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ARTÉRITE DES MEMBRES. — DIAGNOSTIC

à admettre que l’artérite est syphilitique ; souvent le traitement, en enrayant le processus et guérissant ce qui est encore curable, donnera la preuve du bien fondé de l’interprétation qu’on a admise.

Mais, s’il ne l'est pas, si l’on ne découvre chez le malade, non plus que chez ses ascendants, aucun stigmate, aucun antécédent suspect ? Que signifie et à quoi rattacher une artérite localisée, assez grave pour obturer la lumière du vaisseau, pour conduire à la gangrène et souvent à la mort?

L’idée d'une syphilis ignorée se présente invinciblement à l’esprit. Mais, que penser si la médication spécifique reste complètement inactive, et qu’à l’autopsie l’examen des vaisseaux altérés ne fournisse aucun appui à cette manière de voir?

Artérite oblitérante primitive . — Ce sont les faits auxquels je viens de faire allusion dans les lignes qui précèdent, que l’on a groupés sous le titre d’artérite spontanée, d’endartérite proliférante végétante ou oblitérante progressive. Friedlànder, en 1876, a proposé pour cette affection le nom à' artérite oblitérante primitive.

Des observations et descriptions de cette affection sont dues à Winiwarter (1878), Heydenreich, Routier, Pearce Gould, Dutil et Lamy, Borchard, et nombre d’autres. Camuset(l)a étudié ce sujet dans sa thèse inaugurale.

L’artérite oblitérante se rencontre de préférence dans le sexe masculin, chez des hommes de tout âge, de quinze à soixante ans. — Elle atteint ordinairement les membres inférieurs, plus rarement les mains. Dans bien des cas, après s’être assez longtemps cantonnée dans une extrémité, elle se porte sur le membre du côté opposé.

Son évolution est subaiguë ou lente. Elle peut durer cinq ans et plus. — Souvent on observe des périodes d’arrêt assez prolongées.

Il est inutile d'insister sur ses symptômes qui sont de tous points exactement superposables à ceux de l’artérite syphilitique des membres; comme celle-ci, l’artérite primitive conduit à la gangrène de l’extrémité atteinte.

Cliniquement, un seul trait la distingue : l’absence absolument formelle et avérée de syphilis chez les sujets qui en sont atteints et, corrélativement, l’inactivité du traitement spécifique. Aussi, à défaut d’autres circonstances étiologiques, telles qu’infection, intoxication ou dyscrasie, les auteurs en sont-ils réduits à invoquer l’action des fatigues et du froid humide (2).

(1) R. -H. Camuset, L'artèrite dite spontanée. Thèse de Paris, 1902. G. Steinheil, éa.

(2) Le malade de l’observation de Dutil et Lamy ( Arc h . de méd. expérimentale, 1893, V, p. 102) avait été observé par Charcot, Hénocque, Verneuil, Berger. C’était un homme de quarante ans, n’ayant jamais fait de maladie grave, non syphilitique, ni paludéen, ni alcoolique, ni goutteux, ni diabétique, ni albuminurique.

ARTÉRITE.

Le plus singulier est qu’anatomiquement le processus parait distinct à la fois de celui de la syphilis et de celui de l’athérome. Il consiste en une prolifération de la tunique interne des artérioles, gagnant de proche en proche les artères de grosseur moyenne. Le rétrécissement du calibre conduit à la formation de thromboses (thrombo-artérites) qui s’organisent, et la lumière est finalement obstruée par des végétations fibreuses riches en vaisseaux de nouvelle formation; la lame élastique est rompue par places; les tuniques moyenne et externe sont hypertrophiées, et l’artère est •comprise dans une gangue fibreuse très dense. Plusieurs auteurs, entre autres Dutil et Lamy, relèvent expressément l’absence de toute dégénérescence graisseuse dans les parois artérielles sur des coupes soumises à l’action de l'acide osmique. Ils ajoutent « n’avoir rien trouvé qui rappelle le processus athéromateux ». — Il y a quelquefois complication de phlébite oblitérante et de névrite dégénérative.

La nature de cette endartérite oblitérante primitive reste obscure. D’aucuns supposent que, malgré les apparences, elle est néanmoins syphilitique; d’autres, qu’il s’agit d’une forme d’artériosclérose. Ce dont je suis certain, c’est que l’artérite progressive avec gangrène peut être observée chez des sujets non sénilisés, sans athérome dans les autres artères, indemnes de syphilis pour autant qu'un observateur prévenu et attentif peut être affirmatif à eet égard , et qu’elle n’est pas modifiée par le traitement antisyphilitique ; j’en suis convaincu pour en avoir observé, suivi, et étudié un cas fort net dans mon service de la Pitié (1).

(1) Observation résumée. — D..., âgé de quarante-neuf ans, briquetier, sans antécédents héréditaires intéressants, a eu la fièvre typhoïde dans son enfance, mais pas d'autre maladie. — Il a reçu, au service militaire, un coup de pied de cheval dans ia région précordiale, à la suite duquel s’est établie une lésion cardiaque, insuffisance mitrale et insuffisance aortique, pour laquelle il a été réformé. — Alcoolisme avéré. — Aucun antécédent, aucun accident, aucun vestige de syphilis. — Urines normales. — Pas d’intoxication professionnelle ou autre.

Cet homme souffre depuis 10 mois de douleurs vagues dans la jambe droite, qui se fatigue plus facilement, sans qu’il y ait positivement de claudication intermittente.

Il entre à l’hôpital pour une petite plaque de gangrène, de la grandeur d’une pièce de 50 centimes, siégeant sur la face interne du 5e orteil droit.

En un mois cette plaque s’est étendue progressivement aux orteils voisins ; puis, brusquement, le sphacèle gagne tout l’avant-pied avec ascension de température, douleurs très vives, œdème lymphangitique du pied. Finalement, tout le pied droit s’est gangrené, et la jambe œdématiée jusqu’à la cuisse. — Le pied gauche est enflé et couvert de purpura.

La mort survient au bout de deux mois et demi avec des phénomènes toxémiques. — Le traitement ioduré à bonnes doses est resté sans effet. — En raison du progrès incessant, les chirurgiens ont refusé d’intervenir.

A l’autopsie, endocardite ancienne; pas d'athérome de l’aorte ni des autres artères, notamment des artères cérébrales. Dans la jambe droite, oblitération artérielle remontant jusqu’à la poplitée, avec phlébite très accentuée.

Au microscope, endartérite végétante et oblitérante totale, ailleurs complétée par delà thrombose; sclérose partielle de la tunique moyenne; périartérite fibreuse. — Pas d’infiltration graisseuse ou calcaire.

PRONOSTIC

Pronostic. — L' artérite peut certainement compter parmi les manifestations les plus graves de la syphilis. C’est, en effet, par l’intermédiaire des lésions artérielles surtout que la syphilis fait des hémiplégiques, des paraplégiques, qu’elle crée des anévrysmes, des aortites, qu’elle provoque des gangrènes progressives ; en résumé,, c’est le plus souvent par l'artérite qu’elle tue. Et ces méfaits, ce n’est pas nécessairement à une période éloignée de l’infection, aux stades avancés du tertiarisme, qu’elle s’en rend coupable, c’est parfois dès les premières années, même dès les premiers mois.

Que si l’on envisage les choses à un autre point de vue, on peut dire qu’une artérite étant donnée, c'est encore pour le malade une chance relative qu’elle soit de nature syphilitique ; car, dans ce cas, il est possible que le traitement puisse avoir quelque influence. Aussi, chez un sujet frappé de monoplégie, d’aphasie, d’hémiplégie, chez un aortique, ou dans le cas de claudication intermittente, par exemple, c’est avec une sorte d'anxiété que l'on recherche minutieusement les traces d’une syphilis antérieure, en conservant quelque espoir de guérir peut-être, d’enrayer au moins les progrès du mal, d’améliorer la situation, de sauver l’existence du patient, s’il s’agit bien d’artérite spécifique et si l’on intervient à temps.

Cependant il ne faut pas se faire d’illusions sur l'efficacité possible d'un traitement, si bien dirigé soit-il. De quoi en effet est-il capable?

Dans le cas d’ artérite cérébrale, le mercure et l’iodure peuvent élargir le calibre d’une artère rétrécie, parer ainsi à une boiterie temporaire de l'organe, mais non pas rétablir la circulation dans un rameau oblitéré, ni surtout rendre leurs fonctions aux parties nécrobiosées de l’encéphale. Les chances de guérison varient donc du tout au tout avec le moment plus ou moins précoce de l’intervention thérapeutique. En autres termes, ce pronostic dépend bien plus de l’âge des lésions, de leur degré et de leur étendue, que de la présence ou de l'absence de tel ou tel symptôme en particulier. Il dépend aussi de leur variété, et il est à présumer que la périartérite gommeuse est relativement plus curable que l’endartérite oblitérante.

Pour Y aortite, les conditions ne sont en somme guère plus favorables. Une amélioration passagère, lorsqu'on intervient vigoureusement et dès le début, un ralentissement de l’évolution, avec un soulagement réel, mais temporaire, c’est là tout ce qu’on est réellement en droit d’espérer du traitement, et je rappelle la formule de Jaccoud, citée plus haut, selon laquelle la notion de la spécificité d'une aortite n’est guère susceptible d’en modifier le pronostic.

Les artérites périphériques , prises à la période où elles s’accusent seulement par des douleurs et des troubles fonctionnels au moment

ARTÉRITE.

des efforts, sont curables, et même assez rapidement, ainsi qu’en font foi quelques observations dues à Zeissl, d'Ornellas, Naunyn, Fournier. On a pu d’autres fois sauver l’existence de certains malades, dont le membre atteint resta faible et atrophié. Quelquefois on a été conduit à amputer un segment gangrené; les annales de la science ont conservé le souvenir du cas de Podres, se rapportant à un malheureux qui subit en un mois trois amputations successives pour une gangrène des orteils, du pied et de la cuisse. Desprès, dans une circonstance analogue, sauva son patient en lui amputant la cuisse au tiers inférieur pour une gangrène de l’avant-pied.

Une circonstance dont il importe au plus haut degré de tenir compte, c'est Y extrême tendance aux rechutes et aux récidives que l’on constate dans l’artérite syphilitique, même convenablement traitée. Pendant des mois et des années, pendant tout le cours de sa vie peut-être, le malade reste exposé à la reprise des accidents dans le territoire artériel qui a été une première fois atteint. Dans l’artérite cérébrale, par exemple, il est presque de règle que le sujet qui a été plusieurs fois guéri finisse par succomber à une dernière attaque de même ordre. On devine quelles conséquences comporte cette notion au point de vue thérapeutique.

Il me semble, enfin, qu’on doit aussi faire entrer en ligne de compte dans le pronostic l’éventualité d’une transformation possible de l’artérite syphilitique en artériosclérose ou athérome; ou peut-être, pour ne pas préciser trop, vaudrait-il mieux dire : Y éventualité de Valhérome chez les syphilitiques. J’ai fait valoir les arguments étiologiques et anatomiques qui rendent cette relation plausible. Dès longtemps on a signalé la sénilité souvent précoce des syphilitiques et, s’il est vrai « qu’on a l’âge de ses artères », on voit ce que cette formule implique.

A la vérité, les faits précis manquent, et le faisceau d’observations cliniques valables, démontrant la relation dont je parle, fait .encore défaut. La pathogénie de l’artériosclérose elle-même est assez peu certaine pour qu’il n’y ait pas lieu d’en disserter longuement. J’estime cependant que, ne fût-ce que dans les directions d’hygiène à donner aux syphilitiques, on ferait bien de ne pas négliger absolument ce point de vue.

Traitement. — Ce qu’il y a d’essentiel à dire du traitement de la syphilis des artères peut tenir en quelques lignes :

Puisqu’on se trouve en face d’un accident syphilitique, la médication spécifique s’impose, et doit être administrée avec d’autant plus d’énergie et de persévérance qu’il s’agit d’une manifestation plus grave et plus difficilement curable.

TRAITEMENT

Mais, dans un sujet aussi important, en présence de cas où le médecin peut jouer le rôle d’un sauveur ou, au contraire, encourir la plus sérieuse responsabilité par sa négligence ou son manque <le décision, il n’est pas superflu d’entrer dans quelques détails.

La thérapeutique de l’artérite syphilitique doit mettre en œuvre la médication spécifique, mais quand? sous quelle forme? et pendant combien de temps? De plus, ne doit-elle pas être complétée par des médications adjuvantes, hygiéniques surtout, chirurgicales quelquefois, répondant aux indications tirées du siège artériel des lésions, de leurs localisations dans l’organisme, des conséquences qu’elles peuvent avoir? J'examinerai successivement ces différentes questions.

Médication spécifique. — Dès qu’il y a certitude, ou probabilité, ou même suspicion que les accidents qu’on observe sont des manifestations syphilitiques, il faut intervenir par le mercure et l’iodure. La notion exacte de la modalité, de la forme anatomique et du siège précis des lésions, se range tout à fait au second plan, par rapport à ce fait capital que leur cause est spécifique, et qu’elles sont susceptibles par conséquent d’être influencées favorablement par la médication.

Si les symptômes indiquent que le système artériel est atteint en l’un quelconque de ses points, mais notamment dans son territoire intracrânien ou aortique, ce sera une raison de plus pour intervenir d'une façon immédiate et énergique.

En premier lieu, on agira d’une façon aussi précoce que possible, sans délai, séance tenante, immédiatement. J’insiste à dessein, car il faut considérer qu’on ignore toujours si les troubles qu’on observe ne sont pas les avant-coureurs de désordres graves et irrémédiables, et si, dans l’instant précis où l’on discute et hésite, ne se prépare pas une oblitération ou une rupture.

Dans certaines circonstances, quand il s’agit de syphilides cutanées par exemple, d’accidents qui ne menacent pas la vie, il est de bonne pratique, avant d’administrer du mercure à un patient, de s’enquérir de l’état de ses dents et de ses gencives, de leur donner préalablement des soins pour éviter l’éventualité d’une stomatite ; d’examiner aussi les urines, pour savoir si l’émonctoire rénal fonctionne convenablement ; en un mot, de s’entourer des meilleures garanties.

Ici, en présence de manifestations qui peuvent être mortelles à brève échéance, on ira droit au but ; ce qui n’empêchera pas de faire nettoyer et traiter les dents, de s’occuper du tube digestif et des fonctions rénales, dès qu'on aura répondu à l'indication la plus pressante.

ARTERITE.

Le mercure et Yiodure sont les deux médicaments spécifiqueson devra en user concurremment le plus souvent, réunissant contre un danger certain toutes les armes disponibles; on les emploiera, cela est évident, à dose aussi énergique, massive, intensive, que le commandent les circonstances.

Le choix du meilleur mode de mercurialisation peut donner lieu à d’amples discussions quand on a en vue le traitement général, chronique, et pour ainsi dire systématique de la vérole. Dans le cas particulier qui nous occupe, personne ne songera à la voie digestive, aux pilules et potions, dont l’absorption est douteuse, dont une proportion inconnue devient par conséquent seule agissante, dont l’efficacité est en tout cas relativement lente. Les mêmes reproches à peu près peuvent être, théoriquement au moins, adressés à la voie cutanée, aux frictions mercurielles, avec lesquelles on ne sait jamais si l’on a atteint ou dépassé la dose convenable.

Tout accident syphilitique menaçant est considéré presque universellement aujourd’hui comme imposant l’administration du mercure par injections.

Je conseille, en pareil cas, de recourir d’emblée à ce qu’il y a de plus héroïque, à l’injection intra-fessière de calomel à bonne dose,

10 centigrammes pour un adulte, 5 à 7 pour une femme ou un adolescent. Cette injection est à renouveler tous les cinq à huit jours. Ses inconvénients, non contestables et trop connus pour que je les rappelle, n’entrent pas en ligne de compte dans les circonstances dont

11 s’agit.

Sur le même rang à peu près, et à préférer en cas de mauvais état de la bouche, sont les injections solubles de biiodure, de benzoate, ou de cyanure d'hydrargyre en solutions aqueuses, aux doses de 2 à 4 centigrammes par jour.

Dans tout ce qui précède il n’y a rien qui soit particulier plutôt au traitement de l’artérite qu’à celui de toute autre manifestation inquiétante de la syphilis.

Mais, étant donné qu’en cas de lésions artérielles ce sont les parois vasculaires que l’on vise, il a dû venir à l’esprit de plus d’un clinicien, pour les atteindre plus directement, de recourir aux injections solubles aqueuses par la voie intra-veineuse , laquelle! a été vantée comme pratique indolore, et conduisant à un effet remarquablement rapide.

Je me suis, moi aussi, laissé tenter par ce qu’il y a de logique dans cette manière de faire; j’ai injecté du cyanure d’hydrargyre dans les veines du pli du coude à des syphilitiques atteints d’aortite ou de troubles cérébraux ischémiques. Le résultat a été satisfaisant, sans que je puisse dire qu’il ait été supérieur à celui que j’eusse obtenu autrement.

TRAITEMENT

On peut reprocher à ce procédé d’exiger plus de temps et de plus minutieuses précautions, d’être peu commode, en un mot, si l’on doit y recourir quotidiennement pendant une période un peu longue.

Une idée plus hardie encore a hanté quelques médecins, dès qu’il a été démontré qu'on pouvait impunément pénétrer avec une aiguille dans l' espace sous-arachnoïdien : celle de se servirde cette voie dans le cas de syphilis cérébro-spinale pour agir plus brusquement encore sur les centres nerveux.

On sait que la membrane pie-mérienne, sauf exceptions (et notamment dans certains cas de méningite tuberculeuse, de méningite aiguë syphilitique, d’après Brissaud et Brécy, et d’urémie), offre une solide barrière à la pénétration dans le liquide arachnoïdien des substances médicamenteuses diffusibles, ingérées ou injectées sous la peau; au contraire, elle paraît perméable de dedans en dehors, ainsi qu’en témoignent la raehLcocaïnisation et les expériences de cure du tétanos par le sérum antitoxique introduit par cette voie. L’injection médicamenteuse directement intra-arachnoïdienne est donc logique.

Toutefois on est arrêté, et avec juste raison, par la crainte que dessubstances actives, comme les solutions mercurielles, puissent influencer fâcheusement le cerveau; ne voit-on pas l’injection de cocaïne et même la simple ponction produire de la leucocytose (Ravautj et des troubles parfois inquiétants?

Si tentante que soit la méthode, on fera donc bien de rester dans une grande réserve, jusqu’à plus ample expérimentation sur les animaux. Aux passionnés de la logique en thérapeutique faisons remarquer d’ailleurs que l’injection intra-veineuse est encore plus en situation dans le cas d’artérite.

L’autre agent antisyphilitique est Viodure de potassium. Un peu délaissé dans ces dernières années, et même décrié vis-à-vis d’un bon nombre d’accidents spécifiques, il n’en a pas moins à son actif, employé seul ou surtout concurremment avec le mercure, des preuves indéniables d’efficacité. On n’oubliera pas que l’iodure reste, pour beaucoup d’éminents cliniciens, le médicament vasculaire par excellence, celui qui a nettoie » et élargit les artères, qui s’applique à toutes les formes d’artérite subaiguë et chronique, à l’artériosclérose et à l’athérome.

Certes la syphilis artérielle constitue une indication de premier ordre à son emploi ; nul ne voudra se priver de ses services dans un cas où il importe, pour réussir vite, de mettre tout en œuvre.

On administre l’iodure par la voie buccale, bien entendu, et à hautes doses, c’est-à-dire au delà de 4 grammes, généralement de 8 à 12 grammes dans un cas urgent. La dose de 2 à 4 grammes longtemps absorbée peut déjà se montrer fort utile dans la syphilis de l’aorte ou des artères viscérales et périphériques.

ARTÉRITE.

A Ja question de durée nécessaire du traitement on ne peut répondre d’une façon générale que très vaguement ; les circonstances doivent guider le médecin.

Quatre à cinq semaines de traitement mixte intensif, à moins de phénomènes d'intolérance, sont un minimum dans les cas graves ou sérieux. Puis, si la situation s’est franchement améliorée, on pourra laisser au patient deux ou trois semaines de repos, pour reprendre la médication avec une nouvelle vigueur, et cela à plusieurs, à maintes reprises, pendant des mois et souvent pendant bien des années.

Au traitement mixte du début pourront avantageusement dans la suite succéder des cures hydrargyriques et iodurées alternantes.

La notion de tendance marquée aux rechutes et récidives qu'affecte la syphilis des artères doit conduire à une persévérance très grande dans la thérapeutique; il ne faut pas craindre d’éclairer le malade sur la nécessité absolue de ce traitement chronique.

Médications adjuvantes. — Je ne m’arrêterai pas à exposer les précautions qu'il est d’usage de prendre pour faire bien tolérer le mercure et l’iodure, lorsqu'ils doivent être absorbés à haute dose et pendant longtemps (soins de la bouche, soins de la peau, hygiène digestive, etc.). Il n’y a là rien de spécial au sujet qui nous occupe.

Aussi me bornerai-je, dans ce paragraphe, à envisager quelques indications qui peuvent découler de la localisation ou de la forme spéciale de certaines artérites syphilitiques.

A l’égard de l’artérite syphilitique cérébrale et de la méningite qui la précède et l’accompagne dans la règle, que peut-on attendre de la ponction lombaire au point de vue thérapeutique?

On en a annoncé des résultats avantageux dans la méningite tuberculeuse, souvent dans les méningites séreuses ou purulentes. Dans un cas donné de syphilis cérébro-spinale on pourrait en espérer quelque atténuation ou rémission de certains symptômes pénibles, tels que la céphalée, les vomissements, l'apathie. Je rappelle que, dans la céphalée syphilitique secondaire, le soulagement produit par la ponction lombaire est plutôt exceptionnel et moindre que celui que confère le traitement spécifique.

La question n’est pas encore jugée par les faits ; mais je pense que la ponction lombaire répétée et abondante n’a guère de rôle thérapeutique à jouer dans l’espèce et que, au cas d’artérite, elle peut avoir au moins autant d'inconvénients que d’avantages.

L'aortite, Y anévrysme de l'aorte ou des gros vaisseaux, Y angine de poitrine , peuvent réclamer, en dehors du traitement hydrargyrique et ioduré, l’emploi de moyens accessoires destinés à parer à la douleur ou au trouble de la circulation générale.

TRAITEMENT

Ce seront les émissions sanguines surtout locales, par ventouses scarifiées ou sangsues, les applications de glace en permanence, les révulsifs, pointes de feu, vésicatoires, meme le cautère pour quelquesuns, les analgésiques tels que la morphine et la dionine, qui serviront à répondre à la première indication. — Le traitement de l’asystolie sera très exceptionnellement en situation, quoiqu’il puisse arriver qu’on ait à user de ventouses, de la saignée, de diurétiques, de purgatifs, et de toniques cardiaques, mais avec grande prudence.

Les agents coagulants et la chirurgie ri’offrent guère de ressources encourageantes dans l’anévrysme de l’aorte ou des gros troncs.

L’artérite syphilitique des membres peut au contraire conduire à telle situation où l’intervention chirurgicale est très utile. Je veux parler des anévrysmes et de la gangrène.

On a sans doute cité des exemples assez nombreux d’anévrysmes syphilitiques d’artères de petit ou de moyen calibre qui se sont réduits et ont disparu par le traitement médical, par le mercure et l’iodure. Il y a lieu toujours de rechercher ce résultat, tout en maintenant la poche par une compression locale modérée.

Mais dans bien des cas, quoique syphilitiques d’origine, les anévrysmes ne céderont pas, et seront justiciables de l’extirpation ou de la ligature par un des procédés usuels. Il est bon d’être prévenu du danger réel qu’il y aurait à abandonner une ectasie artérielle à ellemême.

En présence d’une gangrène commençante, on est tenté de faire, pour ainsi dire, la part du feu et de se résigner à une amputation pour sauver le malade.

Mais le point délicat est toujours de savoir de quelle étendue doit être ce sacrifice, c’est-à-dire à quelle hauteur il faut amputer; il est tout aussi délicat de décider à quel moment il faut intervenir.

A mon avis, le conseil formel à donner est de ne pas désespérer, de demander au traitement spécifique intensif et prolongé tout ce qu’il est capable de donner; de ne passer la main au chirurgien que lorsque le processus est franchement enrayé, et cela uniquement pour détacher la portion mortifiée.

En somme, le rôle de la chirurgie est infiniment plus restreint lorsque les anévrysmes et la gangrène sont d’origine syphilitique q\ie lorsqu’ils relèvent d’autres causes.

Prescriptions hygiéniques. — Lorsqu’il a paré aux accidents immédiats dans la mesure du possible, qu’il a réglé le traitement spécifique et en a obtenu tous les effets qu’on peut attendre, le médecin n'a pas encore rempli toute sa tâche, loin de là. Il doit exiger de son patientl’observance de toute une série de règles d'hygiène particulière, qui découlent, d'une part, de la notion du siège artériel des lésions,

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et, d’autre part, de celle de la fréquence des rechutes et récidives de l’artérite syphilitique.

Tout d’abord, comme dans toute artériopathie, le malade doit renoncer à l’usage du tabac, s’abstenir de boissons alcooliques ou excitantes, telles que le café et le thé, d’aliments de haut goût, de conserves, de viandes fumées, salées ou faisandées, etc. ; il doit redouter, en un mot, toutes les substances qui sont réputées agir fâcheusement sur le système artériel. Les gros repas, les abus de viandes sont à éviter.

A ces recommandations touchant la sobriété on devra joindre celles qui sont relatives au repos fonctionnel relatif de l’organe touché. Les efforts violents sont en tout cas dangereux; le travail pénible, le surmenage corporel ou cérébral peuvent, suivant les circonstances,, le devenir également.

Il est évident que la vie calme et au grand air, exempte de soucis et d’agitations, serait la meilleure, et aux fortunés de ce monde on conseillera de la rechercher.

. C’est, enfin, à cette même catégorie de patients qu’il y aura lieu d’indiquer les ressources que peuvent leur offrir les pratiques de l’hydrothérapie et les stations hydro-minérales. Les eaux salines, alcalines, arsenicales et sulfureuses, ces dernières surtout, si utiles parfois pour faciliter la mercurialisation prolongée, seront d’un précieux secours parfois pour relever la nutrition, corriger ses déviations, s’il y a lieu, et consolider la guérison.

Bien fréquemment, ainsi que je l’ai fait remarquer, cette guérison n’est pas une parfaite restitutio ad integrum. Mieux vaudrait assurément pouvoir prévoir et prévenir les méfaits de la syphilis artérielle que d’avoir à la traiter. J’ai donné ci-dessus les indications que nou& possédons relativement à son diagnostic précoce et au pronostic que comportent ses manifestations initiales. Je terminerai par un conseil général qui à l’heure actuelle est le meilleur qu’on puisse formuler au point de vue préventif :

Traiter énergiquement et longuement par la médication spécifique toute infection syphilitique, même si elle paraît bénigne à ses débuts, car on ne sait jamais quelles en seront les conséquences ultérieures.

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