‹ Traité de la syphilisChapitre 71 sur 256 · I. — Pas d’adénopathie symptomatique · texte numérisé non relu

I. — Pas d’adénopathie symptomatique

II. — Spontanéité de la lésion (ressortant quelquefois des déclarations du malade).

III. — Induration initiale ; — érosion consécutive, et souvent à long tei'me.

IV. — Coïncidence possible avec d’autres manifestations d’ordre tertiaire.

V. — Consécutivement, rien qui ressemble à l'explosion secondaire.

Évolution, durée. — L'évolution des gommes péniennes est calquée à tous égards sur celle des gommes de tout siège, et se résume en ceci : début insidieux et restant souvent ignoré ; — développement lent et torpide, aphlegmasique, indolent, sans réaction locale, sans retentissement ganglionnaire ; — plus tard, ulcération, etc.

Quant à la durée, elle est absolument variable suivant l'intervention du traitement. Inutile, en effet, de rappeler que les gommes sont des lésions généralement dociles à la médication spécifique.

Récidives. — J'en compte 8 cas dans mes notes, sur 151 ma-

COMPLICATIONS. SYPHILOME HYPERTROPHIQUE DIFFUS. 207

lades ; — chiffre peu élevé sans doute, mais encore surprenant, me semble-t-il.

Ces récidives peuvent être multiples. Sur un de mes malades il s'est fait, en l'espace de deux ans, jusqu'à cinq invasions de lésions gommeuses sur le pénis.

Elles sont, en général, peu distantes les unes des autres chronologiquement (de quelques mois à trois ans).

Elles se produisent, en général, sur des points différents (à savoir, par exemple, gland, puis rainure; — rainure, puis gland; — scrotum, puis rainure, etc.); — quelquefois aussi sur un même département de la verge.

Dans un cas des plus curieux, qui mérite vraiment d'être cité, j'ai vu une récidive se faire deux fois de suite au siège même de l’invasion première, à savoir sur la couronne du gland ; — et ce qu'il y a d étonnant, c'est que deux fois le syphilome de retour a pris l'aspect du chancre induré « le plus normal, le plus typique ». Quelle aubaine pour les partisans de la réinfection syphilitique, qui auraient pu voir là un exemple de trois syphilis itératives sur le même sujet!

Complications. — Les gommes péniennes ne sont pas exemptes des complications banales qui peuvent sévir sur toutes les lésions ulcéreuses de la verge, telles que : inflammation de voisinage, balanoposthite, lymphangite, phimosis, paraphimosis, érysipèle, gangrène, etc. Mais elles ne les subissent que d'une façon rare, presque exceptionnelle, en rapport avec leur état aphlegmasique habituel, indolent et torpide; et, de plus, elles ne les subissent jamais que par le fait de causes d'irritation surajoutées (pansements excitants, absence de pansements, incurie, malpropreté, cautérisations, fatigues, alcoolisme, etc.).

En revanche, elles sont sujettes à deux complications d'un autre ordre et d'importance majeure qu'il me reste à étudier.

I. — Syphilome hypertrophique diffus. — Étrange lésion, (pie nous avons déjà rencontrée en des sièges divers et qui peut également se produire à la verge, au voisinage et comme épiphénomène des lésions gommeuses.

A la verge, elle se traduit de la façon suivante :

1° D'une part, déformation de l'organe, avec exagération de volume plus ou moins considérable, voire monstrueuse et quasi éléphantiaque en quelques cas.

Ainsi, . d'abord, la verge se présente absolument modifiée de volume et de forme à la fois, comparable soit à un gros boudin, soit (suivant une expression familière aux malades) à un « saucisson », soit à un battant de cloche. Quelquefois même elle se présente transformée en un bloc charnu tout à fait indescriptible, amorphe, triangulaire, à base inférieure renflée en oignon, voire en orange. —

GOMMES DE LA VERGE

Exemples : Dans trois cas qui me servent à cette description, la verge avait pris les formes suivantes : pour l’un, celle d’un gros boudin, qui dépassait comme masse le volume des bourses (V. musée de Saint-Louis, pièce n° 1109, Coll, génér.); — pour le second, celle d’un énorme saucisson, mesurant 17 à 18 centimètres de longueur, sur 6 à 9 centimètres de diamètre transverse ; — pour le troisième, celle d’un battant de cloche dé 15 centimètres de hauteur, terminé inférieurement par un énorme renflement comparable à une orapge (.12 centimètres exactement de diamètre, mesurés au compas d’épaisseur).

2° D’autre part, l'organe ainsi déformé et parcouru par des plicatures et des bourrelets absolument fantaisistes, présente comme consistance des modalités diverses et curieuses, variables suivant les points. Ici, plaques dures, épaisses, étalées en nappe, et répondant très certainement à des infiltrations néoplasiques diffuses; là, rien autre qu’une tuméfaction mollasse, qu’une sorte de bouffissure générale des tissus et de la peau en particulier. Ainsi, dans l’une de mes observations, il est dit que les téguments de la verge se présentaient « avec un état d’épaississement lardacé tellement considérable qu’ils donnaient la sensation d’une hypertrophie cutanée éléphcintiaque ». — A noter que cette bouffissure est différente de l’œdème en ce qu elle ne s'affaisse pas sous la pression et ne conserve pas la cupule caractéristique des infiltrations œdémateuses.

Du reste, peu ou pas de modification des téguments comme couleur; — pas d’éréthisme local, pas de douleurs, et surtout pas de troubles sympathiques. — Nulle réaction sur l’organisme, si ce n’est celle de l’influence morale qui résulte parfois de telles lésions, vraiment alarmantes par leur aspect extraordinaire.

Que deviendrait ce syphilome hypertrophique abandonné à son évolution propre? Cela, je l’ignore et pour cause. Mais ce que j’ai appris par expérience, c’est que ladite lésion est plus effrayante que réellement grave. Traitée, je l’ai toujours vue s’amender et guérir. Seulement, elle ne guérit que lentement, torpidement, si je puis ainsi parler ; ou, pour mieux dire, elle subit du traitement une amélioration immédiate assez rapide, puis, au delà, elle ne rétrocède plus, quoi qu’on fasse, que d’une façon traînante; elle semble s’immobiliser, et, au total, elle persiste plus ou moins atténuée pendant un temps fort long (des années quelquefois), sous forme d’une sorte de bouffissure mollasse et flasque des téguments.

Pour deux des trois cas en question, cette lésion était le produit de vieilles syphilis remontant l’une à seize ans et l’autre à quarantecinq ans. Pour le troisième, la date d’infection initiale restait impossible à préciser.

II. — Phagédénisme. — Inutile de dire que c’est là, par excellence, la complication grave des lésions gommeuses péniennes. — Je

LÉSIONS TERTIAIRES DE l’üRÈTHRE.

ne ferai cependant que la signaler ici à sa place, devant lui consacrer bientôt un chapitre spécial. Mais, dès à présent, je signalerai à son propos deux considérations d’importance majeure, qui sont les suivantes.

1° Le phagédénisme est loin de constituer une complication rare pour les lésions tertiaires de la verge. J’en compte 10 cas dans ma statistique, ce qui donne une proportion de plus de 6 cas pour 100 (exactement, 6,6 p. 100). Or, je dois placer ici une double remarque : c’est, d’abord, que je n’ai introduit dans cette statistique que des cas de phagédénisme accompli, avéré, confirmé, en ayant soin d’exclure les cas de phagédénisme simplement menaçant ou ébauché; — c’est, en second lieu, que cette statistique porte exclusivement sur des malades de ville, naturellement plus épargnés par cette complication que les malades d’hôpital pour toutes sortes de raisons. Il est donc bien certain que ce chiffre de 6,6 p. 100 subirait une notable majoration dans une statistique portant sur une autre catégorie de malades. — C’est dire le danger que comportent à ce point de vue les lésions gommeuses de la verge.

2° Il est actuellement bien établi que les phagédénismes génitaux dérivent , pour la grande majorité des cas, de lésions sgphilitiques tertiaires, et cela bien plus souvent que du chancre simple.

Une opinion précisément inverse avait cours autrefois. On croyait et l’on professait que les grands phagédénismes génitaux relèvent presque exclusivement du chancre simple. C’était là une erreur grave, éminemment préjudiciable aux malades que l’on traitait ainsi pour des phagédénismes chancreux, alors qu’ils étaient affectés de phagédénismes tertiaires. Il importe donc essentiellement que la vérité clinique soit rétablie sur ce point.

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