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DIAGNOSTIC ANATOMIQUE DES LÉSIONS TERTIAIRES

la matière. Bornons-nous à constater seulement que l’anatomie pathologique des lésions tertiaires, comparée à celle des lésions secondaires, ne décèle pas de différences fondamentales, les nuances qui existent entre elles pouvant s’expliquer aisément par des variations de virulence ou de « qualité nécrosante » du parasite hypothétique.

Diagnostic anatomique des lésions tertiaires. — La syphilis n’est pas la seule maladie dont les lésions consistent en granulomes, c'est-à-dire en néoplasies cellulaires de caractère inflammatoire associées à des lésions vasculaires.

Ce caractère est commun aux grandes infections chroniques et appartient notamment à la tuberculose, à la lèpre et à la morve. Le mycosis fongoïde pourrait, lui aussi, être rapproché de ce groupe à certains égards.

Rechercher en quoi se distinguent les lésions provoquées dans chaque organe et chaque tissu par ces diverses maladies serait certes un sujet des plus intéressants ; mais je dois me borner ici à traiter la question d’une façon tout à fait générale.

I. — Je commencerai par opposer ce qui diffère le plus. En ce qui concerne le mycosis fongoïde , il suffira de relever que, si ses lésions consistent en néoplasies cellulaires composées de plasmazellen, disposées en nappes diffuses et en traînées périvasculaires, en revanche les cellules épithélioïdes et géantes en sont le plus souvent absentes; — l’endovasculite y fait défaut; — les viscères sont rarement atteints, et en tout cas on n’y observe ni sclérose ni foyers caséeux.

IL — Jusqu’à ces derniers temps, on ne pensait pas que les lésions de la lèpre fussent histologiquement comparables à celles de la syphilis. Les nodules de lèpre tuberculeuse, en effet, composés de grosses cellules vacuolisées et bourrées de bacilles, sans lésions vasculaires, sans nécrose centrale et sans sclérose, diffèrent en tous points des syphilomes. Mais des recherches récentes ont montré que la question est plus complexe (1). D’une part, dans les macules de la lèpre anesthésique on a vu des traînées cellulaires et des foyers d’infiltration à centre caséeux avec cellules épithélioïdes et cellules géantes; d’autre part, on a observé dans les viscéropathies lépreuses, notamment dans la rate, les testicules et le foie, des gommes caséeuses qui en imposent absolument, à l’œil nu et au microscope, pour des foyers tuberculeux ou des gommes syphilitiques. Le sujet est donc encore à l’étude ; mais dès maintenant on peut dire que la présence des bacilles de Hansen, qui heureusement ne font défaut dans aucune production lépreuse, fournit une base solide au diagnostic différentiel.

III. — La morve est caractérisée par des nodules lymphoïdes périvasculaires à dégénérescence centrale, purulente ou caséeuse, qui

11) Voy. Lepra, Bibliotheca internationalisa fasc. 1 et 2, mars J 900, art. de Schaffer et de Klingmullek.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

s’entourent de sclérose dans la forme chronique. L’analogie de ces nodules avec des syphilomes ou surtout avec des tubercules est très frappante. On peut y trouver des cellules épithélioïdes et géantes. Cependant les altérations endovasculaires y sont beaucoup moins prononcées que dans la syphilis. La néoplasie y est leucocytaire plutôt que plasmatique, et on y remarque une fragmentation des noyaux ou karyorhexis tout à fait spéciale.

Enfin la présence du bacille de la morve est constante et pathognomonique.

IV. — Reste le diagnostic des lésions tuberculeuses , qui est à la fois de beaucoup le plus important, en raison de la fréquence des cas où il se pose, et le plus difficile.

On sait que la tuberculose produit sur les téguments et les muqueuses des placards infiltrés, des ulcérations et des gommes cliniquement très analogues à des lésions tertiaires. Dans les organes internes, elle produit des infiltrations diffuses ou nodulaires, des foyers caséeux et des scléroses, exactement comme la syphilis, et toutes ces lésions sont à tel point semblables aux lésions syphilitiques, qu’à l’autopsie les plus compétents hésitent à se prononcer sur leur nature.

Les localisations viscérales sont sans doute différentes dans l’une et l’autre maladie, le poumon, les ganglions lymphatiques, les séreuses et l’intestin occupant le premier rang parmi les organes atteints par la tuberculose .et n’étant touchés par la syphilis que d’une façon bien plus rare. Mais inutile de dire que la considération de fréquence est bien loin de suffire au diagnostic différentiel.

A noter aussi la tendance plus manifestement destructive des lésions tuberculeuses, dont les foyers caséeux se ramollissent plus volontiers; les lésions syphilitiques offrent au contraire un caractère plastique avec une sécheresse plus grande.

Si l’histologie intervient, elle montre des nuances de structure plutôt que des dissemblances grossières entre les deux ordres de lésions. J’ai tenté de préciser ce point comme il suit dans un article récent (1) :

« ... La distinction, quelquefois assez difficile entre ces deux sortes d’infiltrats (tuberculeux et syphilitiques), ne repose donc guère sur la nature des éléments qui les composent, attendu que ce sont les mêmes. Elle se base sur leurs proportions relatives, sur leur disposition respective, et, par rapport aux vaisseaux sanguins, sur le degré et le mode d’altération du stroma. Dans la plupart des lupus, par exemple, les cellules géantes et les cellules épithélioïdes sont plus abondantes et plus groupées au centre de véritables follicules formés de plasmazellen petites; le stroma est distinct de l’infiltrat

(1) J. Darier, Pathologie générale de la peau, in La Pratique dermatologique, t. I, p. 84.

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