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URÈTHRE

Les lésions tertiaires de l’urèthre sont très peu communes. J’en compte 19 cas seulement dans ma statistique de ville, portant sur 151 affections tertiaires de la verge.

J’ajouterai tout aussitôt que ces lésions n’ont presque jamais pour siège que Y extrémité pénienne de l’urèthre, dans une étendue variable entre 1 , 2 et 3, 4, 5 centimètres au plus. Pour l’énorme’ majorité des cas, elles ne dépassent même pas la région balanique. On a donc pu dire avec raison que, « réserve faite pour certains cas exceptionnels, la syphilis tertiaire se désintéresse de l’urèthre dans ses régions moyenne et postérieure. »

L’urèthre est envahi de deux façons par la syphilis tertiaire, à savoir : soit secondairement, c’est-à-dire à la suite de lésions de voisinage et par continuité de tissus : — soit primitivement et d’une

Traité de la syphilis. — Tome II. 14

LÉSIONS TERTIAIRES DE l’uRÈTHRE.

façon autochtone , si je puis ainsi parler, c’est-à-dire par le fait de lésions nées dans le canal.

I. — De ces deux modes le premier est infiniment le plus commun ; et ce qui se produit alors est ceci :

Une infiltration tertiaire se condense au sommet du gland, soit au pourtour du méat, soit exclusivement sur l’une des lèvres du méat. Cette infiltration s’accroît, s’étend et pénètre dans le canal. Le plus souvent elle n’y dépasse pas 1 ou 2 centimètres d’avant en arrière; parfois cependant, à en juger par la dureté perçue extérieurement, elle remonte plus avant, jusqu’à 3, 4 et 5 centimètres. Tout le sommet de la verge devient alors le siège d’une dureté massive. Parfois même l’urèthre forme un prolongement à cette dureté sous forme d’une autre dureté en « manche de raquette », facilement perceptible au palper. Je l’ai vu plusieurs fois de la sorte constituer, à la face inférieure de la verge, un cordon cylindroïde très rénitent, comparable soit à un porte-plume, soit à une baguette de fusil, soit encore, suivant l’expression habituelle des malades, à un tuyau de pipe.

De deux choses l'une, alors : ou bien le processus ulcéreux, de forme relativement superficielle, se borne à éroder simplement la muqueuse, qui prend une teinte d’un brun foncé, d’un rouge ccincroïdien et sans aspect gommeux ; — ou bien il l’entame véritablement, la détruit, puis s’attaque après elle aux tissus sousjacents. Et alors, il creuse le méat à la fois excentriquement et en profondeur, puis pénètre dans l’urèthre en constituant une perte de substance en cône renversé ou, mieux, en entonnoir. Sur l’un de mes malades, le gland présentait de la sorte à son sommet une excavation conique figurant un véritable entonnoir, dont l’embouchure régulièrement circulaire offrait un diamètre de 1 centimètre pour le moins, et dont les parois ne mesuraient pas moins de 14 à 15 millimètres de hauteur.

‘ A dessein je spécifie derechef que ces infiltrats tertiaires du méat et de l’urèthre sont toujours remarquables par une grande dureté , dureté sèche, chondroïde, presque ligneuse, et, somme toute, identique de tous points à celle du cancroïde. Cela est essentiel à savoir pour ne pas être amené, de par le fait de cette dureté singulière, à confondre ces lésions simplement syphilitiques avec l’épithéliome.

Enfin, il va sans dire que, dans les cas où des lésions de ce siège sont devenues entamantes' et profondes, elles laissent à leur suite des brèches, des destructions du méat, voire des mutilations du sommet du gland. Encore n’est-ce pas tout; car, dans une étape ultérieure, presque invariablement une rétraction modulaire s’empare de telles cicatrices et aboutit à créer des atrésies de l’orifice uréthral, atrésies qui le plus souvent exigent à un moment donné une intervention chirurgicale.

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