SYPHILOME CYLINDROÏDE DE L’URÈTHRE
Sur ce malade, il se fit d’abord un infiltrât de la rainure glandopréputiale, lequel irradia bientôt sur le gland. Puis, l’urèthre se prit;
toujours vers la partie profonde de l’urèthre. — Finalement, le malade se décide à venir consulter M. le professeur Fournier le 18 avril 1896.
A son arrivée dans le service, on constate sur le gland la présence de trois syphilides luherculo -ulcéreuses à bords irréguliers et sinueux, comme taillés à pic, à fond sanieux et bourgeonnant, nullement douloureuses à la pression, légèrement indurées à leur pourtour. Elles sont isolées aujourd’hui, après avoir été longtemps confluentes, et au nombre de deux seulement. A côté d’elles on trouve des lésions plus anciennes, mais de même nature, et dont l’une est située sur la face inférieure du lobe droit du gland où elle est restée profonde et irrégulière.
Par leur ensemble, les lésions récentes et anciennes circonscrivent le méat urinaire qu’elles bouchent partiellement en le rétrécissant, après l’avoir dévié légèrement vers la gauche par l’hypertrophie de sa lèvre droite.
Du côté du canal de l’urèthre on trouve étendu depuis le frein préputial jusqu’à la partie la plus reculée du périnée un cordon dur , gros comme le médius , noueux en quelques points, mais surtout au niveau delà limite qui sépare l’urèthre scrotal de l’urèthre périnéal, où il présente un renflement dur, irrégulier, bosselé, atteignant le volume d’une grosse amande et occupant la paroi inférieure du canal. D’ailleurs, ce long cordon indure, ce syphilome diffus paraît surtout, sinon exclusivement, siéger dans la paroi inférieure du canal, autant qu’il est possible d’en juger par le palper. Du côté du périnée, on a la sensation d’une baguette de fusil enchâssée dans la paroi inférieure du canal.
Je pratique le cathétérisme explorateur et une bougie olivaire n° 12 est introduite à frottement jusqu’au périnée; à partir de ce point l’urèthre n’admet plus qu’une bougie n° 8. Point de sensation d’anneaux, mais plutôt celle d’une coarctation de plus en plus étroite, sans qu’on puisse établir nettement l’endroit où elle s’arrête dans la profondeur.
Ces lésions ne sont nullement douloureuses dans l’intervalle des mictions. Le malade éprouve seulement au niveau du gland une sensation de cuisson, due probablement au frottement des vêtements sur les ulcérations dont cet organe est le siège.
Pendant la nuit il s’éveille toujours une fois ou deux avec un pressant besoin d’uriner qui l’oblige à se lever immédiatement.
Le malade éprouve une douleur assez vive à la fin des mictions, au moment où se produit le spasme uréthral qui doit chasser les dernières gouttes d’urine.
Souvent même il évite, dit-il, cette poussée terminale autant qu’il le p s’épargner la douleur, et les dernières gouttes tombent alors dans le pan après la fin de la miction.
D’ailleurs celle-ci est a baveuse » ; de nombreuses gouttes se détachent du jet principal et tombent sur les souliers. La colonne d’urine s’éparpille plus ou moins en éventail.
Dans l’intervalle des mictions, l’urèthre laisse suinter d’une façon continue parle méat un liquide opalin qui agglutine les lèvres de l’orifice et tache légèrement le linge en jaune.
Le 18 avril, on prescrit comme traitement chaque jour: 2 pilules de proto-iodure de 5 centigrammes ; — 2 à 4 grammes d’iodure de potassium (progressivement) ; — bains, etc.
Sous l'influence de ce traitement, le malade s’améliore rapidement.
A la date du 29 avril, les lésions ont considérablement diminué de volume et d’étendue.
Les ulcérations du gland sont presque cicatrisées; — le cordon volumineux et induré de l'urèthre a diminué de moitié ; il n’est guère plus gros maintenant qu’un crayon ordinaire.
Cependant les mictions ne se font pas beaucoup mieux qu’auparavant.
Le 2 mai, l’amélioration continue ; le gros noyau induré primitif n’est guère plus volumineux maintenant qu’une petite fève; en quelques points l’induration n’existe plus. Le malade est satisfait de ses mictions dont le jet se régularise et qui ne sont plus douloureuses au moment du spasme. Il persiste seulement une très légère sensation de cuisson au moment du passage de l’urine.
Le 6 mai, le malade quitte le service àpeu près guéri complètement. Il persiste une
LÉSIONS TERTIAIRES DE l’üRÈTHRE.
dès le mois de mai 1895, il était déjà envahi depuis le gland jusqu'au scrotum, en même temps que l'infiltrat des parties extérieures dégénérait en ulcérations gommeuses de type serpigineux. Puis, la progression ascendante se poursuivit dans l’urèthre, et, quand nous vîmes le malade pour la première fois en avril de l'année suivante, l’état des parties était le suivant :
« Depuis le frein préputial jusqu’à la partie la plus reculée du périnée, l’urèthre forme un cordon dur , gros comme le médius, noueux en quelques points, noueux surtout au niveau de la limite qui sépare l’urèthre scrotal de l’urèthre périnéal, où il présente un renflement dur, irrégulier, bosselé, atteignant le volume d’une grosse amande et occupant la partie inférieure du canal... En outre, au niveau du périnée, on a la sensation d’une baguette de fusil enchâssée dans la paroi inférieure du canal.
« Une bougie olivaire n° 12 pénètre à frottement jusqu’au périnée. A partir de ce point, l’urèthre n’admet plus qu’une bougie n° 8.
« Suintement uréthral blennorrhoïde, tachant le linge en gris jaunâtre, mais assez léger. — Pas de douleurs dans l’intervalle des mictions; mais douleur assez vive au moment de l’expulsion des dernières gouttes d’urine. — Miction baveuse. La colonne d’urine s’éparpille plus ou moins en éventail et de nombreuses gouttes se détachent du jet principal. » (Glantenay.)
A l'instar de toutes les productions gommeuses, cet infiltrat cylindroïde de l'urèthre est exempt de tout symptôme réactionnel, inflammatoire ou douloureux. Mécaniquement, comme on vient de le voir, il peut déterminer quelques troubles de miction par la diminution de calibre qu’il inflige à l’urèthre ; mais ces troubles paraissent n’être en général qu’assez légers. C’est par exception seulement qu’ils avaient acquis dans le cas précité une intensité notable, en relation avec l’étendue considérable de l’infiltrat uréthral.
A noter enfin que la lésion s’accompagne en général d’un suintement uréthral blennorrhoïde, suintement léger ou sub-moyen, laissant
légère induration autour du noyau volumineux primitif; au voisinage du frein, on sent encore un petit nodule gros comme une lentille. Les ulcérations du gland sont cicatrisées, mais laissent percevoir encore une légère induration fibreuse. — Les mictions se font bien.
Le malade ayant quitté l'hôpital à l’improviste, le cathétérisme ne put être pratiqué au moment de sa sortie.
Réflexions : Le principal intérêt de cette observation réside surtout dans sa rareté.
L'un des travaux les plus importants sur la question est, à ma connaissance du moins, le mémoire publié parM. Albarran dans la Semaine médicale du 31 octobre. 1894. M. Fournier a fait connaître les trois premières observations probantes dans ses Leçons sur la syphilis tertiaire de 1875. Depuis, cinq autres observations ont été publiées par MM. Johnson, Zeissl, Browson, Harissonet M. Albarran.
On admet, en général, que les lésions tertiaires du canal peuvent se produire par deux processus. Des syphilomes ayant débuté au niveau du gland peuvent envahir consécutivement le canal, ou bien peuvent prendre naissance primitivement dans ce dernier. Le premier processus est d’observation relativement banale ; le deuxième tout à fait rare, et c'est à lui que paraît se rapporter le cas actuel. »