‹ Traité de la syphilisChapitre 77 sur 256 · SCLÉROSES CAVERNEUSES. — GOMMES PÉRI-CAVERNEUSES · texte numérisé non relu

SCLÉROSES CAVERNEUSES. — GOMMES PÉRI-CAVERNEUSES

I. — Bien que posée et discutée de vieille date, la question des syphilomes caverneux reste encore indéterminée, obscure, et cela même au point de vue anatomique.

Il est bien certain, d’une part, que l’on rencontre parfois sur des sujets syphilitiques (notamment sur des sujets syphilitiques âgés) des tumeurs caverneuses qui offrent toutes les apparences des gommes crues ou des scléroses spécifiques, et qu’on est bien tenté au premier abord de rattacher étiologiquement à la syphilis.

Ces tumeurs, en effet, pour en résumer l'histoire en quelques mots, se présentent sous forme de nodosités incluses dans les corps caverneux et adhérentes à leur enveloppe ; — nodosités affectant indifféremment l’un ou l’autre des corps caverneux ou même assez souvent l’un et l’autre; — rénitentes, dures, remarquablement dures et comme fibroïdes; — ovoïdes ou allongées « à la façon de balles de

SCLÉROSES CAVERNEUSES.

revolver » suivant le grand axe de la verge* — offrant le volume d’une aveline, d’une olive, d’un noyau de datte ou de pruneau, voire d'une petite datte ; quelquefois cependant plus considérables, car on en a vu (très exceptionnellement, à la vérité) qui mesuraient presque tout le segment pénien du corps caverneux ; — absolument indolentes, soit spontanément, soit même au toucher et à la pression ; — essentiellement insidieuses comme début, voire s’étant développées à l'insu des malades, qui s’en sont aperçus un beau jour par le simple fait d’un hasard; — et, enfin, se traduisant uniquement, comme troubles fonctionnels, par des déviations latérales ou des incurvations du pénis dans l’érection (ce que Ricord appelait plaisamment des strabismes de la verge).

Mais, d’autre part, ces lésions sont-elles bien de nature syphilitique ou même d’origine syphilitique? On se le demande, et vraiment il est plus que permis d’en douter d’après tout un ensemble de raisons que voici :

i. — C’est, d’abord, que ces singulières lésions n’évoluent pas à la façon des lésions syphilitiques, ne se conduisent pas à la façon des gommes. D’emblée elles sont ce qu’elles seront et resteront plus tard ; d’emblée ce sont des scléroses qui persistent à l’état de scléroses. Jamais on ne les voit évoluer à la façon des infiltrats tertiaires, c’est-à-dire se ramollir, s’ulcérer, s’évacuer. Jamais on ne les voit perforer leur enveloppe et faire issue au dehors, ce que font, par exemple, les gommes testiculaires.

il. — C’est, en second lieu, qu’elles sont presque invariablement insensibles à l’action des agents antisyphilitiques. De l’aveu général, le mercure et l’iodure, administrés même à doses intensives, n’exercent sur elles pour ainsi dire aucune action, du moins pour l'énorme majorité des cas.

iïi. — C’est, enfin, qu’elles sont absolument identiques comme symptômes, comme évolution et comme incurabilité, à des lésions de même siège qui se développent sur des sujets certainement indemnes de syphilis , et dont la raison étiologique, quelle qu’elle soit d’ailleurs (arthritis, goutte, diabète, blennorrhagie, traumatisme, sénilité, etc.)^ n’a rien à voir avec la syphilis.

Auquel cas il devient logique de se demander si les lésions en question, alors même qu’elles se développent sur des sujets syphilitiques, ne seraient pas pathogéniquement imputables à telle ou telle des causes que je viens de citer? En autres termes, ne seraient-elles pas des lésions d’ordre vulgaire, indépendantes de la syphilis et en relation purement accidentelle avec la syphilis ?

Problème encore non résolu quant à présent.

Il serait cependant exagéré, je pense, de récuser à la syphilis toute participation à la genèse de ces tumeurs caverneuses. Plusieurs fois, en effet, le critérium thérapeutique a paru témoigner en faveur de la

Page 1