‹ Traité de la syphilisChapitre 47 sur 256 · FIBRO-LIPOME. — KYSTE SÉBACÉ · texte numérisé non relu

FIBRO-LIPOME. — KYSTE SÉBACÉ

dans le tissu cellulaire, et par sa qualité de tumeur bien circonscrite, * indépendante et mobile, et par son petit volume, et par sa forme habituellement olivaire, et par son caractère de tumeur aphlegmasique, sans douleurs et sans symptômes. Aussi bien est-elle facilement et fréquemment réputée gomme et traitée comme telle. J’ai pour cliente depuis de longues années une femme syphilitique qui, avant de contracter la syphilis, présentait déjà et présente encore aujourd’hui quinze de ces petites tumeurs sous-cutanées sur divers départements du corps (8 aux membres inférieurs, 4 aux membres supérieurs, et 3 sur le tronc); or, cette femme se plaît à raconter, non sans malice à notre égard, que tous les médecins qu’elle a consultés (et elle en a consulté beaucoup) noni jamais manqué de prendre ces tumeurs pour des gommes syphilitiques. Je me souviens même que, lors de la première visite qu’elle me fit, elle eut la charité de m’avertir du fait, sans doute en vue de m’épargner l’erreur commune.

Mais, pour simuler si parfaitement la gomme crue à divers égards, les fibro-lipomes ne s’en différencient pas moins d’une façon très formelle et très nette de parles quatre caractères suivants, à savoir:

1° De par leur qualité de lésion chronique e t indéfiniment chronique. Une fois développés, ils subsistent in æternum , tandis que la gomme n’est jamais qu'une lésion temporaire.

(2° De par leur qualité de lésion sans évolution.

3° De par leur résistance au traitement spécifique.

4° Souvent aussi de par leur nombre. Presque toujours ils sont multiples, voire à un très haut degré, ce qu’est rarement la gomme.

II. — Kystes sébacés, loupes. — Ces tumeurs simulent quelquefois la gomme d’une étrange façon, et cela de par leur localisation dans le tissu cellulaire, de par leur volume généralement petit ou moyen, de par leur forme soit globuleuse, soit hémisphérique, de par leur consistance ou ferme ou pâteuse, leur indolence, leur état aphlegmasique, etc. Venant à s’enflammer, elles représentent également le type de la gomme en voie de ramollissement phlegmasique. Ajoutez qu’elles peuvent, bien entendu, se développer sur des sujets syphilitiques, ce qui est un risque d’erreur en plus.

Aussi bien les méprises (disons mieux, les surprises) ne sont-elles pas rares à leur sujet. En voici une qui servira d’exemple.

Un de mes amis, que je savais syphilitique de vieille date, me fait mander à propos d’une tumeur de l’épaule qui, me dit-il, date « de deux à trois mois ». Je trouve, en effet, au niveau d’une des régions sus-scapulaires, une tumeur du volume et de la forme d’une moitié d’abricot, légèrement douloureuse, demi-molle, et recouverte de téguments rosés. Je crois à une gomme en voie de ramollissement et prescris l’iodure. — Résultat nul. — Je double la dose d’iodure. — Huit jours plus tard, résultat nul encore, ou plutôt les choses ont marché de mal en pis; la tumeur a pris l’aspect d’un petit phlegmon Traité de la syphilis. — Tome II. 7

GOMMES SOUS-CUTANÉES

et est devenue extrêmement douloureuse, surtout sous l'influence de la pression de la bretelle qui passe à ce niveau. Force m’est de l’ouvrir, et une ponction donne issue, d’abord, à une bouillie blanc jaunâtre striée de pus, puis, par expression, à une matière blanche, solide, graisseuse, ayant exactement l'aspect du suif. Nul doute, en conséquence: c’était, non pas une gomme, mais un kyste sébacé, un véritable stéatome , auquel j’avais eu affaire ; et, en effet, renseignements alors pris d’une façon plus complète, j’apprenais de mon malade qu’il portait à l’épaule « une petite bosse , de temps immémorial » ; seulement, comme cela ne l'avait jamais fait souffrir, il n'y avait pas pris garde, et « n’avait pas pensé à m’en parler, croyant cela sans relation avec son nouveau mal. »

D’autre fois, l’erreur a été faite en sens inverse, comme dans un cas relaté par Saint-Arroman et se résumant en ceci : Une jeune femme présentait une tumeur du front. Elle consulte un médecin qui prend cette tumeur pour une loupe etlui propose del’opérer. Effrayée, elle vient à l’hôpital. Là, M. Nélaton suspecte la spécificité du mal, et interroge, mais vainement, la malade en ce sens. Adéfaut d’aveux, il trouve sur une cuisse un groupe d’ulcérations qui le confirment dans son impression première. Bref, il prescrit l’iodure. Quinze jours plus tard, disparition de la tumeur.

En l’espèce, le diagnostic repose et ne saurait reposer que sur des commémoratifs précis relativement au début de la tumeur. Et, en effet, le kyste sébacé est une lésion chronique par excellence, qui met non pas des mois, mais des années à se développer ; tandis que, par rapport à lui, la gomme est une lésion relativement aiguë.

Au besoin, le traitement spécifique servirait de critérium. Mais il sera bien rare qu'on ait l’obligation d’y avoir recours.

III. — Cancer. — Bien plus commune est la confusion de la gomme avec le cancer.

Celle-ci, d’abord, est parfois intentionnelle, volontaire. C’est elle qui fait la fortune de tous les guérisseurs du cancer a sans opération et sans récidive », qui s’affichent à la quatrième page (et quelquefois même, de nos jours, en première page) des journaux politiques. Pour ces charlatans, une guérison (avec certificat et photographie à l’appui) d’une tumeur gommeuse effrontément taxée de cancer est une aubaine à exploitation lucrative (1).

(1) Exemple du genre. — Une jeune femme entre dans mon service de Saint^Louis pour une tumeur du sein, sur la nature de laquelle on hésite d’abord, mais que nous finissons, mes collègues et moi, par considérer comme une gomme. Le traitement est institué en ce sens, lorsque tout à coup et à notre grande surprise la malade quitte brusquement l’hôpital.

Deux ou trois mois plus tard paraît dans plusieurs journaux politiques un article annonçant la merveilleuse guérison, par le traitement anti-cancéreux du Dr X, d'une tumeur du sein diagnostiquée cancéreuse par les médecins et chirurgiens de l’hôpital Saint-Louis.

Les choses en étaient là lorsque notre malade nous revint à propos d’une mani-

DIAGNOSTIC

Page 1