... Terrible association, sous les coups de laquelle le malade verse d’ordinaire dans la fièvre, dans le processus de ramollissement et dans l’étisie ! Le tuberculeux pulmonaire doublé d’un syphilitique devient, comme je l’ai vu trop souvent, un phtisique rapide. La pire association morbide que je connaisse est l’union d’une tuberculose pulmonaire avec une syphilis commençante. »
Il n’en est pas du tout de même quand la tuberculose survient chez de vieux syphilitiques. La tuberculose qui frappe le syphilitique au cours du tertiarisme, surtout d’un tertiarisme ancien déjà et
(1) Stieffel, De l’influence de la syphilis sur l’éclosion et l’évolution de la tuberculose. Th. Nancy, 1884.