PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE
Lartérite retentit, d une part, sur la circulation en aval des points lésés, et, d’autre part, sur le voisinage immédiat du foyer morbide artériel.
Il est commode de ranger ces troubles secondaires en trois groupes, suivant qu’ils se rattachent principalement aux altérations de l’une des trois tuniques des artères :
1° L’épaississement de Yendartère a pour effet de rétrécir le calibre du vaisseau, d’où ischémie des régions auxquelles il se distribue, anémie même, si l'oblitération est complète ou complétée par la formation d’un thrombus.
Lorsqu’il s’agit d’artères offrant entre elles de nombreuses anastomoses, comme c’est le cas dans la plupart des viscères, à la racine des membres et dans certaines régions de l’encéphale, et que les lésions n’atteignent que l’un des troncs, la circulation n’est que gênée et ralentie. Il en résulte, non une nécrobiose, mais un trouble nutritif avec amoindrissement de la fonction, qu’on a désigné très heureusement sous le nom de méiopragie. En pareil cas l'irrigation sanguine suffit encore pour entretenir la nutrition à l’état de repos ou de travail modéré, mais ne peut subvenir aux frais d’un fonctionnement actif ou d’un surmenage même passager.
Dans ces conditions, une fatigue, une marche un peu prolongée, par exemple, s’il s’agit du membre inférieur, devient aussitôt l’occasion d’un affaiblissement subit, mais temporaire : c’est la claudication intermittente. — Au cœur, l’artérite coronarienne se traduit par l’accès d’angine de poitrine, provoqué par le moindre effort ou par une émotion. — Au cerveau, l’artérite localisée peut donner lieu à des éblouissements, à une paralysie, à une aphasie temporaire. — On a noté qu’une intoxication même peu grave par elle-même, d’origine exogène ou endogène, est capable de jouer le même rôle que le travail forcé.
Si l’oblitération porte au contraire sur une artère terminale, ou bien à la fois sur les diverses branches qui se rendent à un même territoire, la portion dans laquelle la circulation est arrêtée se trouve nécessairement frappée de mort, de nécrobiose, que caractérisent l’arrêt brusque de la fonction, l’arrêt des échanges vitaux, la désorganisation moléculaire, etc.
En ce qui concerne l’encéphale, on sait que la nécrobiose s’y traduit par un ramollissement , dont le foyer est plus ou moins étendu, circonscrit ou diffus, suivant les dispositions anatomiques.
L’hexagone artériel qui existe à la base du cerveau, les anastomoses relativement bien moins larges, mais incontestables, qui réunissent entre eux les territoires artériels du réseau pie-mérien, ont pour effet d’atténuer les conséquences immédiates d’une oblitération localisée, qui pourra ne donner lieu qu'à une ischémie avec méiopragie; pourtant, si elle porte sur un tronc important, tel qu'une des branches
ARTÉRITE.
cérébrales par exemple, il en résultera un large ramollissement.
Un fait particulièrement important dans l’histoire de l’artérite cérébrale syphilitique, fait que les auteurs ne me semblent pas avoir suffisamment mis en relief, est le suivant : C’est précisément des points qui constituent les foyers d’élection de cette artérite que partent les principales artères centrales, lesquelles sont des artères terminales à territoire fermé. Ainsi, des cérébrale antérieure et sylvienne proviennent les striées, lenticulo-striées et lenticulo-optiques qui pénètrent jusqu’aux noyaux centraux par l’espace perforé antérieur; — la cérébrale postérieure émet à son origine les artères optiques et les artères du ventricule moyen ; — du tronc basilaire se détachent d’importantes artères perforantes qui irriguentles noyaux et faisceaux de la protubérance. — Or, il n’est pas nécessaire que les troncs artériels soient oblitérés, il suffit qu’ils soient atteints d’endartérite pariétale dans un point correspondant à l’origine de quelqu'une de ces branches centrales pour qu’il en résulte un foyer de ramollissement avec ses fatales conséquences.
C’est ainsi que s’expliquent les foyers de ramollissement limités et parfois multiples qu’on observe dans la protubérance, par exemple (1), foyers dans lesquels il n’est pas du tout constant qu’on trouve l’artère nourricière atteinte elle-même d’endartérite; son oblitération peut dépendre d’un étranglement de son point d’origine.
Dans la moelle épinière les conditions sont à peu près les mêmes que dans l’encéphale. Les artères de la pie-mère forment un réseau ; les artères pénétrantes sont strictement terminales, d’après Kadyi. Cette disposition semble justifier l’opinion émise par Lancereaux et défendue surtout par Déjerine et Sottas, selon laquelle l’oblitération de ces dernières produirait, elle aussi, des foyers de ramollissement circonscrits, donnant lieu à certaines formes de paraplégie. Mais, suivant d’autres auteurs, les lésions sont rarement superposables aux territoires anatomiques des artères, et sont constituées par une association de myélite inflammatoire et de dégénérescence ischémique, dans laquelle il est difficile de faire la part de l’artérite.
Dans les parties périphériques, telles que les membres, la suppression du cours du sang artériel entraîne la gangrène. Si celle-ci n’est pas plus fréquente, c’est que la syphilis tend à limiter son action sur un petit nombre d’artères et en des points circonscrits.
2° La tunique mogenne , élastique et musculaire, est celle qui confère sa résistance spéciale à la paroi des artères. Elle n’est que rarement atteinte primitivement par le processus syphilitique, mais on a vu plus haut que les lésions adjacentes, et surtout celles de l'adventice, ne tardent pas beaucoup à l’envahir, à la désorganiser,
(1) J’ai indiqué pour la première fois ce mécanisme de production des ramollissements centraux au cours de l’artérite syphilitique dans mon article sur la Syphilis cérébrale du Manuel de médecine de Debove et Achard, 1894, t. III, p. 342.