‹ Traité de la syphilisChapitre 69 sur 256 · FORMES DIVERSES · texte numérisé non relu

FORMES DIVERSES

erreurs de divers ordres. Quelquefois on les a pris pour des indurations chancreuses « de récidive », témoignant, disait-on, d’une « infection nouvelle »; d’autres fois on en a fait des « tumeurs malignes ». Ainsi je me rappelle avoir eu trois fois l’occasion de m’opposer à des opérations qui avaient été proposées contre des lésions de ce genre réputées de « mauvaise natüre ».

II. Forme lamelleuse. — Dans une autre forme, notablement plus rare, ces infiltrats gommeux se présentent sous un aspect différent. Au lieu de constituer un noyau sphéroïdal, ils s’étalent en surface et prennent une forme aplatie, lamelleuse. Ils figurent alors de véritables nappes d’induration, nappes arrondies, ovalaires ou elliptiques, tantôt minces comme un jeton, comme une pièce d’argent, tantôt un peu plus épaisses, plus renflées, comparables à une amande, mais toujours bien définies et bien délimitées de frontières.

C’est le plus habituellement sur la surface du gland que l’on rencontre les lésions de cette dernière forme. Ce qu’on observe alors consiste en ceci: un ou deux disques d’induration interstitielle de la muqueuse, disques de l’étendue d’une pièce de 50 centimes ou d’un franc, bien circonscrits, très légèrement surélevés, et offrant au toucher la rénitence parcheminée, dite « en carte de visite ».

D’autres fois, ce disque d’induration se localise exclusivement au niveau du méat. Dans ce cas, le sommet du gland se présente légèrement boursouflé, dur, voire très dur au toucher, avec une coloration d’un rouge brun sombre, presque vineux. Accolées et pressées l’une contre l’autre, les lèvres du méat ne s’entr’ouvrent qu’incomplètement et permettent à peine d’apercevoir l’urèthre dont la muqueuse est purpurine.

D’autres fois encore, Riais bien plus rarement, l’induration diffuse sur une grande partie du gland (la moitié, les deux tiers, les trois quarts), voire sur le gland tout entier, en constituant à sa surface une sorte de blindage , de cuirasse. L’extrémité du pénis, tout en conservant sa forme normale, présente alors au toucher une rénitence extraordinaire ; et telle est même parfois la dureté du gland qu’on le dirait coiffé d’une calotte cartilagineuse. Je me souviens qu’un de mes clients, dont le gland était affecté de la sorte, qualifiait sa verge du nom de « verge en bois ».

III. Forme diffuse. — Enfin, dans une dernière forme, qui ne mérite qu’une simple mention en raison de sa grande rareté et qui, d’ailleurs, n’est sans doute qu’une forme compliquée de lymphangite, l’infiltration gommeuse se présente à l’état diffus, c’est-à-dire sans frontières bien déterminées. Elle se confond avec une sorte de bouffissure lymphangitique des tissus voisins.

Cette forme réalise un état des plus singuliers du prépuce, connu vulgairement, en stylo d’hôpital, sous le nom de prépuce en ballon de

GOMMES DE LA VERGE

caoutchouc, et se caractérisant comme il suit : verge en phimosis, renflée en massue à son extrémité; — prépuce fortement tuméfié, épaissi, infiltré en masse, devenu rigide, et figurant autour du gland une sorte de coque dure, tout à fait comparable comme rénitence à ce qu’est une poire de caoutchouc.

Telles sont les formes diverses que sont susceptibles d’affecter les infiltrats gommeux de la verge à leur période de crudité. Voyons maintenant ce qu’ils deviennent au delà.

D’abord, ils. subsistent en l’état un certain temps, des semaines pour le moins, quelquefois deux, trois et même quatre mois. Puis, à la façon de toutes les productions gommeuses, ils s’érodent en surface, s’ulcèrent, s’étendent et se creusent à la fois, pour aboutir à leur phase terminale qui est l’ulcère gommeux.

Ici doit trouver place une particularité de détail n’ayant en soi rien de bien important, mais assez curieuse pour mériter mention, d’autant qu’elle est très peu connue, non décrite même, je crois, et que je l’ai vue plusieurs fois « intriguer », voire dérouter quelques médecins. La voici.

Au lieu de s’ouvrir largement et en surface, suivant le mode usuel, il arrive parfois que le nodule gommeux pénien se perce à son centre d’un tout petit cratère, et que l’ulcération se propage de ce cratère extérieur au centre de la tumeur sous forme d’un fin canalicule semblant percé à la vrille, c’est-à-dire à la fois étroit et profond ;

— étroit au point de ne pas dépasser le calibre d’un stylet de trousse ;

— profond au point de mesurer 5, 6, 8 et même 10 millimètres. On dirait une sorte de puits microscopique creusé dans la tumeur, d’où le nom d’ulcération gommeuse putéiforme donné quelquefois à cette singulière lésion. — Les choses restent ainsi quelques jours au minimum, une semaine plus souvent, puis le processus ulcéreux envahit ensuite tout le nodule.

Variété du genre. — Sur les gommes étalées, lamelliformes, ces perforations putéiformes peuvent être multiples, au nombre de deux, de trois, voire de quatre. Exemple: j’observais récemment sur un de mes clients une plaque gommeuse du prépuce qui, large comme une grande amande, présentait quatre petits cratères creusés en trous de vrille. L’aspect de cette lésion ainsi criblée de petits trous était vraiment étrange.

Mais reprenons notre sujet dont la digression précédente nous a quelque peu écartés. — Lorsque, d’une façon ou d'une autre, la destruction du nodule gommeux s’est accomplie, reste une perte de substance qui constitue Y ulcère gommeux .

Ici comme ailleurs, cet ulcère se présente avec la série des caractères qui confèrent aux lésions de cet ordre un aspect si éminemment distinctif et qu’il suffira de rappeler sommairement, à

PÉRIODE ULCÉREUSE.

savoir : ulcération bien circonscrite ; — généralement orbiculaire de contour; — à bords entaillés dans un bloc de tissus durs; — creuse, et remarquablement creuse par rapport à sa petite surface; — à fond bourbillonneux ou tapissé d’une bouillie crémeuse et jaunâtre ; etc., etc.

Constituées de la sorte, les lésions gommeuses de la verge sont variables comme importance de lésions , c’est-à-dire comme étendue de surface et comme degré d’entamure des tissus. Ainsi :

1° Le plus souvent, ce sont de petits ulcères, larges comme une pièce de 20 centimes, ou même plus réduits encore et ne dépassant pas le diamètre d’une lentille. — Mais, en d'autres cas, ces ulcères gommeux péniens offrent une surface comparable à celle d’une pièce de 50 centimes ou même d’un franc, proportions qu’ils n’excèdent qu’exceptionnellement.

2° En revanche, ce sont presque toujours (je ne dis pas toujours et pour cause, comme on en jugera dans un instant) des ulcères creux, remarquables par une forte entamure des tissus, souvent même creusés en puits , en géode. Exemples :

Un de mes malades offrait sur la face supérieure du gland cinq ulcérations, dont trois notablement creuses, qui auraient pu contenir dans leur excavation un pois de grosseur moyenne.

Un autre présentait au niveau de la rainure glando-préputiale une ulcération unique tout à fait singulière de par son caractère putéiforme. L’orifice de cette curieuse lésion ne dépassait guère 4 à 5 millimètres comme diamètre, tandis que sa profondeur, mesurée au stylet, atteignait au moins 1 centimètre. C’était donc, littéralement, un véritable puits creusé dans les tissus.

Parfois encore (et cela sans qu’on puisse les taxer de phagédéniques) ces ulcères sont bien autrement excavés. Ainsi :

Deux de mes clients, affectés de syphilis depuis quatre et dix ans, présentèrent d’abord, au niveau de la couronne du gland et de la rainure, de gros blocs d’infiltration comparables à des noyaux d’abricot, puis, dans une période ultérieure, des ulcérations cupuliformes très profondes qui auraient certes pu contenir une moitié de prune.

Dans un autre cas, j’ai vu une ulcération de même ordre constituer, au niveau de la rainure, une véritable caverne creusée au centre d’un bloc d’induration du volume d’une noix , sans exagération. Cette caverne, cette géode mesurait, très exactement, 1 centimètre de diamètre comme largeur de cratère, et 14 à 15 millimètres comme excavation. On y eût facilement logé une cerise.

Conséquences. — Les conséquences de ces lésions ne sont pas, en général tout au moins, celles qu’on pourrait redouter d’après l’aspect des parties au moment de leur ulcération. Cela, d’abord, en raison de l’influence énergiquement et rapidement curative qu’exerce

GOMMES DE LA VERGE

l’iodure de potassium sur ces infiltrats gommeux ; — et, d'autre part, en raison de ce fait, que les entamures, les destructions apparentes qui se produisent en pareil cas se font surtout aux dépens, non pas des tissus physiologiques, mais des tissus morbides surajoutés, à savoir des dépôts gommeux. De sorte qu’après guérison les cicatrices sont beaucoup moins irrégulières, beaucoup moins déprimées qu’on ne pouvait le craindre; parfois même (cela, vraiment, est fait pour surprendre) elles ne sont que peu apparentes.

Deux résultats sérieux sont seulement à redouter pour certains cas, à savoir :

1° Au cas d’ulcération et de destruction du méat uréthral , atrésie cicatricielle consécutive, presque inévitable, ne faisant que s’accroître par rétraction modulaire et finissant par exiger une intervention chirurgicale.

2° Au cas d’ulcération térébrante se produisant au voisinage de l’urèthre, perforation possible du canal et, alors, fistule urinaire consécutive.

Sur un des malades précités, une large ulcération gommeuse du méat et de la face inférieure du gland fut longtemps considérée comme chancre simple et traitée comme tel, sans aucun résultat. Elle aboutit à perforer l’urèthre sur plusieurs points; si bien qu’à l’époque où je le vis pour la première fois, ce malade urinait, indépendamment du méat, par quatre (si ce n’est même cinq) petites fistulettes creusées dans l’épaisseur du gland et à trajet sinueux que le stylet ne pouvait suivre.

Intéressantes déjà à titres divers, les gommes du pénis se recommandent encore à l’attention par deux particularités des plus inattendues et des plus singulières, sur lesquelles j’ai devoir maintenant d’appeler l’attention. A savoir :

I. — Localisation fréquente de ces gommes péniennes sur le siège même de l’accident initial, du chancre. — C’est-à-dire que souvent ces gommes font élection de siège sur le point même où, au début de l’infection, s’est produit le chancre.

D’abord et avant toute discussion, ce fait même est-il avéré, certain, authentique? Oui, et cela de par trois ordres de témoignages que je dois produire, car on l’a discuté, voire révoqué en doute. A savoir:

1° De par les témoignages des malades. Nombre de fois j’ai entendu en pareille occurrence certains .de mes clients, gens intelligents et observateurs de leur personne, me dire : « C’est étonnant, docteur, voici une plaie qui vient de se produire juste à l’endroit où était mon chancre, exactement là (je m’en souviens très bien) où j’ai été contagionné pour la première fois ».

2° De par certaines observations médicales, où le siège du chancre a été mentionné par écrit. Exemple : Un de mes clients a été affecté

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