INFLUENCES LOCALES
avec paludisme; — alcoolisme et surmenage de tel ou tel ordre; — surmenages de divers ordres combinés, etc. — Un seul exemple suffira à servir ici de témoignage.
Un de mes clients avait sur les bras la lourde charge d’une très importante maison de commerce qui exigeait de lui une activité considérable. D’autre part, c’était un mondain par excellence, grand ami des plaisirs et des femmes. Travaillant ferme de jour, il s’amusait ferme de nuit. Grâce à sa vigoureuse constitution, il résistait allègrement à cette double fatigue, quand il vint à contracter la syphilis. En dépit de tous les avertissements qui lui furent alors donnés, il continua cette même vie. « Prenez garde ! Cela finira mal. », lui répétai-je maintes fois. Et, en effet, cela finit mal ; car, trois ans après le début de l’infection, il aboutit à une pseudo-paralysie générale qui l’emporta rapidement.
Influences locales. — Au nombre des conditions de terrain propres à servir d’appel au tertiarisme, il n’est pas que des influences d’ordre général, telles que celles dont il vient d’être question jusqu’ici. Des influences d'ordre local peuvent aussi, quoique beaucoup plus rarement, agir dans le même sens. Quelques mots à ce sujet.
On a eu maintes fois la preuve que des organes antérieurement touchés par une maladie quelconque, tarés de n’importe quelle façon? infériorisés quant à leur vitalité propre, peuvent constituer des sièges de prédilection pour les décharges diathésiques de tout ordre. De là est née la théorie célèbre, trop célèbre pour que j’aie à la développer ici, des loci minoris resistentiæ.
Je sais qu’on a souvent abusé de cette théorie pour lui rattacher des faits qu’elle ne saurait expliquer. Mais n’importe. Elle reste vraie pour nombre de cas, notamment en ce qui concerne la question actuelle. C’est ainsi qu’on a vu le tertiarisme se porter avec une préférence incontestable sur des organes à antécédents pathologiques divers, par exemple, sur des testicules éprouvés par des causes morbides antérieures (épididymite traumatique) ; — sur des ganglions entretenus à l’état d’irritation permanente par un état lymphatique ou scrofuleux ; - — sur des os ayant subi un traumatisme ou une fracture, etc.
Deux exemples. — Le professeur Yerneuil a relaté le cas d’une gomme tibiale qui survint, à l’âge de 27 ans, sur le siège même d’un ancien abcès périostique, datant de l’âge de 7 ans.
Un de mes malades, syphilitique depuis dix ans, fut affecté simultanément d’une exostose tibiale et d’une exostose claviculaire, celle-ci localisée sur le siège d’une ancienne fracture comminutive par coup de feu.
Dans le même ordre d’idées, il paraît rationnel d’imputer une part, dans les déterminations hépatiques de la syphilis qui sont assez com-
ÉTIOLOGIE DU TERTIARISME.
munes chez les buveurs, à l’état de congestion chronique qu’entretiennent sur le foie les abus d’alcool.
En tout cas, un autre exemple de même ordre — et celui-ci absolument formel du fait seul de son excessive fréquence — nous est offert par ce que nous observons si fréquemment sur les membres inférieurs des sujets affectés de varices. Très certainement, les varices servent de provocation, de cause d’appel aux syphilides et aux infiltrations gommeuses de ces membres ; car il est extrêmement commun, je le répète, il est courant de rencontrer des ulcérations tertiaires sur les jambes de malades variqueux. — J’ajouterai, ce qui ne sera pas fait pour étonner, que non seulement les varices préparent ces invasions gommeuses, mais que, de plus, elles entretiennent, voire éternisent parfois les ulcérations qui en dérivent.
Un troisième groupe étiologique comprend nombre de causes extérieures susceptibles de servir d’incitations au tertiarisme.
Le type, le prototype du genre est l’influence du tabac sur les lésions tertiaires de la bouche et de la langue tout spécialement.
La lésion, dite glossite scléreuse, constitue certainement une conséquence fréquente de l’excitation déterminée par le tabac sur la langue des sujets syphilitiques. — C’est là un point sur lequel j’aurai l’occasion de revenir en détail et que Ricord, pour le dire immédiatement, avait signalé de vieille date.
En second lieu, figure ici le traumatisme qui, d’une façon indiscutable, a servi maintes fois d’origine, de prétexte à des explosions tertiaires de modalités diverses et parfois des plus curieuses, comme on va le voir.
D’abord, très nombreuses sont les observations relatives à des traumatismes osseux ayant déterminé in situ des exostoses, et des exostoses non pas simplement inflammatoires, mais spécifiques, dûment spécifiques, et justiciables du traitement antisyphilitique. Exemple : Un de nos confrères tombe de plusieurs mètres de hauteur et se fait à la jambe droite, inférieurement, une très violente contusion ; quelque temps après, invasion d’une exostose très volumineuse de la malléole interne et de tout le quart inférieur du tibia ; traitement spécifique, suivi d’une guérison rapide.
Mais voici qui est plus surprenant et non moins authentique. Des traumatismes ont parfois servi d’origine à des explosions gommeuses cutanées. Exemple : un homme, syphilitique depuis dix ans, est renversé par une voiture qui lui passe sur la jambe gauche et fait là une vaste plaie contuse. Tout aussitôt après la formation de la cicatrice, apparition d’une syphilide gommeuse qui couvre une partie de la jambe antérieurement et latéralement.
Deux autres cas de même ordre sont encore à citer. L’un, dû au D1 L. Thomas, se résume en ceci : Fracture du tibia sur un sujet syphilitique ; consécutivement, invasion de gommes au niveau de