INFLUENCES LOCALES
la fracture. — L’autre, relaté par le Dr H. Petit, est encore plus curieux : Luxation de l’épaule, survenue sur un vieillard de quatrevingt-sept ans ; tentatives infructueuses de réduction. Quelque temps après, un vaste foyer de syphilides tuberculo-croûteuses envahit le moignon de l’épaule. — A noter au passage que, sur ce malade, l’infection remontait à soixante-sept ans!
Des accidents de même ordre ont été observés pour le testicule , comme en témoignent plusieurs exemples relatés dans la science sous le nom de « sarcocèle plastique ou sarcocèle scléro-gommeux consécutif à des contusions de l’organe ». Pour ma part, j’ai dans mes notes le cas suivant :
Un homme était atteint de syphilis depuis deux ans, lorsqu’un jour, en jouant avec ses enfants qui dansaient sur ses genoux, il reçut de l’un d’eux un violent coup de pied dans les bourses. Survint immédiatement une tuméfaction douloureuse des deux testicules ; au delà, tuméfaction progressivement croissantè, mais aphlegmasique et indolente, des deux organes, qui arrivèrent l’un et l’autre à prendre le volume de très gros citrons. L’un d’eux resta à l’état de sarcocèle plastique et dur; mais l’autre, après adhérence à la peau, s’ouvrit et évacua une série de bourbillons gommeux.
On a vu de même, et par une pathogénie identique, des irritations ou des lésions cutanées très diverses ( brûlures , vésicatoires , dermatoses, etc.) servir d’appels locaux au tertiarisme.
Quelques exemples :
Un forgeron est brûlé au sternum par projection d’un fer de cheval incandescent. A peine la brûlure était-elle en réparation cicatricielle qu’autour d’elle se forma un foyer de syphilides tuberculo-croûteuses.
Un client du Dr Barthélemy se laisse tomber sur la cuisse gauche une bouillotte remplie d’eau très chaude. La brûlure suit une marche normale tout d’abord. Mais, quelques semaines plus tard, il se fait, in situ, sur toute la région antérieure delà cuisse, une invasion de syphilides tuberculeuses.
Cazenave a relaté l’observation d’un syphilitique qui, s’étant appliqué un vésicatoire sur le bras pour une douleur à ce niveau, vit apparaître en ce point un semis de syphilides ulcéreuses.
J’ai vu, sur un malade affecté de syphilis depuis huit ans et, de plus, paludique, des foyers de syphilides gommeuses profondément ulcératives se constituer sur l’une et l’autre cuisse, exactement au niveau des points où avaient été pratiquées des injections de sulfate de quinine.
De même encore pour les traumatismes sanglants. Plusieurs fois des plaies de ce genre ont dégénéré en de véritables ulcères spécifiques. Il est même arrivé, en pareille occurrence, qu’on a dépisté, de par l’objectivité spéciale de ces plaies « dégénérées », des syphilis dont les malades ne parlaient pas. Exemple curieux :
Traité de la syphilis. — Tome II, 2
ÉTIOLOGIE DU TERTIARISME.
« Une femme de 46 ans fait une chute, dans laquelle son bras droit passe à travers un carreau. Blessure grave; forte entaille à l’avant-bras, d’au moins 15 centimètres de longueur. — Pansements. — La plaie n’ofîre aucune tendance à la guérison et même revêt une mauvaise allure. — A ce moment, un médecin est tellement frappé de l’aspect insolite de cette plaie ulcéreuse, à fond pultacé, grisâtre, à bords violacés, livides, irréguliers, et entourés d’une rougeur cuivrée, qu’il ne peut s’empêcher de dire à la malade : « Mais, madame, vous avez eu la vérole ! » En effet, après dénégations multiples, cette femme, pressée de questions, finit par avouer une syphilis remontant à 21 ans, pour laquelle elle a été traitée à l’hôpital de Lourcine » (1).
De même des plaies opératoires ont quelquefois subi des dégénérescences de cet ordre. Si bien qu’il est devenu de règle en chirurgie de ne pratiquer sur les sujets syphilitiques des opérations qui peuvent être différées qu’à échéance plus ou moins distante des dernières manifestations spécifiques et après une nouvelle série de traitements ayant pour objectif de prévenir des décharges diathésiques sur le champ opératoire.
Cette précaution, certes, est très légitime, et loin de moi l’intention de lui adresser la plus légère critique. Je ne me permettrai à ce propos qu’une remarque d’ordre général. C’est qu’à coup sûr on a fort exagéré la fréquence de ces retentissements possibles de la syphilis sur les traumatismes d’ordre quelconque. Certes oui, ce retentissement peut se produire, et je viens d’en citer des témoignages authentiques ; mais, en réalité, il ne se produit que d’une façon rare. Je l’ai vu faire défaut sur quantité de mes malades à propos d’accidents de tout ordre, légers, moyens ou graves, voire très graves, tels que les suivants : blessures diverses, coups d’épée, coups de feu, fractures, fractures comminutives et exposées, luxations, amputations, kélotomie, etc., etc. Ce fait, d’ailleurs, avait déjà frappé Ricord qui, non sans raison, a pu dire : « Il ne faudrait pas se représenter le syphilitique comme une outre virulente qu’il suffirait de piquer en un point pour en faire sortir un virus qui va corroder et ulcérer ce point. » La vérité, donc, en l’espèce, est dans une juste mesure qui peut, je crois, se traduire ainsi : Possibilité indéniable, pour une plaie quelconque affectant un sujet syphilitique, de subir l’influence de la diathèse et de dégénérer en une plaie syphilitique; — mais rareté de telles dégénérescences.
Reste encore, au nombre des causes extérieures susceptibles de susciter le tertiarisme, à signaler le froid.
Il ne paraît guère douteux que l’impression directe du froid sur certaines muqueuses (muqueuse nasale, gutturale, laryngée) ne soit une cause de localisation du tertiarisme sur ces divers points.
On a remarqué plusieurs fois la fréquence particulière des lésions
(1) H. Petit, De la syphilis dans ses rapports avec le traumatisme, thèse de Paris, 1875.