ANÉVRYSMES DANS LEURS RAPPORTS AVEC LA SYPHILIS
L’étude qui va suivre sur le rôle de la syphilis dans la genèse des anévrysmes comprend trois points principaux, à savoir :
1° L’anévrysme peut-il dériver de la syphilis?
2° L’anévrysme dérivant de la syphilis se différencie-t-il par quelques caractères de l’anévrysme non syphilitique?
3° L’anévrysme de la syphilis est-il de nature syphilitique, ou simplement d’origine syphilitique ?
I. — L’anévrysme peut-il dériver de la syphilis? — Indiqué pour la première fois par Lancisi, puis affirmé de nouveau par Welsh, le rôle de la syphilis dans l’étiologie des anévrysmes fut nié d'abord par Broca, par Powell et Gull. Puis, cette question fut négligée et tomba dans l’oubli; remarquons toutefois que, dans les observations anglaises, nous avons vu beaucoup plus fréquemment rechercher les antécédents spécifiques que dans les observations recueillies dans les autres pays.
Cependant quelques cas furent signalés, épars, et MM. Jaccoud, Spillmann, Lécorché et Talamon, Legendre, Malmsten, Dieulafoy, Verdié, reprirent cette étude.
Actuellement, on tend de plus en plus à admettre l’importance de ce facteur, et si Lancereaux, l’acceptant quand il s'agit des anévrysmes des artères cérébrales, la nie pour les autres, M. le professeur Fournier, l’un des premiers, dès 1879, déclarait que « la syphilis doit assurément prendre place dans l’étiologie des anévrysmes, mais dans une proportion numérique qui reste à déterminer ». Parmi les chirurgiens, qui ont assez fréquemment l’occasion d’observer des anévrysmes, mais qui, malheureusement, ont beaucoup négligé la recherche des antécédents, Kirmisson affirmait que« nous ne devons plus regarder les anévrysmes spontanés comme des dilatations accidentelles des gros vaisseaux, mais bien comme l’expression symptomatique d’altérations constantes du système artériel dont l’alcoolisme et la syphilis sont les facteurs principaux ».
(1) Chapitre dû à M. le Dr G. Étienne, professeur agrégé à la Faculté de Nancy.
ANÉVRYSMES.
Pour l'étude historique de cette question, nous renvoyons à la thèse de Yerdié et à la Revue générale de Thibierge.
Pour répondre à la question posée en tête de ce chapitre, nous allons étudier les points suivants :
I. — DEGRÉ DE FRÉQUENCE DE LA SYPHILIS DANS LES ANTÉCÉDENTS DES MALADES ATTEINTS D’ANÉVRYSMES.
Une première question à se poser est celle-ci :
Dans quelle proportion trouve-t-on la syphilis dans les antécédents personnels des malades atteints d'anévrysmes? Si la proportion est élevée, il apparaîtra avec évidence que la rencontre de la syphilis avec les anévrysmes n’est pas le résultat d’une simple coïncidence due au hasard, mais qu’au contraire on doit attribuer à la première un rôle dans la genèse des seconds, c’est-à-dire en somme qu’il y a rapport de cause à effet.
Dans ce but, nous avons relevé environ 2.000 observations d’anévrysmes recueillies dans un grand nombre de thèses, dans les Bulletins de la Société anatomique , les Mémoires de la Société de chiruryie et dans de nombreux périodiques français et étrangers.
Nous y ajoutons huit cas inédits.
Malheureusement, un petit nombre de ces observations peut être utilisé, les anévrysmes étant rapportés comme trouvailles d’autopsie, ou bien les cas étant étudiés surtout au point de vue de l’intervention chirurgicale, et les notions étiologiques ou pathogéniques paraissant intéresser fort peu les auteurs.
De toutes ces observations nous n’avons conservé que celles dans lesquelles la recherche des antécédents syphilitiques a été indiquée d’une façon formelle, quelle qu’en soit la forme ; 240 seulement rentrent dans ces conditions.
Nous les avons groupées ailleurs (1) en tableaux, auxquels nous renvoyons le lecteur.
Sur ces 240 cas d’anévrysmes, nous trouvons des indications formelles de syphilis 166 fois, c’est-à-dire dans une proportion exacte de 69/100, ou un peu plus des deux tiers.
Si de cette statistique générale nous isolons le groupe le plus important, celui des anévrysmes de l’aorte, le rapport ici est identiquement le même, 94 sur 138 ou 69 p. 100.
Ces proportions sont sensiblement plus fortes que celle obtenue par Thibierge, 50 p. 100, sur 14 cas recueillis à la Société anato-
(1) G. Étienne, Des anévrysmes dans leurs rapports avec la syphilis (Annales de dermatologie et de syphiligraphie, 1897). Nous renvoyons également à ce mémoire pour les indications bibliographiques.