ANTÉCÉDENTS DES SYPHILIS TERTIAIRES
ont été très soigneusement et très complètement relevés. J’ai profité de ces documents (impartialement recueillis sous la dictée des malades ou d’après mes notes) pour rechercher dans les dites observations quelle a été la qualité des accidents ayant servi de préludes au tertiarisme. Or, analyse faite, je suis arrivé aux résultats
que voici :
Syphilis tertiaires ayant été précédées :
1° D’une période secondaire à accidents légers 1.561 cas.
2° D’une période secondaire à accidents très légers 272 —
3° D’une période secondaire muette (ou assez bénigne pour que
les accidents aient échappé à l’attention du malade) 157 —
4° D’une période secondaire à accidents d’intensité moyenne.. 159 —
5° D’une période secondaire à accidents véritablement sérieux
ou graves 39 —
Total 2.188 cas.
En sorte que, sur 2.188 syphilis tertiaires, il est 1.990 qui ont succédé à des syphilis secondaires légères ou très légères ou même restées muettes ; — et 198 seulement qui ont succédé à des syphilis secondaires intenses ou graves.
Quel contraste entre ces deux nombres !
Ramenant ces chiffres au pourcentage, pour une plus grande facilité de comparaison, je trouve qu’en somme :
Sur 100 syphilis tertiaires , il en est environ 9 à i 0 qui ont pour prélude une syphilis secondaire plus ou moins sérieuse comme accidents ; — contre 90 à 91 qui succèdent à des syphilis secondaires tout à fait bénignes .
N’est-ce pas le cas ou jamais de dire que ces chiffres ont une éloquence supérieure à tous les commentaires qui pourraient leur être ajoutés ?
Si bien que le type de la syphilis tertiaire, type non pas exclusif, mais ultra-prédominant comme fréquence, est celui d’un malade qui, ayant traversé les périodes primaire et secondaire de la syphilis au prix de quelques accidents sans importance, aboutit inopinément, au bout de plusieurs années, à telle ou telle manifestation tertiaire.
Ce type, pour mieux le laisser en souvenir dans l’esprit du lecteur, j’en citerai un spécimen que je copie dans mes notes.
Un jeune homme contracte la syphilis. Très effrayé de la maladie, il se traite consciencieusement pendant sept à huit mois. — Comme accidents (vus et relevés par moi) il présente exactement ceci : un chancre induré à la verge, chancre bénin, qui se cicatrise en trois semaines ; — puis, au cours de la période secondaire, une roséole, quelques plaques muqueuses buccales, un léger éclaircissement passager de la chevelure, et quelques petites adénopathies cervicales. — C’est tout. Rien, absolument rien autre ne se produit; si
8 ÉTIOLOGIE DU TERTIARISME.
bien que, rassuré et trop rassuré, notre jeune homme ne se traite plus.
Mais, douze ans plus tard, apparaissent sur les jambes des « boutons», qu’on rapporte vaguement à de l’eczéma, mais qui, en réalité, ne sont [rien moins que des syphilides tuberculeuses. — Nul traitement. — Puis entrent en scène des troubles nerveux multiples, indéniablement symptomatiques d’une syphilis cérébrale, laquelle se termine par la mort en l’espace de quelques mois.
Au total, donc : chancre bénin; — syphilis secondaire bénigne; — puis, syphilis tertiaire, et, dans l’espèce, syphilis tertiaire grave, qui, négligée, aboutit à la mort.
Tel est le type, le prototype, comme modalité d’ensemble, de la syphilis tertiaire. Voilà ce qu’en pratique on observe 90 fois sur 100.
Conséquemment, conclure de la bénignité initiale d’une syphilis à sa bénignité d’avenir (comme on le fait, hélas ! si souvent) est une erreu.r absolue, une erreur monstrueuse, que condamnent à tout instant les résultats de la clinique. Et, en particulier, conclure de la bénignité des périodes primaire et secondaire à une immunité d'avenir par rapport au tertiarisme est une erreur non moindre, non moins déplorable, erreur qui a été fatale à trop de malades pour que je n’aie pas le devoir de la stigmatiser ici énergiquement.
II. — Mais, si le tertiarisme n’est souvent imputable qu’à la seule influence infectieuse, pour bon nombre d’autres cas il peut être très logiquement rapporté à certaines causes étrangères à la maladie, causes susceptibles d’intervenir comme influences auxiliaires, provocatrices, susceptibles même de diriger, d’aiguiller, si je puis ainsi dire, la décharge tertiaire sur tel ou tel système organique.
Quelles sont ces causes? On conçoit quel intérêt il y aurait à les connaître pour tenir en garde contre elles nos malades, tout au moins dans la mesure du possible. Attachons-nous donc à cette étude avec toute l’attention due à un sujet d’aussi haute importance pratique.
Ces causes sont multiples et d’ordres divers.
En première ligne prennent place ici les INFLUENCES DE TERRAIN, c’est-à-dire les CONDITIONS PARTICULIÈRES AU malade. Car la
clinique confirme ce que préjuge le bon sens, à savoir que, tout naturellement, la tendance au tertiarisme doit être accrue par toutes causes de nature à diminuer la résistance vitale, à appauvrir l’organisme et conséquemment à le rendre plus vulnérable.
Dans ce paragraphe, donc, nous allons retrouver tout le groupe des causes que je signalais précédemment sous le nom de facteurs de gravité de la syphilis. Pour les avoir longuement étudiées dans la première partie de cet ouvrage, je n’aurai plus qu’à les énoncer ici, -en rappelant qu’elles peuvent se grouper sous les six chefs suivants :
1° Conditions d’âge ;
2° Conditions de santé, de constitution native, de tempérament, etc.;