ARTÉRITE CÉRÉBRALE. — DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL
dire dans ces conditions, sinon qu’il y a des troubles liés à de l'ischémie cérébrale et que l’artérite est probable ? On recherchera l’étiologie possible des lésions artérielles et, si la syphilis existe, il sera rationnel de la mettre en cause.
Certes les graves affections cérébrales que je viens de citer peuvent causer au clinicien des embarras sérieux et parfois insurmontables. Toutefois, cela est très exceptionnel.
Les difficultés que l’on rencontre en pratique sont autres, et proviennent soit d’associations morbides qui compliquent le tableau, soit de renseignements incomplets ou erronés dans des cas à symptomatologie peu précise.
Parmi les premières je ne mentionnerai que la plus fréquente et la plus délicate à dépister, à savoir V association des phénomènes hystériques à des troubles qui relèvent de la syphilis cérébrale.
On comprend qu’il me soit impossible d’entrer dans le détail de la complexité des problèmes qui se posent au médecin en pareil cas. Il aura besoin de tout son tact et de la plus minutieuse attention pour ne pas commettre d’erreurs d’interprétation.
La règle à suivre est de baser surtout son jugement sur les signes organiques que l’hystérie ne peut pas simuler, et de ne pas méconnaître des lésions matérielles, même minimes, dissimulées derrière le masque trompeur des manifestations de la névrose. L’action thérapeutique sera ensuite dirigée suivant la conclusion à laquelle on est arrivé.
Dans un autre ordre de faits, il peut s’agir d’un individu qui affirme n’avoir pas eu la syphilis; on constate chez lui des signes d’une affection organique du système nerveux, ou d’artérite dans n’importe quelle région du corps. Si, parmi les symptômes nerveux, on en relève un ou plusieurs de ceux qui dépendent plus volontiers ou certainement de la syphilis, la conduite à tenir est formellement indiquée. On ne doit pas tenir compte des renseignements fournis, on ne doit pas se préoccuper de savoir si ce malade est atteint de gomme cérébrale, d’artérite ou de méningite : il faut le soumettre énergiquement, sans hésitation et sans délai, au traitement de la syphilis.
Inversement, il se peut qu’un malade se présente en assurant qu’il a eu la syphilis, en accusant des troubles nerveux, et en concluant qu’il souffre de syphilis du système nerveux ; le cas n’est pas rare dans les grandes villes, chez les personnes ayant ces notions sommaires de médecine que les journaux quotidiens répandent dans le public, ainsi que chez les névropathes suggestibles, les hystériques, les neurasthéniques.
Dans ces conditions, on n’acceptera les affirmations du patient que sous bénéfice d’inventaire, et on l’examinera d’une façon très
ARTÉRITE.
complète. — Le résultat de cet examen est-il confirmatif, la voie à suivre est toute tracée, le traitement intensif sera prescrit. — Ne trouve-t-on aucun signe d’une affection organique quelconque du s}^stème nerveux, alors que l’infection syphilitique est cependant probable? Il y a lieu alors de rassurer le malade, de lui démontrer son erreur et de lui donner néanmoins le traitement antisyphilitique, mais en le proportionnant et en le graduant suivant l’ancienneté de l'infection et la gravité des manifestations.
On agira de même si la syphilis est probable et si, concurremment, on constate une affection nerveuse certainement indépendante de la syphilis, telle qu’une paralysie alcoolique, une syringomyélie, etc. ; mais on aura soin d’ajouter au traitement spécifique les soins hygiéniques ou médicamenteux que comporte la situation.
Ces quelques exemples, que j’ai tenu à donner parce qu’ils sont bien typiques et de pratique courante, suffiront à montrer que dans bien des cas ce n’est pas la lésion anatomique qu’il importe de diagnostiquer avec précision, Yartérite qu’il est nécessaire de dépister, mais la cause première des accidents, c’est-à-dire la syphilis. C’est la syphilis que le médecin traite et qu’il peut guérir, qu’elle soit artérielle ou non.
Ce pourrait être là la conclusion de tout ce chapitre.
Artérites viscérales. — Je ne reviendrai pas sur le diagnostic de Y aortite et de Y angine de poitrine syphilitiques ; ce que j’en ai dit à propos de leurs symptômes m’en dispense.
Mais y a-t-il lieu de m’arrêter à tracer le diagnostic différentiel de Yartérite syphilitique viscérale , de chercher à l’opposer à l’artériosclérose généralisée, ou à prédominance cardiaque ou rénale, par exemple? Je ne le pense pas, pour plusieurs raisons.
Tout d'abord, j’ai dit précédemment que je considère comme plausible, vraisemblable et rationnel, sinon comme démontré, que la syphilis intervient comme un facteur important, pour une part qui reste à déterminer, dans l’étiologie de l’athérome. Le problème sè réduirait donc à ceci : chez un artério-scléreux donné, rechercher la syphilis avec le plus grand soin et en apprécier l’influence pathogénique.
D’autre part, il ne me semble nullement prouvé ni probable que les troubles viscéraux liés à une lésion artérielle soient symptomatologiquement différents lorsque cette lésion est de nature ou d’origine spécifique. Théoriquement ils devraient différer en ceci, que dans ce dernier cas ils seraient influençables, améliorables par le traitement; on verra à propos du pronostic ce qu'il faut en penser.
Je préfère, ce qui servira à montrer quelle est la difficulté du problème qui consiste à différencier l’artério-sclérose syphilitique
PÉRIARTÉRITE NOUEUSE.
•d’avec l’artériosclérose banale, introduire ici, en résumé, l’histoire <l’une maladie des artères dont la nature est discutée : syphilitique pour les uns, elle relève, pour Jes autres, d’une cause tout autre t mais encore inconnue.
Périartérite noueuse. — Sous le nom de periarteritis nodosa, proposé par Kussmaul en 1866, on a décrit une forme d’artérite à marche aiguë dont un grand nombre de cas ont été étudiés et rapportés par Meier, Kahlden, Eppinger, Fletcher, Graf, Freund, Mason, Knox et d’autres. Il est singulier qu'on n’en ait pas, à ma connaissance, signalé une seule observation en France [à moins que le cas de Balzer (1) d’anévrysmes miliaires multiples du péricarde, chez un syphilitique qui était en même temps phtisique, n’en constitue un ^exemple].
L’affection se rencontre surtout de vingt à trente ans et avec une prédominance très grande pour le sexe masculin. Cependant Krzysrkowski a trouvé des nodules de périartérite nodulaire sur les artères coronaires d’un enfant de deux mois et demi, mort de scarlatine.
Le tableau clinique est des plus variable et affecte le plus souvent l’apparence d’une artériosclérose à marche rapide. Schrôtter a noté un début quelquefois fébrile, ou avec pouls fréquent et température normale; parfois des palpitations, des sueurs, de la soif, des myalgies marquent le début.
Ultérieurement le syndrome rappelle tantôt la néphrite interstitielle, tantôt une myocardite avec dyspnée cardiaque, ou une maladie intestinale, ou encore une polynévrite, la parésie avec diminution des réactions électriques pouvant aller jusqu’à la paralysie. La mort survient toujours en quelques mois.
L’examen anatomique montre, sur les ramifications des artères de petit et de moyen calibre, surtout sur les coronaires cardiaques et les mésentériques, sous les séreuses péricardique, pleurale et péritonéale, ainsi que parfois dans les muscles et dans les nerfs, une multitude de nodosités échelonnées en chapelet, de coloration blanc grisâtre ou cruorique, du volume d’une tête d’épingle à celui d’un pois. Elles sont rares sur les artères des centres nerveux, où Muller les a pourtant observées; Fletcher en a trouvé sur les vasa vasorum de l’aorte.
La lésion histologique consiste en une infiltration cellulaire abondante dans l’adventice, qui épaissit notablement cette tunique, gagne de là la tunique moyenne et en détruit les éléments musculaires et élastiques, tend enfin à oblitérer l’artériole, ou au contraire à permettre sa dilatation en petits anévrysmes latéraux et sacciformes, fusiformes, ou disséquants.
(1) Balzer, Archives de Physiologie , 1883, II, p. 93. Traité de la syphilis.