‹ Traité de la syphilisChapitre 5 sur 256 · INFLUENCES DE TERRAIN · texte numérisé non relu

INFLUENCES DE TERRAIN

3° Prédispositions héréditaires ou acquises;

4° Influences dépressives de tout ordre ;

5° Alcoolisme ;

6° Impaludisme.

Quelques mots à propos de chacune de ces influences étiologiques.

1° Relativement aux conditions d’âge, il n’est pas douteux que le tertiarisme soit particulièrement fréquent aux extrêmes opposés de la vie, à savoir : soit dans la vieillesse, soit dans les premiers temps de l’existence.

Contractée dans la vieillesse , la syphilis est souvent grave (cela est de notion commune), et grave, tout naturellement, en raison de manifestations empruntées au tertiarisme, telles que syphilides ulcéreuses à tendance extensive, voire phagédénique, gommes, lésions osseuses, sarcocèles, ophtalmies, et, plus spécialement encore, accidents cérébro-spinaux, de type ou cérébral ou médullaire, ou cérébromédullaire. C’est ainsi que, sur 27 syphilis contractées dans un âge avancé, j’ai vu se produire 9 fois des manifestations cérébrospinales, toujours sérieuses et plusieurs fois mortelles. Neuf fois sur vingt-sept ! Proportion considérable, extraordinaire.

Parfois même ce tertiarisme sénile est un tertiarisme d’ordre précoce, qui se produit dès la première année (12 cas sur 27), et qui souvent alors se déchaîne avec une malignité, une perniciosité .telle qu’il peut devenir mortel à brève échéance, que dis-je! à échéance étonnamment courte. On a vu des syphilis séniles aboutir à la mort en neuf mois, en huit mois, en cinq mois, en quatre mois ! C’est vraiment à n’y pas croire.

De même pour l’extrême opposé de la vie. Il n’est pas rare que, contractée dans le tout jeune âge, à savoir dans les premières semaines ou les premiers mois, la syphilis évolue sous une forme immédiatement sérieuse et grave, à accidents tertiaires notablement précoces (Voy. t. I, p. 822).

2° On a remarqué, également, une incontestable prédisposition au tertiarisme dans toutes les conditions défectueuses de santé, de constitution native, de tempérament, dans les états anémiques, le lymphatisme, la scrofulo-tuberculose, les cachexies, etc. Pour ne prendre qu’un exemple, il est commun de voir le tertiarisme sévir sur les sujets scrofuleux sous forme soit de syphilides ulcéreuses, extensives, affectant même parfois le type phagédénique ; soit d’engorgements ganglionnaires volumineux, constituant ce que Ricord appelait des scrofulates de vérole ; soit de sarcocèles, d’affections osseuses, d’arthropathies rappelant la tumeur blanche; ou bien encore de localisations (celles-ci tout particulièrement affectionnées de la scrofule) sur la pituitaire et les os du nez, sur l’œil, sur le voile du palais, le larynx, etc.

Mais, d’autre part, que l’on note bien ceci : S’il est incontestable

ÉTIOLOGIE DU TERTIARISME.

qu’un mauvais état de la santé constitue un appel au tertiarisme, la réciproque n’est pas vraie, et c’est là un point qu’il est très essentiel de spécifier. « Il fait bon se bien porter quand on a la syphilis », a dit très justement Ricord, mais cela ne suffit pas. Car une bonne santé ne constitue en rien une immunité, une sauvegarde absolue contre le tertiarisme. La preuve en est que, pour la plupart des cas, les victimes du tertiarisme sont des sujets bien portants, de constitution moyenne ou même bonne, que vient surprendre l’assaut tertiaire en plein état de santé.

C’est même là un fait qui ne laisse pas fort souvent que d’étonner, de stupéfier les malades. Combien de fois, en pareille occurrence, n’aije pas entendu mes clients me dire : « Comment aurais-je pu m'attendre à ce qui m’arrive ? J’avais bien eu la vérole autrefois, mais j’en étais guéri. Je n’avais plus rien de vieille date et je me portais absolument bien quand ce nouvel accident m’est arrivé. C’est' à n’y rien comprendre », etc.

Aussi bien, de par expérience, peut-on poser ceci en axiome : que la syphilis tertiaire frappe aussi bien (et même plus souvent) les valides que les débilités, les forts que les faibles, les gens bien portants que les malades. Voilà l’exacte vérité.

3° Il est non moins démontré que l’hérédité pathologique constitue une réelle prédisposition au tertiarisme. A ne parler ici que de l’hérédité nerveuse (celle, à la vérité, qui pèse le plus lourdement sur , l’organisme et qui s’exerce le plus souvent), Charcot et ses élèves ont très justement insisté sur le rôle étiologique qu’elle assume dans nombre de déterminations morbides vers le système nerveux, notamment chez les sujets syphilitiques. Avec ce maître illustre je reconnais que les prédisposés au nervosisme, que les « nerveux héréditaires » sont des victimes désignées pour le tertiarisme nerveux, à savoir pour la syphilis cérébro-spinale sous toutes ses formes et, plus encore, pour ses formes dites parasyphilitiques.

Tout un groupe de faits des plus curieux que je trouve dans mes notes témoigne en ce sens. Exemples :

Deux frères issus d’une famille névropathique contractent la syphilis. L’un et l’autre aboutissent, dans la période tertiaire, à des manifestations graves du système nerveux, à savoir : syphilis cérébrale pour l’aîné, et ataxie pour le plus jeune.

Deux frères contractent la syphilis. L’aîné devient ataxique, et le plus jeune est atteint d’accidents cérébraux qui affectent la forme dite pseudo-paralysie générale syphilitique et se terminent par la mort.

Deux frères contractent la syphilis et s’en traitent d’une façon vraiment assez correcte. Tous deux néanmoins, en dépit d’une excellente hygiène et d’une santé irréprochable (qu’on remarque bien ces divers points), sont affectés d’accidents graves de syphilis cérébrale, l’un six ans et l’autre dix-huit ans après le début de Y infection.

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