LÉSIONS GOMMEUSES DE LA VULVE
livide d’aspect, et tellement dure au toucher qu’on l’eût dite transformée en un bloc de cartilage. Sur un point, elle commençait à s’entamer, en présentant là les caractères classiques de l’ulcère gommeux.
Sur une autre, le capuchon du clitoris et le clitoris lui-même étaient envahis par une infiltration de même ordre. Or, ces deux organes entièrement tuméfiés et déformés constituaient au sommet delà vulve une véritable tumeur, tumeur comparable comme volume à la dernière phalange du pouce et d’une extraordinaire dureté, d’une dureté véritablement cancroïdienne.
Je répète à dessein que, dans ces deux cas comme dans tous autres analogues, la lésion consistait, non pas en une tumeur localisée dans un district vulvaire, mais bien en une infiltration massive et totale de ce district. En l’espèce, c'est l'organe affecté qui lui-même fait lumeur\ voilà ce que je voudrais faire bien comprendre. — A ce point de vue, les infiltrations gommeuses vulvaires se rapprochent absolument de certaines lésions gommeuses du voile palatin que j’aurai bientôt à décrire et dans lesquelles c’est de même le voile lui-même qui fait tumeur.
Il est peu commun, au moins relativement, qu’on ait à constater les gommes vulvaires à leur période de crudité, c’est-à-dire de tuméfaction dure. Et cela parce qu’à cette période ces lésions n’éveillent encore ni douleurs, ni phénomènes inflammatoires, ni troubles fonctionnels d’aucun genre. Conséquemment elles n’inquiètent pas lesmalades ; parfois même elles passent inaperçues. Le plus habituellement on n’est appelé à les observer qu’à l’époque où elles ont commencé à s’ulcérer ou même se sont déjà ulcérées largement.
Un point remarquable, en effet, dans l’évolution ultérieure de ces infdtrations gommeuses vulvaires, c’est qu’une fois entamées de surface, elles continuent à s’ulcérer avec une rapidité singulière. Il en est de ces gommes de la vulve comme des gommes du voile palatin ; elles semblent se fondre, se détruire à vue d’œil. Elles se convertissent à bref délai en de vastes et profonds ulcères. Telle malade, qui, je suppose, n’éprouvait aucune souffrance il y a quelques jours et ne présentait que quelques « boutons durs à la partie », peut avoir aujourd’hui la vulve semée d’ulcérations plus ou moins creuses, plus ou moins étendues, voire presque menaçantes. Ce n’est pas, à coup sûr, que de telles lésions puissent être l’œuvre de quelques jours ; c’est que, préparées de longue date, elles ont abouti d’une façon sourde et presque latente au dernier terme de leur évolution. Précipitation apparente de ramollissement, voilà tout, mais ramollissement ne se produisant de la sorte que sur des tissus depuis longtemps malades, infdtrés, minés, dégénérés, en un mot déchus organiquement.
A cette période de leur évolution, ces lésions se présentent avec la
Traité de la syphilis. — Tome II. 15
physionomie usuelle des ulcères gommeux, c’est-à-dire, sommairement, sous l’aspect de plaies toujours plus ou moins creuses, voire parfois très profondes et descendant jusque dans la couche celluloadipeuse; — nettement entaillées de bords; — jaunâtres, crémeuses ou bourbillonneuses de fond ; — encadrées par une zone de tissus à infiltration dure ; — et reposant sur une base dont la rénitence est en relation avec l’épaisseur de l’assise d’infdtration encore subsistante.
En fin de compte, de ces ulcérations dérivent parfois des délabrements variés. C’est ainsi que l’on peut voir : les grandes lèvres échancrées sur leur bord libre ou sur leurs faces par des entaillures semblant faites à l’emporte-pièce ; — les petites lèvres crénelées, perforées, tantôt divisées transversalement, tantôt décollées sur leurs bords, tantôt presque complètement détachées, flottantes, et simplement appendues au capuchon clitoridien, d’autres fois encore réduites à l’état de moignons informes, ou même absolument détruites; — le capuchon du clitoris segmenté, rongé partiellement ou en totalité, laissant à découvert le clitoris qui, lui aussi (cela est plus rare), peut être ulcéré, tronqué à son sommet et comme décapité; — le méat uréthral creusé en entonnoir, évidé, élargi jusqu’à pouvoir admettre un dé à coudre ; — le tubercule uréthral décollé, comme disséqué, et pendant à l’entrée du vagin, etc., etc.; — toutes lésions qu’au premier abord on serait tenté de considérer comme phagédéniques, mais qui ne sont en réalité que la conséquence du ramollissement subi par des infiltrations gommeuses plus ou moins étendues, plus ou moins profondes. Le Musée de Saint-Louis surabonde en spécimens de ces curieuses lésions.
Tels sont les deux types sous lesquels se produisent les affections tertiaires de la vulve.
Pour en compléter la symptomatologie, il me suffira de dire qu’à l’instar des syphilides secondaires de même siège elles peuvent subir un certain nombre de complications , qui contribuent à en altérer la forme, tout au moins à en modifier les apparences objectives.
Ces complications sont exactement celles que j’ai précédemment signalées à propos des lésions secondaires de la vulve. Je ne ferai donc que les énumérer ici sans les décrire.
Elles consistent en ceci : érythème de voisinage, premier degré d’irradiation inflammatoire; — intertrigo érosif, d’un rouge érysipélateux ; — vulvite partielle ; — œdème, fluxions œdémateuses des grandes ou des petites lèvres (c’est là l’accident le plus commun) ;
— sclérème, c’est-à-dire tuméfaction dure, et d’une dureté toute particulière, sèche, élastique, non dépressible sous le doigt; — puis, comme conséquences, déformations vulvaires, variables comme degrés et souvent étonnantes d’aspect, à savoir : grandes lèvres se doublant, se triplant, se quadruplant de volume, au point de devenir
SYPHILOME HYPERTROPHIQUE DIFFUS.
presque gigantesques, éléphantiaques ; — petites lèvres s’érigeant en crêtes rigides, ou bien s’œdématiant en boudins turgescents, ou bien constituant d’énormes bourrelets qui sortent de la vulve, ou bien encore se tordant sur leur axe et prenant les formes les plus étranges; — capuchon clitoridien semblant s’hypertrophier, devenant plus gros qu’une datte, qu’une noix, couvrant toute la moitié supérieure de la vulve et simulant une tumeur appendue à la région, etc.
Bien que constituant de simples épiphénomènes, ces complications diverses arrivent parfois à primer comme importance les lésions originelles dont elles dérivent.
Deux d’entre elles, quoique non spéciales, méritent une mention à part.