CARACTÉRISTIQUE GENERALE
Aussi bien, comme conséquence naturelle, laissent-elles toujours (ou bien peu s’en faut) traces de leur passage sur la peau, et cela sous forme de cicatrices permanentes ou même d’entamures, de destructions et de mutilations locales.
Inutile donc d’ajouter que, par opposition surtout avec les syphilides secondaires, elles réalisent des lésions toujours plus ou moins sérieuses, souvent importantes, et parfois même graves ; — comme aussi, à un autre point de vue, des lésions infiniment plus durables que les syphilides secondaires, chroniques même assez souvent.
3° Troisième différence, celle-ci de modalité objective : A l’inverse des syphilides secondaires qui sont le plus souvent polymorphes, les syphilides tertiaires sont des dermatoses monomorphes ; — c’est-à-dire constituées dans tout leur ensemble par des éléments éruptifs de même ordre, tous semblables de l’un à l’autre (à la réserve de leur âge respectif), tous identiques comme modalité éruptive, tous relevant de l’entité anatomique dite tubercule cutané ou gomme cutanée.
Examinez une syphilide tertiaire et analysez-la dans ses divers éléments, souvent très multiples; toujours vous la trouverez composée par des lésions de même modalité éruptive, à savoir par des tubercules cutanés et rien que par des tubercules. Il pourra bien se faire que ces tubercules soient durs et secs ici , ramollis là, voire ulcérés ailleurs; mais cela n’est qu’affaire d’âge entre des lésions de même ordre, et le point essentiel à noter en l’espèce est que ces tubercules constituent seuls l’éruption, sans association avec aucune forme éruptive d’ordre différent. — L’éruption tertiaire est donc, comme on dit en langage dermatologique, monomorphe.
Or, on sait qu’inversement un caractère non pas, à coup sûr, constant, mais habituel des syphilides secondaires est de consister en des éruptions polymorphes, c’est-à-dire en des éruptions où se trouvent associés côte à côte des éléments éruptifs de modalités différentes (taches érythémateuses, papules sèches, papules érosives, lésions croûteuses, etc.).
De là, pour l’œil, une véritable différence d’allure objective, de physionomie , oserai-je dire, entre les manifestations cutanées de la syphilis à ses diverses étapes.
4° Ce sont des syphilides disciplinées comme groupement
éruptif, et cela à deux points de vue. Ainsi :
i. — D’abord, elles sont assujetties au groupement. C’est-à-dire que leurs éléments éruptifs, au lieu de s’éparpiller à longue distance les uns des autres, se rassemblent, se concentrent sur une région donnée. Et alors, tout naturellement, ils criblent cette région, en laissant indemnes les régions voisines. — Tandis que, tout au contraire, le propre des syphilides secondaires est de se disséminer sur de vastes territoires cutanés, de sorte que leurs éléments sont toujours plus ou moins distants les uns des autres.
SYPHILIDES TERTIAIRES.
Une comparaison traduira bien cette différence. La syphilide secondaire, c’est ce que produit un coup de fusil chargé à plomb sur une cible lointaine; — la syphilide tertiaire, c’est ce que produit sur cette cible un même coup de fusil tiré presque à bout portant, alors que les plombs n’ont pas encore divergé.
ii. — En second lieu, les syphilides tertiaires sont assujetties dans ce groupement à de certains dispositifs méthodiques, spéciaux , voulus , témoignant, si je puis ainsi parler, d’un génie éruptif spécial.
Ces dispositifs sont très divers, mais peuvent se ramener schématiquement aux cinq modalités suivantes :
1° Groupement en bouquet, dit encore en coup de plomb. Dans ce mode, les tubercules sont réunis à petite distance les uns des autres sur une surface d’étendue variable, telle qu’une pièce de 5 francs ou la paume de la main. Ils figurent exactement de la sorte ce que sont les unes à côté des autres les fleurs qui composent un bouquet.
Ce premier mode est de beaucoup le plus commun de tous.
2° Groupement en collier de perles. — Dans ce mode les tubercules sont groupés à la file suivant un trajet circulaire et régulièrement circulaire, en circonscrivant de la sorte une surface de peau saine. Ils représentent littéralement alors ce qu’est un collier de perles sur le cou d’une femme. Comparaison tellement exacte qu’elle s’impose.
Il est possible que ce collier éruptif soit incomplet et réduit aux deux tiers, voire à la moitié d’une circonférence.
3° En d’autres cas, mais plus rarement, le syphilome tertiaire se dispose sous forme d’une bande annulaire circonscrivant un centre sain. On dirait alors une bague.
Variable d’importance, cet anneau éruptif offre en général le diamètre d’une pièce de 2 ou de 5 francs, avee une largeur de 6 à
10 millimètres environ.
4° Bien plus commune que les deux précédentes, se présente en quatrième lieu la modalité éruptive en croissant, figurant un segment de cercle, une demi-lune.
Immédiatement je ferai remarquer qu’à cette modalité particulière se rattache un haut intérêt diagnostique, car elle relève de la syphilis bien plus souvent que d’autres dermatoses. S’il est, en effet, nombre de dermatoses qui se présentent sous la forme cerclée ou annulaire,
11 en est bien moins qui affectent la configuration en segment de cercle ou en croissant.
Ces croissants sont, d’ailleurs, variables quant au rayon des circonférences dont ils représentent un segment, c’est-à-dire plus ou moins incurvés. Ce sont tantôt des courbes de petit rayon (celui d’une pièce de monnaie) ; — tantôt des courbes plus étalées, comparables, par exemple, à ce que serait un segment détaché de l’écorce d’une orange; — tantôt des courbes à long rayon, voire à rayon considérable, etc.