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GOMMES VAGINALES

Dans une étape ultérieure, ces lésions ne sont plus naturellement que des ulcérations vaginales, mais des ulcérations de type gommeux, c’est-à-dire creuses, évidées, dures de contour et de base, et offrant encore, si l’on n’arrive pas à une époque trop tardive, un fond bourbillonneux ou crémeux presque caractéristique. — A noter au passage que leur dureté de base et plus encore de contour est souvent très accentuée. Ce signe — qui, à la vérité, a pu les faire confondre avec le chancre syphilitique ou avec l’épithélioma — est souvent d’un très utile secours pour les différencier du chancre simple avec lequel elles offrent de très réelles analogies objectives. Il a pu même les révéler, les dénoncer à un observateur qui n’avait nul soupçon de leur existence. Ainsi, je me rappelle avoir découvert une de ces lésions grâce à une dureté « en couronne » que je perçus dans le vagin sur une femme que je touchais en vue de constater une grossesse. Cette femme ne m’avait accusé aucun symptôme morbide vers les organes génitaux. Trouvant une dureté dans le vagin, j’en recherchai l’origine, et l’examen au spéculum me révéla un type d’ulcère gommeux en train de passer inaperçu.

Comme spécimens de ces lésions encore fort peu connues, je citerai les deux cas suivants.

i. Sur une jeune femme qui, trois ans auparavant, avait été affectée d’une perforation du voile palatin, le Dp Verchère a observé deux ulcérations vaginales siégeant à l’union du tiers supérieur et des deux tiers inférieurs de l’organe, latéralement et à gauche. Ces deux lésions, qui s’étaient développées sans douleurs et tôut à fait à l’insu de la malade, offraient les dimensions d’unelentille pour l’une, et d’une amande pour l’autre. Elles étaient creuses, arrondies, à fond grisâtre, à bords franchement limités et non décollés, mais sans induration. Pour les différencier sûrement du chancre simple, une auto-inoculation fut pratiquée et resta négative. La malade fut alors soumise au traitement mixte (frictions mercurielles et iodure de potassium), en même temps que pansée à l’iodoforme. Le résultat de cette médication fut « merveilleux »; transformation des lésions en quelques jours, puis cicatrisation rapide.

h. A la douzième année d’une syphilis grave et consécutivement à une très nombreuse série de poussées tertiaires, une de mes malades fut affectée à nouveau d’une lésion vulvaire à propos de laquelle elle rentra (pour la dixième fois) dans mon service. Cette lésion n’était autre qu’une large gomme occupant le sillon des deux lèvres droites. La malade s’étant plainte peu de temps après de douleurs sourdes dans le bas-ventre et surtout d’épreintes en urinant, « comme si elle avait un fer rouge dans les parties », je pratiquai l’examen au spéculum, et découvris sur la paroi antérieure du vagin, à 4 centimètres environ du méat urinaire, une grosse lésion du volume d’un noyau d’abricot, constituée comme il suit : ulcération creuse, très

LÉSIONS TERTIAIRES DU VAGIN

creuse, excavée en géode , dans laquelle pénétrait toute l’extrémité de l’index et qui, certainement, aurait contenu une noisette, une bille à jouer; — au pourtour de cette ulcération, couronne dure, formée de tissus infiltrés, entaillée à pic, à bords nets et tranchants ; — fond doublé d’une assise également rénitente, tomenteux d’aspect, et recouvert d’un enduit jaune verdâtre comparable à de la purée de pois secs.

Donc, bien manifestement, c’était là une gomme ulcérée et, de plus, une gomme à ulcération térébrante. La démonstration de ce diagnostic nous fut d’ailleurs fournie par le critérium thérapeutique ; car, sous l'influence d’un traitement mixte et de quelques soins locaux, cette lésion tout à fait menaçante fut absolument guérie en moins d’une quinzaine.

En raison de sa rareté et de l’intérêt qu'il comporte, je donnerai ici un résumé très sommaire de ce fait, dont le lecteur pourra trouver une relation complète dans les Bulletins de la Société française de dermatologie . 1895.

Femme de vingt-neuf ans. — Scrofule dans l’enfance.

Syphilis à dix-sept ans. — Immédiatement, explosion d’accidents secondaires, multiples et intenses : Syphilides, plaques muqueuses, alopécie des cheveux et des cils, céphalées violentes, etc.

Depuis lors, poussées très multiples d’ordre tertiaire, caractérisées par syphilides tuberculo-crustacées, syphilides ulcéreuses et serpigineuses ; — gommes sur le cuir chevelu, à la face, aux membres inférieurs, sur le sein, sur le cou ; — céphalées violentes ; — ostéo-périostites, etc., etc. — Accouchement d’un enfant, qui naît avec des syphilides sur tout le corps et meurt à trois jours.

En mai 1895, ulcération gommeuse de la grande lèvre droite. — Iodure de potassium. — Guérison.

En juillet, récidive in situ de la gomme vulvaire, sous forme d’une ulcération excavée à tendance serpigineuse.

Quelques jours après son entrée à l’hôpital, la malade se plaint de douleurs sourdes dans le bas-ventre et surtout d’une sensation de gêne à l’intérieur du vagin. La douleur s’exagère à chaque miction ; parfois elle devient à ce moment une sensation de brûlure intense, « comme s’il y avait un fer rouge dans la partie ». Aussi la malade redoute-t-elle les moments d’uriner et espace le plus possible les mictions.

Le toucher vaginal révèle ceci : A 4 centimètres environ en arrière du vestibule, la pulpe de l’index sent une élevure douloureuse, constituée par des franges indurées formant les bords très nets d’une lésion comparable comme volume à un noyau d'abricot. Cette lésion cratériforme, en géode, présente à son centre une dépression dans laquelle se loge toute l’extrémité du doigt... A l’examen au spéculum on aperçoit nettement, à 3 ou 4 centimètres en arrière du méat urinaire et le long de la paroi antérieure du vagin, une ulcération profonde développée aux dépens des fibres musculaires formant la colonne antérieure de l’organe.

Cette ulcération, manifestement gommeuse, siège sur une élevure à

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