DURÉE DES ENTR’ACTES INTERMEDIAIRES A DEUX POUSSÉES SUCCESSIVES
JS
De la 2e à la 3B poussée.
De la 3e à la 4e poussée.
De la 4e à la 5 e poussée.
De la 5e à la 6e poussée.
De la 6e à la 7e poussée.
De la 7e à la 8e poussée.
De la 8e à la 9e poussée.
Quelques mois seulement (donc au cours
de la même année)
1 an
2 ans
Durée indéterminée : 86 cas.
Rien de plus variable, donc, comme en témoigne ce tableau, que la durée possible des entr’actes intermédiaires à deux poussées successives, puisque cette durée peut osciller entre quelques mois et vingtneuf ans et que tous les termes moyens figurent entre ces termes extrêmes si étonnamment distants.
Mais que l’on remarque immédiatement un fait très curieux et très instructif qui résulte en pleine évidence des chiffres précédents. C’est que les entr'actes courts (ceux d’un à deux ans, par exemple) sont infiniment plus communs que les entr'actes moyens (six à huit ans), et que ceux-ci à leur tour sont bien plus communs que les en-
tr actes longs (quinze ans et au delà). Or, cela certes n’est pas un résultat de hasard ; car, d’une part, le fait en question se reproduit invariablement dans toutes les colonnes du tableau précédent et, d’autre part, il s’y accuse, il s’y affirme avec une uniformité vraiment significative.
Il semble donc, d’après cela, qu’une explosion tertiaire témoigne d’un réveil de la syphilis destiné à se traduire par d'autres explosions prochaines, si cette tendance n’est pas réprimée parle traitement. En autres termes :
UN ACCIDENT TERTIAIRE SEMBLE ÊTRE LE PRÉSAGE D’UN AUTRE ACCIbENT TERTIAIRE A ÉCHÉANCE PLUS OU MOINS RAPPROCHÉE.
Eh bien, cette notion, qui, je le répète, ressort en toute évidence des chiffres précédents, ne doit pas être perdue pour la pratique, car il en dérive un gros enseignement, car il en dérive une indication formelle, non moins que d’importance majeure, à savoir : nécessité d’une intervention énergique à propos de tout accident tertiaire, en raison de la double visée à laquelle elle doit tendre : d’une part, guérir l’accident actuel, et, d’autre part,/? révenir les imminences tertiaires dont celui-ci peut être le précurseur.
Cette indication, je crois, n’avait pas encore été relevée jusqu’ici ;
— de par la statistique qui précède, je la signale aux praticiens.
YI
DIAGNOSTIC
Il me sera permis d’être bref sur ce chapitre, en raison des considérations présentées dans le premier volume de cet ouvrage relativement au diagnostic général de la syphilis.
De même que le diagnostic de la syphilis secondaire, celui de la syphilis tertiaire repose sur trois éléments séméiologiques que voici :
1° Caractères propres de la lésion ou des troubles morbides ;
2° Anamnèse d’antécédents spécifiques;
3° Coexisténce possible avec les symptômes actuels d’autres accidents de caractère spécifique non douteux.
Lorsque le diagnostic dispose d’un tel ensemble, il peut être établi d’une façon à la fois facile et sûre. Mais les choses ne se présentent pas toujours aussi simplement. Tel ou tel des éléments en question peut faire défaut ; et tous même peuvent se dérober simultanément. Dans les cas de ce dernier ordre, en l’absence de tout signe démonstratif, il va sans dire que le diagnostic devient difficile, très difficile, et n’aboutit même souvent qu’à des présomptions, des probabilités, qui se traduisent ainsi : lésion certaine de tel organe ;
— nature syphilitique possible ou même probable de la lésion ; — mais impossibilité d’une démonstration précise en ce sens.
C’est alors que peut intervenir, pour juger la question en litige, ce qu’on appelle le critérium thérapeutique, « le traitement pierre de touche », application du vieil adage : « naluram morborum curationes ostendunt ». En pareille occurrence, donc, le traitement propre à guérir l’accident qu’on a lieu de supposer syphilitique sera mis en œuvre, et le résultat obtenu jugera en dernier ressort la question diagnostique.
Mais tout cela n’a trait qu’à des difficultés diagnostiques d’ordre banal, et je n’insisterai pas sur ce point. En revanche, certaines difficultés diagnostiques spéciales à la syphilis tertiaire doivent trouver mention ici.
I. — C’est, d’abord, l’échéance reculée, parfois même très distante du début de la maladie, à laquelle la syphilis tertiaire se trouve entrer en scène. Ce peut être là, disons mieux, c’est là souvent matière à erreur. — Alors qu’une maladie est restée muette pendant dix, quinze, vingt, trente ans et plus, on a bien franchement quelque droit à la croire périmée. Vient-elle, après un si long silence, à reproduire quelque manifestation, on peut vraiment, sans grand défaut de perspicacité, ne pas songer à la mettre en cause comme origine possible de cette manifestation. La méprise est bien pardonnable en pareil cas, et il n’est pas sans exemple que des médecins l’aient commise sur eux-mêmes. A preuve le cas suivant, comme exemple.
Affecté d’un accident tertiaire trente-cinq ans après le début d’une syphilis, un de nos confrères méconnut longtemps la nature de son mal et ne vint me consulter que très tardivement après l’avoir enfin suspectée. « Comment songer à la syphilis, me disait-il, quand on n’a pas eu de ses nouvelles depuis trente-cinq ans? »
D’autre part, les souvenirs évoqués d’un passé lointain sont souvent indécis, vagues, frustes, presque effacés. Bien souvent j’ai vu des malades ne me fournir, en dépit de la meilleure volonté du monde, que des renseignements très équivoques et très flous sur une ancienne syphilis.
Il s’en faut d’ailleurs que tous les malades mettent la même bonne grâce à confesser leurs antécédents spéciaux. Le temps, qui modifie les situations, modifie également les appréciations des choses, et tel sujet qui, quinze ou vingt ans auparavant, n’eût pas rougi de la vérole, la renie ardemment dans un âge plus avancé, à l’âge où il est devenu ce qu’on appelle « un homme sérieux ». « Passé la cinquantaine, a dit Ricord, on a presque toujours oublié ses péchés de jeunesse ou, du moins, on ne les avoue plus. » Aussi bien quantité de malades répugnent-ils, même sollicités, pressés par leur médecin, à confesser, voire dans leur intérêt, leurs antécédents spécifiques.
De cela les exemples seraient fort nombreux à produire. Qu’on se rappelle l’histoire précitée (t. I, p. 795) de ce notaire de province qui, affecté d’une hémiplégie suspectée syphilitique par son médecin, s’obstina à nier à ce médecin ses antécédents de syphilis,